XIV OEUVRES DE M. DE BIRAN
de ses préoccupations. Il l'a envisagé successivement, sous des faces différentes; mais si la solution a varié, la question est restée la même. Que pouvons-nous? Il se l'est demandé jusqu'à la fin, et il semble avoir tracé lui-même le programme général de son œuvre, lorsqu'il écrit, vers 1 794 ou 1 795 : « Il serait bien à désirer qu'un bomme, babitué à « s'observer, analysât la volonté comme Condillac a « analysé l'entendement. » Il devait être cet homme et ne se doutait pas encore que son analyse ruinerait celle de Condillac.
Le caractère prédominant des ébauches que nous venons de parcourir, est l'indécision de la pensée. Cette indécision résulte surtout de la lutte entre une doctrine reçue dont l'auteur accepte les conclusions, et les tendances propres de sa pensée qui le font reculer lorsque ces conclusions dévoilent toutes leurs conséquences. Cette lutte subsiste, et se montre, sous des formes nouvelles, dans le Mémoire sur l'influence de l'habitude.
L'écrivain se rattache ostensiblement à l'école de Condillac. Il n'a pas d'autre prétention que celle d'appliquer les principes de cette école à une question de détail. Ce fait est assez notoire pour qu'il suffise d'en rappeler brièvement les preuves. Il est dit explicitement dans le Mémoire sur Niabitude que la nature de l'entendement n'est autre chose que « l'ensemble des habitudes premières de l'organe « central (I). » Un signe qui n'est pas un son vide,
(1) Édition Cousin, tome i, page 120.