LA FUITE DE VARBNITBS
Le roi captif outrait dans Paris. C^était le 25 juin, à sept heures du soir. La foule s'épaississait sans cesse sur la route du roi. Les passions écrites sur tous les visages étaient contenues par leur violence 5 même. L'indignation et le mépris y dominaient la colère. Le peuple était sinistre et non furieux. Des milliers de regards lançaient la mort dans les voitures ; aucune voix ne la proférait. La journée était brûlante^ un soleil ardent dévorait cette berline où lodix personnes étaient entassées. Des flots de poussière^ soulevés par les pieds de deux ou trois cent mille spectateurs, étaient le seul voile qui dérobât, de temps en temps, l'humiliation du roi et de la reine à la joie du peuple. L^air manquait à la respiration des vois yageurs. Le front des deux enfants ruisselait de sueur. La reine, tremblant pour eux, baissa précipitamment un store de la voiture, et, s'adressant à la foule pour l'attendrir: "Voyez, messieurs, dit-elle, dans quel état sont mes pauvres enfants ! nous étouffons ! 20 — Nous t'étoufferons bien autrement," lui répondirent à demi-voix ces hommes féroces.
On plaça des troupes, à rangs épais, sur le boulevard, depuis la barrière de l'Etoile jusqu'aux Tuileries. La garde nationale bordait la haie. Les gardes 25 suisses étaient aussi en bataille ; mais leurs drapeaux ne s'abaissaient plus devant leur mattçe. Aucun honneur militaire n'était rendu au chef suprême de l'armée. Les gardes nationaux, appuyés sur leurs armes, ne saluaient pas ; ils regardaient passer le cor- 30 tège dans l'attitude de la force, de l'indifférence, et du mépris.
A. Lamartine. ,
DEUX LBTTEBS.