XX ŒUVRES DE M. DE BIRAN
« posant (1). » Une analyse réelle, éclairée, par la distinction de l'ordre actif et de l'ordre passif, trouve, au contraire, à noter dans les fonctions des sens des différences profondes. Le toucher, sens de l'activité par excellence, occupe le plus haut rang dans l'échelle. C'est lui qui nous révèle, dans la résistance à l'effort, l'existence et la forme des corps étrangers, base première de la connaissance de la nature. Le goût et l'odorat ne nous donnant guère, au contraire, que des impressions affectives et confuses, occupent, en quelque sorte, parmi nos sens externes, le môme rang que le polype ou l'huître dans l'échelle de l'animalité. Si, descendant encore d'un degré, on en vient aux impressions que nous éprouvons dans les parties intérieures du corps, tout devient vague et indistinct, toute lumière s'éclipse avec la faculté de mouvement.
La faculté de percevoir, de distinguer nos impressions entre elles, et de les séparer du moi qui les éprouve, n'est donc point un attribut de l'être purement sensitif, mais dépend absolument de la motilité volontaire. On n'est nullement fondé à considérer la sensation d'une manière générale et abstraite, pour dériver ensuite les données de l'intelligence de ses transformations, puisque les sensations proprement dites demeurent toujours des modes simples qui ne sauraient se transformer en aucune manière. Bonnet et Condillac supposant l'àme identifiée avec ses modifications, se mettent hors d'état
(1) Édition Cousin, page 281, note.
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d'assigner un fondement réel à la personnalité; car la personnalité suppose un sujet qui se distingue de ses modes, au lieu de s'identifier avec eux.
Là où il n'y a pas personnalité, il ne pourra y avoir ni réminiscence , ni souvenir : tout demeurera confusément dans la sensibilité. Le sujet voulant, au contraire, reconnaît sa propre identité à chaque fois qu'il agit, et la reproduction des mêmes actes donne une base solide au souvenir. « Lors, par « exemple, que la main reprend, ou tend à repren- « dre, la même disposition qu'elle avait en touchant « ou en embrassant un globe, l'individu se retrouve « à peu près dans le même état actif où il a été ; il « perçoit, il touche encore, pour ainsi dire, par la « pensée, un globe absent (1). » Ces mouvements libres et qui sjnt des copies, se distinguent fort bien des mouvements des perceptions primitives, dans lesquelles se trouvait la contrainte d'un obstacle extérieur. C'est encore dans l'élément actif de notre nature qu'on trouve la base, soit des signes naturels, qui ne sont autres que les copies dont il vient d'être question, soit des signes du langage institué et volontaire. Pour l'être borné à la sensation, il ne peut y avoir ni signes, ni mémoire. Ce n'est enfin qu'en faisant à l'activité la part qui lui appartient, qu'on peut tracer une juste ligne de démarcation entre la mémoire proprement dite et l'imagination. La mémoire est une faculté active; c'est le rappel volontaire des idées par le moyen de leurs signes. L'ima-
(1) Édition Cousin, page 51.