Cf. Maurice Blondel, V Action, pp. 309, 3iO
nuits d'été, pacifiques et pénétrantes, quand les mots ont fui la bouche sanctifiée des hommes et que les âmes semblent dormir au songe extasié de leur chère solitude, par delà les cyprès obscurs et la rivière appauvrie, voilà que surgissent, par notes graves et aiguës, monotones et suavement poignantes, les plaintes binaires du crapaud rêveur et les sanglots profonds et brefs de la chouette taciturne. Et des Collines désertes aux taillis courts, oia la lumière des étoiles paraît filtrer et alanguir la conscience évanescente et retirée des âmes telluriennes, une rumeur flottante et légère, continue et rythmée, pareille tout ensemble au flux océanique et à la mémoire ouatée de cloches assoupies, descend, avec douceur et mystère, vers la terrasse silencieuse et la demeure accueillante. En cette musique harmonieuse des troupeaux qui cheminent, des bêtes qui gémissent, des rayons qui s'atténuent et de la terre qui se recueille, s'éploie et se retrouve, joyeux et triste, épars et concentré, le thème mélodique et inépuisable du Silence spirituel.
Nulle crainte, dès lors, qu'un isolement barbare ne mutile nos puissances et notre amour, dans cette retraite purifiante au cœur mystérieux de la Vie. Sur toutes choses et sur toutes joies, mieux aimées d'une tendresse plus exquise, s'épandra, multiple mais partout réalisatrice et salutaire, la figuration silencieuse de l'âme pacifiée. Que nos lèvres parlent ou se taisent; que notre cœur palpite ou repose; que nous demeurions assis, comme la Vierge de Saint-Marc, dans l'abandon de notre attitude
physique, ou • que nous allions péniblement, par les routes et les mers, comme les illuminés de Selma Lagerlôf, à la recherche lointaine de notre Jérusalem intérieure ' ; — nos gestes et notre immobilité, nos paroles et le secret de nos lèvres, notre frénésie et le sommeil de nos désirs, révéleront toujours la qualité singulière de notre silence et la source profonde de notre plénitude. Si donc le recueillement qui nous achève renferme le secret de nos enthousiasmes, nous trouverons en lui, sans doute, le principe musical et intérieur de la communion des âmes. C'est là ce que nous examinerons, en nous posant le problème des Amitiés mystiques.