‹ Intuition et amitiéChapitre 40 sur 63 · Cf. William James, L'Expérience rcligirusc (Airaii · texte numérisé non relu

Cf. William James, L'Expérience rcligirusc (Airaii

heures joyeuses, dans la suave tristesse des contemplations murales, à l'apparition stupéfiante, et comme intérieure, des formes virginales et angéliques, à la découverte merveilleuse et bouleversante de quelque Annonciation florentine. Sous les arceaux très bas d'une galerie à deux nefs, touchant de ses ailes éployées et de son auréole obscure les colonnes sveltes aux chapiteaux ourlés ou fleuris, l'ange aux traits féminins, ses belles mains aux longs doigts pieusement croisées, en sa robe très simple qui dérobe la grâce de son corps, s'incline et esquisse legestede l'agenouillement. La Vierge, sérieuse et comme effrayée, sans regard pour l'Annonciateur, penche sa tête blonde sous l'auréole qui pèse à ses bandeaux ; et ses longues mains de prière expriment chastement le silence de son cœur. Qu'il taise son message, l'envoyé secret, de qui les humbles lèvres demeurent closes. C'est en elle, recueillie et muette, que se déclare le sens mystérieux de la Salutation angélique ; en elle, vraiment, réside la Grâce et la plénitude, et dans l'âme déifiée de celle qui écoute la voix de son pur silence habite la joie du Seigneur. Nous aussi, révélés à nous-mêmes par cette annonce faite à notre âme, taisons-nous devant ce mystère de la Présence spirituelle, ainsi que nous y exhorte, aux pieds de la Vierge sans tache, le Bienheureux Jean ^ de Fiesole. Mais si notre recueillement intime s'accompagne d'une résonnance, qu'il emprunte, amoureuse du Silence de l'âme, la voix pure de la cloche, au recueillement sonore de l'Angelus. A la révélation de Saint-Marc,

sur la colline de San Miniato, répond naïvement 1' « Annonciateur » imprévu du Lys Rouge:

« Quand la cloche, faisant comme qui chante et prie,

Dit, dans le ciel ému : Je vous salue, Marie,

La vierge, en visitant les pommiers du verger,

Frissonne d'avoir vu venir le messager

Qui lui présente un lys rouge, et tel qu'on désire

Mourir de son parfum sitôt qu'on le respire...

... La vierge, au jardin clos, dans la douceur du soir,

Sent l'àme lui monter aux lèvres, et croit voir

Couler sa vie, ainsi qu'un ruisseau qui s'épanche

En limpide filet de sa poitrine blanche '. »

Extase de l'oraison intérieure et de la création subconsciente, apparition à soi, dans le geste qui salue ou l'immobilité qui s'expose, d'un Inconnu fraternel et divinement aimé ^, — quelle fuite de la Vie en ce « laisserfaire » musical de la connaissance parfaite et vivifiante, quel amour de la Vie en ce reploiement, sans eflbrt mais énergique, d'une exquise douceur accordée, par grâce immédiate, au riche silence des créatures! Alors se répand sur le monde, en images innombrables et muettes, que nulle illusion désormais no menace, l'annonce faite h. notre Ame de l'anéantissement qui exalte et de la joyeuse et universelle plénitude. Est-ce en nous, oublieux des choses et fermant les yeux sur la vie, que la Vie, obstinément immortelle, s'est réfugiée? Mais nos yeux ne sont point fermés; nos sens lidries, maintenant fidèles, no sont point abolis dans l'orgueil et le renoncement. Aux

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