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LES AMlTIIiS MYSTIQUES 169

(]e no4re prière amoureuse et totale vers la puissance généreuse de nos chers intercesseurs ! Au recueillement du souvenir, plus loin que la conscience actuelle des irrémédiables disparitions, n'irons-nous point, sur la tombe de pierre qui raille nos douleurs, ou bien, peut-être, sous les noirs cyprès qui érigent nos espérances, évoquer, aux jours de défiance et de désarroi, la figure pâlie de ceux qui nous aimèrent, et chercher, en cette union mystique, les vives et divines résonnances de la réponse de nos morts? Il est aussi des amitiés vivantes, profondes et sûres comme celles des Présences abolies, des fontaines jaillissantes où se désaltère la fièvre de nos dessèchements. Quelle vanité décevante et courte nous donna jamais l'illusoire croyance en quelque entrée solitaire aux recueillements spirituels ?Nulle dialectique de l'énergie et de l'isolement ne permettra jamais à notre désir de plénitude l'approfondissement réel de la Vie secrète et l'accès joyeux aux mystères de l'intériorisation. Seule nous purifiera et nous apaisera la douceur ferme et vigoureuse d'une amitié intérieure à notre Vie et jtieusement éprise de notre conversion et de notre félicité. Non que cette œuvre s'accomplisse par l'assujetlisscment docile do noire àme aux exemples sages et vorluciix diin moth'do de perfection. L'amitié salutaire et silencieuse n'est point donneuse de conseils et prodigue d'exemples, car rllc ii'«'st pas défiante de l'originalité vivarc ri (Miiu'init' .iiiti»ritaire des enthousiasmes personnels. (Jni i\*)\\r, s'il ;i ronnti des amilii's prdfotidrs cl cflicicos. .i |iii vdii*. ilaris

celui qui possédait son àme et qui vivait en elle, l'avertisseur GTOurmé des erreurs et des fautes et le maître orgueilleux des dominations hautaines? Mieux qu'une leçon rebutante, mieux qu'un sermon desséchant, nous éclaire et nous guide, sur les routes du Silence, la douceur recueillie et souriante d'une affection fraternelle. En cette tendresse lumineuse et transparente, semblable au ciel pâle du levant à l'heure où le soleil se couche, se révèle une tendresse plus vaste, une puissance plus forte et plus secourable, une source originelle de lumière et de fraîcheur. Et pourtant c'est en elle, en cette douceur immédiate, que nous vivons et savourons la Tendresse sans limites, et que nous apaisons la soif de nos yeux et de notre cœur.

Entrons avec elle aux délices cachées de la Vie mélodieuse; enivrons notre espoir des mille promesses que nous apporte, en ce printemps de notre âme, la blancheur multiple des puissances de la lumière. Que les formes du renouveau insinuent en nous la mouvance de leurs gestes; et que s'éploie en harmonies sans nombre, au signe créateur de l'amitié pensive, la riche souplesse de notre sensibilité musicale. Les passions violentes s'évanouissent, comme les souvenirs de tempête au souffle hésitant de la brise printanière. Et la mémoire évoque, des agitations passées, les préludes secrets du calme qui nous pénètre. En effusions de larmes s'épanche la douceur de notre joie; et la tristesse qui nous enveloppe n'est que la transparence de notre fluidité. Mais qu'un retour

se produise en cette mémoire onduleuse; et l'amerlume des douleurs se mêlera, dans notre présent meurtri, aux voluptés chastes des heures de consolation. Ne va-t-elle point g-uérir nos blessures, l'amitié qui nous expose à leur rigueur? Qu'elle se fasse plutôt la complice de nos souvenirs douloureux et de nos regrets, afin d'accentuer en notre âme renaissante le sentiment profond des puissances intérieures et rénovatrices. Et parfois à ces heures de trouble confus, où la tristesse et la joie mélangent leurs ivresses exaltées, succèdent les heures froides et mortes de la sécheresse désolante. Est-ce donc là cette promesse exquise d'une amitié fidèle? Où sont les Grâces, qui mouvaient légèrement le rythme de leur corps sur le gazon parsemé de fleurs? La déesse impénétrable est immobile toujours au centre de la Vie; mais savons-nous bien si le geste qu'elle renouvelle sans terme est celui de la bénédiction? Pourvu que cotte froideur qui nous désole n'enlève point à noscœurfe le désir des larmes, n'accusons pas de nos tourments arides la tiédeur ou l'indifférence d'une amitié oublieuse. C'est en nous, au calme de notre vision, que se révèle, en sa clarté mystique, la puissance féconde des amitiés qui purifient. Nous qui aspirons au Silence de l'àmo, n'allons point lArhemenf accuser de mollesse ou de Irahison lamilié qui nous didaisse; l'oubli que nous lui imputons, c'est à nous i\u"\\ iiicoinlM'. et le péché (|ui nous enirave est celui de uolrc défiance. Laissons agir, plulùl, sans gènor son ;u'lioii |t;ir notre ;iiialysc curieuse, la puissance salutaire de 1 aniilié fidèle;

et la sécheresse provisoire que déterminait notre doute s'évanouira dans la sécurité vivante de la joie définitive'.

C'est que l'amitié véritable, si elle est abandon et confiance absolue, n'est pas abdication de nous-mêmes et anéantissement de ce que nous voulons être. A l'élan qui nous arrache à notre solitude, pour attacher notre destin à l'influence d'une autre àme, nulle résistance ne peut nous soustraire, puisque c'est l'inquiétude même de notre vie et la volonté de nous épanouir qui produit en nous cet élan. Les images multiples, par lesquelles nous figurons notre, essence, ne suffisent pas à notre désir de réalisation ; et les échecs renouvelés de notre enthousiasme n'ont fait que décupler en notre cœur le besoin de nous déifier. Comment sortir de nous pour accomplir cette œuvre d'exaltation, si nos troubles et nos remords viennent précisément d'une complaisance coupable à l'agitation qui nous exile? Mais comment nous retrancher en nous, si notre effort pour nous saisir témoigne du vide que nous allons étreindre? Oh! si nous pouvions découvrir, au fond de notre recherche, une Présence intime et vivante, qui nous réaliserait et qui transformerait notre faiblesse en force souveraine et divine! Unis à elle d'un lien mystique, et que rien ne saurait briser puisqu'il tiendrait sa vertu de notre exigence, c'est en sa réalité invincible que notre réalité s'affirmerait; et, par un échange mystérieux, son être deviendrait le nôtre

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