‹ Intuition et amitiéChapitre 45 sur 63 · Cf. Gabriele d'Annunzio, L'enfant de volupté, 1. II · texte numérisé non relu

Cf. Gabriele d'Annunzio, L'enfant de volupté, 1. II

sa démarche et dans son regard fervent et dans la sveltesse de son col, l'inévitable ardeur qui nous exalte et nous enflamme et nous attire. Et, tandis que Pomone accourt, entraînant d'un sourire qui s'effare le caprice d'Eole, la Mère féconde, immobile au milieu du groupe, semble abîmer la joie créatrice qu'exhale son visage dans l'inconscience d'une bénédiction. Cependant plane, parmi les feuillages et les fruits éclos, l'Enfant Archer, qui vise de ses flèches amoureuses notre cœur épars, et réalise, dans la beauté vivante et légère des formes et des choses, notre amitié mystique et sans bornes pour les mille créations de la Vie bienheureuse. Ainsi parle à notre Silence, en son allégorie du Printemps, l'Annonciateur Sandro Botticelli.

Mais de cette amitié si large et si accueillante, où nulle jalousie et nul doute ne viennent plus corroiupre, ou déguiser à notre vision illusoire, la pureté de notre sentiment, est-il possible à notre faiblesse de trouver immédiatement la route assurée? Sans doute, aux heures de l'enchantement et des révélations soudaines, notre ra-ur, attiré au dehors par la gr;\re tiiple otnioiivanlcdes choses, s'abandonne sans retour possible aux amilit's (pii \r pi'ur trent; et le recueill«MUCiil qui 1 iiitéridiisc uCsf (pie ICvpansion infinie du Cœur universel. Ces heures dCnchaiitenicnt sont brèves et rares; nous avons beau s()niler la

puissance de nos tressaillements, y sentirons-nous frémir, aux jours habituels, la Présence de la Vie sans origine et sans limites? Un infini demeure en nous, et nous empêche de sombrer au vide des renoncements purs. Mais cette Présence qui nous comble, et par laquelle nous sommes, nous pourrions la nommer, bien qu'ineffable, etla figurer, bien qu'elle dépasse la sphère si pauvre des figurations. Au repos de l'âme, quand nulle jalousie ne vient émouvoir la sérénité de notre confiance, si l'univers transparaît et nous adresse l'appel d'un sourire ou d'une floraison émerveillée, c'est à travers le sourire grave et les gestes fleuris d'une amitié prochaine que nous entrevoyons, dans un mystère vaporeux, cette grâce voilée et cette apparition brumeuse. Mais la plénitude sans regrets de notre sentiment partial, l'intense ferveur de notre amitié rénovatrice, la clarté limpide de notre vision intérieure, — cette lumière, ce charme brûlant, cette joie totale, procèdent de la Présence obscure et amortie de l'Inconnu voilé, plus silencieux que notre Silence '. Par delà les ombres fraîches où se découvrent à notre regard content, dans la lumière qui filtre et n'éblouit point, les neuf formes blanches de la Vie figurable, n'est-ce pas que resplendit, en son mystère d'irradation créatrice, la source de lumière, 1 éblouissante et pure, que nul œil ne fixera, mais dont l'action féconde illumine le regard et crée magnifiquement les formes de la Vie ?

Suave incantation des amitiés magiques, élancement.^

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