M. Duhem
Claude Bernard? En sorte que cette dénonciation de nos limites nous apparaît vraiment comme efiicace et vivifiante, et que la critique de notre savoir rétréci et dogmatisant est une affirmation énergique et enthousiaste de la puissance infinie de connaîlre et de produire qui est en nous. Mais que cette réflexion et cette réserve s'élargissent encore, que les concepts de l'algébriste et les définitions du géomètre nous dévoilent à leur tour, au lieu de l'éternelle vérité immanente à leur essence les artifices d'une création très humaine', — cette ironie critique, jadis bienfaisante et vitale, va nous sembler peut-être dissolvante et mortelle. Nulle image, vive ou abstraite, de ce que nous appelons réalité ne saurait trouver grâce devant les retours inévitables de noire conscience rigoureuse. Telle une àme qui, pour se rassurer elle-même à l'égard de sa pureté foncière, rejetterait l'une après l'autre les apparences trompeuses de son innocence illusoire et retrouverait sans fin, à chacun de ces renouvellements espérés, les tares de son péché radical et l'exigence d'un lîijeunissement nouveau. Telle la danseuse aux ondulations serpentines, qui, mystérieusement voilée des voiles innombrables, dépouille, à chacune des inflexions de son rythme inspiré, l'une des enveloppes diaphanes par où se déguise la pure essence de son corps secret, mais nous ofl're à nouveau, et sans terme, la décevante apjtarence de son charme voilé. Ironie poignaiilc i\o l'Aine qui se cherche, ironie légère de la grâce (pii nous fuit, ironie