II
Mais pouvons-nous, en cette enquête sincère, acceptant avec une confiance ingénue le cri de guerre des alliés disparates, recevoir, en les termes qu'ils nous proposent, la formule même de cette apposition? Qu'ils se soient ligués ainsi pour l'intelligence et la raison, en résulte-t-il que l'intelligence par eux défendue offre réellement l'unité qu'ils lui prêtent? A moins qu'ils n'usent euxmêmes de sortilèges métaphysiques, l'intelligence ne saurait être, pour eux et pour nous, une puissance et une réalité existant par soi; ou bien il faudrait demander aux « intellectualistes », ainsi que le faisait Renouvier à l'égard de « la Science », « qu'ils veuillent bien nous présenter cette personne ». L'intelligence réelle et positive n'est connaissable que par son travail et par son œuvre; et l'on ne saurait affirmer positivement le postulat préalable de l'unité de ce travail et de cette œuvre. Que les biologistes se constituent, avec les physiciens et les analystes, ses défenseurs attitrés et volontaires, rien de mieux. Mais ont-ils prouvé, par le seul fait de cette alliance naturelle, l'entière homogénéité de la recherche
LES FORMES DE L'iNTUITION H
expérimentale et des spéculations abstraites*? Et que dire de cette coopération, peut-être artificielle et monstrueuse, entre les praticiens du fait et ces « intellectualistes » philosophes, que l'on pourrait appeler avec justesse les métaphysiciens de l'entendement? Plus proches seraient peut-être ces derniers des « scientistes » de la psychologie positive et de la sociologie contemporaine. Mais comment garantir alors, sinon par un appel vague au concept commode delà « nature », l'unité du travail intellectuel dans les sciences physiques et dans les sciences morales? — Il se peut faire, par suite, que l'efîort commun de tous ces assaillants si divers repose sur une équivoque; et je ne sais guère qu'un prosodiste, qui ait affirmé catégoriquement l'identité profonde (et mystérieuse) du calcul intinitésimal et de la mesure d'un hexamètre virgilieu". Pour que l'équivoque cessât et qu'un drapeau commun pût être arboré par tous, il faudrait sans doute que ces « intellectualistes » se décidassent k instituer une critique de l'intelligence, et que, déterminant de celle-ci et la valeur (une ou diverse) et la portée légitime, ils nous donnassent enfin de la vérité intellectuelle une notion incontestable et exacte. Par malheur, si des savants (jualifiés viennent à tenter cette critique, les « scientistes » accueillent avec défiance IcMir intervention suspecte. Nous demanderont-ils, au xx' siècle, de nous • 'Il tenir aux définitions périmées de la critique kan-