‹ Introduction physiologique à l'étude de la philosophieChapitre 59 sur 143 · Littéralement turlupinade (Devic · texte numérisé non relu

Littéralement turlupinade (Devic

Oppenheim, quoique très réserve dans ses conclusions, dit : « clans la plupart des cas de tumeurs des lobes frontaux où l'observation a pu èlre bien conduite et dès le commencement du mal, une altération des fonctions psychiques, ou une psychose elle-même, a été constatée ». Et Jules Soury ajoute : « quant au caractère connu des anomalies psychiques observées dans les tumeurs du lobe frontal, on a surtout relevé l'affaiblissement de la mémoire et des facultés intellectuelles, l'apathie, l'hébétude, la stupeur, plus rarement une psychose proprement dite, telle que la mélancolie (Grimm, Durante), la manie (Clouston), l'incohérence, la confusion mentale et certains états d'excitation (Moeli). »

Williamson étudie quarante-neuf cas dont quatre personnels, note fréquemment des symptômes mentaux, tels qu' « un certain degré de dépression, de déchéance, la perte de l'attention, un état semicomateux, ainsi qu'un caractère enfantin, une facilité à dormir, une tendance à une gaieté anormale... Lloyd a noté une lenteur spéciale des processus psychiques. »

Bruns voit un élément de diagnostic local ou topographique des tumeurs du lobe frontal dans « la manie de faire le bel esprit et le plaisant ».

Devic et Courmont : « ces tumeurs occasionnant des troubles mentaux siègent le plus souvent dans les lobes frontaux. »

« Sur onze cas de tumeur du lobe frontal que Byrom Brannvell (1898-99) a observés, sept fois il trouve des symptômes mentaux marqués et, parmi ces cas, trois fois les signes psychiques avaient acquis une importance bien plus grande que dans les tumeurs des autres portions du cerveau. »

D'après Raymond (1897) une tumeur du lobe préfrontal « presque toujours occasionnera des désordres psychiques qui peuvent revêtir des caractères très variables : hypocondrie, mélancolie, manie, démence paralytique, irritabilité, etc. »

Gianelli (1897) : « plus les phénomènes psychiques (torpeur cl arrêt intellectuel, faiblesse de la mémoire) se manifestent au premier plan dès le début des accidents morbides, plus on doit tendre à admettre comme siège de la tumeur le lobe frontal et plus particulièrement la zone préfrontale... Lorsque, dans le cas d'une néoplasie encéphalique, se manifestent des idées de grandeur, il est à penser que le siège de la néoplasie est dans les lobes frontaux; la tendance à l'enfantillage indique comme siège du néoplasme le lobe frontal et de préférence le lobe

frontal droit; il en est de même pour les altérations marquées du caractère; lorsque, dans le cas d'une néoplasie encéphalique,

se manifestent des troubles de l'adaptation an but dans quelques actes moteurs d'ordre supérieur (actions forcées avec conscience), le néoplasme réside avec grande probabilité dans les hémisphères cérébraux, au voisinage de la zone psychomotrice et de préférence dans le lobe frontal. »

Dans son rapport au Congrès de Chirurgie de 1903, Duret donne, parmi les signes caractéristiques de la symptomalologie frontale, des troubles intellectuels variés : torpeur, psychoses, ataxie frontale.

Du pré constate « la haute prédominance des troubles psychiques dans l'expression clinique des lésions » du lobe frontal; o ils se caractérisent surtout par l'affaiblissement démentiel terminal des facultés. Certaines modalités épisodiques singulières (moria, euphorie joviale, puérilisme, troubles de l'odorat, etc.) peuvent imprimer à la symptomatologie mentale du lobe frontal une physionomie assez spéciale. Mais le caractère dominant de cette expression clinique demeure l'atteinte précoce des fonctions psychiques supérieures, de l'exercice intellectuel sous ses formes les plus hautes et les plus délicates, et des manifestations de l'affectivité et du sens moral. »

Brissaud et Souques : « la pensée siège dans toute l'écorcc et l'ensemble des circonvolutions est nécessaire à l'intégrité de l'intelligence; niais les observations précédentes tendent à faire croire que le lobe frontal joue un rôle prédominant dans l'élaboration des processus psychiques supérieurs ».

D'après Mills, qui a établi des schémas des localisations corticales, « alors que les fonctions psychiques d'abstraction sont localisées à la première frontale, les conceptions concrètes appartiennent au lobe pariétal, avec le sens stéréognostique ».

Pour Consiglio (Revue neurologique, 1006, p. 447) les lobes prefrontaux représentent le centre de la pensée humaine ; ce sont « de véritables centres idéogénétiques ; c'est là que se ferait la synthèse de la personnalité au moyen de tous les courants énergétiques arrivant sans cesse des autres parties du cerveau; là se forment la conscience du moi et la pensée abstraite par l'élaboration ultime des éléments de la pensée qui arrivent tout préparés par un système extrêmement vaste d'association a. Ce « travail présente un grand nombre de faits élayanl celle opinion cl en particulier ceux où le professeur Durante a pu intervenir

heureusement, après avoir fait le diagnostic de tumeur du lobe préfrontal en se fondant sur le déficit psychique caractéristique, global et progressif, et l'absence de tout élément de localisation motrice ou sensitive. »

ti- J'ai donné ailleurs1 le résumé sommaire et l'indication bibliographique de quarante-six. observations anatomocliniques qui permettent d'analyser de plus près la physiopathologie du lobe préfrontal.

En voici six à titre d'exemples.

1 . Cas de Bigelow, Harlow et Ferrier (American Crowbar case). Pendant que le sujet (25 ans) « bourrail un trou de mine, dans un rocher, d'une matière explosible au moyen d'une barre de fer pointue, longue de trois pieds sept pouces, large de un pouce un quart et pesant treize livres un quart, la charge éclata tout à coup. La barre de fer lancée la pointe en avant pénétra par l'angle gauche de la mâchoire du patient, traversa net le sommet du crâne dans la région frontale et fut ramassée à quelque distance, couverte de sang et de cervelle. » Le patient survécut douze ans et demi. Tout le trajet intracranien du projectile « est compris dans la région décrite sous le nom de région préfrontale ». Après sa guérison, « ses patrons, qui le considéraient comme un de leurs meilleurs et plus habiles conducteurs de travaux avant son accident, le trouvèrent tellement changé qu'ils ne purent lui confier de nouveau son ancien poste. L'équilibre, la balance pour ainsi dire entre ses facultés intellectuelles et ses penchants instinctifs semblent détruits. Il est nerveux, irrespectueux et jure souvent et de la façon la plus grossière, ce qui n'était pas clans ses habitudes auparavant; il est à peine poli avec ses égaux; il supporte impatiemment la contrariété et n'écoute pas les conseils des autres, lorsqu'ils sont en opposition avec ses idées; à certains moments, il est d'une obstination excessive, bien qu'il soit capricieux et indécis; il fait des plans d'avenir qu'il abandonne aussitôt pour en adopter d'autres qui lui semblent plus praticables. C'est un enfant pour l'intelligence et les manifestations intellectuelles, un homme pour les passions et les instincts ».

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