PATHOLOGIE
a. Modes d'exploration clinique de la fonction f/uslative.
%. Mesure de l'acuité gustative.
Il n'y a malheureusement pas d'unité de mesure universellement admise pour apprécier la sensihilité guslalive. Chaque physiologiste, dit Marchand, a une méthode à lui. L'un emploie des poudres, l'autre des solutions; on dépose ces substances avec le doigt, avec un pinceau, avec une éponge ou avec des tubes...
Toulouse cl Vaschide 1900) onl essayé de codifier celle recherche et ont proposé une méthode qui, si elle élait acceptée par tous les physiologistes et lous les cliniciens, permettrait d'arriver à des conclusions comparables entre elles.
Dans leur geusiesthésimètre, ces expérimentateurs emploient: le chlorure de sodium pour les saveurs salées, la saccharose pour les saveurs sucrées, le dibromhydrate de quinine pour les saveurs amères et l'acide citrique pour les saveurs acides. Hs emploient des solutions graduellement plus concentrées et, avec un compte-gouttes identique, ils déposent une goutte d'un cinquantième de centimètre cube sur la langue et disent au sujet de rentrer sa langue immédiatement et de l'appuyer contre le palais en faisant des mouvements pour bien sentir le goût du liquide. — La solution doit être à la température, préalablement prise, de la bouche. L'expérience doit être faite en dehors de la vue du sujet dont le nez est bouebé.
On détermine ainsi pour ebaque saveur : 1° le minimum de concentration nécessaire pour que le sujet éprouve une sensation guslativc; 2° le minimum de concentration nécessaire pour que le sujet reconnaisse une sensation gustative.
Pour la reconnaissance des sensations, on peut ensuite compliquer le corps sapide et étudier les saveurs-odeurs que donnent des corps comme l'eau de fleurs d'oranger, l'eau de laurier cerise, le rhum, l'huile, etc. On détermine ainsi la sléréognosie gustative.
Si on veut comparer, au point de vue du goût, un côté de la langue à l'autre, on peut employer les mêmes procédés en recommandant au sujet de bien noter la sensation éprouvée avant de rentier sa langue dans l'intérieur de la bouche.
S. Exploration électrique.
« Lorsqu'un courant voltaïque atteint la muqueuse buccale, il provoque une sensation gustative salée, métallique ou acide. Celle-ci apparaît avec des courants extrêmement faibles... La sensation est (dus accusée du côté du pôle positif où elle est acide, métallique, que du côté du pôle négatif où elle est salée, alcaline même pour quelques auteurs. »
Ce procédé peul être utilisé pour apprécier la diminution ou l'abolition de la sensibilité gustative iXewman . spécialement dans un côté par rapport à l'autre.
On emploie pour cela une électrode effilée ou une sonde se 1er
minant par un petit boulon. On applique l'autre électrode sur un point quelconque du corps, de préférence sur le sternum. On détermine ainsi Je nombre minimum d'éléments nécessaires pour donner une sensation gustative, successivement sur les deux cotés et dans les diverses régions de la langue. « Il faut avoir soin de bien distinguer la sensation gustative de celte autre sensation de picotement ou de fourmillement qui accompagne l'exploration électrique. » On peut aussi examiner si chacun des pôles donne la sensation différenciée, décrite plus haut.
C'est avec des courants électriques très faibles que Cb. Henry mesure le temps de réaction gustative : il le trouve variant de 1 à 5" d'un sujet à 1 autre, mais restant le même pour un même sujet. Ceci peut être essayé et recherché chez certains malades.
b. Troubles gustatifs.
y.. Diverses formes symptomatiques.
Lie tableau IX (de Marchand) suffit à résumer les divers symptômes que Ton peu! observer dans la fonction du goût.
TABLEAU IX Les symptômes gustatifs d'après Marchand.
^fe^uo» t MoDageusie.
TT ( Panhvpocreusie.
Hypogeusie. > MonoVvpoy0u,ie.
Trouble- objectifs. { Hvtjercreusie ( fanhypergeusie. \ nypergeu&ie. / Monohypergeusie.
/ ( Retard .1, la sensation.
.-, • > Erreur de localisation.
Parageusie. i Antigeusie.
( Gustation colorée.
i Hallucinations du goût.
I Troubles subjectifs. Illusions du goût.
( Perversions du eroùt.
Les préfixes pan et mono distinguent les cas où le trouble porte sur toutes les saveurs et les cas où il ne porte que sur une seule. Dans l'antigeusie, le sujet perçoit une saveur autre que celle produite réellement: il ne paraît pas \ avoir une mande différence avec l'illusion du goût. La perversion du goût « est produite par un besoin impérieux de mange/ *\*'> substances dont la saveur est considérée normalement comme désagréable. -
Le trouble guslalif peut, dans un certain nombre de cas, figurer dans les éléments constitutifs de l'anorexie nerveuse (défaut d'appétil des névrosés).
>. Sni/r de la lésion.
t° Lésions périphériques : langue, trijumeau, facial. — Il y a M»'- faits négatifs classiques de lésion de la langue sans altération du goût (de Jussieu, Brillât-Savarin, Rodier). Ces laits prouvent qu'en dehors de la langue d'autres parties de la bouche peuvenl donner la sensation du goût(voir plus haut, p. 338) et que l'odorat peut aussi, dans une certaine limite, suppléer le goût.
.Mais les preuves cliniques sont beaucoup plus nombreuses de l'influence des lésions de la langue sur la fonction gustative. « Toutes les lésions qui détruisent la muqueuse linguale déterminent des troubles objectifs du goût. »
Le schéma de la ligure il (p. 336) fait prévoir que l'altération du goût ne fait partie de la séniéiologie de la cinquième paire (trijumeau) que pour certains segments de son trajet; d'où des faits d'apparence contradictoire dans la pathologie de ce nerf.
Les altérations de la partie périphérique (lingual) entraînent les troubles du goût (Lussana). ïomasini guérit un malade de ses hallucinations gustatives cn#lui anesthésiant sa muqueuse linguale. Pour la partie centrale du trijumeau les faits sont contradictoires et plutôt négatifs.
Pour le facial, Lussana (1869) a examiné un homme autrefois opéré dans l'oreille par un charlatan qui lui avait coupé la corde du tympan : il avait perdu le goût dans les deux tiers antérieurs de la langue. Dans la paralysie du facial, les troubles du goût peuvent se manifester par des goûts plus ou moins bizarres, sortes d'hallucinations gustatives (Bazire, Trousseau).
Ces troubles apparaissent quand la lésion du facial est assez haut au-dessus de l'origine de la corde du tympan; ils deviennent plus rares et disparaissent quand la lésion siège plus haut du côté des centres. Pour Erb, les troubles du goût apparaissent quand la lésion porte sur le facial au-dessus de l'endroit où se détache la corde du tympan et au-dessous du ganglion géniculé (flg. 47, p. 336 .
2° Lésions //asilaires. — On a observé des troubles du gOU{ dans des lésions du bulbe [ tabès, paralysie labioglossolaryngée), de la protubérance et de la région capsulothalamique syndrome
de l'héinianesthésie capsnlaire).
3° lisions corticales. — A. côté de faits positifs (Glynn, van Gehuchlen) confirmant ('Uniquement la localisation corticale Indiquée plus haut (p. 337) il y a aussi des faits négatifs Becfc
terew, Bouchaud, Bartels) qui prouvent que la question n'est pas encore définitivement résolue.
Je ferai cependant remarquer que les faits négatifs (lésion du centre sans trouble du goût) n'ont pas la même valeur que les faits positifs, parce qu'on n'est jamais sûr d'abord qu'il n'a pas persisté quelque parcelle du centre qui paraît détruit et ensuite qu'une suppléance ne s'est pas établie par les parties voisines, spécialement dans les lésions à marclie lentement progressive.
y. Symptômes réflexes ou éloignés.
Dans les maladies de l'appareil nerveux du goût on peut observer des symptômes rétlexes plus ou moins éloignés, notamment dans la sécrétion salivaire.
Le centre de ces rétlexes étant dans le bulbe, la constatation de leur présence, de leur exagération ou de leur abolition pourra servir à préciser le siège en hauteur de la lésion de l'appareil guslatif.
CHAIMTIÎE XVII
L'odorat.