‹ Introduction physiologique à l'étude de la philosophieChapitre 96 sur 143 · I. Les nerfs articul · texte numérisé non relu

I. Les nerfs articul

>ura îles membres, Revue de médecine, 1903, p. 81,

lavant-bras sur le bras. Or, pour fléchir l'avant-bras sur le bras, il faut faire agir le nerf musculocutané sur le muscle biceps et un rameau du nerf radial sur le muscle long supinateur et laisser en même temps inaclifs d'autres rameaux du même nerf radial (rameau du muscle triceps brachial qui est au contraire extenseur de l'avant-bras sur le bras). On voit le paradoxe physiologique que soulèverait invinciblement ce mouvement très simple si on adoptait les unités des anatomistes pour les nerfs moteurs.

Cette unité fonctionnelle ne réside pas plus dans le muscle.

Duchenne de Boulogne et plus récemment R. du Bois-Reymond ont très bien montré que la physiologie des mouvements disjoint des portions d'un même muscle ou réunit des muscles séparés par les anatomistes. Les diverses fibres d'un même muscle peuvent avoir des actions différentes, voire même antagonistes; ainsi, le bord supérieur du trapèze soulève l'omoplate tandis que le bord inférieur l'abaisse. Brissaud fait remarquer dans son enseignement que certaines fibres du muscle génioglosse font sortir la langue, tandis que d'autres la font rentrer et il conclut : « un muscle n'existe pas ; c'est un assemblage de libres ; la fonction est nerveuse. » On peut dire plus complètement : ni le muscle ni le nerf périphérique n'existent comme unités; ce sont des assemblages de fibres, réunies par les nécessités géographiques ; l'unité fonctionnelle est le centre à l'écorce cérébrale et l'articulation à la périphérie. La clinique a bien démontré cette proposition que la physiologie fait prévoir.

Cette démonstration est faite d'abord par un groupe de faits de paralysie limitée aux mouvements d'une ou plusieurs articulations avec lésion limitée et précise de l'écorce cérébrale. Gros, Lépine, Stimson en ont publié avec autopsie. Bernhardt et moi-même en avons publié dans lesquels le siège démontré du traumatisme crânien initial équivalait à une biopsie.

Un second groupe de preuves cliniques est fourni par l'étude des hémiplégies incomplètes, hémiplégies en voie d'aggravation ou en voie d'amélioration progressive, hémiplégies persistantes et incomplètement guéries. Quand la paralysie est ainsi limitée, elle n'est pas limitée à un domaine nerveux ou à un domaine musculaire; elle est limitée à une articulation ou à un type de mouvements d'une articulation (voir les travaux de Wernicke, Mann, Flechsig, Clavcy et Pierre Marie). Ces derniers auteurs ont conclu ainsi : La distribution musculaire des paralysies cérébrales

Grasset. — Introduction. 1 !

incomplètes se fait, non par muscle isolé ni pur territoire de nerf anatoraique, mais par groupe musculaire périarticulaire, individualisé et unifié par le bul physiologique de son fonctionnement.

Enfin la physiologie expérimentale esl arrivée à des conclusions loul a (ail analogues. Dès 1870, dans leurs expériences historiques poinl de départ de toute l'élude des localisations corticales) Fritsch et Hitzig, chez le chien, reconnaissent des centres pour les extenseurs et pour les adducteurs du membre antérieur, des centres de llexion et de rotation. Si on revoit la figure 31 (p.256)on verra qu'elle dissocie la zone corticale motrice par articulations. Ainsi sur cette figure o\ on voit les centres : des orteils, -du cou- de-pied, du genou, de la hanche, de l'épaule, du coude, du poignet... Cette ligure, d'après Déjerine, est construite en se basant sur les résultats expérimentaux obtenus par l'excitation directe de Pécorce cérébrale par Allen Starr, Kcen, Mills, Horsley, Nancrède, Chipault, etc.

La démonstration apparaît complète : la distribution périphérique des centres corticaux moteurs est articulaire.

(ï. Distribution seç/mentosensitive.

Pour la sensibilité on peut formuler des conclusions analogues : les centres corticaux sensitifs correspondent à la périphérie à des segments de membres, c'est-à-dire à des zones séparées, les unes des autres, par une ligne perpendiculaire à l'axe du membre (ligne d'amputation ou de desarticulation).

En 1880, j'observais des aneslhésies corticales segmentaires et les rapprochais des observations de Munk et d'autres qui veulent qu'il y ait, dans l'écorce cérébrale, des zones répondant précisément aux grands segments sensitifs que nous avions établis. En 1884, Allen Starr cite des monoanesthésies brachiales ou crurales (superposées à des paralysies motrices) par lésion corticale du cerveau. En 1885, Charcot proclame ce mode de distribution pour les aneslhésies de cause corticale. En 1803, Déjerine publie un cas démonstratif avec autopsie. Verger, en iooo, a publié des faits analogues...

En somme, on peut dire que les centres sensitifs corticaux correspondent, à la périphérie, à des segments de membres ou à des nerfs segmentosensitifs.

La conclusion esl donc générale : de par la clinique ei de par lu physiologie, les centres corticaux sensitivotnoteurs ont une

distribution segmentaire et correspondent, non aux nerfs ana forniques, mais à des nerfs articulomoteurs et segmenlosensilifs.

ÎO.

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