PATHOLOGIE
a. Troubles de l 'accommodation et de V orientation auditives.
-/. Troubles de V accommodation (cblouisscment auditif).
Le type de l'éblouissement auditif (improprement appelé hyperacousie) s'observe dans certains cas de paralysie du facial (Roux, Wolff, Landouzy père). Quand on fait brusquement partir un pistolet derrière le malade, celui-ci éprouve un ébranlement douloureux de la membrane du tympan, qui ne peut plus se mettre au degré voulu de tension pour l'intensité du bruit à
328 LOUIB
percevoir: c'est bien l'analogue de l'éblouissemenl d'un sujet atteint de mydrîase el de paralysiede l'orbiculaire des paupières , devanl mie \ ive lumière.
'p. Troubles de l'orientation dans le champ auditif. Voici, d'après Pierre Bonnier, quelques procédés pour constater el analyser ces troubles.
« Pour examiner l'orientation d'un côté, on fait fermer complètement l'oreille du côté opposé et les deux yeux; puis l'on promène un corps sonore, montre ou diapason, dans le champ auditif de l'oreille examinée, en priant le sujet d'indiquer du doigt la direction selon laquelle il entend le son. On constate ainsi avec quelle exactitude, la tête restant immobile, il oriente et, s'il commet des erreurs, dans quelle portion du champ auditif elles ont lieu. Il faut encore rechercher si ces erreurs sont les mêmes pour les sons faibles ou forts, aigus ou graves.
» L'audition binauriculaire ou stéréacoustique s'examine de la façon suivante. Le sujet fermant les deux yeux et l'oreille droite par exemple, je lui fais indiquer la direction d'un son placé dans le champ direct de l'oreille gauche. Puis, le son restant au même point et l'oreille droite laissée libre, le sujet doit indiquer de nouveau cette direction. Si les deux indications concordent, je recommence de l'autre côté et je m'assure ainsi de la bonne concordance des opérations binauriculaires.
» Il est également pratique de faire examiner au sujet dont les deux yeux sont fermés, mais dont les deux oreilles sont libres. deux sources sonores différentes, comme un diapason et une montre ou une montre et le bruit que font deux ongles en se séparant après avoir été pressés. Il doit reconnaître les positions respectives des deux sources sonores el les variations que je fais subir à ces positions.
»... On constate ainsi que beaucoup de personnes orientent mal d'une oreille et souvent des deux ». On a même décrit (rarement) une allochirie auditive : localisation à droite d'un son perçu à gauche ou réciproquement.
b. Troubles de Vacuité.
Ce sont les troubles de la fonction auditive même, de la
finesse de l'ouïe.
-/.. Moyens d'apprécier l'acuité.
H l'ani étudier, séparément et comparativement, la transmis
LOUIE 320
sion aérienne et la transmission solidienne (ou par contact du son.
1° Examen de la transmission aérienne du son. — Cet examen « consiste dans la détermination de la distance à laquelle un son donné, d'abord lointain, puis de plus en plus rapproché, commence à être perçu ». Chaque oreille doit être examinée séparément, l'autre étant bouchée avec l'extrémité du doigt. Le malade doit avoir les yeux fermés. Comme source sonore, on se sert de la voix, de divers acoumètres dont le plus simple est la montre et du diapason.
Avec la montre, « le résultat de l'expérience s'exprime par une fraction dont le numérateur indique en centimètres la distance à laquelle la montre est entendue par l'oreille malade et le dénominateur, la distance à laquelle la même montre est perçue par une oreille saine » (Debove et Àchard). Pierre Bonnier se sert d'un diapason de 100 vibrations.
2° Examen de (a transmission solidienne ou par contact. — On peut faire l'examen avec la montre que l'on applique sur l'apophyse mastoïde (immédiatement en arrière du pavillon de l'oreille), le front ou le vertex.
Un diapason placé sur le vertex d'un sujet sain est perçu également des deux côtés. Si on bouche une oreille, le son est perçu principalement ou uniquement dans l'oreille bouchée. De même, s'il y a une lésion de l'oreille moyenne ou de l'oreille externe d'un côté, on localise le son de ce côté. C'est l'épreuve ou le signe de Weber. Si au contraire le sujet localisait le Weber du côté sain, la lésion devrait être localisée dans l'oreille interne.
De même (signe de Pierre Bonnier), un diapason placé sur un point quelconque plus ou moins éloigné, du corps est perçu plus fortement et de plus loin par une oreille bouchée ou malade. Cette paracousie lointaine est un signe de surdité au début.
Un diapason vibrant devant le méat auriculaire est entendu plus longtemps que le même diapason placé sur les os du crâne. S'il y a une altération de l'oreille externe ou de l'oreille moyenne, ceci ne se produit plus et on peut observer l'inverse (épreuve de Rinne, Lucae et Sclvwabacb .
Quand un diapason est placé sur le verlex si on exerce une pression sur le tympan (en introduisant dans le conduit auditif un tube de caoutchouc relié à une poire à insufflation) le son perçu est diminué à l'état pbysiologique. Il n'est au contraire pas
modifié s'il j a une maladie de l'oreille moyenne (épreuve de
Gel lé).
:. Symptômes de déficit. Surdité. Paralysie du nerf de l'ouie.
Diagnostic du siège de la lésion.
Pierre Bonnier l'ait remarquer que la surdité, à un degré
léger, doit être recherchée, parce que ce symptôme ne s'impose
pas à l'attention du sujet comme un affaiblissement de la vue.
La lésion peut, dans ces cas, siéger dans les points suivants :
1° Nerf auditif et bulbe : surdité unilatérale et directe. C'est par compression ou altération concomitante de ces régions que les lésions du cervelet et des pédoncules cérébelleux entraînent des troubles auditifs.
2° Protubérance : troubles auditifs, le plus souvent directs; ils peuvent cependant être croisés Tiling, Kolisch), souvent aussi bilatéraux; au même groupe on rattache les lésions du corps trapézoïde (couche interolivaire) et du ruban de Reil latéral (tig. 46, p. 325). *
Aux lésions protubérantielles doivent encore être attribués les cas de paralysie alterne (voir plus haut, p. 266 et 312) : le trouble auditif faisant seul ou avec le nerf facial l'alternance avec la paralysie des membres.
3° Tubercules quadrijumeaux (et régions voisines comme la glande pinéale), segment postérieur de la capsule interne : troubles bilatéraux (Collet).
4° Écorce. Dans un certain nombre de faits cliniques (Collet) on a constaté la surdité unilatérale croisée. « C'est le seul point, dit Collet, sur lequel la méthode anatomoclinique n'est pas absolument d'accord avec les autres procédés qui ont permis de déterminer le trajet des voies acoustiques. » Il faut se rappeler d'ailleurs que les anatomistes n'admettent qu'un faisceau direct relativement peu important, tandis que le faisceau croisé esl le plus considérable. On comprend qu'en clinique, quand l'innervation croisée fait brusquement et complètement défaut, le faisceau direct (destiné physiologiquement à assurer l'audition binauriculaire) ne suffit pas à assurer la fonction et ainsi se développe la surdité unilatérale croisée.
Y- Symptômes d'excitation.
1° Hyperacousies et paracousies. — L'hyperacousie générale est physiologique ou pathologique (hystérie, hypnose). Elle
LOUIE 331
peut être douloureuse, à réactions exagérées : « tel individu, dit Pierre Bonnier, sursaute quand on applique le diapason sur son crâne, auprès de son oreille, ou au moindre bruit un peu fort et inopiné ».
Les hyperacousies partielles ou dissociées constituent plutôt des paracousies. Tels sont les sujets atteints de ce que Pierre Bonnier appelle la paracousie de Willis : l'audition aérienne est exaltée dans les milieux en trépidation; ces sourds, dans une voiture, entendent mieux pendant que la voiture roule.
Dans ïéchoacousie, il y a rappel immédiat de la perception : une syllabe, un mot, une phrase même se font entendre deux fois de suite, en écho-
La diplacousie échotique de Kayser est la diplopie auditive : dédoublement de la sensation auditive par ralentissement dans la transmission et la perception sonore d'un côté, par rapport à ces mêmes fondions de l'autre côté.
2° Bruits subjectifs ou entotiques. Bourdonnements. — Bruits entotiques : « craquements, pétillements, bruits sourds, musculaires ou vasculaires, souffles respiratoires, bruits de gaz, de liquides » (Pierre Bonnier).
Les bruits subjectifs et les bourdonnements, musicaux (bruit de cloche) ou confus (bouillonnement, bruit de vent, jet de vapeur, sifflement) peuvent entraîner de vraies obsessions chez le sujet. Certains « entendent des airs, des morceaux obsédants ou des timbres très caractérisés ou des bruits définis n'ayant que peu de rapports avec la perception réelle. Tel malade entend soit un aboiement, soit un cantique, soit une phrase obsédante, soit une musique militaire ». Il suffit que la mentalité du sujet se laisse dominer par ces sensations endogènes et le symptôme suivant est constitué.
3° Hallucinations auditives. — L'hallucination auditive par altération de l'appareil nerveux de l'audition (la seule qui appartienne à ce paragraphe) est plutôt une illusion, en ce sens que le sujet entend réellement des bruits pathologiques qu'il extériorise et objective et dont il admet alors l'origine extérieure et l'existence en dehors de lui.
Cette hallucination auditive peut présenter tous les degrés (Seglas) : élémentaire (sons mal déterminés, bruits confus), différenciée commune (bruits spécifiés; rapportés à un objet déterminé : sifflement de balles, roulement de tambour), difi'é-
:?32 LOUIB
renciée verbale (voix articulant Mes mois, voix d'étrangers ou \ oii du sujet).
Les hallucinations auditives peuvent être produites par des altérations siégeant sur des points 1res divers de l'appareil nerveux de l'ouïe (fig. 46, p. 325) : nerf auditif, tubercules quadrijumeaux, centre ovale, écorce. Ces lésions produisent des phénomènes d'excitation auditive, développent des sensations anormales, font naître des bruits subjectifs. Pour faire une hallucination avec ces symptômes il faut une condition de plus, il faut que le centre 0 du sujet les extériorise, comme pour toutes les hallucinations, leur attribue une origine extérieure et une existence réelle en dehors de lui; il faut que 0 soit malade. En d'autres termes, l'altération de l'appareil nerveux de l'ouïe ne détermine que la forme (auditive) de riiallucination, celle-ci étant déterminée, dans son fond, par l'altération de l'appareil nerveux du psychisme.
c. Surdité psychique.
Il faut distinguer la surdité psycliique de la surdité cérébrale ordinaire comme nous avons distingué (p. 272 et 306) l'asymbolie tactile et la cécité psychique de l'anestliésie et de la cécité cérébrales.
Quand la lésion est au-dessous de l'écorce, le sujet ne reçoit plus de l'extérieur de sensation auditive nouvelle. » Mais il garde dans son cerveau les images auditives antérieures, les évoque à son gré, les associe entre elles, se représente les bruits, les sons, les mots, les phrases, les idées qui y correspondent. » Au contraire, si la lésion porte exclusivement sur l'écorce temporale, le sujet « n'est pas sourd physiquement, continue de recevoir les impressions sonores et réagit contre elles par un grand nombre d'actes complexes de mécanisme automatique ou instinctif et de nature surtout défensive; mais cet individu est sourd psycbiquement ».
Dans certains de ces derniers cas, le sujet perçoit la sensation auditive, mais il ne la reconnaît pas; il « ne reconnaît pas l'objet qui lui a fourni la sensation » (cloche, voix connue).
Dans ces cas comme dans l'asymbolie et l'agnosie en général, la lésion doit être suspohgonale ou intrapolygonale, taudis que dans les premiers elle doil être SOUSpolygonale.
d. Symptômes extrinsèques.
Les voies auditives ont des connexions avec divers appareils nerveux voisins; ce qui entraine des retentissements symptomatiques sur ces appareils.
a. Troubles de V équilibration.
Ainsi s'expliquent les symptômes de désorientation et de déséquilibre observés parfois1.
Les auristes (Pierre Bonnier particulièrement) ont étudié de près les effets de l'hy pères thésie auditive ou de l'irritation ampullaire, unilatérale ou bilatérale.
Dans le premier cas, le sujet étant debout, les pieds adhérents, c l'oscillation est plus décidée et semble impulsive, comme voulue, presque toujours du côté malade ». Dans le second cas, ce sont les « attitudes ébrieuses ordinaires ». Si l'irritation ampullaire est violente, « le sens des attitudes segmentaires ne peut lutter et le désarroi de l'équilibration se généralise. Le malade tombe. »
Aux troubles de l'équilibre par sensations auditives on peut aussi rapporter ce « phénomène, qui tient de l'irradiation et du réflexe, fréquemment observé malheureusement, qui pousse certaines organisations par trop primitives à accompagner, au théâtre ou au concert, de la voix, tout air dont la mélodie leur plaît ou leur est familière et à en suivre la cadence avec le pied ou la canne ».
jî. Troubles oculomoteurs.
Physiologiquement, l'action est classique des sensations auditives sur les mouvements des yeux : on regarde vers un bruil qu'on entend.
En clinique, on constate assez souvent, après des lésions de l'oreille et par « enjambement nucléaire » la paralysie de l'accommodation ou d'un muscle de l'œil, la chute de la paupière, le nystagmus...
•;. Troubles plus éloignés et plus complexes. Avec Pierre Bonnier on décrit dans ce paragraphe des irradiations et des réflexes.
1. 11 ne faut pas confondre cette action sur l'équilibration avec l'action de désorientation auditive <>u avec l'action kinesthésique du nerf labyrinthique, étudiées, l'une et l'autre, plus haut (p. 2S.'i et :<2S).
331 LOl'lK
Dans les irradiations, il signale les variations tle l'équilibre psychique général; tels : « le besoin qu'éprouvent certaines personnes de prononcer machinalement les mots qu'elles entendent et de répéter par articulation et sans phonation les paroles d'un discours qu'elles entendent ou d'un air connu, le besoin de parler au diapason des personnes qui nous entourent; le besoin réel qu'éprouvent à certaines heures de publication des journaux des crieurs sur le trottoir du boulevard de se mettre tous à l'unisson. »
Comme réflexes, il signale : « le sursaut que provoque un bruit subit et intense; les réactions épileptiformes associées à des perceptions auditives et à certaines seulement; les troubles viscéraux, vasomoteurs, sécréteurs... qui accompagnent certains complexes sonores. Qui n'a éprouvé un véritable frisson, avec froid, trouble vertigineux fugace, sudations locales, etc., quand, dans une salle de concert, certaines combinaisons sonores, puissantes ou troublantes, nous dominent subitement? » Ceci revient aux émotions dont j'ai longuement parlé plus haut (chap. xi, p. 2ï