XVIII OEUVRES DE I\I. DE BIF.A
lange des deux éléments se produit dans des proportions très-diverses, on est fondé à distinguer le cas où l'élément passif prédomine, tellement que le mouvement qui concourt aveclui demeure inaperçu, et le cas où l'individu a, au contraire, la conscience claire et distincte du déploiement de son activité. J'appellerai sensations les impressions de la ^vqmïeveesiyece, perceptions (1), celles de la seconde. Une observation fondamentale dans le sujet de l'habitude vient justifier et consolider cette distinction. La répétition fréquente a des effets précisément inverses, sur les modes actifs et sur les modes passifs. Les sensations d'odeur, de saveur, de froid et de chaud s'émoussent à la longue, et finissent presque par disparaître. Au contraire, lorsque l'activité est en exercice dans les fonctions des sens, plus l'acte se reproduit fréquemment, et plus la connaissance devient facile, nette et distincte. « On ne sau- « rait donc rapporter ces deux classes d'impressions « à une seule et même faculté ; car il faudrait sup- « poser que cette faculté unique peut devenir, tout
(1) Il ne sera peut-être pas inutile d'observer que le terme percepiion est employé, par M. de Biran, dans un sens différent de celui que ce terme a reçu dans la langue psychologique contemporaine. Dans cette langue, la sensation est une modification passive, la perception lacle de la connaissance : ce sont des faits différents par nature, et la sensation proprement dite, mode de sensibilité pure, ne donne k Tàrae aucune connaissance autre que celle de ce mode lui-même. Pour M. de Biran, la sensation et la perception ne différent pas par leur nature, mais par le degré d'effort; il admet des sinxtUions rcprésentcitivcs qui sont des éléments de connaissance. Sa terminologie sous ce rapport n'est pas toujours, du reste, parfuilement précise et constante.
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. ïlX
« à la fois, plus inerte et plus active par la même ha- « bitude (1). »
L'effort n'est pas seulement un fait à noter avec d'autres dans l'analyse intellectuelle; il est le fait capital en cette matière, car c'est à lui que se rapporte le sentiment même de l'existence personnelle. L'effort suppose un sujet qui détermine le mouvement, et un terme qui résiste. Si l'individu ne voulait pas, ou n'était pas déterminé à commencer de se mouvoir, il ne connaîtrait rien. Si rien ne lui résistait, il ne connaîtrait rien non plus ; il ne soupçonnerait aucune existence « il n'aurait pas même « d'idée de la sienne propre (2). » Séparer les impressions du moi qui les éprouve est la condition fondamentale de toute connaissance ; et il est digne de remarque que des métaphysiciens tels que Condillac et Bonnet « présupposent toujours le jugement « de personnalité, dont il fallait avant tout assigner « le fondement (3). »
Les philosophes de cette école ont aussi le tort de mettre tous les sens sur un pied d'égalité, comme si toutes les sensations étaient identiques, et pouvaient servir également de base aux opérations intellectuelles. Ils ont cherché à simplifier leur objet le plus qu'il leur a été possible. Partant d'un premier fait ou d'une première sensation, par exemple des impressions d'un sens isolé, ils ont avancé « en re- « composant notre être, bien plus qu'en le décom-
(1) Édition Cousin, page llx.
(2) Id., page 27.
(3) Id.. page ^5, note.