Cf. la Voix du Silence
140 INTUITION ET AMITIK
idées savantes et les sentiments délicats, il importe que se délivre notre àme compliquée, si elle veut remonter au principe de la Joie totale et de la Réalité pure. N'estce pas dans l'informe expérience d'un abandon sans réserve, ignorant de toutes déterminations troublantes, que s'opère la purification de notre recueillement? Par là se fondent peu à peu les impressions diverses que distinguait, dans le flux de la vie, le mirage trompeur de la réflexion. Et c'est pourquoi, mieux sans doute que dans l'inconscience partielle des rythmes vilaux, où subsiste encore une réflexion qui nous distrait de notre essence, le silence, qui nous recueille et nous ramasse et nous simplifie, se réalise pour nous dans la quiétude parfaite du sommeil, où glisse et s'abîme, par degrés insensibles, l'amollissement enchanté de notre béatitude. Et si la rentrée en nous, par delà toute conscience et tout désir, rend la somnolence graduelle de notre âme pareille à l'assoupissement définitif de la mort, ne convient-il pas que les égarements d'une illusion trop raffinée, par les veilles aux mille formes de l'agitation sentimentale, viennent enfin s'abolir dans l'anéantissement des images et le renoncement au rêve? En ce vi^ai silence se taira la vaine formule du silence et la magie violente ou persuasive des contraintes; en lui se tairont les souvenirs et les remords des trépidations qui nous lassèrent ; en lui, présente à elle-même d'une immédiation parfaite, puisqu'elle ignore la qualité et l'instant de cette pénétration suprême, une àme insoupçonnée goûte
et savoure la volujilé souveraine et pure de se posséder et de ne se jtoint connaître. Et quelle révélation plus proche du mystère universel, si l'apparence sereine et fortifiante de cette mort, qui nous absorbe et nous accomplit, assimile ce riche néant, oij puise un renouveau notre sensibilité meilleure, à la vie puissante et cachée, créatrice et rénovatrice dans l'inconscient et le silence, à la vie sans désirs de l'âme végétale *?
Mais, si nous craignons le vide que recèle une vie inconsciente et comme évanescente, si nous redoutons de laisser choir dans la béatitude végétale les trésors aimés de la vie spirituelle, n'allons point faire un retour désabusé aux illusions bruyantes de l'agitation extérieure, et abjurer le silence, désiré mais inaccessible, pour les symboles qui divertiraient notre vrai désir et réaliseraient vraiment noire torpeur irrémédiable. Le silence, qui nous engloutit dans le sommeil de nos puissances physiques et qui rénove les lassitudes de nos forces dans la nuit obscure des sens, est, pour une âme raffinée et inquiète de voluptés plus hautes, l'idéal prochain et comme l'imairo pure du silence spirituel et intérieur où elle se réfugie et se retrempe ^ Nul besoin pour elle de fuir le tumulte de la vie, ou de combattre péniblement et sans trêve les tentations qui l'assaillent. D'un ermitage sensible et d'une apparente renonciation au commerce dos homnuîs il n'est point question vrai-