‹ Intuition et amitiéChapitre 12 sur 63 · Mais, si Dion prés do lui la voulu mcltro, 6 fomino · texte numérisé non relu

Mais, si Dion prés do lui la voulu mcltro, 6 fomino

Cuiiipagno dclicaln 1 Eval sais-tu poiiriiuoi? C'est pour qu'il so rogardo au miroir d'uiio aulro àmo...

(Alfred dt- Vigny, La Maison du Benjcr, III).

vraient ses yeux. Il formait l'espoir, en ses rêves d'intelligence subtile, de suppléer par son industrie à la puissance du Créateur, et, applaudissant par avance, en ses plans sublimes, à la beauté parfaite de son « œuvre » savante, il voyait déjà, dans un avenir mesuré, le jour d'allégresse oii son Eve innocente et reconquise viendrait lui ofTrir à nouveau le « miroir de son àme ». Mais, tandis qu'il édifiait de la sorte des « Paradis en Occident », plongé dans ses calculs et bouleversant la nature en sa pensée, les déserts restaient en friche, et 1' « œuvre » n'avançait pas. Le serpent malin, sur la branche, eut vent de la chose; et, d'un murmure ironique, il mit Eve au courant. « L'innocente » et la curieuse que lassait à la longue la docile et pacifique somnolence de ses animaux familiers, l'audacieuse qui rêvait l'aventure lointaine, la « veuve » paradisiaque d'un condamné au dur labeur, l'enthousiaste tendre qui souffrait de ne point donner la joie, fit sa prière d'amour et d'espoir au Seigneur Elohim, et lui demanda la grâce de renoncer aux délices du Paradis, afin de partir à son tour vers l'exil de la terre — et vers l'exilé. Le Seigneur, très tendre lui-même en sa justice meilleure (et féminine), y consentit. Et comme Adam rêvait à ses plans lointains et sages, les pieds dans la brousse et des haillons sur le corps, l'innocente et l'enthousiaste, Eve l'intuitive, marchant avec aisance et calme au long des sentiers épineux, elle regard posé sur la terre, s'en vint doucement mêler sa présence certaine au rêve de cet esprit envolé vers les chimères. On dit que

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cette audace féminine ramena vers les clioses actuelles cette intelligence égarée dans le futur; on dit que cette tendresse féminine rendit à cet impatient le courage des durs labeurs ; on dit que cette sagesse féminine, associée au travail de cet esprit subtil, défricha la brousse et transforma le désert; on dit que cet enthousiasme féminin, inspirant son inquiétude féconde à cette âme virile, lui montrant l'avenir possible au miroir de leur œuvre, fit luire à ses yeux qui regardaient la terre l'espoir, jamais éteint, des Paradis retrouvés.

Si le vieux Maître avait raison, lorsqu'il redisait aux convives enivrés les paroles ardentes de l'Etrangère Diotime; si la vieille Légende a raison, qui nous redit la première aventure de l'intelligence « inspirée » par l'enthousiasme; — qui donc s'abandonnerait encore aux négations ironiques, qui donc ne souffrirait à entrevoir, dans le sourire des yeux, l'ironie du cœur? Mais nul, s'il est épris de la souplesse spirituelle, n'acceptera sans doute, ou de ceux-là qui ignorent l'intuition ou de ceux pour qui l'intelligence est chose inerte, une réponse faite d'ho'stile raideur au problème spirituel de Vinnocence. Si le serpent n'avait point murmuré à l'oreille de la femme sa parole tentatrice, si le « désir de devenir des dieux » n'avait point mordu nos cœurs, enfermés à jamais dans la prison paresseuse des intuitions engourdies, aurionsnous connu les horizons sans bornes, illuminés de brumes claires, par le soleil dilaté de l'intelligence radieuse? Si les Paradis perdus n'étaient restés vivaces

et cliers aux aventaricrs de l'exil, si l'enthousiasine de la joie première n'avait survécu dans celui de la joie conquise, errants à jamais sous les pâles rayons d'un soleil sans flamme et comme nimbé d'ironie rongeuse, aurionsnous connu les ciels transparents sur les pelouses éclatantes et, symbole Je l'œuvre audacieuse de l'homme déifié, le vol immense et mesuré des aviateurs?

Et pourquoi nommer encore, dans les tristesses imaginaires d'un exil irréel, le regret injustifiable des Jardins abolis? Nos âmes n'ont point franchi les portes, closes désormais pour elles (closes pour nous, hélas!) du vieux Parc aux allées sinueuses où nous vécûmes jadis les intuitions premières. Nos âmes ne vont point par les routes, sans terme désormais pour elles (et pour nous, hélas !), sans force pour marcher, sans rêve pour espérer, sans lueur pour s'orienter, errantes et lasses par les routes stériles de l'intelligence. Le monde est un Parc sans limites, que traversent les routes frayées par nos mains; et, dans les allées sinueuses que multiplient nos rèvrs, il est, pour nos âmes rajeunies par l'effort, des intuitions plus belles que les intuitions premières. Point d'ennui pour nos âmes vivantes, qui ne sauraient tourner en un cercle machinal; point de langueurs dans les intuitions nouvelles qui s'élargissent sans terme, inquiètes et curieuses et nuancées, dans la lumière féconde de l'intelligence.

S'il est grave et pressant, est-il donc insoluble, le problème vital de l'innocence spirituelle? Et quel besoin

pour nous d'opposer la fraîcheur de l'esprit à h. fraîcheur de l'âme? Nous ne délaisserons point, sans doute, pour les intuitions lâches et caressantes, le désir viril qui nous emporte, supérieurs à nous-mêmes, vers les dures et âpres vérités. Mais ce désir des vérités que l'on force, ce principe des recherches courageuses et patientes, cet instinct du triomphe dans les halailles de l'erreur, n'est-ce point le réel qui nous l'inspire, la vie qui nous l'insinue, l'action qui nous le donne? La souple intelligence que nous fit, en de longs tâtonnements sans grâce, le besoin de franchir nos limites, ne sera point en nous complaisante à sa propre gloire, ivre de son essence, injurieuse à son destin. Pareille, en la fascination qu'elle exerce, au serpent de l'antique aventure, reployée sur elle-même en tourbillons mouvants et emmêlés, regardant, comme touchée d'un repentir étrange et qui se voudrait mué en audace, la longue et bizarre traînée que laissa derrière elle son rampement tenace et assoupli, mordant parfois, comme j>our clore le cercle magicjue de la connaissance, le terme agile et impatient d'une replation qui se déroule à regret et qui se rêve bondissement ramassé et acte indivisible, — la souple intelligence hésite parfois en sa recherche ambitieuse et, scrutant ses erreurs, envenimant ses scrupules, sondant les tares de sa puissance, elle raille son aventure et sourit do son voubiir. Va-t «'lie s'arrêter au lieu des scrupules, s'enclore |>onr toujours au cercle magique, pervertir s;i nudiililt' soiqde en inimoliih^ enveloppement de soi et comprendre à ce point sa propre

agilité qu'elle s'engourdirait enfin du sommeil définitif des ironies mortelles? Ne craignons point ce dénouemerït triste de la Tragédie Humaine. En regardant ainsi der- . rière soi, qu'aperçoit-elle, au principe de son etîort, si ; ce n'est l'élan vital de l'impulsion première? En sondant sa propre essence, que trouve-t-elle, au principe de son doute, si ce n'est la survie obstinée de l'élan primitif? En ^ fermant le cercle magique, qu'éprouve-t-elie, au principe a de sa morsure railleuse, si ce n'est le vouloir tenace du ' bondissement final où s'affirme,' réel invinciblement, l'acte indefectible.de la Vie supérieure? En la ruse du serpent s'est insinuée la souplesse aventureuse de la femme. A la fraîcheur de l'âme se renouvelle la fraîcheur de l'esprit. L'ironie féminine, vivante au cœur de l'homme, se transcende elle-même, et réalise, dans l'innocence lumineuse, l'œuvre de l'enthousiasme. C'est à l'éclosion solidaire de ces deux puissances, enthousiasme etironie, que nous consacrerons notre prochaine analyse.

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