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té, meme oisive, est un principe d’unité politique ; un dieu sans action sur la conscience n’est le principe ni de l’unité religieuse ni de l’unité morale : chacun fait sa loi ou la peut faire.
Ainsi que nous l’avons fait remarquer dans un autre écrit, la loi n’est rien , si elle n’est une règle commune et permanente , au lieu d’étre une règle que chaque volonté puisse établir, changer ou supprimer à son gré.
Cette fatale influence devient manifeste aussitôt que l’erreur cesse d’être une spéculation, et qu’elle sort du cercle étroit d’une école, pour se répandre dans la masse d’une nation.
On s’étonne, on s’effraie de l’anarchie qui nous travaille. Nous venons d’en révéler la cause secrète , mais certaine. Vous avez beau la nier, et lui substituer de vaines conjectures :
il n’en est pas moins incontestable que partout où la foi chrétienne disparoît, les erreurs qui désolèrent le inonde avant Jésus-Christ, reviennent
aussitôt comme par une pente invincible. Vous triomphez de ce que le monde n’en marche pas avec moins; ^ de sécurité; mais que prouve cette si-, tuation , lorsque d’un côté il est impossible de gouverner ce monde avec vos doctrines, et que de l’autre, ce monde trouve dans notre foi une digue salutaire au débordement de vos erreurs?
Quand nous parlons d’erreur, nous supposons que l’erreur existe là où la spiritualité de l’ame, sou immortalité, sa liberté, sont niées directement ou indirectement, là. où elles, sont devenues un objet de doute, là où foiblement crues, elles ne servent plus d’appui à la morale. JNoiis supposons l’erreur incontestable dans tous les systèmes qui nient Dieu , sa providence, son unité, sa puissance créatrice, sa distinction du monde , ou qui d’une manière quelconque rendent ce père de nos âmes étranger à la loi morale qui gouverne les hommes. Nous supposons qu’il y a erreur
dans la morale qui éteint la cliarité, absout l’égoïsme et la dureté du cœur; ■ qui dégrade l’amitié et l’amour légitime, en les faisant descendre jusqu’aux instincts aveugles de la brute; qui jette le malaise dans la société, en méconnoissant soit les droits du pouvoir, soit les droits du peuple. Ces erreurs sont dans toutes les écoles qui ne sont pas chrétiennes. Elles sont explicitementprofessées par plusieurs; elles sont dans les principes de toutes les autres, alors qu’elles ne sont pas admises encore dans les conséquences.
Quand nous parlons de vérité, nous supposons que la vérité réside dans des dogmes qui font connoître la seule cause raisonnable de cet univers et de l’homme qui le domine; qui nous révèlent une justice sans laquelle la justice humaine est impossible, et une providence qui seule nous rend raison de l’ordre qui règne dans la nature et dans les sociétés humaines.
Quand nous parlons de vérité dans la règle des mœurs , nous supposons
qu’on ne peut contester ce caractè à une morale qui établit clans le cœi de r homme , dans la famille , dans société, des habitudes et des sentimej favorables à la pudeur, à la sainte du lien conjugal, à la faiblesse < l’enfance, à l’infortune du pauvn or, sur tous ces points, le Christiani me a suffisamment prouvé non-seul ment sa supériorité, mais qu’il ave seul la vertu de conserver les régi exactes de la morale; que seid il pa venoil à la faire praticjuer , sinon tous, du moins à tous les hommes ( bonne volonté. Nous faisons ces c verses suppositions par surabondan de droit; car il nous suffit de suppos qu'il existe quelques règles de moral et de prouver qu’aucune n’est pc sible avec les systèmes dès ration listes modernes. Que vous reste-t-il revenditjuer comme voti e concjuêl la liberté, la tolérance, légalité d vant la loi? Nous allons exami ii cette prétention.
Avec les droits, dont nous venons de parler, on ne gouverne pas les hommes, on ne leur fait pas pratiquer une seule vertu. Avec ces droits, une société possède l’avantage de se défendre contre l’oppression du pouvoir. Cet avantage est immense; mais l’abus en est si facile, que tous les efforts d’un gouvernement, alors même ([u’iine révolution l’a enfanté, sont employés à limiter ces droits , à contenir ceux qui voudroient leur donner trop d’extension. Ce n’est pas là toutefois ce qu’il importe le plus de faire remarquer. L’observation décisive, la voici : la tyrannie, l’esclavage, le droit exagéré de la puissance paternelle ou maritale ont été, l’histoire le prouve, efficacement réformés par une reli^ gion qui les condamnoit au nom de Dieu, et ils n’ont pu l’être par une philosophie qui proclame les droits de l’homme au nom même de l’homme^. 13e là l’impuissance de cette
(a) Il y a sur ces queslionsuiic fuulc d’écrits qu’il est
philosophie , de là l’inconstance de ses lois; de là les luîtes incessantes du pouvoir et de la liberté, luttes qu’elle a produites et qu’elle produit tousles jours encore. Sous l’empire du Christianisme , la liberté a été souvent, long-temps méconnue, moins cependant qu’on veut bien le diremais le principe qui l’avoit enfantée a survécu, et il s’est toujours trouvé des hommes qui ont eu le courage de l’invoquer et le bonheur de le faire triompher. Quand ils ont été chrétiens, ils l’ont fait avec une prudence qui a dégénéré souvent en timidité : ils ont confondu quelquefois, trop souvent si l’on veut, les complaisances pour le pouvoir avec le respect et l’obéissance tels que les prescrit une raison éclairée par le Christianisme. Mais ils n’ont pas fait dégénérer aussi fréquemment la liberté en licence; ils ne l’ont pas vendue; ils
facile de consulter. Nous avons cité , sur la réforme des lois civiles , l’ouvrage de M. Troplong. Tous les apologistes de la religion ont parlé de l’influence du Clirislianisme sur le droit civil , sur le droit public et sur le droit des gens, etc.
n’en ont pas fait un trafic honteux ; ils ne l’ont pas exposée à tous les périls qui la menacent, quand elle n’a d’autre garantie qu’un droit que Dieu ne protège pas.
Peu importe le nom, qu’on l’appelle divin ou humain , tout droit , toute institution qui ne remontent pas à Dieu pour trouver en lui une sanction qui les déclare conformes aux principes éternels de l’ordre établi par, sa providence, ne peuvent avoir quiiné vie précaire, et produisent infailliblement des maux affreux dans leur court passage sur la terre.
Nous aurions à faire, sur la tolérance, des observations analogues; nous aurions surtout à montrer que , dans son alliance avec les gouverneipens temporels , la tolérance de l’Église a pris et a du prendre un caractère que .l’Église abandonnée à elle-même ne lui auroit jamais donné.
Mais cette question exigeroit de trèsgrands développemens. Il nous suffit
de faire remarquer d’ une part , que trèsüouvent l’intolérance a été déterminée par des motifs politiques; d’autre part, quele Christianisme qui adore Dieu en esprit et en vérité , n’a pu vouloir se borner à courber les têtes devant ses autels; ne connoissant, n’approuvant jamais la foi extérieure sans la foi intérieure, il n’a pu vouloir une profession purement matérielle et extérieure delà religion. Or une religion forcée ne peut avoir- un autre caractère. Il ne seroit pas moins étrange, que professant, plus que toutes les autres religions , ' un amour sincère des hommes, le Christianisme ou son sacerdoce eut été en contradiction permanente avec ce principe.
N’est-il pas plus raisonnable de ^dire, que la pensée dominante de l’Église a été de réclamer d’une part protection contre les troubles apportés à la profession pacifique de ses croyances , et de l’autre de prévenir l’entraînement de la foule plus facilement séduite par l’attrait de la nouveauté, par l’ardeur, les intrigues, les
passions des prédicaiis, que par des convictions raisonnées? Elle n’a pas voulu contraindre les consciences;
elle a plutôt demandé qu’elles fussent protégées contre l’oppression qu’exercent trop souvent les minorités factieuses.
Ces réflexions expliquent toute l’histoire de la tolérance, ou si l’on veut de l’intolérance. Quoi qu’il en soit, la philosophie moderne, quiahérité sur Dieu et sur l’homme de toutes les théories qui précédèrent l’Evangile, ne donne ni les mêmes garanties d’ordre et de subordination que le Christianisme, ni la vraie liberté, ni la vraie tolérance, et encore moins la loi des intelligences et des volontés.
L’exj)érience contre elle est complète et décisive.
Concluons par un raisonnement bien simple : Les erreurs morales et dogmaliques contraires à la raison la plus épurée, et condamnées ])ar une conscience cclairce, ont clé le
partage de ceux qui ont refusé de croire à la révélation et aux mystères chrétiens ; les vér ités morales et dogmatiques que la raison et la conscience approuvent comme les seules vraies , les seules fécondes en ver tus , les seules dignes d’un être immor tel, ont été toujours chères à ceux qui croient à la révélation et aux dogmes chrétiens. Donc, au lieu d’êtr e ennemis de la vérité et peu favor ables à la ver tu, ces dogmes lui sont indissolublement unis. C’est ce que nous allons expliquer.
L’exp«Srîence prouve que la révélation
ou les doumes chrétiens •>
ont rétabli les dogmes et la morale de la religion naturelle. ' ’
n?byi.'
L’expérience que nous invoquons nous conduit à poser celte question :
Y a-t-il un rapport nécessaire entre les dogmes révélés et ceux que la raison naturelle peut démontrer?
Oui, certes, ce rapport existe : les dogmes chrétiens ont été le soutien le plus ferme de la raison , la source vivifiante de la morale, le motif le plus puissant delà pratiquer : nous défions d’en assigner une autre cause. Ce n’est pas la raison philosophique indépendante des traditions, ignorante de l’enseignement chrétien ou alqurant cet enseignement, nous venons de le prouver. Ce n’est point le progrès de la civilisation , autrement appelé le progrès humanitaire , nous le prouverons bientôt. Si ces' causes n’ont pu rétablir les vérités naturelles, altérées, oliscurcics ou perduesj
il ne reste plus que le Cliristiauisme qui puisse expliquer leur renouvellement et leur triomphe, puisque partout où il a été annoncé et accepté avec foi, ce renouvellement s’est immédiatement manifesté. Il a sauvé des doctrines que tout homme sensé
E roclame vraies, salutaires, etfavorales à la vertu. La vérité et la vertu ne nous sont pas venues des égaremens de la conscience et de la raison : elles n’ont pas été perdues par le bon usage qu’ont fait les hommes de ces deux facultés. Si ces facultés ont été plus foibles lorsqu’elles ont été plus indépendantes, il faut croire que cette indépendance n’est point la condition de notre légitime liberté, la voie sure pour conquérir le beau et le vrai. L’elFet est nécessairement renfermé dans sa cause ; il peut y être d’une manière mystérieuse et inexplicable, mais il y est. Personne ne sait comment est fécondé le cep de vigne planté dans un sol propice et cultivé avec soin; et personne ne doute qu’il n’y ait dans cet humble arbuste, et
dans cette terre arrosée des sueurs du vigneron, la source mystérieuse d’un> fruit utile à l’homme.
La nature est pleine de ces mystères , et cependant jamais il n’arriveque la foi que nous leur accordons soit un instant affoiblie : nous croyons au principe en voyant le phénomène. Le prodige de la raison et de la morale naturelle, sauvées constamment là où le Christianisme exerce une injfluence réelle, perdues au contraire là où cette influence a disparu ou ne s’est jamais fait sentir, nous démontre la puissance de l’enseignement chrétien pour sauver la raison de ses écarts , pour suppléer à sa foiblesse, et la conduire dans la voie de la vérité et de la vertu. . : V .
Cf.s refléxions suffisent pour ré-î pondre à l’étrange préoccupation de certains esprits, qui ont rêvé des vérités stériles, et des erreurs assez
f )uissanles pour donner à l’humanité ’ordre , la dignité , le bonheur. A. leur
sens, nos mystères seroient des conceptions fantastiques et néanmoins fécondes. Ces foibles intelligences ne comprennent pas que le néant est impuissant à produire une réalité. 11 importe peu qu’elle soit intellectuelle ou corporelle ; dès-lors qu’elle existe , il y a une cause qui l’a engendrée. Si la réalité est sublime, si elle forme l’ensemble des vérités le plus complet, la réunion des plus généreux sentimens etdes plus belles vertus , la cause , n’en doutez pas , est digne de la magnifique réalité qu’elle produit.
A. CEUX qui ont osé appeler empirisme cette méthode si sûre de conquérir la vérité, nous dirons avec assurance : Avez-vous une autre méthode pour coiinoître la nature ? Où sont les substances que vous saisissezeiielles-mêmesetdaus leur essence?
Vous voyez les phénomènes ; vous jugez de leur bonne ou mauvaise influence sur la santé, sur la vie de
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l’homme, de leurs rapports entreeux, de la vertu qu’ils ont d’agir les uns sur les autres : au delà, il n’y a que ténèbres et mystère impénétrable.
Comment connoissez-vous la bonté des lois civiles , des institutions politiques ? Par leurs effets , c’est-à-dire par l’expérience. L’expérience , maîtresse de la vie , est donc aussi le guide siir de l’homme dans la recherche du vrai, et le plus ferme soutien de la raison.
On nous oppose, pour prouver le peu d’influence de la foi chrétienne , la conduite de ceux qui ignorent son esprit, et qui, pleins d’indifférence pour lui, sont marqués seulement de ses signes extérieur^i : que prouve cette difficulté ? Qu’au lieu de considérer r homme vivant, on se contente d’obsei'ver le cadavre; (|u’au lieu de juger de la fécondité de la religion par le pur froment qu’elle produit,, on l’accuse de semer l’ivraie répandue par l’homme ennemi.
A-t-oii jamais accusé les lois, les gouvernemens de n’avoir pas prévenu tous les désordres? Non, on proclame le plus sage celui qui est parvenu à obtenir la sécurité la plus grande , la paix la plus durable.
Dieu, en se révélant à l’homme, n’a pas changé la nature humaine ; il ne lui a pas accordé l’infaillibilité dans la conduite ni dans la recherche du vrai ; il s’est borné, en le mettant d’ailleurs dans la main de son conseil, à lui donner des moyens nécessaires pour régler sa vie, et pour le préserver des erreurs propres à le corrompre. C’est dans ce sens que vous invoquerez l’expérience en faveur de la religion chrétienne, et que vous affirmerez avec assurance qu’elle ne nous a pas enseigné seulement des vérités au-dessus de la raison, mais qu’elle a sauvé les dogmes dont la raison peut acquérir la démonstration ; qu’elle n’a pas seulement perfectionné la conscience humaine, mais qu’elle l’a rendue à la droiture naturelle dont elle avoit malheureusement dévié.
Si vous demandiez comment la raison a pu être sauvée par des vérités placées au-dessus d’elle; comment l’équité et la justice humaine ont été retrouvées par l’effet d’une puissance surnaturelle, nous pourrions vous répondre : Que vous importe la cause ? Le phénomène , s’il est certain , doit vous suffire. La philosophie doit être dans l’avenir ce qu’elle est aujourd’hui , ce qu’elle a été dans les siècles antérieurs , c’està-dire beaucoup plus impuissante que la religion chrétienne, plus impuissante même que les fausses religions.
Cette impuissance a été telle, qu’avant Jésus -Christ le peuple respectant des traditions mêlées d’ailleurs de tant d’absurdités, trouvoit dans le peu qu’elles contenoient de vérités , un principe de morale qui manquoit aux faiseurs de théories et de systèmes. Il n’y a pas jusqu’aux sauvages du Nouveau-Monde, adorant le Grand-Esprit, sur le bord de leuis
(leuves ou au sein de leurs immenses forêts , qui ne soient plus rapprochés de la vérité, que les matérialistes admis, il y a quarante ans, dans nos académies , et que certains philosophes contemporains dont les noms et les écrits ont retenti dans toute l’Europe.
Cette importante observation , sur les erreurs pratiques dans lesquelles tombe la philosophie dédaigneuse de l’expérience, a conduit certains sophistes à ne voir dans le progrès intellectuel et moral opéré par le Christianisme qu’un simple progrès humanitaire.
Cette vaine conjecture du naturalisme moderne est insoutenable. ' Si l’on interroge les mon u mens de l’histoire, ils attestent des notions plus pures sur Dieu, sur son unité, sur sa providence, etc. dans les tenaps
f )lus rapprochés du berceau du genre lumain. Ils nous montrent des su-
perslitions plus grossières , une morale plus altérée, un panthéisme plus bizarre et plus déréglé, à mesin e que les hommes sont plus rapprochés de l’avénement du Messie , plus éloignés de la révélation primitive, plus étrangers à la révélation mosaïque. Les exceptions, et il en est quelques-unes, s’expliquent, comme nous l’avons dit, par la connoissance qu’eurent quelques philosophes de nos saintes Ecritures.
Ce prétendu progrès est plus inexplicable encore, si l’on fait attention que tous les penseurs contemporains qui abandonnent le Christianisme, sont forcés de reprendre sinon les systèmes qui précédèrent cette grande époque delà régénération du monde, du moins les principes sur lesquels reposoient ces systèmes et les erreurs morales auxcjuelles ils conduisent naturellement. Ce retour éternel de tous les sophistes au déisme et au panthéisme antiques, auroit dû avertir qu’en fait de religion et de morale, le progrès humanitaire est une véri-
labié absurdité, que nous pouvons du reste rejeter à priori.
Qu’on veuille bien le remarquer , ce progrès dont on nous parle supposeroit des principes, qui, en se développant graduellement, auroient agrandi l’intelligence et perfectionné le cœur de l’homme. Or, il est impossible d’affirmer un développement de ce genre, sans ignorer profondément la nature du Christianisme, la nature des doctrines qui lui sont opposées, et la nature même del’esprit humain.
Ils ignorent d’abord profondément la nature des doctrines clirétiennes.
Nous venons de les montrer en opposition évidente avec les doctrines philosophiques. Or, deux doctrines contraires ne peuvent être, l’une le principe, et l’autre le développement.
La doctrine des philosophes place l’homme au centre du monde, et fait tourner la création entière autour de lui, il peu près comme Ptolémée faisoit de la terre le centre autour duquel rouloient le soleil et les planètes.- Le Christianisme professe que
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Dieu est le principe et le centre de toutes choses ; que toutes viennent de lui et doivent converger vers lui, non comme vers un foyer où elles seront absorbées, mais comme vers le terme où elles doivent tendre et trouver leur bonheur et leur perfection. De meme que le progrès astronomique n’a pas consisté à développer un faux système astronomique ; de même le Christianisme n’a pu être le développement d’une doctrine que nous accusons d’être une erreur capitale, parce qu’elle a été la source naturelle d’une foule d’erreurs dogmatiques et morales. Revenir à cette source funeste, ce n’est pas avancer, c’est reculer jusqu’aux siècles païens; c’est comme si dans les sciences on abandonnoit les principes des savans des trois derniers siècles, pour adopter ceux qui retinrent si long-temps les sciences physiques dans une déplorable enfance.
Îji:s pliilosophes du progrès n’i-
gnorent jjas seulement la nature des doctrines, ils ignorent aussi la nature de l’esprit humain. Il est alToibli , obscurci par les erreurs intellectuelles; mais les erreurs morales l’égarent encore plus , parce qu’elles séduisent la \olonté, qui à son tour entraîne toutes nos facultés. Prétendre que l’esprit humain peut avancer en développant des principes faux, c’est soutenir une grossière absurdité.
Son salut, comme celui du voyageur quia pris une fausse direction, consiste à sortir de la mauvaise voie , et à entrer dans une voie meilleure. Ce retour appartient surtout à la volonté, qui, si elle est heureusement soutenue, veut à tout prix atteindre le but aperçu par l’intelligence et désiré par le cœur.
En prenant cette généreuse résolution, l’homme ne suit pas un développement, il ne fait pas un progrès, il recommence sa route. Alors, mais seulement alors, il avance dans la bonne voie , parce (pie l’esprit et le cœur vont rapidement, avec sécurité et avec
joie, versle terme auquel ils aspirent.
Ainsi ont fait les premiers chrétiens :
aussitôt qu’ils sont pénétrés d’une foi 'vive en un Dieu créateur, en un Dieu sauveur, père et ami de l’homme, leur intelligence reçoit comme une illumination nouvelle. Dieu, leur ame, les hommes, les sociétés, le monde entier leur apparoissent sous un autre aspect. A peine la loi évangélique, loi en harmonie avec l’infinie sagesse, et avec l’homme nouveau tel qu’il étoit dans le dessein primitif, tel qu’il alloit devenir par une régénération surnaturelle, a- 1 -elle été promulguée, qu’une nouvelle vie se répand dans les âmes. A mesure que les vérités célestes entrent dans la société, dans lés gouvernemens , dans les écoles, l’idolâtrie, le naturalisme disparoissent de l’enseignement; la perversion des mœurs cesse d’avoir une sanction dans les lois ; tous les droits sont réformés, et un nouveau monde arrive à l’existence. Il n’y eut donc pas développement, progrès, mais un changement complet, radi-
cal , lorsque le Cliristianisnie vint remplacer les cultes, les idées, les iiiœurs qui dominoient le monde.
De ce prodigieux changement, le plus grand sans aucun doute que nous offre riiistoire de l’humanité, nous sommes autorisés à tirer cette conclusion, que l’auteur de la révélation chrétienne est également l’auteur de cette révélation intérieure que nous appelons la raison. Si vous voulez y réfléchir, vous verrez qu’il est impossible d’expliquer autrement l’harmonie qui règne entre ces deux sources du vrai, l’union facile de ces deux lumières.
Tous les philosophes anti-chrétiens, remarquez encore ce fait, déclarent suffisante la lumière de la raison , ils déclarent celle de la révélation, ou impossible ou dénuée de preuves, s’ils ne vont pas jusqu’à nier sa possibilité.
S’ils disoient vrai, ils devroient, par la seule culture de leur intell i-
gence, être plus aptes à agrandir la vérité, et à éviter plus facilement l’erreur dans tout ce qui tient à l’origine de l’homme, à ses destinées, à la règle des mœurs, au souverain Etre et a ses attributs. En effet, les vérités se développent plus heureusement , lorsque les moyens employés pour les découvrir sont plus en harmonie avec leur nature et leur objet. Ainsi, les vérités physiques sont plus facilement acquises par le moyen des faits que perçoivent les sens, que par des hypothèses qui ne ‘reposent sur aucun fait. Si donc la connoissance de Dieu et de la morale devoit être le résultat du seul exercice de la raison et du sentiment, elle devroit être plus parfaite là oii la raison et le sentiment seroient exclusivement exercés.
Cependant le. contraire arrive; la théodicée et la morale recherchées sans le secours delà révélation, ne sont pas seulement contraires à cet enseignement surnaturel, elles le sont aussi à une saine raison. Nous l’avons montré en citant les erreurs de l’an-
cienne et de la nouvelle philosophie.
Au contraire, la théodicée qui repose sur la doctrine de la création, satisfait pleinement la raison la plus élevée. Les mystères eux -mêmes, dans celles de leurs applications qui sont accessibles à notre intelligence, nous donnent de magnifiques idées de Dieu et de ses rapports avec l’homme. Il suffîroit, pour démontrer la vérité de notre assertion , d’inviter à lire les philosophes chrétiens : saint Augustin, Bossuet , Fénelon et les autres. Nous serions conduits, par cette comparaison, à un résultat en apparence tout-à-fait incompréhensible, mais dont le Christianisme nous donne la vraie explication. D’un côté nous verrions la philosophie égarer et dégrader l’homme, à mesure qu’elle l’exalte davantage; nous la verrions aussi lui faireperdre la vraie notion de Dieu, la vraie origine du monde, les véritables règles de la conscience, alors qu’elle s’efforce de lui persuader, ou sa complète indépendance de Dieu, ou une dépendance très-limitée en-
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vers ce souverain Être. D’autre part, aussitôt qu’abandonnant la philosophie anti-chrétienne, l’homme croit a sa sortie du néant, à sa misère tellement profonde que Dieu seul a pu l’en retirer, à la miséricorde infinie d’un Dieu abaissé, et en quelque sorte anéanti dans cet abaissement; aussitôt les ténèbres se dissipent, Dieu est connu et reçoit un culte digne de lui; la dignité de l’homme est retrouvée, ainsi que la loi de sa perfection et de son bonheur.
Admirable dessein de la science et de la sagesse incréées! L’homme a méconnu la vraie nature de Dieu, aussitôt qu’il s’est persuadé qu’il étoit lui-méme un Dieu. Mais, quand l’Être des êtres s’est anéanti pour l’homme, l’homme à connu le véritable Maître du monde, le Tout-Puissant, le Saint par essence, la Bonté incompréhensible. Avec les attributs divins, il a connu la dignité humaine, il a connu ses devoirs, ainsi que la loi qui les lui imposoit comme condition essentielle de sa perfection et de son bonheur.
La foi en un Médiateur, c’est-àdire en un Dieu anéanti pour nous, est tellement essentielle a l’homme pour connoître le Créateur, qu’ encore aujourd’hui, partout où cette foi disparoît. Dieu est méconnu dans quelqu’un de ses attributs essentiels, si toutefois l’égarement du cœur n’arrive pas à ce point de nier son exise tence, oit de confondre avec les êtres créés son incommunicable nature.
Oui, cet égarement existe, et il frappe plus particulièrement les esprits superbes, qui, ayant connu Dieu, ont refusé de le glorifier et de s’humilier eux-mêmes sous sa main toute-puissanle. Il existe au milieu de nous, il a existé dans tous les temps. Ce n’est point une exagération pieuse, c’est une vérité qu’attestent pour le présent de nombreux écrits, et que rendent incontestable pour le passé les divers ouvrages des philosophes, les monumens des divers cultes de l’antiquité, aussi bien que l’histoire la plus véridique de leurs erreurs.
Jésus-Clirist esl venu rendre aux
Dit-. ■' ^ i Cjîiiigle
dogmes comme à la morale leur intégrité, leur pureté originelle. Il a ordonné ensuite à ses apôtres de les répandre dans le monde entier. Saint Paul a pu dire, dans ce sens, que Dieu avoit rétabli toutes choses en Jésus-Christ. Par lui, en elTet, les vérités naturelles ou primitivement révélées ont été dégagées des erreurs qui en avoient obscurci l’éclat.’ Eh recevant une nouvelle promulgation, ces mêmes vérités ont profité de Faiitorité que leur donnoient les miracles, les vertus, toutes les merveilles du Christianisme naissant. Elles ont profité du complément qu’elles trouvoient dans ses mystères , dont les prophètes avoient annoncé l’accomplisscment, et que le Verbe divin venoit montrer accomplis dans sa personne. Ces mystères, à leur tour, dévoient être la source d’une morale plus parfaite encore que celle qu’avoient pratiquée les Justes de l’ancienne loi.
L’ EXPÉRIENCE prouve donc claire ment, qu’un secours puissant, un se cours nécessaire et en même lemp surnaturel, a été donné à l’hommi pour soutenir et fortifier ses faculté naturelles, et les aider à conserve des vérités qu’elles ne sont pas d’ail leurs dans une impuissance absolu d’acquérir.
Nous venons d’invoquer l’expé rience , abstraction faite de la natur de la morale et des dogmes chrétiens mais, considérés en eux-mêmes, ce dogmes et cette morale pourroien . à la rigueur nous expliquer leur puis sance.
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La puissance du Christianisme en faveur de la vérité et de la vertu, n’est pas seulement prouvée par l’expérience , mais encore par la nature meme de sa morale
et de ses dogmes. i
Les plus grossières cireurs sur Dieu et sur ses attributs sont inévitables pour riiomme ou pour la société qui cesse de erpire au dogme de la création. La vraie nature de Dieu une ;
fois méconnue , les erreurs dogmatirjues et morales naissent en foule ; nous l’avon^ déjà prouvé , en expo- j
sant les égaremens de l’ancien et du modei ne rationalisme. ’
Par la raison contraire, le dogme i
de la création a un lien étroit avec \
tous les autres dogmes qui forment la *.
religion naturelle. Si on admet un créateur, on admet nécessairement ’
un être tout-puissanl. L’idée d’une puissance infinie et d’une puissance l
qui tire les êtres du néant , sont deux l idées identiques. La création suppose
. — lis —
nécessaiiemenl un ciéaleur élernel.
La cause est avant l’eflet : et en supposant, ce qui n’est pas d’ailleurs possible, que les créatures aient eu la puissance de créer à leur tour ; en supposant même cet absurde encbaînement de causes ciéatrices, il faut arriver à celle qui précéda toutes les autres, et par conséquent à une cause éternelle. Avec la création, on conçoit facilement la Providence.
Comment Dieu ne gouverneroil-il pas des êtres qui lui doivent l’existence et tous les dons qui accompagnent ce premier don de sa bonté? '
Si Dieu a tiré les êtres du néant , ils doivent l’adorer, ils doivent l’aimer, ils doivent obéir à la conscience qu’il leur a donnée, et aux lois qu’il a imposées aux sociétés, aux familles, aux individus. Dieu, qui est la source de toutes les idées de justice qui sont dans ses créatures intelligentes, doit être souverainement juste. La raison le croit avec d’autant plus de facilité, que toutes les traditions et les écritures révélées lui confirment cette vé-
1 ilé. Source de tous les biens , Dieu doit être souverainement bon : sa justice nous fait croire aux peines d’une autre vie ; sa bonté nous fait espérer la récompense de nos bonnes œuvres.
Nous venons de rappeler en quelques mots les dogmes de la religion et de la morale naturelles. Vous voyez clairement qu’ils découlent du dogme de la création. Mais ce dogme, nous l’avons démontré, a été inconnu hors du christianisme ; il a été exclusivement professé , et par ceux qui ont attendu le Messie, et par ceux qui ont cru en lui après son avènement; nous le trouvons dans les livres de r Ancien-Testament (» ') et dans ceux du Nouvèau (^*). Dans les deux, nous voyons Dieu exerçant sur ses créatures une action intime, incessante. Quelles que soient les images employées par l’écrivain sacré, pour être compris des intelligences les
Î )lus vulgaires, il suppose toujours ’Ètre souverain placé en dehors des
Digi; ïC-d G'.hï^Ic
créatures , en sorte qu’alors même que les textes sacrés ne feroient aucune mention du dogme de la créa- .
tion, ils repousseroient encore à chacune de leurs pages l’idée d’un Dieu .
confondu avec le monde, et par conséquent ils rendroient impossibles toutes les erreurs plus ou moins entachées de panthéisme.
Mais nous venons de voir que nous n’en sommes pas réduits à ce genre d’induction. Les Écritures affirment clairement que Dieu a créé le monde sans matière préexistante.
Notre symbole commence par ces paroles si décisives : Je croù en Dieu créateur. Or, alors même que ce formulaire n’auroit pas été composé par les disciples de Jésus-Christ, ce qui est pourtant très - probable , il a été néanmoins l’expression fidèle de leurs doctrines. Il est impossible d’expliquer autrement son adoption universelle dès le deuxième siècle. Saint .
Irénée atteste que de son temps il ren-
fermoit la profession de foi de toutes les Églises d’Asie, d’Afrique et d’Europe (“).
Les luttes de l’Eglise contre les philosophes païens ou les hérétiques , prouvent combien cette même croyance étoit, dès le berceau de l’Église, arrêtée dans tous les esprits, et à quel point elle étoit considérée dès-lors comme fondamentale.
Quelle doctrine plus constante, plus universelle que celle dont tous nos premiers apologistes ont pris la défense, qui a été exprimée dans un symbole que les fidèles de tous les siècles ont récité, et qui est consignée dans tous les livres élémentaifies non moins répandus ni moins explicites ? Nonseulement le dogme de la création est un dogme chrétien, et l’un des plus fondamentaux du christianisme , mais il est exclusivement chrétien (‘4\
Partout on voit dans les premiers siècles les apologistes et les Pères repousser l’idcc d’une matière et d’esprits éternels, et affirmer leur création ,
(a) liib. i coiilra Hreres. cap. x, art. 2 .
leur sortie du néant. Ils opposent souvent à l’erreur des philosophes et à l’erreur du peuple la parole de Moïse : Dieu créale ciel et la terre Ils voient comme nous, et ils ne cessent de faire remarquer que dans cette erreur capitale est le principe de toutes les autres erreurs sur Dieu ; la destruction de tout culte, de tout droit , de toute morale ; qu’avec cette vérité on retrouve toutes les autres vérités dogmatiques, et la règle la plus parfaite de la vie de l’homme.
Puisque le dogme de la creation entraîne avec lui tous ceux qui nous donnent les vraies notions sur Dieu , nous sommes donc autorisés à conclure qu’il y a dans le Christianisme un principe conservateur de la religion naturelle, telle que peuvent la concevoir les esprits les plus élevés ' et les plus dioits. C’est ainsi qu’est j justifiée la parole d’un penseur qui j a dit : Le Christmnisme est la plus i profonde des philosophies, et le mot J
si connu de Bacon qui exprime à peu près la même pensée.
Les dogmes de la Trinité et de Tlncariiation semblent moins favorables à la conservation des vérités de la religion naturelle ; mais-une médita- ' tion plus attentive doit changer totalement nos idées à ce sujet.
Vous , venez de voir que le dogme de la création est exclusivement chrétien, et que les autres dogmes de la religion naturelle ont été mieux consei-vés dans le christianisme.
Cette expérience, ainsi que nous l’avons fait remarquer ailleurs, prouve que nos mystères, et en particulier la Trinité et l’Incarnation, qui sont les fondemens de notre symbole et en renferment la substance, ne sont pas . opposés aux dogmes et à la morale de la religion naturelle, qu’ils lui sont au contraire très - favorables , puisqu’ils ont été constamment associés dans la foi des peuples.
Commençons par le premier : le mystère de la Trinité laisse subsister tous les altribiits divins. Le cbrétien qui le professe croit à la toute-puissance de Dieu, à ITinité de sa nature, à sa sainteté, à sa justice, à sa bonté infinie, à sa providence, en un mot à toutes ses perfections. C’est donc un mystère ajouté à ces grandes vérités, mais un mystère qui ne les contredit pas, qui ne les embarrasse en aucune manière ; il leur prçte au contraire un puissant appui. En effet, tous les cultes et toutes les écoles de philosophie anti-chrétiens ont été contrai nts par la logique, ou à confondre Dieu avec le monde, ou bien à nier son action ou à la borner, ou même à ne l’admettre que par une contradiction avec leurs principes.
La Trinité chrétienne place Dieu en dehors du monde. Loin d’ôter à Dieu la personnalité, ce mystère est une triple négation de l’erreur la plus universelle, la plus dangereuse
qui ait infecté les cultes anciens et les écoles rationalistes. Aussi , quand ils ont admis une Trinité, ces cultes et ces écoles n’ont pu lui donner aucun trait de ressemblance avec la Trinité chrétienne.
Dans la croyance primitive de rinde, après avoir divinisé tous les êtres de la nature, les Védas réduisent tous les élémens à trois classes, le feu, l’air et le soleil, dont ils font trois dieux, qui forment comme trois divisions de la grande ame du monde.
Dans le livre de Menou, oii le système de l’émanation est clairement énoncé, il n’y a pas un Dieu distinct du monde, mais un être latent, un être producteur des autres êtres, et les produisant comme le feu produit la chaleur. Nous croyons, du moins, qu’on ne peut l’entendre autrement, par suite de l’erreur radicale de cette théologie, qui nie la création. Plus lard, et dans la même contrée, apparoit la Trimourfl, c’est-à-dirc une es-
pècê de Trinité inférieure, dans laquelle sont personnifiées la force, la conservation et la destriiclion. Des rêves semblables ont amusé les sages de la Perse, de l’Égypte et de l’ancienne Grèce. Ce sont toujours trois attributs du Dieu suprême, qui n’est lui-même que la vie ou l’ame du monde, ou l’énergie qui le pénètre, mais sans que cette ame, cette vie, cette énergie, possédant une volonté libre, soient un principe d’action répondant à l’idée que nous nous formons de la pei’sonnalité divine.
Les idées de Platon, idées qu’il devoit à Py tbagore et à Orphée, sont sans rapport avec la Trinité chrétienne. Ce n’est que cinq cents ans après ce philosophe que ses disciples d’Alexandrie pensèrent à lui attribuer une Trinité.
Mais quelle qu’ait été l’idée du grand homme, quelque interprétation que l’on donne aux écrits où il en fait mention, sa Trinité comprend toujours le monde ou l’ame du monde.
L’infini est confondu toujours avec le fini ; Dieu n’est point en dehors des
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créatures , comme clans le symbole chrétien.
La Trinité que le dix-huitième siècle a blasphémée, a trouvé de zélés partisans au dix -neuvième; mais parmi les diverses théories inventées par Hégel, Saint-Simon et les autres, c’est toujours la vie qui remplace l’ame du monde des anciens ; et la, Trinilé se compose des diverses manières de concevoir cette vie et cette énergie, qui laissent le monde sans créateur, sans maître, sans Dieu. Les modernes rationalistes se jettent ainsi - à la suite des anciens dans l’athéisme, ou, ce cjui revient au même, dans le panthéisme, cpii perd Dieu dans le monde ou le monde en Dieu. Celte monstrueuse erreur, nous ne saurions trc:>p le faire remar(|uer, est une conséquence nécessaire de la négation du dosfine de la création . Le Christianisme
cjiii le professe a dû placer la nature clc la créature infiniment au-dessous de la nature de Dieu, et dans tous les
tSs, les séparer par un abîme profond < infranchissable. Cette simple observation démontre premièrement comment les Trinités antiques n’ont pu avoir auciln rapport avec la Trinité de notre symbole, comment celle-ci n’a pu jamais être une transformation des premières, puisqu’elle est, au coiirtraire, avec elles dans une formelle, dans une évidente contradiction.
Nous y voyons, en second lieu, que celte contradiction consiste en ce que le mystère chrétien place T)ieu en dehors de toutes les créatures. En elfet, la première personne de la sainte ^Trinité le^a tirées du néant; la seconde a racheté l’homme, le plus noble des êtres visibles; et la troisième nous a sanctifiés. Ce n’est pas ici le lieu de prouver soit la vérité du mystère, soit la vérité de cette triple opération : l’une et l’autre vérités reposent sur les textes sacrés, sur les preuves qui établissent la certitude de la révélation et des traditions chrétiennes et^ catholiques, et sur l’autorité de l’Eglise. Nous n’avons pas non plus
à montrer comment quelque mystérieuse que soit la Trinité nous en portons cependant en nous une admirable image ("). Nous avions à établir seulement, qu’alor^même que le rationalisme rejeteroit les fondemens et les motifs de notre foi, il seroit forcé de reconnoître que le dogme, d’un Dieu créateur, rédempteur et sanctificateur, laisse à Dieu tous ses v attributs infinis, tous ceux que lui reconnoît la raison la plus élevée, et qu’il exclut en même temps l’erreur qui a perverti toutes les tbéodicées qui ne sont pas cbréliennes
Ce que nous avons dit de la Trinité, nous pouvons le dire de l’Incarnation , deux dogmes si étroitement liés, que ceux qui, comme les Socinien§, ont nié le premier, ont été
(u) Voyez, à la fin du volume, le passage de Bossuet, qiii fait le navallcle des facultés de l’ame avec les trois personnes divines.
(6) Par dogmes chrétiens, nous entendons ceux qui OUI été professés par tous ceux qui ont cru au Messie, avant comme après sa venue.
conduits tôt ou tard à nier le secondé.
Après celte observation, que nous ne pouvons développer ici, nous allons répéter sur l’Incarnation la double épreuve déjà faite : savoir, qu’elle n’est pas opposée aux dogmes de la religion naturelle; qu’elle leur donne au contraire un appui qui les soutient, une force qui les conserve.
Elle n’est pas opposée : Nous venons de fa i re remarq uer que dans tous les autres cultes et dans tous les autres systèmes dans lesquels on admet l’éternité du monde, et il n’est pas de système anti-chrétien qui ne soit plus ou moins entaché de cette erreur; nous avons fait remarquer, disons-nous, que dans ces cultes et dans ces systèmes il y a tendance à confondre Dieu avec le monde ; la logique conduit à cette confusion alore même qu’on ne l’exprime pas, alors même qu’on exprime l’idée contraire. Dans tous ces systèmes Dieu n’est pas libre; et si on tire les conséquences légitimes de
(a) Voyez Behcikr, Dictionnaire de TkéolGîjie, artl • de Ttinitc, vers la (in.
l’élernilë du monde, l’homme n’est pas plus libre que Dieu. Dès-lors celui-ci ne peut être rémunérateur de la vertu et vengeur du vice (“). Ainsi la sanction la plus nécessaire de la morale disparoît, ou ne repose plus que sur une contradiction.
Examinez maintenant si une opposition semblable existe entre les perfections divines et le mystère d’un Dieu , uni à l’homme. D’où viendroit-elle? Le chrétien qui professe ce mystère a toujours professé l’unité de Dieu, sa spiritualité, son immensité, sa personnalité. Ce maître des mondes reste dans la dignité, dans la plénitude de son être, dans l’entière liberté de son action, que lui enlèvent ou qu’altèrent tous les autres systèmes. Ainsi point d’opposition ; mais il y a de plus un secours que le mystère de l’Incarnation nous donne pour conserver la véritable notion de l’Être des êtres.
En professant l’union de l’homme
• (a) En effet, si l’homme est coéternel à Dieu, s’il est émané comme un rayon émane du soleil, il est nécessairement placé sous l’empiic de la fatalité.
avec Dieu, le Christianisme a toujours anathématisé le mélange, la; -confusion des deux natures, erreur capitale des doctrines anti - chrétiennes, et lui seul a porté cet anathème.
Il l’a porté contre les Neo-Platoniciens, contre les Gnostiques, contre les Eutycliiens, contre les disciples de Manès^ contre toutes les doctrines sorties de l’école de Spinosa. Il ne s’est pas borné à cette première espèce de secours.
Il est dans l’intelligence dePhomme <|ui ignore le christianisme, ou qui l’abandonne après l’avoir connu, une contradiction trop peu remarquée, aussi étonnante que les contrastes faciles à remarquer dans un cœur dominé par les passions.
Une des erreurs les plus répandues dans l’antiquité, a été de confondre plus ou moins Dieu dans la nature.
Voyez le polythéisme : il divinisoit les élémens, les astres, les hommes,
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les vertus, les vices, les réalités, et .
jusqu’aux abstractions. Quel abaissement de la Divinité ! quelle violence faite à la raison, au plus simple bon sens! quelle confusion, quel mélange sacrilège de la créature et du Créateur ! Et cependant des peuples innombrables sé sont soumis sans murmurer à cette union absurde de Dieu avec le monde et avec l’homme. Ces philosophes se sont tus en présence de cette erreur monstrueuse; ils l’ont justifiée quand elle a été combattue; ils lui ont prêté le secours de leurs systèmes, qui reposoient, il est vrai, sur l’erreur analogue à celle qui fut la source de toutes les extravagances de l’idolâtrie, sur l’erreur que la Divinité étoit l’ame du monde.
Ainsi leur raison a accepté l’union nécessaire, substantielle, de l’Être in- Oni avec tous les êtres de la nature, avec les plus abjects comme avec les plus nobles, ou plutôt elle a divinisé ces mêmes êtres. Elle s’est révoltée, quand la révélation marquée de tous les signes les plus imposans de cré-
dibililé, est venue lui apprendre que Dieu s’étoit uni à l’homme d’une manière plus digne de lui, qu’il s’éloit uni librement; les deux natures, le fini et l’infini, demeurant parfaitement distincts, sépares par toute la distance qui existe nécessairement entre le Créateur et la créature, entre le Tout-Puissant et son œuvre, son imparfaite image. '
La raison des panthéistes modernes a identifié aussi Dieu et le monde ; et afin de répousser le meme mystère révélé, il a renouvelé la même absurdité.
Pour tirer Dieu de ce chaos, les déistes l’ont tellement distingué du inonde, qu’ils l’ont réduit à en être le contemplateur oisif après en avoir réglé une fois pour toutes l’admirable structure et la merveilleuse harmonie.
Ils l’oiit distingué de l’homme, à tel point que celui-ci n’a nul besoin de ce souverain inaitre. A les en croire, l’homme est naturellement bon ; ses instincts, ses penchaijs, sa raison sont les seules lois qu’il ail rcrues; leur développement naturel produit le beau,
lé vrai , le bien moral. Mais, dans cette hypothèse si séduisante, ils n’expliquent pas et n’expliqueront jamais comment l’homme fait le mal, tombe dans l’erreur, trouble la société, est en perpétuelle opposition avec l’auteur et les lois de son intelligence et de son coeur.
Dans celte hypothèse, l’homme est autorisé à dire que le bien est mal, que les fausses lois, que les faux biens, quelessentimensdépravés qu’il trouve ou croit trouver dans sa conscience, sont les vraies lois, les vrais biens et les seuls sentimens légitimes.
Il n’est pas un système anti-chrétien , sur les rapports de Dieu avec l’homme et avec le monde, qui ne rentre dans l’un de ces deux systèmes.
Les panthéistes rejettent d’ailleurs la création , et se gardent bien d’expliquer comment, ne croyant pas possible, sans une cause première, l’organisation et les formes qui frappent nos sens ou que notre esprit conçoit, les substances qui ont reçu cette organisation et ces formes n’ont ja-
mais eu de cause; comnienl elles sont -éternelles et nécessaires. Entre le Dieu perdu dans le monde et le' Dieu qui ne l’a touché qu’une fois pendant la durée de son éternité pour l’abandonner ensuite à lui-iuênie, \ient se placer le Dieu qui ii’esl pas conlbndu dans le monde, et qui ne l’abandonne pas entièrement. Dans cette doctrine, l’homme est l’œuvre de Dieu, mais une œuvre distincte de son incommunicable nature, digne de l’amour qui le tira du néant, de sa providence qui le conserve, et de sa miséricorde qui le répare après qu’il s’est dégrade en abusant de sa liberté. Le Dieu des déistes laisse à l’homme une liberté sans frein; le Dieu nature le place sous le joug d’une impitoyable fatalité, qui répugne au sentiment de notre libre arbitre, et qui détruit la moralité des actions humaines. Le Dieu des chrétiens, sans détruire la liberté, soutient, fortifie la volonté. Il est en rapport avec le monde et avec l’homme ; mais il demeure audessus du monde matériel , auquel il
communique le mouvement ; àu-cléî*sus de l’homme, dont il éclaire la raison. S’il s’est uni h notre nature d’une manière plus intime, d’une manière hypostatique par le mystère de l’Incarnation, c’est pour nous sauver, pour nous régénérer. C’est là sans doute un profond mystère ; mais combien ceux des déistes et des panthéistes sont plus incompréhensibles et plus désolans ! Et cependant, quel est le fondement de leurs mystères-^ Les panthéistes sont abusés par leur imagination , qui nie , parce qu’elle ne la conçoit pas, l’action de Dieu tirant le monde du néant; les déistes sont séduits par une comparaison très-superficielle de l’action de Dieti avec l’action de l’homme. Les chrétiens ont, pour croire au mystère d’un Dieu uni à l’homme, les prophéties , les miracles , la perpétuité et la catholicité de l’Église ; ils ont des preuves, au lieu d’une conception imaginaire ou d’une foible analogie.' Avec ces avantages nous avons celui de trouver dans ce meme mystère le
principe de la morale la plus parfaite et du culte le plus pur, le mobile de toutes les vertus qui ont illustré l’Église; nous avons un ensemble admirable, où, comme nous le dirons bientôt, tout se soutient et s’enchaîne dans une divine harmonie.
Nous obtenons ces merveilleux résultats en respectant infiniment plus la grandeur, la sainteté, la honte, la justice infinies, surtout si nous les méditons dans le calme des passions, et avec un s désir ardent de connoître les desseins adorables de Dieu sur le monde et sur l’homme ; et si nous ajoutons a ce désir un profond sentiment de notre foiblesse et de l’insuffisance de notre raison.
Le plus grand obstacle à la counoissance de Dieu a sa source dans l’ambition de sonder la nature de cet être infini. Ceux qui s’arrêtent aux inductions si claires que leur offre le phénomène de leur existence personnelle et de l’existence du monde,
les merveilles de leur intelligence et les merveilles de l’univers; ceux qui se décident d’après la foi générale du genre humain, d’après ses traditions; ceux qui sont convaincuspar toutes ces preuves , capables de produire la plus haute certitude, adorent en Dieu la cause féconde et infinie de tout ce qui existe. Mais ceux qui veulent pénétrer au-delà des inductions d’une raison éclairée et d’un sentiment invincible, universel, s’égarent infailliblement, parce qu’ils arrivent dans une région où leur vue ne peut pénétrer. Or, d’où vient cet égarement? De l’orgueil, ainsi que nous le disions il n’y a qu’un instant, en citant un beau passage de M. Cousin. Et d’où vient la sagesse qui ne se trompe point?
De la conviction que notre nature est déchue, et sujette à mille erreurs.
L’homme qui éprouve une telle conviction croit au dogme de la chute et au dogme de l’Incarnation ; il croit que Dieu seul peut nous révéler ce qu’il est, et ce qu’il convient que nous sachions de sa nature; sa rai-
son, phis modeste, accepte le rays-^ 1ère de la création ; et il ne tarde pas à découvrir que, s’il refusoit d’y .
croire, il tomberoit dans d’inextricables erreurs , dans des erreurs destructives de tout culte, de toute moraley de toute vérité; qu’en l’admettant, il croit seulement à un mystère au moyen duquel la lumière se répand sur son origine, sur sa destinée, sur les moyens d’atteindre sa fin sublime.
Il croit aux mystères de l’Incarnation et de la Trinité, comme à des vérités placées au-dessus de sa raison, mais en conservant tout ce que cette même raison peut concevoir de plus élevé sur Dieu et sur l’homme. Ce n’est pas tout encore ; une fois qu’il vs’est soumis à nos trois mystères, un magnifique horizon s’ouvre devant lui; il découvre un ordre complet d’idées dans lequel règne une parfaite harmonie. La morale, non plus une morale quelconque, qui à son état même le plus imparfait n’est pas pos- ' sible , si on ne la fait dériver d’une autorité supérieure à Thomme, mais '
la morale la plus sublime, devient d’une simplicité ravissante; elle appareil avec un admirable enebaînemenl , soit dans les règles qui la composent, soit dans les dogmes qui lui servent de principes. Tout ce qui forme la foi du chrétien, sa règle, ses espérances, est lié dans son intelligence, excite en lui le dévouement, l’amour, et quelquefois un zèle, un enthousiasme surnaturels.
Suivez-nous encore quelques instans, vous en serez' convaincus :
Nous devons aimer ^ le Dieu qui nous a éternellement aimés, avant même que nous eussions reçu l’être; nous devons aimer le Dieu qui a sauvé, relevé notre nature déchue.
Nés d’un même père par la création, devenus une seconde fois, ses enfans par l’ïncarnatioi^ tous les hommes ■doivent s’unir par les liens d’une touchante fraternité; et la loi se trouve ainsi réduite à deux préceptes, qui, dans leur étonnante précision, ren-
ferment des applications infinies et conduisent à toutes les vertus (“).
Jésus-Christ a changé le monde par ces deux paroles : Aimez Dieu par-dessus toutes choses ; aimez le prochain comme vous-même.
Pourquoi donc, Seigneur, vous aimer plus que moi-même, plus que , tous les objets de ma tendresse, plus que le monde entier? Tu aimeras Dieu plus que toi-même, nous répond-il , et plus que le monde , pai ce qu’il est le Père qui l’a créé , le Fils qui l’a racheté , le Saint-Esprit qui l’a sanctifié. Mais pourquoi , Seigneur, aimer mon prochain, c’està-dire, selon votre propre interprétation , mes ennemis comme . moimême? pourquoi une morale si difficile? Tu aimeras tous les hommes, nous dit-il encore, comme toi-même, parce que vous avez, toi, comme tous les autres, un Père dans le ciel, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchans.
(a) Voyoa notre Instruction pastorale sur la Charité.
Si vous voiliez vous expliquer à vous - memes comment Jésus-Christ a pu tout réduire à l’amour de Dieu et du prochain, rien ne vous sera plus facile. En effet, si l’homme est fidèle à aimer Dieu par-dessus toutes choses, il est impossible qu’il ne l’aime pas plus que ses penchans vicieux ; et s’il l’aime ainsi , il ne peut , être voluptueux, superbe , avare , impie, ni manquer à quelque devoir envers Dieu et envers lui -même.
Avec l’amour de ses semblables, il ne;, peut se livrer à la haine, à la vengeance , à aucun mauvais sentiment.
Le cœur charitable renferme d’ailleurs d’une manière surabondante la disposition à respecter la justice et les nombreux devoiis qu’elle prescrit. Ainsi , toutes les vertus sont dans la charité, et la charité vient de Dieu , et des doguies expression de sa vérité.- Celui qui ne comprendra pas ainsi l’Évangile n’en aura jamais l’intelligence. En vain le génie auroit
pénétré les mystères de la politique, gouverné ou conquis les peuples les plus indociles, mesuré la hauteur des astres et la profondeur des mers, connu tous les phénomènes de la nature,’ et expliqué tous ses mystères , pénétré jusque dans les cieiix pour en admirer les merveilles et y entendre d’inelTables harmonies; ce génie pourra et devra dire avec vérité : Si je n* ai pas la charité , je ne suis rien; et il n’aura jamais la charité , s’il n’a pas la foi aux dogmes qui lui révèlent son Créateur et son Sauveur. Mais les petits, les simples, les plus ignorans, s’ils possèdent celle foi , s’ils croient à l’amour infini de leur Père céleste, deviendront enfans de Dieu ; et , pour gage de leur auguste adoption, ils auront, avec le secours de la grâce, une pureté et une charité parfaites, des vertus vraiment célestes.
Nous vous avons déjà montré, dans une de nos Instructions précédentes, combien grande étoit la dureté du cœur humain, avant que Jésus-Christ vînt lui révéler ses augustes mystè-
l es ; nous vous disions aus d , et vous pouvez en juger vous-mêmes, avec quelle facilité le monde qui abandonne la doctrine du Sauveur retombe dans un mortel égoïsme, et dans les vices nombreux qui désolent un cœur vide des chastes et saintes affections de la charité.
Voyez combien cette doctrine est simple, mais aussi combien la morale y est dépendante des dogmes.
Vous devez aimer Dieu, parce qu*il est doublement père, et par la création et par la rédemption. S’il est votre père , vous êtes donc des frères; vous devez vous aimer comme peuvent s’aimer des enfans de Dieu, qui sont unis par la communauté de leur origine dans l’ordre de la nature , et par la grâce qui est venue rendre à cette nature une pureté de sentimen s qu’elle ne connoissoit point depuis sa chute.
Si vous savez comprendre l’Évangile , et le divin commentaire qu’en
ont fait les apôtres, vous y trouverez, sous mille Expressions diverses, les dogmes et la morale que nous venons de vous exposer. Dans ces pages sacrées , c’est toujours le- Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation qui nous envoie son Fils pour nous sauver; ce Fils qui, nous aimant d’un amour jnfini, envoie l’Esprit saint j^our nous faire comprendre toute vérité, nous faire aimer toute vertu ; et ces trois Personnes divines, dans leur éternelle charité pour l’homme , sont le motif de la charité que l’homme doit pratiquer, comme dans leur union éternelle elles sont le modèle de l’union qui doit régner entre tous les enfans d’Adam. A ces dogmes est essentiellement lié tout l’enseignement dogmatique de l’Eglise ; la chute de l’homme, sa réhabilitation, la doctrine sur la grâce, sur ' les sacremens , sur la priere , sur la i vie à venir : tous ces dogmes ont un lien .nécessaire avec les deux mystères fondamentaux de notre foi dont on ne peut les isoler; et tous ensem
ble cleviemient le motif, le principe de la morale et des vertus évangéliques. L’Église n’existe que pour conserver ces vérités jusqu’à la fin des siècles; le culte n’en est que l’expression. En effet, nos rites sacrés et nos saintes prières ne nous parlent que de la cliute de l’homme, de sa rédemption par Jésus -Christ, de sa sanctification par l’Esprit saint, de la divine justice que nous devons apaiser, des récompenses qui doivent couronner notre fidélilé. Pourquoi tous ces dogmes ? quel est leur résultat pratique? Jésus-Christ nous l’apprend dans les termes les plus clairs et les plus précis : c’est de nous conduire à connoître un double précepte , abrégé de toute sa loi , et de nous y rendre fidèles. '
Quelle admirable unité dans ce corps de doctrine! quelle harmonie 1 quelle fécondité ! Elle se justifie par elle-même : tant il y a de liaison entre les devoirs que prescrivent
les règles, entre ces règles elles-mêmes et ridée la plus parfaite qu’il soit possible de concevoi;* du législateur.
Nous comparions, il n’y a qu’un instant, avec l’admirable régénération produite par le Christianisme, les effets et les influences du rationalisme : que l’on compare maintenant les deux doctrines prises en elles-mêmes; au lieu de l’ordre divin qui règne dans la première , on trouvera dans la seconde la plus épouvantable confusion. Cette confusion passe dans l’intelligence, qui ignore l’origine et la fin de l’homme; dans le cœur, qui a perdu la véritable i*ègle de ses affections; dans la volonté, incertaine faute de lumières, foible et dégradée, parce qu’elle n’a plus de motifs dignes d’un être immortel.
Cette dernière réflexion nous conduit à comparer les deux systèmes rivaux sous un autre rapport.
La conclusion que nous aurons à tirei* de ce rapprochement paroîtra bien étrange à ceux qui repoussent le Christianisme comme moins favora-
})le au\ bonnes méthodes dans la recherche du vrai. Car nous prétendons montrer qu’il a pratiqué la meilleure, surtout en ce qui concerne les vérités vraiment uliles au bonheur de l’homme.
Le ChristianisiTic' a produit, par la nature même de son enseignement, une meilleure méthode philosophique.
Les deux caractères de la méthode ({lie nous pouvons appeler chrétienne, par opposition à celle du rationalisme, sont premièrement qu’elle respecte davantage les devoirs de la raison; secondement qu’elle fait un emploi meilleur et plus intelligent des forces de l’esprit humain. Pour éviter toute équivoque, nous devons prévenir que par raison , nous entendons ici la faculté de comparer ensemble des propositions , et d’en déduire les conséquences. En d’autres termes, la raison est la faculté d’apercevoir la liaison ou l’opposition des idées dans une longue suite de déductions.
La raison, ainsi entendue, a mieux respecté ses devoirs chez les philosophes chrétiens , (jue chez ceux qui ne le sont pas , parce qu’elle a mieux connu ses véritables limites.
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Remarquez la manière de procéder, non pas de tel ou tel philosophe , mais en général des écoles philosophiques chrétiennes , vous les verrez toujours respecter les vérités premières, autrement appelées vérités du sens commun. Nous n’avons pas ici à les fixer avec précision ; elles comprennent certainement le sentiment de notre propre existence, la certitude qu’il y a des êtres distincts de nous, certaines vérités évidentes telles que celle-ci : Tout effet doit avoir une cause; certaines vérités de l’ordre moral , par exemple : Ne faites point à autrui ce que vous ne voudriez point qu’on vous fît à vous-même.
Le plus hardi des philosophes chrétiens, Descartes, leur a bien appliqué le doute méthodique; mais jamais elles n’ont été l’objet d’un doute réel.
S’il est remonté jusqu’aux fondernens des connoissances humaines, ce n’est pas qu’il doutât de leur solidité. Son but ctoit , si je puis m’exprimer ainsi ,
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de les visiter, afin de s’assurer que toutes les parties de son édifice reposoient sur quelque chose d’inébranlable.
Quoi qu’il en soit, sans examiner ici si Descartes n’a pas poussé trop loin son doute méthodique , ce que nous sommes disposé à croire , il est certain que ni lui , ni ses disciples chi*etiens n’ont pu être conduits aux absurdités qui déshonorent la philosophie allemande. Pourquoi Descartes et son disciple Malebranche n ont-ils pas eu la tentation de mer la reahtc du monde extérieur , maigre qu ils ne \issent pas dans la relation des sens ce quelle est réellement , un principe decertitude ? c’est qu’ilscroyoïent
à la véracité de Dieu et à la certitude de la révélation; c’est que, ha»it»es à admettre des mystères révélés , ils
n’hésitoient pointa admettre ceux de la
nature. C’est un rnystère profond, que le passage du moi au non-moi^ que le lien qui unit l’homme à ses semblables et à funivers; mais , maigre qu’il leur fût impossible de franchir cet abîme par la raison , jamais ils ne
conçurent le plus léger doute sur l’existence des corps et des esprits.
Ils auroient dû sans doute considérer cette existence comme une vérité première qui n’a pas besoin de preuves ; Descartes n’avoit pas besoin d’invoquer la véracité de Dieu , et Malebranclie de recourir au témoignage de la révélation ; mais ils avoientbesoin l’un et l’autre de croire à des vérités qui ne se prouvent pas, ' à des mystères. C’est parce qu’ils y crurent qu’ils évitèrent de tomber dans les rêves de Spinosa et de ses nombreux imitateurs , les Fichte , les Hégel , les Lessing , etc.
Le doute qui a sa source dans le mépris des faits naturels ou surnatul els, et dans l’ambition de prouver les principes qui n’ont pas besoin d’être prouvés, de pénétrer la nature des causes et leur action ou influence mystérieuse , a égaré ces philosophes contemporains comme il avoit égaré les anciens sophistes. Au lieu de s’arlêler à la certitude des preuves sur^ lesquelles reposent nos dogmes, ils
ont voulu avoir de ceux-ci une pleine et complète compréhension. De là, une immense erreur.
Nos dogmes ont un côté accessible à la raison, à la conscience, à toutes les facultés humaines*, nonseulement ils leur sont accessibles , mais vous l’avez vu clairement, s’ils disparoissent , le culte n’est plus possible, et la morale devient un effet sans cause, un arbre sans racines, sans sucs nourriciers et vivifians. Mais ces mêmes dogmes touchent à l’infini, et quand la raison veut atteindre l’infini, elle se trouble et se confond. Nous avons des instrumens pour mesurer les distances qui séparent les mondes; la raison n’a pas de facultés qui puissent comprendre , c’est-à-dire , mesurer celui qui d’une parole tira les mondes du néant. La raison du plus humble laboureur comprend que , si une intelligence et une volonté ont dû pi’ésider à la construction de sa pauvre demeure , il a fallu sans doute
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une intelligence et une volonté pour étendre au-dessus de sa tête le magnifique pavillon des cieux,pour créer et féconder la terre qu’il foule aux pieds. Mais quand, voulant expliquer l’action de cette intelligence et de cette volonté infinies, le philosophe s’obstine à la comparer à sa propre action , il court un danger certain , en même temps qu’il est terrible, de s’égarer d’illusion en illusion , et d’errer long-temps loin de la voie de la vérité. Comment l’être borné comprendroit-il l’Etre immense, puisque l’esprit inculte ne peut comprendre le savant? Cependant ces deux esprits sont de même nature, et l’horizon de l’un , quoique plus étendu , n’est qu’un atome imperceptible aux yeux de l’intelligence infinie.
Il n’y a que Dieu qui puisse avoir la compréhension parfaite de lui-même et de ses actes. Si , pour les mesurer, riiomme se met à enfler ses folles conceptions, il ne peut qu’imaginer une matière éternelle , des esprits éternels. En leur donnant l’élernilé ,
il leur donne la divinité, et pose ainsi le principe de l’idolâtrie- ou bien il détruit tout culte, toute morale, toute vérité. Il portera peut-être le délire jusqu’à considérer comme un simple })liénomène le monde absorbé, selon lui , dans la conscience ; ou bien il bâtira un système dans lequel le monde et la conscience disparoîtront pour être absorbés dans je ne sais quel être absolu.
L’univers entier proteste , sans doute, contre ces immenses erreurs.
Les êtres qu’il renferme nous disent qu’ils sont d’évidentes réalités, et en même temps que, loin d’être des dieux, ils ne sont que de foibles et imparfaites créatures , bornées de toutes parts par d’infranchissables limites ; que l’homme , l’être le plus éminent, est un être déchu; qu’au lieu d’une justice, d’une bonté, d’une intelligence divines, il possède une justice, une intelligence, une bonté très-imparfaites , et facilement perverties par une ignorance native et par des inclinations vicieuses.
Les pliilosoplies chrétiens n’ont pu, sans abjurer leur foi, abjurer ces vérités premières et universelles, qui forment le sens commun, ou la lumière générale des moins élevées comme des plus sublimes intelligences. Les philosophes anti-chrétiens ne l’entendent pas ainsi ; ils veulent prouver, par des rêves insaisissables, ce qui n’a pas besoin de preuves.
C’est comme si, au lieu de se servir de la lumière du jour pour apercevoir les objets qu’elle éclaire , ils cherclîoient à éclairer cette lumière ellemême, ou qu’impuissans à en pénétrer l’essence , ils fussent assez absurdes pour la nier. Citons un exemple des funestes conséquences qui sont la suite naturelle des égaremens où tombe la raison quand elle méconnoît ses véritables limites. Qui de nous n’éprouve le sentiment de la liberté ?
Quel est l’homme, quel est même l’enfant doué de volonté, qui puisse révoquer en doute s’il est libre de
suivre ou de ne pas suivre les inspirations de sa conscience ? Ce qui n’est pas douteux pour les âmes les plus simples , deviendra bientôt incertain , ou même illusoire, pour le penseur aveugle qui essaiera de sonder le mystère de la prescience de Dieu, et de la concilier avec notre liberté. Peutêtre qu’il trouvera dans le sentiment de celle-ci un écueil directement opposé. Au lieu de la contester, il exagérera ses droits , il fera l’homme indépendant de Dieu , rendra inutile sa providence et son légitime empire sur l’homme.
Vous voyez clairement, par ces exemples, comment se sont égarés, sur les dogmes fondamentaux de la religion, ceux qui se sont exagéré les forces de leur intelligence.
Si, en suivant cette fausse voie, les rationalistes ont été conduits à perdre la foi aux vérités de la religion naturelle , combien plus devoient-ils être exposés à abandonner
les vérités révélées? Quelque imposantes que soient les preuves du Christianisme, elles se composent néanmoins de faits, de traditions, dont la certitude n’affecte pas autant le commun des hommes que les phénomènes transmis par la relation des sens. Certaines preuves sont purement intrinsèques , et par là même subjuguent moins facilement que les vérités sensibles. Il ne faut donc pas être étonné, si le rationalisme antique ayant ébranlé les vérités naturelles , parce qu’il a placé le doute dans le Ibndement même sur lequel elles reposent, le rationalisme moderne n’a pas été moins audacieux contre le Christianisme.
En présence d’une religion où «tout est vrai dans les dogmes, dans la morale, dans le culte, notre rationalisme moderne s’efforce de tout renverser à la fois. La source de cet égarement vient, nous ne saurions trop le faire remarquer, de ce que la vérité la plus certaine est sacrifiée à l’ambition de sonder le mystère. Quoi de plus sage
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cependant que de le respecter? Pourquoi, par exemple, vouloir comprendre la création, c’est-à-dire l’action du bras tout-puissant, lorsque le plus grand philosophe ignore la manière dont sa volonté commande à son bras ?
Si le génie, après des méditations persévérantes, peut à peine compter et classer les facultés humaines, comment pourrions-nous espérer de concilier les attrihuts divins? Impossible d’indiquer une seule erreur philosophique qui n’ait son principe, d’une part , dans le désir de trouver la dernière raison des choses, raison qui est et sera toujours le secret de Dieu ; d’autre part, dans le dépit insensé qui lui fait rejeter des vérités lumineuses et certaines, à cause de son impuissance à tout comprendre, à tout expliquer. Rien de plus certain que les faits évangéliques d’après les • règles d’une sévère critique; mais leur certitude cesse d’étre comprise , si au lieu de se borner à méditer les preuves qui les établissent, l’esprit est
préoccupé de la pensée qu’il doit commencer par comprendre les mystères. Quoi de plus certain que les dogmes delà providence, delà justice, de la bonté de Dieu? mais, parce qu’elle ne s’est pas bornée à les méditer par le côté accessible à la raison humaine , l’intelligence philosophique s’est trouvée fort au-dessous de l’intelligence même populaire.
Nous parlons d’intelligence philosophique; ceux qui croient tout à la fois en être doués, et que nous en sommes totalement dépourvus, n’ont jamais fait attention à quel point ils abaissoient cette intelligence, et compromettoient la dignité de l’homme et son bonheur.
Quoi de plus humiliant pour la raison que d’admettre un sens moral, une loi morale à laquelle toutes les volontés doivent se soumettre, qui doit être le type de toutes les lois, de laquelle, par conséquent, dépendent essentiellement l’ordre et le bonheur des sociétés, tout en supposant que celui qui voulut faire du genre humain
une grande famille, est demeuré complètement étranger à cette loi?
Quoi de plus contraire à la dignité de riîomme, cjue de lui enlever un législateur suprême, pour le soumettre au hasard ou à la fatalité, ou à je ne sais quelle abstraction insaisissable?
Quoi de plus contraire à son bonheur, que de l’exposer à un éternel scepticisme, suite de l’abandon de vérités qui entrent si naturellement dans son esprit et dans son cœur?
Quelle confiance peut-il accorder à des opinions et à des systèmes plus mobiles que les vents ?
Cette mobilité, cette inconstance des opinions n’est-elle pas un fait qui frappe tous les yeux tant soit peu attentifs, qui désole les âmes honnêtes, navre de douleur les cœurs dévoués à leur patrie? Ils ne pensent pas sans effroi à l’avenir que lui prépare un audacieux mépris du bon sens, de la raison, et des sentimens delà justice la plus vulgaire. Que voyez-vous dans
les écrits où l’on s’elTorce de saper les foiidemens du Christianisme? Autrefois nos adversaires employoient les armes delà criticpie; on pouvoit leur opposer une critique plus exacte :
ils connoissoient notre histoire, nos dogmes, notre morale, notre discipline; ils les connoissoient mal sans doute, ils les voyoient à travers le prisme de la haine ou défigurés par d’incontestables abus, mais enfin ils les connoissoient; ils ne combattoient pasl’Eglise et sa doctrine au hasard, et dans une complète ignorance de l’institution qu’ils aspiroient à détruire.
Si l’on excepte Voltaire, qui substitua lesarcasme, l’ironie, ou un scepticisme léger à une discussion sérieuse , presque tous cherchoient à établir une lutte régulière. En la soutenant, nos a pologistes pouvoient rétablir la vérité des faits, montrer la fausseté ou l’incertitude des uns, laisser aux autres leurcaractère abusif, et prouver qu’on ne pouvoit en rien induire contre la religion qui les condamnoit. On pouvoit aussi montrer sous leur véritable
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jour les préceptes de la morale, les règles de la discipline, les institutions diverses de l’Église, et substituer ainsi un tableau tidèle à un exposé inexact ou à un travestissement odieux. Aujourd’bui que voyons-nous? des hommes sans instruction religieuse, ou n’ayant d’autre savoir que celui qu’ils ont puisé dans des écrits hostiles au Christianisme ; les uns imbus de systèmes philosophiques que chacun entend et modifie à son gré , vrai cliaos où les plus habiles ne s’entendent pas eux-mémes; les autres engoués de systèmes historiques fort arbitraires, fort divers, fort opposés entre eux ; d’autres enfin se bornant à retenir dans leur mémoire des faits travestis, et qui , dans tous les cas, sont sans autorité, parce qu’on n’essaie même pas d’y puiser des preuves , soit pour, soit contre le Christianisme , et de faire prévaloir à sa place toute autre doctrine ou tout autre droit.
Où sont les hommes qui ont une méthode sage , vraie, dans laquelle se manifeste la puissance d’une raison
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saine, d’une bonne foi parfaite? Vous les cberclieriez en vain parmi les adveisaires de la révélation. Un trèsgrand nombre, presque tous, quand ils sont interrogés sur leur foi, n’bésitent pas à répondre : Nous sommes ehrétiens. Mais si on veut savoir quel est leur cliristianisme, ils abandonnent Tune après l’autre toutes les vérités chrétiennes. Pour être chrétien, il faut croire aux mystères , et ils ne veulent pas de mystères ; il faut croire à une révélation divine, et ils rejettent tout autre révélation que celle de l’inspiration du génie. Sont-ils athées , matérialistes, déistes, proteslans ? pas davantage. Ils nient et ils affirment tour à tour. C’est là toute leur science, ils hésitent sur toutes les vérités ; il n’y a pour eux que deux choses certaines : la supériorité de leurs lumières, et l’ignorance de ceux qui ont la simplicité de croire que l’homme n’est pas destiné à être le jouet éternel du doute et l’esclave de ses passions.
Faut-il s’étonner si ceux qui vivent
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au sein de ce profond désordre, fruit de l’abandon de nos dogmes, de l’absence de toute bonne logique, de tout sentiment désintéressé , et surtout d’ un indomptable orgueil , demandent si souvent qu’est-ce que la royauté, qu’est-ce que le pouvoir, l’inégalité des conditions , le droit de propriété ; et si ceux qui reconnoissent encore ces garanties sociales ou qui se bornent à les retenir par suite de l’instinct de leur conservation ou par intérêt, ou par tout autre motif, ne peuvent les défendre ni avec leur foi ni avec des principes arrêtés, sur lesquels ils puissent établir une discussion triom-
Î )hante? Nous avons essayé de montrer a vraie cause de cette anarchie des intelligences, nous allons la rendre de plus en plus évidente.
La. fausse méthode qui a égaré les philosophes anti -chrétiens sur nos dogmes et sur la morale , a été aussi une cause d’erreur pour tous ceux qui l’ont appliquée aux vérités pure-
meut philosophiques. Pour les uns comme dans les autres, il est dangereux de méconnoître les véritables limites de l’esprit humain, c’est-à-dire de refuser la vérité pour s'attacher à un problème insoluble. Dans ce peu de mots, nous venons d’indiquer la vraie cause qui a égaré la philosophie dans le panthéisme. La philosophie est maintenant dans l’état où étoient les matliémaliques quand elles cherchoient la quadrature du cercle.
Depuis que, comprenant qu’entre les deux termes qu’on prétendoit comparer, il n’y avoit pas de commune mesure, les mathématiques ont été délivrées d’un labeur stérile, elles ont fait d’immenses progrès. Le véritable usage de l’infini leur a été donné : le calcul infinitésimal qui pour Leibnitz son inventeur, et pour ceux qui l’ont d’abord employé, s’appuyoit au point de départ sur une espèce de mystère, a été découvert , et par lui la face de la science a été renouvelée (^7).
Que deviendroient la morale, et le droit qui en est une partie si impor-
tante, si avant d’admettre les maximes d’équité qui lui servent de fondement, les jurisconsultes vouloient connoître avec certitude l’origine des idées , la nature de l’ame qui les conçoit, et faire disparoître les doutes, qui , dans la psycologie , sont et seront éternellement insolubles ? Que deviendroit la société, s’il falloit les résoudre avant de pratiquer ces maximes éternelles ?Tu respecteras la vie, la légitime liberté , les biens , l’honneur, la vertu de ton frère ; tu ne lui feras pas ce que tu ne voudrois pas qu’on te fit à toi-même,; tu obéiras aux pouvoirs légitimement établis.
Avec cette méthode des sophistes , nous aurions une législation moins avancée que celle des Hottentots.
Si on veut ai réter et anéantir à son point de départ toute philosophie, le moyen est facile : il consiste, quand on ne nie pas la cause première , à vouloir la comprendre, à vouloir mesurer l’infini avec une raison finie , à vouloir, en particulier , pénétrer son action créatrice, c’est-à-dire le nivs-
1ère profond qui dérobe à notre raison, à notre expérience, et plus encore à nos sens, le passage du néant à l’étre. Le, panthéiste , qui veut le comprendre , imite , dans son travail insensé , les chercheurs de la quadrature du cercle. Il y consume inutilement sa vie, et ce qui est plus déplorable, il y perd la notion de Dieu, avec laquelle disparoit tout culte, toute règle pour sa conduite. Il y trouve une confusion inexprimable de pensées , des contradictions infinies, et l’impuissance de former, nous ne disons pas un corps de doctrine, mais une proposition ayant la vertu de le convaincre. Si un tel chaos pouvoit prévaloir, il n’y auroit plus que le culte effréné du moi. La lutte que la fable plaçoit entre quelques dieux au sein de l’Olympe , deviendroit alors une affreuse réalité. Des êtres intelligens, sans un premier Être, sont de véritables dieux sous le rapport de leur indépendance comme sous le rapport de leur origine ; et coiume l’expérience nous démontre que leurs in-
téréls ne peuvent se concilier que sous l’empire d’un Dieu un et infini, ce maître suprême ayant disparu , on pourroit dire avec Hobbes, que notre état naturel devroit être une guerre de tous contre tous , hélium omnium contra omnes.
Voici notre seconde accusation contre les doctrines anli-cbréliennes.
S’il est une prétention parmi ceux qui les soutiennent, c’est incontestablement celle d’accroître les forces de l’esprit humain. Nous soutenons, au contraire, que ces philosophes les afToiblissent au lieu de les accroître. Nos réflexions antérieures ont suffisamment établi de quel secours étoit l’expérience pour la raison, et combien il importoit également à celle-ci de connoîlre ses vraies limites. Voilà deux appuis que la philosophie clirétienne, ou du moins ses interprètes les plus célèbres, n’ont point négligés , tandis que la philosophie athée et déiste les a constamment dé-
daignés ; mais ces appuis ne sont pas les seuls recherchés d’une part avec confiance et amour, repoussés de l’autre par foiblesse ou par indifférencQ , ou avec colère et orgueil.
Le philosophe chrétien , sans méconnoître ce que son intelligence possède de grandeur et de force , a néanmoins un sentiment modeste de luiméme, par suite de la conviction où il est des nombreux et faciles égaremens de sa volonté et de l’infirmité de sa raison. 11 est ainsi conduit à rechercher tout ce qui peut les fortifier.
De là son respect pour l’autorité du témoignage, pour l’autorité de la raison des autres hommes, pour l’autorité enfin d’un juge des controverses.
Il respecte l’autorité du témoignage ; il saisit les faits en eux-mêmes tels qu’ils lui ont été transmis; il leur applique cette règle si connue :
Les témoins ont-ils pu être trompés ou tromper? Entre les témoins oculaires et auriculaires, d’une part, et
les lecteurs du récit dans lequel les faits sont consignés , d’autre part , y a-t-il une chaîne à l’épreuve des etforts de la plus sévère critique? Voilà ce que dit le philosophe chrétien, et il ajoute : Les faits ont par leur nature une puissance de conviction que n’aura jamais une théorie , résultat d’une longue chaîne d’abstractions.
Celle-ci peut facilement devenir une longue chaîne d’erreurs , si un principe vrai n’a pas servi de fondement au svstème, ou si, dans la suite des déductions , la logique ayant été violée , une fausse conséquence est à son tour devenue un faux principe. Ainsi le voyageur ne peut se méprendre à l’entrée de la voie , quand elle lui est bien connue; mais, à une grande distance, si cette voie n’est plus tracée, s’il n’est plus guidé par des objets qui l’aident à se reconnoître , il peut errer long-temps , jusqu’à ce que revenant à son point de départ , il suive une direction meilleure.
C’est là une image sensible de la certitude des axiomes, etde l’incerli-
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tude des propositions qui en forment des conséquences éloignées. Mais combien l’erreur n’est-elle pas plus facile, lorsque l’on met à la place des axiomes des abstractions telles que cellesci : Il n’y a qu’une substance dans le monde ; tout rentre dans le moi ou dans l’absolu : ou des abstractions en apparence moins absurdes, mais néanmoins aussi fausses, par exemple : Rien ne se fait de rien ; proposition qui , appliquée à l’homme , est incontestable ; proposition fort obscure et absurde , quand on l’applique à une puissance infinie.
Les faits ont un autre avantage cpie n’ont pas les idées métaphysiques ; ils sont facilement saisis par tous, et donnent à tous la certitude lorsqu’ils sont revêtus de certaines conditions.
Voilà pourquoi , dans les desseins de la Providence , ils ont été destinés à devenir la preuve la plus claire et la plus populaire des vérités que Dieu daigne révéler à l’homme; c’est le corps qui les rend visibles. De même que le lien d’une société , quoi([ue
par sa nature essentiellement spirituel, n’est possible néanmoins entre les intelligences, qu’à la condition qu’elles se serviront de leurs organes; de même aussi les vérités purement intellectuelles ne deviennent sensibles à tous, que par leur union intime avec certains faits. Les apologistes de la religion en ont dans tous les temps parfaitement compris la force. Si on peut faire un reproche fondé à quelques-uns , c’est plutôt de ne s’être pas arrêtés dans leurs controverses avec le commun des hommes, aux faits les plus imposans , et de n’y avoir pas saisi ce qui pouvoit être plus facilement mis hors de discussion.
Quoi qu’il en soit, ils ont bien senti tout ce qu’il y avoit de faux dans la philosophie anti-chrétienne, et plus encore dans les théories qui ont prévalu depuis quelques années, théories dans lesquelles on ne daigne pas même mentionner les monumens les plus vénérables et les plus authentiques.
Les défenseurs de la foi doivent
bien prendre garde qu’ils perdent un avantage immense en faveur d’une cause aussi sacrée, s’ils ne ramènent aux faits les adversaires qui s’obstinent à les repousser. Ils doivent les leur rappeler, alors même que sans sortir du domaine de la métaphysique et de la logique , ils ont démontré la beauté , la vérité des dogmes et de la morale du Christianisme.
Si des faits qui ne peuvent avoir que Dieu pour auteur, et que les sens peuvent aussi facilement saisir que les faits naturels , et que la critique peut aussi facilement démontrer, si de tels faits sont liés à une doctrine qui a eu la vertu de renouveler la face du monde , et d’obtenir ainsi la plus décisive des expériences , il est évident qu’une preuve est ajoutée à une preuve , une lumière à une lumière, et que l’esprit est plus éclairé et plus convaincu.
Outre la tradition qui nous a transmis ces faits, il y a une tra-
dition qui nous a transmis la doctrine , et dans cette tradition , il y a un double caractère digne du plus grand respect.
Ce respect n’est pas .méconnu par le philosophe chrétien ; il l’est au contraire par le philosophe antichrétien.
Le premier caractère de la tradition est de former une chaîne au moyen de laquelle nous remontons à la source de la doctrine. Si nous ne trouvons aucune interruption dans les témoignages, si d’ailleurs la source est divine , parce que Dieu l’a marquée de signes surnaturels, nous en concluons que la doctrine est également divine.
Le second caractère de cette même tradition consiste dans les épreuves que la raison a fait subir à la doctrine transmise.
Que se passe-t-il depuis que le Christianisme existe ? Une controverse incessante, commencée au
second siecle , et qui dure encore au dix-neuvième. Dans cette longue lutte, quelques sophistes ont contesté la certitude des faits surnaturels, la possibilité des mystères, la perfection de la morale chrétienne : une foule de sectaires ont attaqué la hiérarchie catholique, la bonté et Tutilité des lois de l’Église, la conformité de son enseignement avec celui de l’Écriture.
Qu’ont fait les apologistes ? ils ont examiné la valeur intrinsèque de ces diverses difficultés. Ainsi, en matière de faits, ils ont répondu par des témoignages irrécusables à une prétendue impossibilité et à de vains raisonnemens dénués de preuves. Ils ont été fidèles à la bonne philosophie, qui conclut que tout acte existant est j)Ossible : Ab aclu ad passe valet cousecutio.
Ils ont raisonné comme les naturalistes et les physiciens, qui commencent par s’assurer du fait avant de discuter sans fin la possibilité ou l’impossibilité du phénomène : ainsi,
en matière de mystères , après avoir posé ce principe, que Dieu peut nous révàer des vérités incompréhensibles, ils ont reclierclié et ils ont trouvé sans peine les preuves de cette révélation ou de cette parole divine ; preuves tirées des faits surnaturels qui ont accompagné l’enseignement des mystères; preuves des traditions établissant la perpétuité de leur enseignement , que l’Église manifeste dans ses conciles , dans les écrits de ses docteurs , dans ses livres élémentaires , dans une prédication universelle; preuves tirées de l’admirable influence de ces mystères sur la morale, et de leur harmonie avec la religion naturelle qu’ils conservent et à laquelle ils donnent un divin complément.
Ainsi , en matière de morale , ils ont prouvé sa perfection par la raison, par les heureux effets résultant de son application, par l’autorité des plus grands génies que le Christianisme a produits , par la perpétuité de 1^’enseignement de l’Église, soit
qu’elle se soit bornée à l’énoncer , soit qu’elle l’ait fixé par des décisions.
La même méthode a été appliquée à tous les dogmes catholiques : ainsi, sans jamais reconnoître la possibilité d’une religion purement rationnelle, la raison a été plus exercée dans la science théologique que dans aucune autre science. De là sa grande puissance. Les divers appuis qu’elle a reçus n’ont pu l’asservir; ils lui ont donné au contraire une force inconnue hors du Christianisme. Elle a été plus puissante , précisément parce qu’elle a accepté les limites que lui donnoit le Christianisme et les divers secours qu’il lui apportoit.
C’est ainsi que nous voyons la main de l’homme ou resserrer le lit des fleuves entre de puissantes digues , ou réunir dans des canaux des eaux dispersées, pour porter au loin les produits du commerce et de l’agricullure.
Comparons deux philosophes illustres, Tun qui est chrétien sincère , l’autre qui est resté un pur idéo- ' logue, Bossuet et Kant. Quand le premier parle de Dieu, il en parle comme l’Écriture, comme l’Église, comme les docteurs, les conciles, les innombrables théologiens catholiques; mais il en parle aussi comme les plus grands hommes , comme peut en parler le génie le plus sublime.
Kant, au contraire, réduit à la raison pure , se sépare de toutes les traditions, de toutes les hautes raisons qui se sont inclinées devant le dogme fondamental de l’existence de l’Étre suprême; et s’il n’arrive pas jusqu’à l’athéisme , il ne s’en défend que par des argumens abandonnés bientôt par ses plus célèbres successeurs. Cet exemple, appliqué aune vérité fondamentale, et à deux philosophes, l’un défenseur, l’autre ennemi de notre loi, on peut l’appliquer à toutes les autres vérités, à tous les autres philosophes.
Quand il s’agit des vérités étrangères à la religion naturelle et à la religion révélée, l’observation que nous venons de faire n’est plus applicable. Cependant , dans toutes les sciences , l’homme trop épris de son sens privé, de sa raison individuelle, est infiniment plus exposé à l’erreur, que celui c]ui a la sagesse d’appuyer son sentiment sur le sentiment des autres hommes. Si le premier, malgré l’opposition que rencontre chez les esprits éclairés un système longtemps et péniblement élaboré par son intelligence , s’obstine à le soutenir, il y a beaucoup à parier qu’il soutient une erreur, ou meme un assemblage d’erreurs. Si le second, au contraire, obtient une adhésion facile, soit de la multitude, si la multitude est capable de le comprendre, soit des hommes d’élite s’ils sont les seuls juges compétens, sa raison chancelante s’alfermit aussitôt. Pourquoi cette intelligence , méfiante
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d’ elle-même , est-elle reconnue plus sage , plus raisonnable ? Pourquoi l’autre est-elle accusée de système ou d’entêtement qui peuvent conduire aux plus graves erreurs? C’est que l’un agit conformément à la nature de riiomme, et que l’autre la contrarie.
L’homme n’est pas un être solitaire, mais un être social. Solitaire, il est incomplet; social, il est susceptible d’un magnifique développement. Dieu auroit pu nous faire trouver la certitude toujours et seulement dans l’exercice d’une raison complètement indépendante; mais il ne l’a pas voulu, de peur que nous ne fussions des philosophes orgueilleux etmisanthro|)es. Le besoin que nous avons de cet Être infini, est le principe du culte que nous lui rendons et le motif des vertus qui nous font tendre vers cette fin suprême. Le besoin que nous avons de nos semblables, est le lien le plus fort des sociétés humaines, la source de tous les rapports qui unissent les individus, les familles et les Etats. Le besoin particulier qu’ont les hommes
supérieurs de se nourrir des grandes vérités qui dominent toutes les, autres, d’en faire l’analyse ou la synthèse , d’embrasser ainsi d’un coup d’œil ou de parcourir en détail un vaste horizon intellectuel; ce noble besoin peut soutenir quelque temps leur conviction, mais il ne la^soutiendroit pas long-temps et toujours contre une résistance générale. Les grands génies sont proclamés tels, non parce qu’ils sont restés toujours seuls, mais parce qu’ils ont devancé les espiits vulgaires. Loin d’avoir pu se soutenir sans l’assentiment des autres hommes, leur force a été de l’obtenir avec une plus grande unanimité. Les novateurs, qui n’ont obtenu qu’une .
vogue momentanée, ou qui n’ont rencontré qu’une constante désapprobation, In^ont jamais été que des esprits singuliers ou bizarres.
En combattant cette tendance du rationalisme, qui exalte outre mesure la raison de l’individu, quel-
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(jiies pliilosoplies clirétiens ont donné dans un autre excès; ils ont déprimé la raison individuelle jusqu’à la rendre incapable de certitude. La certitude repose en dernière analyse sur un assentiment intérieur; voilà ce ï|u’ils auroient dii reconnoître et ce qu’ils ojit méconnu; ils auroient été pleinement dans la vérité s’ils s’étoient bornés à dire, qu’en s’éloignant des premières vérités, le jugement d’un individu a besoin d’étre fortifié par desjugemens analogues, dont la réunion peut opérer, moyennant certaines conditions, une conviction inébranlable.
Il est facile de comprendre, par ces observations, l’influence du Christianisme sur une bonne philosophie. L’esprit du Christianisme est éminemment sociable, parce que, sans nier la force de la raison, il donne à l’homme un sentiment plus vrai de sa foiblesse, et le dispose plus sûrement à profiter des secours dont
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elle a besoin. L’esprit pliilosopliiqiie, au contraire, exagère les forces de la raison. Cette exagération est rareuient dangereuse dans les sciences physiques, parce que l’esprit y est promptement averti de son insuffisance. En présence des résistances que lui offre la nature, des démentis qu’elle lui donne, il est contraint d’appeler au secours de ses sens et de ses organes, les sens et les organes de ses semblables, leurs calculs etleur expérience au secours de ses propres calculs et de sa propre expérience. Dans l’ordre moral, il s’égare plus facilement, parce riu’il entre dans une sphère où sa volonté rencontre moins d’obstacles. Cependant, dans cet ordre même, il s’égare moins à mesure (pie la nature des choses le force à rechercher ou à subir le concours de volontés étrangères. Le philosophe anti-chrétien qui feroit des lois, les feroit bien moins sages, bien moins durables, (pie le législateur cbrétien. Il est dans la nature orgueilleuse du premier, dans ses idées, dans ses dispositions.
de mépriser l’expérience et d’innover avec présomption. Néanmoins il trouve dans les croyances, dans les habitudes, des résistances qui atténuent ce danger. De là vient que ses règles pratiques sont plus sages , que les théories dans lesquelles sa raison et son imagination se donnent pleine carrière.
Nous venons de révéler la vraie cause, la cause profonde des erreurs de tous les systèmes philosophiques, depuis les plus anciennes écoles de la Grèce, jusqu’aux écoles qui, nées depuis quelques années, sont déjà dans une visible décadence.
Revenons au Christianisme.
Quel système de doctrine a été discuté par un aussi grand nombre d’hommes placés à des points de vue plus divers, en présence d’ennemis plus disposés et plus intéressés à le combattre? Quel autre, dans une aussi longue suite de siècles, a traversé des sociétés aussi différentes par
les croyances, par les mœurs, par les lumières, par tout ce qui forme la civilisation d’un peuple? Quel autre, pendant cette longue vie, a été plus aimé, plus béni par les cœurs droits, par les âmes pures auxquelles il a inspiré de si touchantes vertus ? Quel autre enfin a appelé avec autant de persévérance, les méditations des plus grands génies , et a aussi souvent obtenu leur assentiment, leur foi, leur profonde admiration ?
Quelle n’est pas la témérité du rationaliste, qui oppose à une doctrine soumise à de telles épreuves, sa pensée ou son rêve de la veille ! Il se défendroit mal, en invoquant le nombre actuel des philosophes anti-chrétiens. Quelque nombreux qu’ils soient pour repousser la vérité chrétienne, ils sont d’une impuissance absolue pour réaliser dans les faits la moins déraisonnable de leurs théories. Leur accord pour appuyer un corps de doctrine n’est pas même possible. Il est vrai de dire aujourd’hui, ce qu’on a dit clans tons les temps, cpie deux
tu
pliÜQsoplies ne peuvent s’entendre.
Et il n’arrive que trop souvent que chacun en particulier ne s’entend pas aveclui-mcme. De là, avec une grande puissance de destruction, ils n’en ont aucune pour établir la vérité.
Il résulte de tout ce qui a été .dit jusqu’ici, que la morale n’èst pas possible sans les dogmes delà religion naturelle; que ces dogmes et cette morale n’ont conservé leur pureté, leur intégrité , et ne sont parvenus à la perfection dont ils étoient susceptibles, qu’au sein du Christianisme.
Mais, comme il ne peut y avoir de bonne philosophie là où les dogmes et la morale de la religion naturelle sont méconnus ou altérés , il s’ensuit que le Christianisme seul peut posséder une bonne une saine philosophie. Par une bonne philosophie, il est clair qîie nous entendons ici la science qui s’occupe surtout et avant tout de Dieu, de l’ame humaine, du principe, des destinées de cette noble
créature, de la méthode qu’elle doit ' suivre dans la recherche du vrai.
Il nous reste à prouver quele Christianisme, qui a une si grande puissance de conservation et de perfectionnement, repose lui-méme sur une autre puissance, qui est celle de l’autorité.
L’Eglise catholique conserve plus sûrement renseignement du Christianisme, qui est lui-même nécessaire à la pureté de la morale et des dogmes naturels, et à une bonne philosophie.
Partout où ne s’est point fait sentir l’antorité tutélaire de l’Église catholique, les dogmes révélés, les dogmes memes de la religion naturelle , ont été plus ou moins en péril. Elle n’a point paralysé les forces de l’intelligence, comme le lui reprochent ses ennemis ; elle les a soutenues, au contraire, et par ce moyen a puissamment contribué à la conservation d’une bonne philosophie. Ces assertions ont besoin d’étre expliquées.
Il n’est pas d’homme réfléchi' qui n’ait remarqué l’influence exercée par l’enseignement sur les esprits les plus éniinens. Bossuet, Fénelon, nos plus grands docteurs n’ont trouvé ni une nouvelle règle de morale, ni un nouveau dogme; ils les ont reçus de l’Eglise au sein de laquelle ils ont été élevés. Les plus grands hommes de la
Uéfomie ii’ont pas invenlé un seul ai'-
licle de leurs divers svmboles; ils les
ont empruntés à la société religieuse avec laquelle ils avoient fait divorce, se bornant à retranclier les points de doctrine qui leur sembloient moins fondés. Cela fait, ils se constituoient eiix-rnémes en corps enseignant, sous le nom de consistoire ou de synode , d’académie ou d’université, obéissant d’ailleurs comme les Catbolif(ues à cette loi de notre nature, loi de tous les temps et de tous les pays, loi qui veut que riiomme soit un être enseigné. Mais, avant d’obéir à cette loi, ils l’avoient attaquée, et par-là même ils avoientdétruitautantqu’ilétoit en eux sa force et sa vertu conservatrice. Les philosophes ne conservent les vérités dogmatiques et morales ([ui forment le corps de la religion naturelle, que parce qu’ils les empruntent au Christianisme. S’ils essaient de les réformer , ils les affoiblissent ou les exagèrent, les rendent inutiles ou impraticables. Ainsi , ce qu’ils ont de mieux à hure, en matière de ieligi(m et de mo-
raie, c’est de suivre rautorilé. Mais elle perd pour eux une grande partie de sa force , parce qu’ils n’acceptent qu’une partie de ses enseignemens, et ([u’ils posent d’ailleurs un principe qui donne la faculté de les rejeter tous ensemble. Ce funeste principe porte nialbeureuseinent ses fruits dans un certain nombre d’esprits faux. C’est à lui que nous devons les sophistes de la protestante Allemagne et leurs imitateurs français. Jls auroient déjà dé- '^truit le Christianisme jusque dans son germe, si leurs théories a voient été librement développées; mais elles n’ont pu l’ctre en présence du principe d’autoiité qui a fait et qui conserve le Christianisme, qui a donné et perj)étué dans tous les temps les >éi ités les plus nécessaires aux sociétés humaines.
Si nous avions à prouver ici la divine institution de l’Eglise, nous invoquerions toutes les preuves qui établissent la divinité du Chiis-
tianisme liii-méme. En prouvant qu’il nous a été transmis avec sa pureté et son intégrité primitives , nous aurions à invoquer les mêmes témoignages, qui prouvent la succession non interrompue d’un juge des controverses au sein de l’Église catholique. En prouvant l’apostolicité et l’unité de la doctrine, nous prouverions l’apostolicité et l’unité du tribunal chargé de la conserver et de l’interpréter. Nous trouverions enfin l’un et l’autre intimement liés à des faits surnaturels et divins. Mais telle n’est pas notre thèse : n ous voulons établir que l’autorité de l’Église étant conforme à la nature de l’homme , étant nécessaire à son perfectionnement, elle doit être favorable à une bonne philosophie. Pourroit-il exister une bonne, une vraie philosophie en opposition avec notre nature, détruisant un de ses élémens essentiels, et contrariant sa perfectibilité? Que les philosophes soient de bonne ou de mauvaise foi, qu’ils le fassent sciemment ou par ignorance , ils sont sans
aucun doute dans l’eneur, lorsquuls viennent nous dire que nous détruisons la raison , en lui rappelant le besoin qu’elle a de l’autorité; nous la fortifions,au contraire, en runissantàl’ autorité, puisqu’elle ne peut se passer de ce secours. Nous avons dit ailleurs en combien de manières la raison s’exerce dans le domaine meme de la théologie. Elle ne s’arrête d’une part, que devant les mystères, qu’elle accepte sur le témoignage de l’Eglke, à peu près comme le peuple croit au mouvement de la terre sur le témoignage de l’astronome. La raison accepte l’autorité de l’Eglise, d’après les preuves qui établissent sa divine institution. Les preuves sont des faits, et ces faits eux-mêmes sont susceptibles d’être discutés conformément aux règles de la critique histoiique.
Il est évident qu’en suivant cette marche , le catholique ne croit pas
(o) Voy. liistruci. pastor. sur la coniposilion, IVxalucn et la publication des livres t'n faveur desquels 1rs auteurs ou éditeurs sollieilcnt une apjirobalioii, p. 'îS c' suiv. iHjî.
aveuglément. Sa raison s’arrête, d’autre part, devant un petit nombre de dogmes définis, afin d’échapper à des controverses interminables. Renfermée dans ces limites , la raison a encore, pour s’exercer, le champ immense de l’opinion , c’est-à-dire , les applications presque infinies que le docteur chrétien peut faire des principes de la morale, et les développe- .mens non moins nombreux qu’il est appelé à donner aux vérités dogmatiques. La raison s’exerce avec non moins d’activité et de puissance , en recherchant les monumens, les textes, les pteuves diverses qui justifient les définitions de l’Église.
Qu’on ne dise pas que la raison est au moins privée de la liberté de contredire ces définitions; il n’y a de liberté légitime en matière de doctrines'que celle de repousser l’erreur.
La question seroit donc de savoir si l’Église a jamais exigé la profession de l’erreur. Éllepropose sans aucun doute
des vérités au-dessus de la raison :
impossible de prouver C|u’elle en ait proposé une seule qui lui soit contraire. D’autre part, lorsqu’elle propose des enseignemens que la raison approuve, quelle force ses décisions ne donnent-elles pas aux pensées si vacillantes de l’individu abandonné à son jugement privé? L’expérience n’a que trop prouvé que les interprétations de l’Ecriture , et à plus forte raison celles de la loi et de la > religion naturelle, varioient à l’infini, en l’absence d’un juge des controverses. Encore faut-il remarquer que la confusion auroit été plus grande, si la force des choses n’avoit conduit les protestans et les philosophes à contredire perpétuellement leurs principes. Concluons que l’autorité de l’Eglise est à la révélation chrétienne, ce que cette révélation est elle-méine à la religion naturelle. Cette autoi ité prévient les écarts de la raison, l’inutile emploi des forces de l’amc.
Elle les détourne de rechercher la solution de problèmes insolubles. La
raison ainsi dirigé^e abandonne le côte inaccessible des dogmes, et s’applique tout entière à nous faire connoître les vrais rapports de Dieu avec le monde et avec l’homme , les devoirs, les destinées de celui-ci , et les moyens de les accomplir, qui sont aussi les conditions de son véritable bonheur.
Dans ces considérations, nous n’avons envisagé l’Église que dans ses rappoi'ts avec la bonne philosophie :
il en résulte, pour les esprits ordinaires, plus de facilité de rendre leur vie utile aux autres et à eux-mémes , et pour le savant chrétien, une grande paix de conscience et une grande liberté d’esprit, plus d’énergie par conséquent et plus de temps à consacrer aux sciences purement rationnelles.
L’autorité résout promptement des doutes, qui, aux yeux même de ceux qui les éprouvent, ne peuvent être résolus par le raisonnement, qu’aj)iès les travaux d’une longue vie, ou même de plusieurs siècles; et qui, aux yeux des chrétiens qu’éclaire la ft)i, ne seront jamais résolus que par
cette lumière surnaturelle. Mais le bienfait de cette autorité est plus sensible encore, quand il s’agit de l’immense majorité du genre humain.
Considérons le sort d’un chrétien peu instruit, sous l’autorité tutélaire de l’Église , et nous verrons combien grande est sa sagesse.
Au lieu de nier la bonté infinie de Dieu révélant à l’homme sa loi , s’unissant à sa nature pour la réformer, lui apprenant qu’il porte en soti ame une image de son éternelle trinité , il trouve dans l’humble sentiment qu’il a de lui-méme une disposition à mieux comprendre l’ignorance de son esprit et les misères de son ame.
Il ne comprend pas ce que le savant ignore aussi bien que lui, la chute originelle considérée dans sa cause, dans sa transmission ; mais il la sent, il la connoît dans ses tristes effets. Il adore la justice de Dieu qui l’a permise , et embrasse avec amour sa miséricorde; elle accable sa raison,
cette miséricorde incompréliensible mais à défaut de son intelligence, son cœur la comprend, la bénit et l’adore. Quelque ignorant qu’il soit, il sait que depuis que l’Eglise existe, et même avant elle, en remontant jusqu’à l’origine du monde , ces vérités ont été crues et enseignées, et que Dieu pour les persuader les a confirmées par des prodiges, et pour les conserver les a confiées à une autorité visible. Quoiqire l’abus de la liberté les ait rendues inutiles à une foule de chrétiens , il voit que , dans les âmes dociles, la foi à ces mvstères a produit des vertus plus parfaites, ou tout-à'fait inconnues sous l’empire des autres croyances. Dans la vie du Sauveur , et dans les exemples des saints, il trouve la morale la plus parfaite en action ; elle saisit ses sens, son imagination, son cœur, son ame tout entière. Le courage des martvrs , l’abnégation qui dédaigne les ricïicsses, ou même toute espèce de propriété ; l’austérité qui préfère une vie dure aux jouissances sensuelles; riiiir
milité , la chasteté , la patience , le zèle, la charité portés à un degré héroïque, ces vertus qui frappèrent d’étonnement et d’admiration nos barbares aïeux , qui émeuvent encore l’Arabe du désert et le Sauvage du ' Nouveau-Monde, produisent sur toutes les âmes simples et droites une impression irrésistible, surtout quand, ce qui arrive presque toujours, des exemples vivans viennent à l’appui de ces pieux récits. L’ouvrier ou le laboureur chrétien sent que luiméme, que ses enfans, que ses frères, que ses proches, que ceux avec lesquels il a établi des rapports de société, sont meilleurs dans la fidélité que dans l’infidélité à l’enseignement du Christianisme. Il saisit toutes ces choses bien plus par le sentiment que , par de longues et savantes déductions; mais il les saisit néanmoins avec tout autant de vérité , et presque toujours avec plus de force, que ne peut le faire un esprit d’ailleurs plus cultivé et plus instruit. Que manquet-il à cet homme simple mais fidèle?
Il lui manque, dit Fénelon, « cet » approfondissement par lequel un » homme exercé réfute les vaines » subtilités qui peuvent embrouiller i> la vérité claire et simple (“). »
Nous disons la vérité, parce que les actions qui composent une vie vertueuse ne peuvent venir que d’une doctrine sainte et vraie. L’eau limpide ne sort jamais d’un bourbier, mais d’une source pure. Les fruits délicieux ne sont point cueillis sur l’arbre sauvage. L’homme simple dans sa foi dira après son divin Maître ; Je connois la vraie, doctrine et la vraie religion à leurs, fruits. Il les connoîtra encore à la conviction qu’il a de sa foiblesse. Plus il sentira (ju’il manque de lumières , et plus il sera disposé à croire que la bonté de Dieu lui a préparé un moyen de se conduire et de se sauver proportionné à son ignorance ; plus elle est grande, cette ignorance, et plus il sent l’absurdité des sophistes qui veulent lui faire résoudre des problèmes qu’ils
(o) Lettre V sur la Religion. OUuvr. t. i, pag. 4t3*
iî’ont pu résoudre eux-méiues, et qui seront éternellement insolubles. C’est comme s’ils venoient demander au laboureur de suspendre ses travaux jusqu’à ce qu’il eût connu par quels procédés mystérieux la nature développe les germes dans les entrailles de la terre. Ce laboureur continueroit probablement à tracer ses sillons , sûr de recueillir le fruit de son labeur. Ainsi fait le chrétien ignorant et simple, lorsqu’il a goûté les fruits de vertu que produit la foi chrétienne dans son cœur et dans sa famille. Il n’a pas une certitude rationnelle, mais une certitude de sentiment , qui , aidée par la grâce, lui fait découvrir, conserver la vérité, et suivre sa lumière pour régler tout l’ensemble de sa vie.
Les savans n’ont pas moins besoin de sentir leur incapacité. « A force » de raisonner, dit Flhielon, ils sont » encore plus dans le doute que » les ignoians ; ils disputent sans fin
» entre eux, et ils s’entêtent des opi- » nions les plus absurdes. Ils ont donc )) autant de besoin, que le peuple le » plus simple, d’une autorité su- 0) prême... qui termine leurs disputes,
» fixe leurs incertitudes, qui les ac- » corde entre eux, et qui les réunisse » avec la multitiule ("). » Oui, avec la multitude ; parce qu’en ce qui touche certaines vérités, la raison des savans ne peut aller plus loin que la raison du vulgaire. Qu’importe que leur vue embrasse un boiizon de quelques lieues de plus d’étendue, là où il faut pénétrer jusqu’au-delà de tous les mondes? Il doit suffire à tous, que la foi, qui tient à l’infini par son objet, mais qui devient croyable aux simples et aux savans par des preuves proportionnées à leurs intelligences, supplée à l’impuissance de la raison.
L’autorité est nécessaire aux liomines instruits, non-seulement pour ne pas s’égarer sur les vérités surnatui^elles, mais aussi, comme nous l’avons prouvé, pour ne pas se méprendre
a) Lettre V sur la Religion. OEuvr. t. i, pag. 'yi\>
fe -
sur celles qui sont du domaine de la raison, INiil homme ne possède «toute » la constance, dit Fénelon, toute la » règle, toute la modération, toute la » défiance de lui-méme qu’il lui fau- » droit pour la découverte des vérités » mêmes qui n’ônt pas besoin de la » lumière supérieure de la foi : en un » mot, cette philosophie naturelle, » qui iroit, sans préjugé, sans impa- » tience, sans orgueil, jusqu’au bout » de la raison purement humaine, est » un roman de philosophie (“). » Vous faites donc des romans, vous tous, quelle que soit d’ailleurs l’étendue de vos connoissances et la pénétration de votre esprit, qui aspirez à avoir un symbole de dogmes purement rationnels; et sans dogmes, nous vous l’avons démontré, vous ne pouvez avoir une morale. Vous faites des romans, comme en ont fait tous les philosophes anciens et modernes qui n’ont pas été chrétiens. V'^ous faites des romans, et voilà pourquoi vos traités, vos systèmes de philosophie,
[n) Lellr. VI sui la Rclii;. ii. 3 ; OJùivr. t. i, p. 43 O
passent avec tant de rapidilc; voilà pourquoi vous êtes obligés de demander aux philosophes chrétiens, dont la raison a été soutenue par la foi, un ensemble de principes et de déductions qui puissent sauver les vérités mêmes qui sont purement philosophiques.
Voulez-vous substituer la réalité au
roman? Croyez que vous avez besoin de l’autorité des Écritures, de l’autorité des traditions, de l’autorité qui parle et juge dans l’Église, pour vous préserver de beaucoup d’égaremens; ■ et ces secours ne vous suffisent pas encore, si Dieu ne vous aide j)ar sa grâce.
Le dessein de Dieu sur l’homme ne
seroit pas compris sans ce secours divin, sans ce nouveau mvslère. Il s’accqmplit depuis dix-neuf siècles dans l’Eglise chrétienne, pour y conserver les vérités révélées ; il s’opère tous les jours dans chaque catholique ,
pour lui faire croire et pratiquer ces hiêmes vérités.
l.es catholiques ont besoin d’une grâce surnaturelle pour croire et pratiquer les vérités que leur enseigne l’Eglise.
La. grâce accordée à l’Eglise n’est autre 'que cette assistance surnaturelle qui lui fait garder fidèlement le dépôt des vérités révélées. Depuis son berceau-, elle a agi comme recevant cette assistance. Tous ses docteurs et tous ses conciles ont professé et pratiqué la doctrine qui la consacre et la promet. Les premiers l’ont énoncée à chaque page de leurs écrits.
Les seconds l’ont invoquée dans chacun de leurs actes et dans chacune de leurs décisions. Prédite à un petit nombre de disciples, cette assistance peut seule expliquer aux catholic|ues comment dans une société où la libre discussion des opinions a été constamment si étendue, les vérités essentielles, c’est-à-dire, les dogmes sont demeurés inébranlables. Un fait aussi extraordinaire n’est-il pas déjà à lui seul une preuve que l’œuvre est di-
\iiie, puisque les hommes n’ont ja»
mais produit ni même conçu rien de semblable? Inutile d’établir d’une manière plus explicite, parce que tel n’est pas notre but, l’origine surnaturelle de l’autorité de l’Église et son infaillibilité. Ce qu’il nous importe de faire bien comprendre maintenant, c’est que l’assistance donnée à l’Église est donnée aussi dans une mesui e différente, mais pourtant très-réelle, aux innombrables enfans qu’elle réunit dans son sein.
Il ne leur suffit pas de connoitre les vérités du Christianisinfe , d’en avoir l’intelligence plus ou moins étendue; il leur suffit encore (noins de professer extérieurement un symbole commun, d’être unis par la pratique extérieure du même culte et la communion aveclesmêmespasteurs: ces liens, qui les rendent membres du corps de l’Église, ne les font point participer à son esprit et à son ame, ainsi que s’expriment les théologiens. Il leur
faut une grâce, c’est-à-dire un don purement gratuit.
Les Écritures ne parlent jamais de l’action de Dieu sur l’ame, sans sup- , poser ou exprimer formellement qu’il l’éclaire ou la soutient, qu’il lui montre la vérité et lui donne le courage - de pratiquer la vertu. Cette penséej ou plutôt, cette promesse y est tellement dominante, qu’on la trouve unie à toutes les autres vérités chrétiennes.
Le Christianisme tout entier peut se résumer dans la promesse d’un secours d’en haut donné à l’homme foible et ignorant. C’est un secours, et non un empire dont la volonté soit esclave. Sans lui, l’homme seroit trop foible; mais avec lui l’homme reste libre . C’ est une direction , comme celle du maître qui conduit une main inexpérimentée, et lui apprend a tracer des caractères ; mais l’élève peut repousser ou accepter cette direction.
/ C’est une lumière à laquelle nous pouvons fermer les yeux, mais si nous voulons en profiter, elle nous sert à produire la foi dans nos âmes , et à
voir, sous un jour nouveau, certaines vérités que la lumière naturelle nous montroit enveloppées de nuages , ou qu’elle étoit entièrement impuissante à nous montrer.
Ainsi, avec la grâce, la volonté est soutenue, mais elle n’est pas esclave.
Nous croyons à la grâce, parce que, sans elle, tout devient incompréhensible dans les enseignemens de l’Église et de ses docteurs. Nos mystères, notre culte, la pratique des vertus que l’Évangile et l’enseignement catholique nous montrent toujours avec un caractère surnatui el, ii’oni plus de sens ni début.
Kn ôtant la grâce, l’homme perd ses rapports avec Dieu , rapports qui ne pourroient disparoître sans le faire tomber dans un véritable athéisme, l^ourquoi la prière qui monte vers le ciel, sinon' pour en faire descendre un secours ? Pourquoi l’expiation et le sacrifice, sinon pour changer la colère divine en une disposition à la
Glémence et à la bonté, et convertir en miséricorde les rigueurs de la justice infinie?
Sans là grâce, il n’y a pas plus de christianisme que de catholicisme; et sans l’un et l’autre, l’homme est rejeté dans les doutes infinis et dans les innombrables aberrations inévitablement attachés aux divers systèmes enfantés par le rationalisme ancien ou moderne. Pour s’en convaincre, il suffît de réfléchir que le Christianisme repose tout entier sur le mystère de l’Incarnation, c’est-à-dire, sur une grâce éternelle et infinie, qui en suppose nécessairement une foule d’autres, répandues sur toutes les âmes qui, dans la succession des temps , sont appelées à l’ineffable lumière de l’Évangile.
Parmi toutes les grâces, nous nous bornons à parler ici de celle qui convient à notre sujet, c’est-à-dire de celle qui conduit à la foi ou qui la donne.
Après avoir montré cpie l’Eglise seule conserve le véritable Christianisme , comme le Christianisme luiméme peut seul sauver les vérités de la religion naturelle, nous avons à montrer comment la grâce nous est nécessaire pour être devrais enfansde l’Église. Des enfans sont unis , non pas seulement par des liens extérieurs, mais aussi par des liens intérieurs et invisibles.
Fénelon va nous dire quelle est cette grâce, ce mystère que le chrétien porte au-dedans de lui et qu’il ignore profondément : « Dieu, dit )> ce grand Évêque, lui donne une » préparation' de cœur,' qui est d’a- » bord d’autant plus confuse, qu’elle » est générale ; c’est un sentiment » confus de notre impuissance, un » désir de ce qui nous manque, un » penchant à trouver au-dessus de » nous ce que nous cherchons en » vain au-dedans de nous-mêmes, une « tristesse sur le vide de notre cœur,
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liH
» une faim et une soif de la vérité, » une disposition sincère à supposer » facilement qu’on se trompe, et à » croire qu’on a' besoin de secours » pour ne se tromper plus W. »
Tel est le premier mouvement de l’ame que Dieu attire vers lui. Il la touche, il la calme peu à peu, dit saint Augustin, avec une main pleine de douceur et de miséricorde (*).' « La » plus sublime sagesse du Verbe est » déjà dans l’homme , continue Fé- }) nelon ; mais elle n’y est encore que » comme du lait pour nourrir des » en fan s : ui mfantiœ rwstrœ lactes- » ceret sapientia tuaÀ^). »
Dans ce travail merveilleux Dieu ménage un passage insensible de la raison à la foi. La raison qui s’aimoit elle-même commence à comprendre son ignorance, le cœur sent sa foiblesse et la force de ses mauvais penchans. Dès-lors ils commencent à ne découvrir rien d’ effrayant dans les
(fl) Lettre citée j OEuvres, tom. i, pag.
{h\ Confess. lib. vi, c. v.
(c) Lettre citée; OEuvrcs, tom. i, pag. 43ü.
mystères. L’aine ainsi disposée s’y attache peu à peu; elle les aime comme une source de bons et pieux sentirnens qui la soutiennent et la vivifient; elle les désire, comme une terre desséchée se réjouit de l’eau pure qui la couvre de verdure et de fruits.
Si d’un côté elle est préparée à la foi aux mystères par riiumiîité du cœur, elle y est conduite de l’autre par une disposition que Dieu ne lui a pas donnée'en vain, et qui la porte vers le surnaturel ,' l’infini , le divin. La grâce développe cette disposition , qui rend le cœur inquiet ju5qu^â ce qu’il ait trouvé Dieu et la paix que Dieu seul peut donner.
C’est ainsi que les dispositions de la bonne nature se mêlent au don céleste , et font de l’ame une terre bien préparée pour recevoir la divine semence.
Aux jours de sa vie mortelle, Jésus disoit à une pauvre femme de Samarie, en lui montrant l’antique puits de Jacob ; Celui (jui boira de cette eau sera encore altéré ; il ne le sera
jamais celui qui puisera à la source que je fais jaillir jusqu’à la vie éternelle. L’anie aspire vers l’éternité; les mystères du christianisme nous y font entrer, et nous donnent un sentiment confus des joies et des consolations ineffables préparées au chrétien fidèle. Ce langage paroîtra nouveau à beaucoup d’entre vous, qui seront tentés de nous dire : Vous justifiez les mystères par un autre mystère non moins incompréhensible.
Votre erreur, vous répqndronsnous, est toujours de vouloir comprendre en elles-mêmes les vérités dont la vertu vous est si clairement manifestée. Vous ne pouvez analyser, comme l’eau de vos rivières, l’eau mystérieuse dont Jésus parloit à la Samaritaine; Mais ne vous suffît-il pas de savoir qu’elle a guéri riiumanité, ce grand paralytique, comme l’appelle saint Augustin ? Qui ignore son état, avant l’avénement du Messie, ses mœurs, ses lois, ses croyances et ses rites? Qui ne sait que depuis qu’elle a été plongée dans la
piscine sacrée, un sang plus pur et plus généreux a circulé dans ses veines? c’est-à-dire, que des doctrines de vie, que des vertus célestes ont remplacé, dans les consciences vraiment chrétiennes , l’égoïsme et la corruption dés anciens temps. Vous le savez, et vous pouvez savoir encore que les âmes les plus pures , les plus empressées, les plus constantes à servir le pauvre, à édifier leurs familles, sont des âmes formées et élevées par la méditation de nos mystères, et favorisées de grâces spéciales. •
D’ou vient qiie deux personnes qui ont également compris l’enseignement du Christianisme, le reproduisent d’une manière si inégale dans leur conviction et dans la conduite de la vie? D’où vient que le moins instruit est souvent si supérieur par la vivacité de sa foi, par l’attachement qu’il lui porte, par les sacrifices qu’il lui fait' par la pureté de ses mœurs et la perfection de ses œuvres? Le don
expliquent seuls ces difterences. Si vous nous interrogez sur les voies si variées et si admirables par lescpielles les cœurs dociles sont conduits à la
foi et ont le bonheur de la posséder, nous vous répondrons avec Fénelon ;
U ne faut point demander par quel » chemin un homme peut passer de » ses premières dispositions pour la » foi, qui sont si imperceptibles et si » éloignées, jusqu’à la foi la plus vive, » la plus épurée, la plus parfaite; il » ne faut pas même demander en » détail en quoi consistent ces dis- » positions que Dieu met de loin en » nous, sans nous les faire remarquer.
» Ne vous embarrasseroit-on pas, si on » vouloit vous faire chercher après » coup au fond de votre cœur, et » anatomiser toutes les premières » pensées et les dispositions les plus » reculées de votre esprit, qui vous ont mené insensiblement à certains
» principes d’honneur, aux maximes » de sagesse et aux senlimens de piété, dont vous étiez peul-ctre si loin
» clans votre jeunesse? Pouniez-vous » retrouver maintenant tous les cliemins détournés et insensibles par >> lescpiels vous êtes enfin parvenu à » ce but? Vous n’y aviez pas pris » garde dans ce temps; comment » pourriez-vous, après tant d’années,
» rappeler tout ce qui vous écbappoit dans l’occasion même?
f) Tout homme c[ui a négligé et » compté pour rien toutes les bonnes » dispositions que Dieu mettoit au- » dedans de lui, est encore bien plus » éloigné de les pouvoir rappeler dis- » tinctement. Tout son soin a été de » les laisser tomber, de les ignorer,
« de les oublier, de fermer les veux » de peur de les voir : comment vou- » lez-vous c|u’il les rassemble pour les » tourner contre lui-même? Il n’y a » c[ueDieu seul qui puisse les remettre » dans leur ordre, à son jugement; - » pour convaincre chaque homme,
» par elles, de tout ce qu’il a pu et » n’a pas voulu connoître pour son » salut. Ou peut encore moins expli- » quer par quel détail une vérité
» connue eût mené chaque homme à » une autre vérité plus avancée. Il n’y » a que celui qui avoit fait cet ordre » et cet enchaînement de grâces, qui » puisse expliquer son plan avec les » liaisonssecrètesde toutes ses parties.
Nul homme ne sait jamais à quoi un » premier pas le mèneroit de proche » en proche, ni ce qu’une disposition » suivie opéreroit pour d’autres disw positions éloignées et inconnues.
» Nous sommes un fond impénétrable » à nous-mêmes : cet enchaînement » est si impossible à démêler dans » notre cœur, pour toutes les choses M les plus naturelles et les plus fami- » lières de la vie, qu’il n’est nullement » permis de vouloir qu’on le détaille » pour les opérations les plus intimes » et les plus mystérieuses de la grâce.
» Le moins qu’on puisse donner au » Maître suprême des cœurs, est de » supposer qu’il a des moyens d’insi- » nuation, de préparation, de persua- » sion, que l’esprit liumain ne peut ni » pénétrer ni suivre, pour en embras- » ser toute l’étendue; il suffit de con-
s> iioître Dieu infiniment sage, infini- » ment bon, infiniment propre à ma- » nier nos volontés, pour conclure, » sans en concevoir toutes les circon- » stances, qu’il convaincra chacun » de nous de lui avoir donné des » moyens proportionnés pour arriver » de proche en proche à la vérité et » au salut. Nous devons sans doute à » Dieu de croire en gros cette vérité » si digne de lui, sans la pouvoir ex- » pli q lier en détail (“). »
rr
Au milieu de ces incertitüdes sur la nature des grâces, il demeure néanmoins certain qu’elles existent, que chacun de nous sent leur action, que notre orgueil en tarit presque toujours la source, et que la défiancé de nous-mêmes est le premier don dé la bonté de Dieu pour nous disposer à le chercher avec piété et avec zèle :
Accepit autern, dit saint Augustin, ut
(a) Fénelon, Lettre citée; OEuvres, l. i, pa". 4^‘^»
piè et diligenter quœrat (“). « Ce n’est » d’abord, ajpute l’illustre commenta- » leur de ce Père W, qu’une disposition » générale et confuse de chercher » avec amour pour la vérité, avec » défiance de soi, avec un vrai désir » de trouver une lumière supérieure :
» piè et diligenter. Chercher avec con- » fiance en soi, et sans désirer un se- » cours supérieur pour s’y soumettre, » ce n’est point chercher piè; au con- » traire, c’est chercher avec une impie » et irréligieuse présomption . »
11 faut se tourner vers Dieu, et le prier, dit saint Augustin, avec une piété suppliante i^) . « Ces mots, con- » tinue Fénelon , expriment que » l’homme ne parvient à la vérité et à » la vertu qu’autant que la grâce l’a » prévenu pour le rendre humble, et » pour lui inspirer cette prière pieuse
(o) De Lih. Arhit. lib. in, cap. xxn, n. G5; tom. i.
Fénelon, Lettre citée ; OEuvres, t. i, pag. 433. (c) Uoc enim restât in isUi mortali vità libero arbitrio, non ut impleat banc justitiam cùm voluerit, sed ut se sunplici pictatc convoi tât ad cum , cujus dono eain possit implere. Dediv. Q,uœst. ad Simpl.Vih. i, qurest. I, n. i4, tom. vu
» et. soumise qui mérite seule d’élre » exaucée ("). » •
Dieu ne refuse jamais cette première grâce; il la doit même,, non que l’homme y ait quelques droits, puis- ;
qu’elle est essentiellement gratuite, mais parce qu’il l’a promise, et qu’il est toujours fidèle dans ses promesses. J
Soyons fidèles nous-mêmes, et nous aurons le commencement de la sagesse chrétienne, c’est-à-dire, le sentiment J
de notre impuissance qui incline l’esprit à la foi des véi ilés chrétiennes.
Ces vérités à leur tour conservées r.
et expliquées par l’Église préviendront les égaremens de la raison ; elles seront comme des phares lumi- , n lieux dont la clarté se répandra sur *
tout l’ensemble de nos croyances; -
elles agiront d’une manière non moins efficace sur notre vie.
Pour arriver à la première grâce, ^
source de ces précieuses lumières, nous devons donc recourir à la prière ; * ,
(<x) Féneuon, Lettre ciléc; OEuvres , tom. i, p, 434*
nous devons dire avec un sentiment profond et plein de vérité :
Mon Dieu, je suis ignorant, foible, courbé sous le joug d’une triple concupiscence; quand il s’agit de vous connoître et de méditer votre loi, et les desseins de votre amour sur les hommes, les ténèbres enveloppent mon intelligence ; quand il s’agit de vous aimer, les passions de la terre appesantissent mon cœur.
Seigneur, éclairez-moi , soutenezmoi ; guérissez ce qui est blessé, lavez ce qui est impur, réchauffez ce qui est glacé ; élevez , fortifiez mon être qui ne fait que-ramper et languir. Il n’est pas d’ame chrétienne qui n’ait éprouvé ces sentimens, reçu cette ' première grâce. Tant qu’elle y demeurera infidèle, elle ne peut com- ' mencer l’œuvre de sa régénération ; elle n’a pas , et ne peut avoir l’intelligence des choses de Dieu ; encore moins lui est-il possible de les goûter et d’en faire la règle de sa vie.
Elle est menacée d’un malheur plus grand encore : loin de Dieu, privée
de son appui, elle sent (pie la lumière disparoît; elle perd sa chaleur, sa force; au lieu de s’élever, elle retombe sur elle-même, elle devient impuissantepoLirles combats delà vertu ; elle s’émeut encore pour les choses sensibles, elle n’a plus de sentiment poulies pures inspirations qui viennent du ciel : ses plus nobles facultés perdent tout à la fois leur vigueur et leur fécondité.
« Voilà, s’écrie éloquemment Bos- » suet la chute de l’homme tout » entière : semblable à une eau qui , » d’une haute montagne, coule pre- » mièrement sur un rocher où elle » se disperse , pour ainsi parler , » jusqu’à rinfini, et se précipite jus- » qu^’aii plus profond des abîmes; » l’ame raisonnable tombe de Dieu » sur elle-même , et se trouve préci- » pitée à ce qu’il y a de plus bas. »
Alors même qu’il ne possède pas une grande science, le chrétien peut,* s’il est fidèle à la grâce, devenir ce qu’ont été les Saints que l’Église a
(a) Traite de la Concupiscence^ cl), xv. , .
MM
placés sur. ses autels , ou , sans parvenir à cet éminent honneur, posséder cette perfection de la vertu qui forme la couronne de tant d’ames inconnues, trésor inefTable de senlimens purs, de dévouement généreux , de charité féconde' en œuvres souvent obscures et alors bénies de Dieu seul, mais quelquefois aussi faisant éclater l’admiration et la reconnoissance des hommes.
Si la grâce vient animer une grande volonté et soutenir un génie puissant, elle lui donne alors cette perfection déraison, ce je ne sais quoi d’achevé que Dieu seul peut accorder à une ame dont il connoît si bien tous les replis, à des facultés que nul ne peut régler et établir dans une aussi parfaite harmonie. C’est ainsi que s’explique l’existence des Chrysostôme, des Ambroise, des Augustin au quatrième et . cinquième siècles, desThomasd’ Aquin .au treizième, de Bossuet et de Fénelon au dix-huitième, et de tous les grands hommes qui ont été à diverses époques les flambeaux de l’Eglise.
Mais pour tous, pour ceux qui planent au-dessus du vulgaire comme pour ceux qui n’ont reçu qu’une foible mesure d’intelligence, le premier pas à faire dans la voie du salut, est de reconnoître le souverain domaine de Dieu sur nous, de l’invoquer avec Immilité, avec confiance et avec amour. Si cette disposition est sincère, la lumière brillera à nôs yeux.
Les uns ne dépasseront pas les notions les plus élémentaires, d’autre pourront s’élever aux plus sublimes contemplations; mais tous seront ca-, pablesdela meme foi, du même culte, des mêmes espérances, et enfin de la même charité, c’est-à-dire de la même perfection dans leurs rapports avec l’homme et avec Dieu.
Note 1, pag. 15.
Consulter sur les vérités fondamentales dé la Religion naturelle» c’est-à-dire, sur l’existence de Dieu, la spirilualilé de l’ame, la liberté de l’homme, les ouvrages de M. le cardinal de la Luzerne; les Conférences de M. Frayssinous sur les mêmes matières ; V Essai sur le Panthéisme, et la Théodicée de M. Maret; la 'Théodicée de Leibnitz, et l’admirable traité de Fénelon sur Existence de Dieu. Sur les preuves de la Religion chrétienne, on peut consulter les ouvrages de Bergier, de Régnier, de M. le cardinal de la Luzerne; ceux de M. Duvoisin : Authenticité des Livres de l’Ancien Testament, et la Démonstration évangélique; diverses Conférences de M. Frayssinous ; Jenniiigs : Evidence intrinsèque de la Religion; Jaquelol, Dissertation sur le Messie ; les Lettres de Fénelon sur la Religion et sur l’Eglise ; Abbadie ; Traité de la Religion ; Sherlock: Les Témoins de la Résurrection, etc.
Ceux <[ui n’ont pas le temps de faire une étude approfondie de la religion, peuvent se contenter des Conférences de M. Frayssinous, et des Lettres de Fénelon.
Note 2, pag. 15.
Si nous avions à discuter l’origine de celte religion naturelle , nous n’aurions pas de peine à prouver qu’elle a été primitivement révélée. Nous l’appelons naturelle , non parce que la raison a pu la découvrir, mais parce qu’une fois connue, la raison suffît pour la comprendre, et le raisonne-
ment pour la démontrer. Quoi qu'il en soit, nos argumens sur Tunion indissoluble des dogmes et de la morale ne perdent rien de leur force, en supposant même qu'aucune révélation n'a été faite au premier homme.
JVbte 5, pag.
Par rationalisme , nous n'entendons pas la philosophie qui prétend démontrer certaines vérités dogmatiques et morales, sans emprunter ses preuves aux livres révélés. Bossuet, Descartes.i Fénelon, tous les philosophes chrétiens ont souvent raisonné ainsi, et nous-méme nous allons suivre celle méthode.
Le rationalisme est celte philosophie qui déclare ou suppose la révélation inutile, qui ne croit pas à son existence, et qui soutient qu'en son ab> sence , la raison humaine a fait les conquêtes et réalisé tous les progrès dont nous sommes en possession. i h
iVofe 4, pag. 74. ' '
■ Saint Ephrem exprime une opinion très-probable quand il assure que les premiers hommes connurent la création , et qu'ils commencèrent à oublier ce dogme dans les temps rapprochés du déluge.
c( Mosis siio in hoc opéré is scopus et finis fuit, » quod etsiuniversiorbismolilor Deus prisci tern- » porishominibusperspicuamclaranKjuesui notio- » nem irapresserat, ut nemomunduniaDeo factum » difiitereiur; hanc tamendemundi origine rerum- » que effeclione opinionem omnium mortalium » animis insitam, evulsit, novamqiie inseruit pos- » terior ælas, quæ Babylonicæ turris molitionem » proximè consecuta est, et usque ad Moysis tem- » pora duravil.
n Occasione Ægypliaeæ servitulis, Immani ge-
pnHÎl.- !1V
1 » neris comnmnis error Abrahæ quoque posteri- » lalem invasit, adeo ut repudiatâ veri Dei reli- » gione , ipso naturæ inslinclu répugnante, rebus » non inullô pridem factis æterhiialem diviniia- » lemque aiïingerent. Huic ergo errori per id » tempusniaximègrassanti, Deus Moysen objecit.»
(S. Ephrem, in Genes. p. 1.)
Noie 5, pag. 75.
Saint Paul , dans son Epilre aux Romains ,
( ch. I, 20 et 21) dit en effet que les philosophes sont inexcusables de ne s’étre pas élevés des choses visibles de ce monde , à la cause qui les lira du néant, à son éternelle puissance et à sa divinité ; mais il indique en même temps la nature de leur erreur ; elle a consisté à ne pas conclure simplement que des œuvres si merveilleuses avoiem une cause infinie; ils se sont perdus dans leurs vaines pensées quand ils ont voulu pénétrer le mystère de la production du monde. C’est ainsi que nous expliquons ces mots , evanuerunt in cogüaiionibus suis. Le contexte nous y autorise.
Noie 6, pag. 83.
Nous trouvons dans saint Basile, qui- uvcHt une connoissance si profonde de cette philosophie, une exposition analogue à celle que nous venons de faire :
« Alii quidem simul cum Deo cœlum ab æterno J) exislere afiirmarunt, alii verô illud ipsum, esse » Deuni sine principio et sine fine , atque guber- » nationis rerum singularum causaro esse stalue- » runt (/n Hexaemer. Hom. i, n. 5.)
» Utmundosdemonstrelur esse artificialis struc- » tura, omnibus ad contemplalionem proposiia, » adeo ut per ipsum conditoris ejus sapientia co- » gnoscainr, non aliâ ullâ voce sapiens Moyses » usus est, dum de co scrmoncni habuil; sed
» dixil : In principio fecit. Non auleui cfixil, b^- » ratus est, ant informavil, sed fecil. Et quia cora- » plures eoriim qui mnndum ab ælerno cuiii Deo » exislere opinati sunl, ab ipso factum esse ne- » quaquam concesserunt ; sed cuin per se, quasi » esset potentiæ ipsius adumbralio quædani, quâ- » dam rudiralione substiiisse anirmarunt: et quia » causam quidem ipsius Deum esse falenlur, sed V causam non volunlariam ; perinde alque corpus ï) umbræ, aul res quæ illuminât splendoris causa » est : errorcm cerlè ejusmodi coiTigens Prophe- » ta, hoc accurato verborum deleciu usus esf, » dicens : In principio fecü Deus. » {Ibid, n. 7.)
Noie 7, pag. 8o.
Nous croyons que Platon n'a pas admis la création : nous le croyons, parce que ses disciples,
Î jui dévoient entendre sa doctrine , n'ont pas proesséce dogme; nous le croyons, parce que ceux des Pères qui avoient étudié sa doctrine avec plus de soin, la mettent en opposition avec les paroles de Moïse : Au commencement. Dieu créa te ciel et la terre ; nous le croyons enfin , parce qu'en exposant dans le Timée sa théorie de la production du monde, Platon s’exprime ainsi : « Dieu voulut que tout fût bon, et, dans les limites de son pouvoir, qu’il n’y eût rien de mauvais. »
En trouvant donc toutes les choses visibles, non en repos, mais dans une agitation sans règle et sans ordre, il établit tout dans l’harmonie ; ce qu’il jugea bien préférable (*).
On pourroit , comme l’a remarqué M. Maret, auquel nous empruntons cette citation, s’appuyer sur plusieurs textes exprimant la même pensée; mais ils seroient superllus pour établir l’opinion de Platon. Il suffît de remarquer qu’aucun pas-
(’) Pi.ATUN, le Tilitrc, I». -305, (’tlit. de Dcux-PoiUs.
sa^e du philosophe grec ne coiilredil les paroles si claires que nous venons de rapporter.
A ceux qui voudroient à toute force faire de Platon un partisan de la création, parce qu'ils irouveroient ou croiroient trouver dans ses écrits ce dogme obscurément exprimé, nous n’avons aucun intérêt à contester cette expression obscure, qui seroil un phénomène isolé au milieu de toutes les écoles de l’antiquité, et sans inlluence sur les philosophes chrétiens ; ceux-ci déclarent formellement avoir puisé l’idée des substances sorties du néant, dans la Genèse où elle est énoncée en des termes si nets et si précis.
Noie 8, pag. 90.
Suivant M. Stallbaum le dieu de Platon produit éternellement les idées dans sa pensée, el ces idées sont en lui à la fois subjectives et objectives. • ■
’ M. Th. Henri Martin lui répond que l’on trouve à chaque instant, dans le Timée., la preuve du contraire. ( Éludes sur Platon , p. 6. ) « Xe ne vois rien, ajoute M. Martin, soit dans les témoignages d’Aristote sur les doctrines de son maître, soit dans les œuvres authentiques de Platon , qui autorisé à croire avec Plutarque el le platonicien Alcinoüs, suivis en cela par beaucoup d’anciens et de modernes , que Platon ait considéré les espèces intelligibles comme étant les ïdêcs de Dieu, c’està-dire ses pensées, d’après le sens psycologique du mol français. J’y vois au contraire que les idées existent en elles-mêmes, qu’elles ont chacune nue réalité individuelle et indépendante, et (ju’elles sont hors de Dieu les seuls êtres réels, comme il est dit dans le Timce , où elles portent meme le
nom de dieux éternels D’ailleurs, puisqu’il
faut reconnoître que les espèces intelligibles exis-