Cf. Imilation, I. Il, cliap. ix
LES AMITIÉS MYSTIQUKS 173
et le nôtre deviendrait le sien. Quel oulrli de nous en cette adoration de ce qui fait notre Plénitude! Quelle mémoire de nous en cette affirmation de ce qui nous fonde et nous divinise! Ainsi trouvons-nous en nousmême un « Autre » que nous-même; et, sans nous jeter « au dehors », nous sortons de notre solitude'. Douceur et puissance merveilleuses des amitiés fatales et des • nécessaires élections du cœur! Pénétration fraternelle des natures prédestinées! Au présent de l'affection qui mutuellement nous transforme, au centre du recueillement et du silence qui nous réalisent l'un par l'autre, dans une tension intérieure au rythme double, notre double histoire s'accomplit; et le souvenir de ce que fut notre double isolement s'abolit enfin, transfiguré dans la mémoire surnaturelle par l'expansion radieuse de notre union mystique.
Aux jours d'Ostie, à la fenêtre (jui doimc sur le ciel, deux âmes contemplèrent, en l'immobile mais vivante clarté des étoiles, l'éternelle fécondité intérieure. L'accord parfait de cette mélodie immédiate venait-il de naître aux heures du temps et de l'oubli, et le souvenir des vieilles dissonances pouvait-il insinuer un trouble au charme ilivin de la maternité spirituelle? Combien sage et vigilante la mémoire de ces deux âmes au silence du recueillement! L'éternité qui les consacre, et dont l'intensité singulière engloutit les vestiges de la liliation rliarncllc,
1. Cf. Maurice Bldiidel, l/AcHon (t-ii particulier, pp. :)07, 308, 30«, 311, :t54, 35f), 374, :}84, 386, 387).
contracte les erreurs au destin qui les transforme, et réalise, dans le souvenir meilleur, aux variations multiples de l'amitié qui se découvre, le thème vivant de l'accord prédestiné.
Aux jours de souffrance et d'épreuve, dans la retraite et les élans de la soumission totale, parmi les larmes qui répondent à la goutte de sang des agonies, une àme, la plus géniale et la plus aimante, pria, au cœur du mystère, pour une autre àme, héroïque et débile, implorant pour cette faiblesse l'éternité de la soumission. L'harmonie parfaite de ces deux destinées connut-elle, après les tristesses de la mort, les déchirements de la trahison et du parjure? Mais quelle mort tuerait l'amitié vivante, et quelle trahison mentirait à l'œuvre de sang des agonies? L'éternité, qui les engendre à leur union fraternelle indissoluble, concentre au cœur du mystère l'histoire changeante de ces deux âmes; et le souvenir immortel d'un présent meilleur fait sourdre aux yeux voilés de la sœur oublieuse les larmes divines de son frère Pascale
De telles amitiés sont-elles possibles? Certes, le lien mystique ne saurait convenir aux âmes vulgaires ; et cette concentration du temps dans l'éternel de l'amour, cette expansion d'un présent absolu et sanctifié vers les