LES CENTRES DE L'ARTICULATION. LKS DYSARTI1RIES
Les idées étant pensées dans les centres 0 et réalisées en M du polygone (fig. 19, p. 195), on les articule pour les exprimer à l'extérieur. Le groupe des troubles de l'articulation des mots (anarthries et dysarthries) est moins important que celui des aphasies; ces troubles sont moins spéciaux et se rapprochent davantage des troubles généraux «le la inutilité.
1. Déjà Guido Banti faisait de l'aphasie amnésique un trouble idéoauditif, (susj olygonal, en OA).
2. Sur cette mémoire polygonale, voir plus haut (p. 05) le chapitre \ dans ta 1' partie.
L'appareil central de l'articulation des mots s'étend depuis Técorce cérébrale au niveau de l'opercule rolandique (voir le chap. xii et la fig.), centres de la langue, des lèvres et du larynx jusqu'aux noyaux bulbaires des nerfs qui vont aux muscles de ces organes.
Pour commencer par les cas les plus nets, par ceux qui sont le plus distants et le plus différents de l'aphasie, j'irai de bas en haut et énumérerai successivement les centres bulbaires, les centres protubérantiels, les centres cérébelleux, les voies pédonculaires, les voies capsulaires et les centres corticaux.
a. Centres bulbaires.
Dans le bulbe renflement supérieur de la moelle (Qg. 2 p. 17) sont les centres inférieurs des nerfs de l'articulation : facial, spinal et hypoglosse. Quand ces neurones sont atteints par la maladie (spécialement dans la paralysie labioglossolaryngée de Duchenne) il y a dysaiihrie (et anarthrie au plus haut degré).
La paralysie de la langue empêche de prononcer les consonnes palatines ou dentales (r l s g k d t sont prononcées comme ch) et les voyelles e et i; la langue est embarrassée et la parole épaisse La paralysie du voile du palais rend la voix nasillarde et empêche de prononcer b /'qui deviennent m v (à moins qu'on ne pince le nez du sujet). La paralysie de l'orbiculaire des lèvres empêche de prononcer o et u et les labiales p b m n k c t. Quand les trois paralysies sont superposées, les malades ne peuvent plus dire que a ou poussent un grognement inintelligible. L'aphonie peut s'y joindre par la paralysie des muscles intrinsèques du larynx.
b. Voies protubérantielles.
La protubérance ou pont de Varolc est en avant du bulbe, à la base de l'encéphale (lig. 2, p. 17). Les conducteurs de la parole passent dans les deux côtés de la protubérance. Les altérations de cet organe entraînent de la dysarthrie avec paralysie de la langue, ensemble clinique qui rappelle « jusqu'à un certain point celui de la paralysie labioglossolaryngée » (Raymond et Artaud).
ghasset. — Introduction. 1 i
c. Centres cérébelleux.
Le cervelet (fig. I, 2, 3 et (>, p. 17, 18 et 21) joue certainement un rôle dans l'articulation des mots. Les troubles observés dans les maladies de cet organe « consistent en une certaine scansion de la parole; les syllabes sont séparées les unes des aulres et leur émission est brusque; on a signalé aussi le nasonnement (Arhdt) ou la parole traînante (Menzcl) »(Tbomas). C'est de l'incoordination du langage, sorie de pararthrie, par défaut d'équilibre dans les contractions musculaires nécessaires à l'articulation des mots1. C'est la parole explosive de l'hérédoalaxie cérébelleuse. De cette dysarthrie dans la maladie de Friedreich, Pierre Marie écrit : « cette parole ressemble h la démarche cérébelleuse; car elle est, comme celle-ci, pesante, incertaine et titubante. »
d. Voies pédonculaires.
Entre la protubérance et les hémisphères les voies de l'articulation sont dans les pédoncules (fig. 2, p. 17). Dans les lésions de ces organes on a observé (d'Aslros) de la lenteur de la parole, puis du bégaiement ou mieux du balbutiement; la parole peut devenir inintelligible ; anarthrie Mayor et Leyden).
e. Voies capsulaires.
La région capsulaire ou oplostriée (fig. 5, p. 20) comprend la couche optique, le corps strié et entre les deux les faisceaux blancs de la capsule interne. Quand il \ a une lésion dans certaines parties de celte région dans les deux hémisphères (hémiplégie bilatérale, paralysie pseudobulbaire de Lépine, 1877) on observe de la dysarthrie : lenteur qui traduit l'effort, un calcul pénible, une sorte d'épellalion des lettres ou de scansion de syllables; parole explosive; voix sourde, nasillarde et surtout monolune; anarthrie absolue.
C'est dans ces dysarthries capsulaires qu'il faut placer les aphasies souscorticales de Pitres « syndrome clinique différent de l'aphasie motrice vulgaire parla conservation intégrale de la notion idéale ei de l'image phonétique motrice des mots et par
I. Voir plus loin, dans le chap. xiii, le rôle du cervelet dans la fonction générale de l'équilibration.
un trouble de l'articulation ayant pour effet de rendre la parole bredouillée, indistincte, parfois môme tout, à fait inintelligible ». Ce ne sont donc pas là des apbasies, mais des dysarlliries1.
f. Centres corticaux.
Sur l'écorce cérébrale le centre moteur de l'appareil de l'articulation et de la phonation est immédiatement au-dessous du centre de Broca. Il occupe le pied de la fronlale ascendante et l'opercule rolandique, c'est-à-dire la lèvre supérieure de la scissure de Sylvius (fi g. 29!.
Ce centre se distingue du centre du langage, d'abord en ce qu'il est situé plus bas, ensuite en ce qu'il est situé sur les deux hémisphères, tandis que celui du langage est sur le seul hémisphère gauche. C'est pour cela que la dysarthrie est légère ou s'atténue rapidement quand la lésion est unilatérale et est au contraire très habituelle dans l'hémiplégie bilatérale (paralysie pseudobulbaire).
Dans ce groupe des dysartbries d'origine corticale il faut placer un certain nombre de troubles de la parole de la paralysie générale : tremblement de la parole, bégaiement, bredouillcmcnt ; balbutiement de l'homme ivre ou de l'homme en colère : les syllables empiètent les unes sur les autres et se fondent en un bredouillement d'autant plus incompréhensible que la phrase renferme plus â'I et d'r. C'est alors que le sujet a tant de peine à dire plusieurs fois de suite et un peu vite « ministre plénipotentiaire » ou « trente-troisième régiment d'artillerie ».
58. — RÉSUMÉ DES DONNÉES CLASSIQUES SUR L'APPAREIL DU LANGAGE. SOLIDARITÉ ET SUPPLÉANCE MUTUELLE DES DIVERS CENTRES.
Le tableau iv résume toutes les voies nerveuses utilisées dans une conversation.
Un mot dit par l'interlocuteur pénètre par les deux oreilles et, par les nerfs auditifs, va au centre auditif des mots; de même, le
1. <■ Au point de vue aosographique, dil encore Pitres, l'aphasie dite sous corticale <l<nii les symptl s positifs sont, en somme, uniquement représentés par des troubles dysarthriques ou anarthriques, doit être détachée du groupe des aphasies vraies pour être rapprochée de celui des paralysies pseudobulbaires. »