La Province médicale, 1905, n° 2, p
2. Voir plus haut. p. 25, cette loi générale pour les divers étages de neurones.
côté de ceux (les plus nombreux) qui pleurent ou qui rient parce qu'ils sont tristes ou joyeux il y a ceux qui sont tristes ou joyeux parce qu'ils pleurent ou parce qu'ils rient.
Parmi les malades pleurards il faut distinguer : 1° les tristes, hyperémolifs, mélancoliques, qui pleurent pour un l'ait divers de chien écrasé; ils pleurent trop, mais ne pleurent pas sans motif psychique de même, certains hystériques rient non sans motif, mais pour des motifs futiles); 2° ceux qui présentent des crises de pleurs (ou de rire) spasmodiques : sans motif psychique, plutôt à la suite d'un effort musculaire, du mouvement d'un bras paralysé... survient une sorte de crise convulsivede pleurs (ou de rire); et alors souvent l'idée triste vient après : ils deviennent tristes parce qu'ils ont pleuré.
Ces crises de pleurs ou de rire spasmodiques (convulsions isolées de la mimique) ont été bien étudiées par Bechterew (1887) et par Brissaud (1891 à 1809). Dans ces cas, on trouve une lésion, de la couche optique ou des parties voisines, tandis que les pleureurs ou rieurs psychiques ont des lésions de l'écorce cérébrale.
La même chose a été observée, expérimentalement, dans l'hypnose : on donne à un sujet endormi l'attitude de la prière ou de là colère; on fait ainsi naître dans son esprit des idées de prière ou de colère. Lacté provoque ridée, au lieu d'être provoqué par elle, comme cela arrive ordinairement.
Enfin cette provocation de l'émotion par la mimique a été observée, au moins sur certaines personnes, à l'état physiologique.
« Est-ce que, dit Payol, les chiens, les enfants et même les grandes personnes (jui luttent en jouant ne finissent pas généralement par se fâcher tout de bon? » On rapporte, dit James, que Campanella, quand il voulait connaître ce qui se passait dans l'esprit de quelqu'un, contrefaisait de son mieux la physionomie et l'attitude de cet homme, en concentrant en même temps sa pensée, sur ses émotions propres. De même Burke : « j'ai souvent observé qu'en imitant l'apparence et les gestes de personnes en colère, placides, effrayées ou audacieuses, j'arrivais involontairement à tourner mon esprit dans la direction de la passion dont j'essayais de reproduire l'expression. » Ht Fechner : ci on penl trouver par sa propre observation que le l'ait d'imiter l'expression physique d'un état mental nous le lait comprendre beaucoup mieux que >i nous nous bornions à le contempler...
Quand je marche derrière une personne que je ne connais pas et que j'imite aussi exactement que possible son port et sa démarche, j'obtiens la plus curieuse impression de la sensation telle que la personne elle-même doit la ressentir. Affecter la démarche d'une jeune femme vous met, pour ainsi, dire, dans un état d'esprit féminin. » Si beaucoup d'acteurs, continue James, restent froids devant leur propre jeu, beaucoup aussi s'émotionnent par leur mimique. « Chacun sait comment la fuite aggrave une panique et comment on augmente le chagrin ou la colère en se laissant aller aux symptômes de ces passions. Chaque accès de sanglots rend le chagrin plus intense et appelle un autre accès encore plus violent, jusqu'à ce qu'enfin le repos vienne avec la lassitude et l'épuisement apparent de la machine. Dans la rage on sait comment nous nous montons au paroxysme par des explosions répétées d'expressions. Refusezvous à exprimer une passion et elle meurt. » En lin Bain (Les Émotions et la Volonté) : « la suppression des mouvements actuels tend à supprimer les mouvements qui les provoquent, de sorte que l'apaisement externe est suivi d'apaisement interne... par la même intervention, nous pouvons réveiller une émotion apaisée. En produisant les manifestations externes, les nerfs sont peu à peu atteints par contagion et finalement le courant diffus est provoqué par une sorte d'induction ab extra... C'est ainsi que parfois, forcés de donner à nos traits une expression joyeuse, nous arrivons à nous trouver dans un joyeux état d'esprit l. »
Donc il y a action des centres corticaux de formation émotionnelle sur les centres basilaires d'expression mimique et action des centres basilaires d'expression mimique sur les centres corticaux de formation émotionnelle. La réaction contre la théorie de Lange et James ne doit pas plus faire méconnaître ces derniers faits que la réaction contre la théorie intellectualiste ne doit faire contester l'existence et la réalité des premiers.
En défendant cette manière de voir je ne crois pas faire œuvre d' « équilibriste » comme on me l'a reproché2, mais œuvre de critique, en prenant à chaque école et en gardant les faits
1. « Saint François de Sales n'a-l-il pas écrit que dans les moments de sécheresse il convienl quelquefois de piquer son cœur par quelque contenance et mouvement de dévotion extérieure?... et les psychologues modernes n'oni-il- pas souvent répété qu'exprimer un sentiment, c'est déjà partiellement !«■ ressentir? » (Georges Dumas. Revue des Deux-Mondes, 1906, 13 septembre, p. 319).