‹ Introduction générale aux œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 7 sur 66 · LMR0DUG7'I0.\ DE L'ÉDITEUR. XV · texte numérisé non relu

LMR0DUG7'I0.\ DE L'ÉDITEUR. XV

ne peut exprimer, selon raiiteiir, « qu'un objet re- « présentable ou susceptible d'être ramené aux re- « présentations claires des sens (1). » Dès que l'esprit s'éloigne de cette source unique de connaissance, il ne fait plus que réaliser de vaines abstractions, former des concepts vagues et incertains qui, tels que ceux de substance et d'essence, par exemple, acquièrent, en raison même de leur caractère indéterminable, une sorte de pouvoir magique (2).

La méthode recommandée est bien celle qui résulte logiquement d'une telle doctrine. Deux règles sont particulièrement à remarquer : la première exprime la convenance d'unir l'idéologie à la piiysio- Ipgie, et de demander à la physique de répandre du jour sur les obscurités de l'être pensant. La seconde prescrit de s'arrêter uniquement à l'étude des effets, sans prétendre s'occuper des causes, ou, en d'autres termes, de ne s'occuper, selon la méthode des physiciens, que du rapport et de la succession des phénomènes (3). Il s'agit donc d'enlever à l'étude de l'homme, tout caractère spécifique, pour la faire rentrer dans le cadre général des sciences de la nature. C'est l'application complète et précise des vues de Bacon. Ajoutons encore que, dans un écrit peu postérieur en date au Mémoire sur l'habitude, on trouve des appréciations historiques, telles que cellesci : « la métaphysique, chez les Grecs, fut un Jargon puéril, un tissu monstrueux de rêveries etcfab-

(1) Édition Cousin, tome i, page 218.

(2) Id., Id., pages 187, 209 et 30Ô.

(3) Id., Id., pages 16 et 17.

syi OEUVRES DE M. DE BIRAN.

surdités. » Pythagore, Platon, Descartes et Leibnitz ont fourni la preuve que l'esprit géométrique ne peut que retarder les progrès de la science de l'iiomme; tandis que Bacon, Hobbes, Locke et Condillac sont les auteurs qui ont le plus avancé l'analyse de Tenlendement (1).

Il y avait là certainement tout ce qu'il fallait pour satisfaire les idéologues les plus exigeants. Aussi, M. de Biran fut-il reconnu et adopté par l'école ; Cabanis et de Tracy, en particulier, devinrent ses amis et ses correspondants. Le rapport concernant le Mémoire sur l" habitude , présenté à l'Institut par M. de Tracy, approuve les doctrines de l'auteur, et renferme seulement l'énoncé de quelques dissentiments trop légers pour qu'on puisse les appeler des réserves. Et toutefois, lorsque l'attention est éveillée par le développement ultérieur des pensées de M. de Biran, il n'est pas difficile de discerner dans ce Mémoire les germes déjà développés de tendances qui devaient conduire l'auteur bien loin du sensualisme. Il suffit, pour s'en convaincre, de résumer et de réunir, à ce point de vue, quelques-unes des idées qu'il développe au début de son ouvrage. Voici comment il s'explique :

11 n'est point d'opérations intellectuelles antérieures à l'action des sens; mais, en partant de cette base, la philosopbie a donné au terme sensation une signification vague et indéterminée qui n'est pas exempte d'inconvénients. Pour éviter tout malen-

(1) Manuscrit, n° iv du catalogue raisonné.

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. xvil

tendu, appelons impressions les faits de tout ordre qui résultent des modifications internes ou externes des organes. Il y a lieu à distinguer des impressions actives et des impressions passives. Si j'éprouve une douleur , si je me trouve dans une température chaude ou froide , je subis une modification, à l'égard de laquelle je me sens passif. Si je meus un de mes membres, je suis modifié encore, mais je suis actif, et la conscience de mon activité est pour moi d'une évidence égale à celle de la modification même. Il y a donc là deux ordres de faits très-divers : la sensibilité passive, Xactivité motrice ; et il importe de ne pas confondre ces faits sous le terme commun de sensation, puisque ce terme conserve toujours, de son acception primitive, une valeur essentiellement passive. L'activité motrice n'existe pas seulement dans le cas d'un mouvement musculaire, perceptible au dehors : Je meus, lorsque j'étends le bras ou déplace mon corps, mais je meus aussi lorsque je dirige mon regard, lorsque je tends l'oreille; et même dans la méditation solitaire, au sein du repos le plus apparent, je reconnais, en m'y rendant attentif, le déploiement de la force motrice appliquée aux organes du cerveau. Il y a mouvement, en un mot, toutes les fois qu'il y a conscience de Xefjort. Cet élément d'eflbrt existe à quelque degré, même dans les opérations des sens les plus passives en apparence; et lorsqu'on analyse avec soin un des faits de cet ordre, on y distingue toujours le mélange d'une impression affective (qui affecte la sensibilité passive), et du pouvoir moteur. Mais comme le mé-

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