CHAPITRE II
Au terme du Second Faust, vsauvée de la fosse et de l'enfer brûlant par la troupe des anges, l'âme du héros, entachée encore des souillures terrestres, est portée par eux vers les hautes régions célestes de l'Amour qui purifie. Seule, la flamme pénétrante de cet Amour pourra dissocier les éléments hostiles, et dégager de l'enveloppe grossière l'esprit éternel. Les anges, messagers et libérateurs, ont beau évoquer le souvenir de leur victoire sur les démons, de cette pluie de fleurs et de tendresse amoureuse qu'ils répandirent sur leurs ennemis et qui troubla jusqu'à l'iime orgueilleuse et négatrice de l'ironique Méphistopliclùs, — leur puissance spirituelle ne peut délivrer l'esprit. iMais voici que, flottant jtarmi les régions de l'éther embrasé, apparaissent les pénitentes au cœur de flamme; c'est d'elles que les messagers Iriom-
phants ont reçu les fleurs amoureuses;, c'est à leur prière et à leur puissance d'achever l'œuvre du salut. Car, les J dominant et accueillant leur repentir expiatoire, l'étoile de l'amour, la Vierge sans pareille, l'égale des dieux, occupe le foyer central et rayonnant. Toutes alors, et la pécheresse du festin de Simon, et la femme de Samarie, et Marie l'Egyptienne, adressent leur prière, au nom de l'amour qui les racheta d'elles-mêmes, à la Source virginale de cet amour salutaire. Et, plus doucement qu'elles trois, plus tendrement aussi, l'une des pénitentes célestes, celle que l'on nomma jadis Marguerite, annonce simplement à la Toute Pure le retour du Bien-Aimé. A cet appel, la Vierge Toute-fuissante, sans même formuler une parole purificatrice, simple témoin de l'amour plus fort que la mort, proclame l'attirance A^ictorieuse, qui délivre enfin l'âme pacifiée du héros toujours inquiet. Et, dans ce paradis spiritualisé par la « grâce » et la tendresse, en ce lieu d'intuition où les âmes connaissent les âmes, en cette région pure de féminité parfaite, le chœur mystique va clore par l'hymne d'intuition suprême la Tragédie de l'Inquiétude vitale : « Tout ce qui passe n'est que figure ; l'insuffisant devient ici réalité; l'indescriptihle ici est accompli; l'essence éternelle du féminin nous attire vers les hauteurs^ ».
1, Ailes Vergangliche
Ist nur ein Gleicliniss; Das Unzulângliclic, Hier wird's Ereigniss; Das Unbeschreibliche, nier ist es gethan ; Das Ewig-AVeiblinlio Zieht uns liiuau.
(Faust, H, sub Jinc).
LINTLITION FEMININE 31
N'est-ce pas, en ces paroles, qui, au terme de l'effort douloureux, affirment la réalisation de l'immédiat, la détermination spirituelle de cet instinct de pure et vivante connaissance, — Yintuition féminine?
Et qu'il existe sur la terre des lieux d'intuition, où flotte cette féminité spirituelle, n'est-ce point ce que rappelait naguère, en un magnifique langage, l'auteur de la Colline Inspirée? Ah ! suivrons-nous sa trace vers la forêt de Brocéliande ou vers le Bois Chenu, séjours intuitifs de Viviane la Celte et de Jeanne la Lorraine? Mais qui de nous, si jamais il accomplit l'un des pèlerinages de la sensibilité, ne s'est ému, comme Barrés, au contact de ces inspirées mystérieuses? A Vérone, bien mieux qu'à notre imagination agrandie l'immense amphithéâtre, parle à notre cœur la maison des Capulet où la chanson de l'alouette annonçait le matin haïssable, et la petite allée, derrière la porte de bois, qui mène pieusement à la tombe de Juliette. Le vieux mausolée deRavenne, comme endormi en un dialogue intérieur, révèle, éparse naïvement sur les riches mosaïques, l'âme rêveuse de Galla Placidia. Et, que nous sortions d'Assise par la Porte Neuve, nous prendrons à droite le chemin rapide qui descend à travers les oliviers; pieds nus, confiante en l'étranger qu'elle devine, muette d'un silence qui s'accorde au nôtre, la petite paysanne chemine obstinément dans nos pas, et nous guide, inconsciente mais vivant notre espoir, vers le trésor liuiiihlc et secret de Saint-Damion. Combien honteuses d'clios-nKMiu's nt»s Ames raisonneuses
et sèches, en cet intime sanctuaire aux stalles inélégantes et comme imprégnées encore de l'âme végétale, où Claire, l'Abbesse fervente, et ses moniales aux noms, suaves, oubliaient ce qui n'est point innocence de la nature et consolation de l'humaine souffrance, dans une intuition amoureuse de la chère pauvreté et de la joie spirituelle! Et qui donc, s'il a quitté vers l'aube Marseille, la ville de la raison pratique et du besoin calculateur, pour s'élever, par le tranquille vallon de Saint-Pons et le col de Bretagne, vers le calme plateau où vient mourir si nettement la forêt profonde, n'a senti croître en son âme le détachement salutaire, l'illumination sentimentale, et, dans la conscience de la solitude, l'impression joyeuse d'une Vie immédiate, plus tendre et comme « féminisée »? Pénétrés et animés par le rêve et la prière des grandes intuitives, il existe sur la terre des lieux- d'intuition et de sensibilité féminine; et puisquen ces retraites du mystère nous appelle au recueillement et à la joie « l'essence éternelle » qui, doucement et tendrement, libère nos âmes de l'Inquiétude tragique, c'est en ces lieux féminins de l'élection que « souffle l'Esprit ».
Immédiate et totale, nullement obscure, mais prenante et infuse et comme instinctive, est l'impression qui nous captive alors et nous libère. Et si nous faisons le geste qui répond à notre âme renouvelée, ce geste qui nous vitalise nous attache au lieu même et à l'influence singulière qui nous renouvelle et nous rajeunit. N'est-ce point que l'action même de la femme et la pensée vivante qui
l'inspire, étrangères peut-être en leur source profonde à la réflexion abstraite et généralisatrice, engagées encore dans la Vie universelle, attachées étroitement à Vœuvre qu'elles réalisent, sont infiniment proches de ce révélateur immédiat de la vie concrète, ïinstijict? Et, sans doute, bien différentes de ce dévouement ferme et passionné à une œuvre définie nous apparaîtront souvent, capricieuses et flottantes en leur grâce imprécise, les pensées visibles et les paroles extérieures de la femme. Mais, en ce caprice même et dans cette imprécision flottante, transparaît, il me semble, une pensée tenace et souple, sûre d'elle-même et de l'œuvre qu'elle poursuit toujours sous des formes diverses et que l'on croirait inconciliables. Qu'une telle action nous déconcerte, nous, les hommes, inaptes à cette diversité troublante, tendus, en notre effort de réflexion prudente, vers un but que nous retenons gauchement et de loin comme s'il avait hâte de nous décevoir, rien de plus naturel. Mais nos jugements, pesants comme nos pas et nos gestes, sur la légèreté frivole de l'âme féminine, témoignent peut-être combien échappe à nos calculs grossiers, qui la voudraient semblable, la richesse profuse mais vraiment îi7ie et singulière de cette âme et de cette action. Et n'est-ce point, en fait, sous l'imprécision apparente et exprimée, la précision « à pic » des résultats et des gestes qui bien souvent nous étonne dans cette œuvre irréfléchie? Voyez comme la sûre démarche triomphe sans peine de l'entrave, et comme le balancement indécis d'une silhouette se résout on plis
harmonieux et en lignes élégantes, nous donnant ainsi l'impression, bizarre pour l'intelligence, d'une complication illusoire et d'une sécurité fluide! Si donc, approfondissant cette légèreté, nous devenions capables, non de juger les femmes comme des hommes, mais de nous adapter à cette aisance qui les oppose à nous, — que trouverions-nous peut-être en cette pensée toujours opérante, si ce n'est la sérénité tranquille de la destination naturelle, la vocation impérieuse de la plante qui ne choisit pas sa croissance et sa floraison, l'invention immanente à l'abeille qui ne délibère point sur la forme de sa cellule et la qualité de son miel, bref l'œuvre primordiale, et comme divine en son élan spontané, de l'instinct créateur?
N'allons point, sous le prétexte nouveau de cette découverte, railler à nouveau, et lourdement encore, celle de qui les gestes immédiats, traduisent de la sorte les volontés mêmes de la Vie. Oui, la pensée delà femme est bien une « idée de la nature », mais une idée consciente, un instinct supérieur, une spiritualité féconde qui se détermine, richement et indéfiniment, en souplesse informulable. Je ne saurais accueillir sans tristesse le plaisant blasphème du grand misogyne, ce Schopenhauer, dépourvu de toute inquiétude surhumaine, et qui, brutal et antichevaleresque à dessein, condamnait, en celle qu'il appelait « la Dame », « l'être aux cheveux longs et aux idées courtes ». Toutes les « idées de la nature » sont ' courtes et courtes aussi les idées de V homme. Et, si la
pensée masculine déplace parfois l'horizon qui la borne, n'est-ce point souvent qu'elle perd contact avec l'œuvre présente qui la fixerait et l'assurerait, et que, désormais abstraite et spéculative, elle contemple, à cet horizon nouveau, les chimères décevantes de l'idée pure? Ce n'est pas ainsi que la nature réalise son œuvre; elle se fixe et s'assure dans le présent; et, si les idées qu'elle pratique s'élargissent enfin, c'est que, précisément, dans l'immédiat et l'rtc^Me/, l'œuvre est, non solide, mais viable, orientée selon la marche même de l'élan vital, réalisée comme elle doit l'être, située où elle doit être, se prolongeant comme elle doit le faire, répondant enfin, en son appropriation singulière et d'universelle portée, à une « intention » de la nature. Si les idées féminines paraissent courtes à l'homme de vision large, c'est qu'il ne sait pas leur place exacte et qu'il ignore leur mode réel, et que leur précision éparse lui semble une dispersion vague. Mais il reproche à la femme, comme une puérilité stérile et servile, de modeler sur sa pensée à lui les pensées qu'elle adopte et de caractériser pur là comme imitation inepte de son être h lui sa manière d'être A elle. Combien « court » ce reproche, qui enveloppe, à l'insu de l'homme, l'éloge le plus réel qui se puisse formuler de l'attitude féminine! Oui, la femme est radicalement imitatrice, non de l'homme seulement, non de la femme, mais de toutes choses, mais de toutes tendances, mais de toutes possibilités, de l'élan même qui oriente les êtres, imitatrice vraiment de la nature et de la Vie! Et c'est
notre pauvreté à nous que d'être impuissants à l'imitation universelle qu'elle réalise. Car ce qui lui donne cette puissance de se modeler ainsi, opportunément, sur tout ce qui devient et se fait, ce n'est point la stérile servilité d'un tempérament dépourvu de ressources propres; c'est, bien plutôt, l'intime et immédiate parenté qui, la reliant actuellement à tous les modes de l'être, lui permet de les saisir en leur richesse pleine et intérieure, de les connaître en eux-mêmes et dans leur geste propre, de décrire elle-même — et par elle-même — leur courbe génératrice, de les créer ensoi parce qu'elle « viteneux», de trouver, en sa plénitude personnelle et ineffable, leur formule diverse et leur essence multiple.
Et c'est pourquoi aussi, infiniment souple et sinueuse et malléable d'esprit et de corps, éprise en fait de tout le réel, adaptée en fait à toutes les situations, jamais désorientée ni déclassée, « attentive » pratiquement « à la vie » concrète, la femme — au rebours de l'homme et malgré les prétentions contraires de cet être ce spéculatif » — réalise le bon sens, cette forme concrète et souple de la raison. C'est cà elle qu'appartient, sans conteste, le flair des occasions et des justes sympathies. C'est elle qui discernera, d'un coup d'oeil habile, les mille choses uniques que recèle l'apparence trompeuse d'un ensemble homogène. C'est elle qui, secrètement avertie des maladresses redoutables, révélera, en ce geste précieux de l'âme qu'on appelle le tact, sa spiritualité exquise et le bon sens supérieur qui l'inspire. Et nous, ses détracteurs qui nous
croyons parfois ses « maîtres » et ses « modèles », n'estce point auprès d'elle, cette intuitive frivole, que nous chercherons le conseil et le secours dont notre intelligence aux vues larges éprouvera quelque jour le besoin? N'estce point elle qui, devinant le point faible et disant le mot jusle, voyant notre disposition latente et nos ressources ignorées, non raisonneuse et discoureuse, mais sensée vraiment et affirmative, nous frappera do stupeur par la puissance intuitive de sa vision? Ah! s'il est des lieux d'intuition, où flotte une féminité spirituelle, n'allons pas les chercher au loin dans la celtique forêt de Brocéliande ou parmi les oliviers d'Assise l'ombrienne. Partout où nous sommes, si notre àme est capable d'aimer et de s'ouvrir, nous pouvons accomplir l'un des pèlerinages de la sensibilité !
En la souplesse de l'âme féminine, en cette perception active et concrète inhérente à son objet et à son œuvre, nous devons, si notre analyse antérieure est fondée, retrouver, très pures et intégrées en fait, les formes, distinctes mais analogues et mobilement transposables, do l'intuition.
Vraiment concvèle, d'abord, et scnsi/ife, telle nous appariiîl riiiluition de la femme. Ce n'est |Miinl que li-s divi nations raj)ides (|n'olhi i-éalisr se (N'-lrniiiiicnt toujours dans le clianii» ''*' '•' vi'^'"'! <"• du loiiclior. Mais, jjour
intérieure et spirituelle que se déclare son efficace et immédiate connaissance, elle connaît et réalise toujours dans Yiînpression qu'elle éprouve, inhabile, (si c'est bien là une défaillance), à concevoir froidement, et comme si elle demeurait étrangère à ses nerfs et à son corps. Mais, parce qu'il s'agit d'une impression subtile et sinueuse, et que nul sens ne peut égaler en ses données incomplètes, il s'établit entre les sens féminins une intime et mystérieuse correspondance; la femme, semble-t-il, voit ce qu'elle entend et entend ce qu'elle touche; son regard dépasse les limites de la vision naturelle, et le regard qui se pose sur elle est senti par elle sans quelle puisse le voir. Or ce n'est point là une correspondance apprise, ou une habitude contractée; l'homme qui s'efforcerait de fondre et d'échanger de la sorte les sens qu'il utilise, ne saurait parvenir à cette unité « virginale » de Vimpression. Et n'est-ce pas à cette virginité de l'impression première que nous attribuerons le développement, étrange et exquis, chez la femme, du sens inutile et enveloppant et sinueux et comme « capable » de tous les autres, le sens magique des odeurs subtiles et des parfums grisants?
Sensualité spirituelle, et comme latente, des sensations mêlées et fondues, le frisson pénétrant, qui anime l'impression vivante et qu'elle ne saurait exhaler et renier sans mourir, témoigne tout ensemble et de la profondeur vitale de la sensibilité féminine et du détachement de soi qu'elle incarne. Parfums troublants, musiques émouvantes, regards attachés sans fin sur le soleil
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qui se meurt et les couleurs qui s'éteignent, projection de l'être qui s'abîme, non dans un rêve spéculatif, mais dans une vision concrète, abandon total à l'impression qui s'extériorise et vit pour elle-même sans que défaille le sentiment de vie frémissante où plonge sa vitalité, — n'êtes-vous point les créations multiples d'un art wiinédial, de cette puissance productive par laquelle la femme, inconsciemment, fait naître des mondes, sans abolir ni déformer le monde de sa vie réelle et de son irréductible sensation? Et c'est bien cette même puissance, fidèle et transfigurante, qui se révèle dans l'instinctive élégance des gestes féminins, dans la coquetterie naïve de la fillette, dans le sérieux qu'apporte la femme la plus simple à sa toilette et à sa coiffure, dans le discernement pratique des nuances harmonieuses et des couleurs criardes, dans l'arrangement des choses familières et l'ordonnance quotidienne de la maison.
Musicale et plastique, sérieuse et enracinée, l'intuition féminine ne bannit pas les choses, comme des indiiïérents, au seuil de la connaissance impersonnelle. Enjouée ou triste, la femme rejette l'insipide saveur de l'information objective. Que l'on raille son ardeur pour les « grands problèmes » ou son attachement passionné aux questions les plus minimes, ou se méprend, dans l'un et l'autre verdict, sur la qualité de son attitude. Par son immédiate compréhension, les choses les plus étranges et les plus lointaines lui deviennent aussitôt familières, et les problènies les plus ardus s'imposent (parce qu'ils renferment
de la vie) à son inquiétude vitale, et les questions les moins graves (parce qu'elle en saisit la gravité intérieure) sont pour elle des questions passionnantes. Le tragique de l'existence est l'incessante création de son affectivité sans mesure; et, si elle dramatise, à notre sens, les situations ordinaires et calmes, n'est-ce point nous peut-être qui méconnaissons le réel sérieux la vie vécue et n'apercevons pas le sens intérieur de la réalité sentie? Et c'est pourquoi le calme féminin a une autre valeur que celui de l'homme; il est sérieux lui-même et, bien qu'étranger à la passion et aux violences, vraiment tragique. Quelle est la femme qui se moquerait de toutes choses et se désintéresserait de la vie? Ne raillons point les larmes qui traduisent cet attachement et expriment cet enracinement; les larmes que nous croyons futiles attestent l'impression profonde et vivante. Qui de nous, hommes au cœur sec, ne vivrait davantage, si, comme Jean Racine, il avait reçu, avec le sens du tragique, le don des larmes?
Frissonnante de réalité, abandonnée au réel, réalisant la connaissance dans l'impression sensible totale, mais non rivée à la chose qu'elle touche ou à l'acte qu'elle accomplit, la femme, en la mobilité souple de ses attitudes, allant d'une pensée à l'autre avec une passion comme éparse et nonchalante, développe, en ces démar- a ches diverses et simultanées, la subtilité sans égale d'une inlelligence à la fois sinueuse et directe. Et, bien que toujours concrète et incorporée, cette connaissance toute vive
ne s'enferme point dans le cercle des données sensibles. Merveilleusement aussi le monde des idées et le royaume des abstractions s'ouvrent à cette logicienne curieuse et triomphante. Combien profonde et frémissante et passionnée l'attention qu'elle n'attache point à ses objets, qu'elle ne promène point sur eux, mais qu'elle enfonce, palpitante et irradiée, en leur cœur! C'est que l'intelligence subtile n'est pas, chez cette inspirée, une lente recherche des raisons enchaînées, une accession calme aux vérités froides. Désintéressée mieux que l'homme parce que « transracinée » en ce qu'elle aime, idée ou chose, cette curieuse par l'âme n'est point une « spéculative » indifjférente, appliquée docilement à son travail. A-t-elle, comme nous, le besoin et la « notion » de la vérité et de l'erreur? Elle vit et réalise ce que nous concevons et formulons. La vérité, pour cette agissante, est une victoire personnelle ; l'erreur, pour cette passionnée du triomphe, est une défaite, une déchéance de l'action, et comme une faute et un remords.
C'est que, détachée d'elle-même, si l'attachement à soi comporte l'indifférence à l'égard des réalités, cette curieuse de tout est curieuse de soi plus que de tout cela (jui n'est pas elle, et linement instruite de son propre mystère. Non qu'elle « théorise » abstraitement sur celte « cruelle énigme », et développe ses « états d'àme » sur l'étal scieutifique d'un professionnel. Klle répugne peutêtre à cette dissection sacrilège; et c'est dans l'acte même de sa curiosité éparse qu'elle prend conscience de son
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efficacité inépuisable et secrète. Mais quelle pénétration alors chez cette intuitive, scrutant son âme parce qu'elle doit la scruter, éprise de ce qu'elle sonde, incurvée sur l'ondulation des nuances et la sinuosité des états! Et quelle divination obstinée, chez cette exploratrice de la vie intérieure, si toujours, derrière les états qui s'évanouissent, les nuances qui se moirent, la figure du périssable, ; elle pressent, ou plutôt saisit et retient, l'élan même de la Vie, indéfectible, personnel, universel et sacré! Combien pauvre, et presque risible, l'effort gauche de notre analyse, auprès des vives intuitions de cette enthousiaste! Et quel don de soi, dès lors, total et vivant, en chacune des attitudes qu'elle adopte à l'égard de chacun des êtres ! Parce qu'elle porte en soi le principe qui anime tout, elle se réalise en tout aussi bien qu'en soi, elle s'attache à tout aussi bien qu'à soi, elle se sacrifie à tout et ne sacrifie rien à soi. Quelle est la mesure du dévouement de la femme? Son dévouement est sans mesure, parce quelle ne sait pas qu'elle se dévoue; parce qu'elle répugne aie savoir; parce qu'elle est passionnément audacieuse, courageuse, héroïque ; parce qu'elle est passionnément patiente et persévérante; parce que sa vertu propre et supérieure réside en sa riche et active souplesse, en cette sensibilité tragique, éparse, une et profonde, qui l'incarne, positive et sublime, en la matérialité vivante de son œuvr^e.
Eparse en toutes choses, mais comme plongée en soi et recueillie en son inspiration, saisie par l'élan vital et
consciente de l'élan qui l'entraîne, la femme n'est-elle point mystique par essence, et vraiment inspirée? Et qu'une inquiétude religieuse traverse et bouleverse parfois son âme, qu'elle « cherche » Quelqu'un ou Quelque chose au delà du désir, que, obstinée encore en cela, elle poursuive l'Inconnu Divin malgré la faillite de son espoir, que, sous le drap d'or de « Celle qui n'a point . trouvé », elle accepte et réclame encore « la part de Madeleine », — je ne le nie point sans doute et je voudrais le montrer par la suite, mais ce n'est point là ce ! que maintenant je veux dire. Plus simplement, plus humainement, sans sortir de la nature, sans dépasser le plan de l'intuition sensible et concrète, docile à ïinstincl qui l'attache et la matérialise, voyante, certes, mais voyante de ce qui se voit, artiste à la manière d'un Cézanne, la femme pratique une mysticité positive qui nous dépasse, nous les « intellectuels » détachés de la vie ; — elle réalise ce que j'appellerai, faute d'une expression meilleure, le « mysticisme de l'en deçà ». Et n'estce point cette attitude mystique et positive qu'exprimaient ces longs regards fixés sur les couchants qui s'éteignent, sur les évanouissements languides de la lumière qui s'abandonne? N'est-ce point elle aussi que traduira, chez certaines, la hanti.se do la flamme, la contemplation tenace et vague du foyer brûlant ou de la lampe claire? N'est-ce point elle qui se révèle, encore, dans la rêverie héréditaire et obstinée des âmes celtiques, comme obsédées toujours par la mémoire des forêts |)rimiti vos.
comme imprégnées du sentiment profond de leur parenté secrète avec l'animal et la plante? Mais bien plus universelle cette intuition, qui hante et fleurit l'âme féminine. A Saint-Damien, entre le chœur des moniales et'l'orutoire de l'Abbesse, je sais, étroite et dominant de quelques marches l'escalier rapide, une retraite d'élection et de mysticité humaine, la terrasse où Claire d'Assise cultivait ses fleurs.
Ai-je réussi à montrer combien, toute en son impression et toute en son objet, la femme, celte intuitive d'ellemême et de toutes choses, pénètre, par une sympathie vivante et involontaire, et dans chaque fragment de la réalité et dans \e,lout du réel? Positive, elle trouve chaque être 6'n /îa"-meme; mystique, elle découvre en chaque être le sens intjslérieux, qui sert de formule concrète à l'élan vital, et fait de chacun l'analogue de tous et l'analogue de l'univers. Ainsi, une et multiple, l'intuition féminine concilie en elle, à l'état pur, les formes diverses que nous avions discernées en toute intuition. Equivalentes en elle, comme dans l'instinct, ces formes sont mobiles et transposables; mais leur équivalence, parce qu'elle procède de l'intérieur, les rend indissolubles. Aussi tout l'effort de l'analyse doit-il consister à faire sentir leur unité profonde. Il ne s'agit point d'une série d'attitudes disjointes que les femmes réaliseraient séparément, selon leur nature différente. Non : toute femme est positive, artiste, passionnée, intellectuelle et mystique. Et ce n'est pas ici ou là qu'elle manifeste, selon l'occurence et comme par
choix raisonné, ces différentes tenrïances. Elle est foncièrement, spontanément, inconsciemment, tout cela. Mais chaque femme est tout cela à son mode; cliaque femme évalue le monde et l'expérience selon la qualité de son àuie et le timbre spécial de son individualité singulière. Les formes de l'intuition se développent chez toutes; le ton intuitif est spécial en chacune; intuitive par nature comme les autres, chaque femme est vraiment unique. — Et n'est-ce point à cette singularité m^ra^ à' nna intuition, qui est à chaque fois ce quelle doit être, que nous rapporterons cette ironie déconcer-tante chez un être de passion et d'élan, non point telle ou telle manifestation occasionnelle d'ironie, mais cela qui est constant chez la femme et sans analogue hors d'elle, l'ironie féminine'^ C'est que, connaisseuse immédiate de ce qu'elle est profondément, toute entière rca/îse(? en chacun de ses actes, elle éprouve, non l'ciïort par lequel volontairement elle se chercherait, mais l'élan spontané qui fatalement la constitue. A-t-on noté assez scrupuleusement chez elle cette conscience de Y abandon, ce sens fataliste, ce sentiment tout spécial, tout féminin, de la personnalité? L'ironie essentielle qui achève son attitude, et qui n'altère en rien le tragique de son impression, est-elle autre chose qu'une affirmation suprême de la singularité de .sa nafurr, de son intuitive répugnance I à l'intellectualilé « barbare » (jui la nie?
N'a-t-elle/pas raison dans son ironie, celle que nous jugeons si mal, parce que, impuissants à la saisir en | sa nature d'intuitive, nous lui . refusons les détours pénibles de notre intelligence, et nous la jugeons sur ce *' refus? Et ne pourrait-elle pas, d'un fin sourire de pitié dédaigneuse, accueillir notre défiance à son endroit, le rôle d' « enfant malade » que nous lui prêtons, l'assimilation enfin à notre nature « supérieure » que les plus généreux d'entre nous lui ménagent? Que cette imprudente n'aille pas céder à cette invite fallacieuse, oublier son originalité singulière, et, se posant elle-même en « intellectuelle », compter sur notre courtoisie de rivaux et notre bonne foi de concurrents et d'affamés ! Nous avons écrasé et délaissé héroïquement ses pareilles dans l'incendie et le naufrage, afin de sauver notre vie précieuse. Et pourtant, aux bons chevaliers que nous étions alors.cette faible était remise en garde : nous lui avions juré protection sur notre honneur ! Qu'elle accepte de s'identifier à nous : cette faible, notre égale, sera dès lors à la discrétion de notre brutalité jalouse; nous ne lui assurerons plus la vie, — même sur notre honneur! Elle que nous voulons affranchir &n la dupant de la sorte, affranchir de sa nature et de son privilège, n'a-t-elle pas raison dans son ironie?
Puisse la conseiller mieux la souplesse de cette nature! Et, s'il faut que des vocables de systèmes viennent se
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mêler à notre analyse, puisse la femme rejeter ironiqjiement le féminisme égalitaire que lui offrent les hommes compatissants et perfides! Ni reine, ni esclave, ni «masculinisée », puisse-t-elle se réclamer du féminisme positif — et intuitif — que son propre bon sens lui réserve, — le féminisme « féminin » ! Il est, dans une petite salle du musée de Pérouse, une Vierge ombrienne que j'ai contemplée bien des fois. Sa tête de jeune fille est inclinée vers la droite, et son regard ne s'adresse point à l'enfant que soutiennent ses genoux. Des 'saints l'entourent sans la voir, des pénitents à la pensée lointaine et des anges distraits. Elle regarde dans le vague, et pourtant elle nous regarde ; elle ne sourit pas, et pourtant elle a l'air de nous sourire. Nous la connaissions, et nous ne l'avions point vue; elle nous ignorait, et elle nous accueille comme des familiers. Nulle parole ne serait possible entre elle et nous, nulle intelligence discoureuse ne saurait nous révéler son âme. iMuis qu'aurions nous besoin d'une parole et d'une révélation, si, comme le disait d'une autre « Madone » le poète de la « Vie Nouvelle », « elle insinue au cœur, par les yeux, une douceur telle, que celui-là ne la peut comprendre qui ne l'a p(jint éprouvée' »? Cette Vierge de Pérouse, ce « miracle » du Pérugin, n'est-ce pas qu'en 8a Douceur silencieuse, éparse sur le monde, elle figure le « inirarle » triomphant de l'intuition féniiiiine?
Moiitrasi si piacouto a elii lainirn,
(Uio (là per gli oorlii uua dolcozza al cori-,
i'A\o inlender non la pu6 chi non la prova.
{Vila Auuvd, X.WIl.
Féminine et virginale. Car ce n'est point connaître assez et la valeur et l'influence des intuitions de la femme, que d'en chercher toujours la nature et le rôle dans l'œuvre d'une sensibilité qui a franchi l'âge de la formation. Nous ignorons trop l'âme de la jeune fille, et nous . ignorons presque l'âme de la petite fille; nous inventons l'une et l'autre, par analogie avec nous-mêmes : nous ne les connaissons pas vraiment. Pourtant, n'est-ce point en ce prélude de la vie, où l'enfant et la vierge sont encore foncièrement affranchies de notre action déformante, que , la nature intuitive de la femme se révèle en sa pureté? Quel charme éprouve celui que lasse une intellectualité alourdie à partager pour une heure les jeux, mêlés d'entrain et de finesse, d'une fillette avisée et enthousiaste ! Et quelle douceur encore, pour cet intellectuel blasé, que d'entrer naïvement dans cette confiance virginale, naïve et fraîche mais avertie, et de sentir gagner son âme par cette fraîcheur d'impression et naître en elle une candeur intuitive qui ressemble à de la féminité! Retrouverons-nous, quelque jour, au fond de nos sensibilités dormantes, au fond de l'ennui de vivre que l'intelligence recèle, au fond des inquiétudes que soulève en nous la Vie méconnue, la source intarissable des apaisements qui bouillonnent et fertilisent, de l'aptitude à vivre qui rejette l'ennui paresseux et raisonneur, de l'éveil troublant et balbutiant de nos sensibilités rêveuses et conquérantes? Retrouverons-nous en notre âme secrète, à force de le chercher, ce don spirituel que la femme enfant et vierge
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laisse épanouir simplement et clairement en son âme, l'humble et vivant trésor de l'enthousiasme? Plutôt que de modeler à notre image d'artifice l'esprit virginal, souhaitons que reprenne et fleurisse en notre décadence de hyzantins ce qui subsiste en notre cœur de l'Eve primitive!
Qui n'a connu ces petits garçons pitoyables et faibles, que le poète des Vahies tendresses reproche aux mères d'avoir exilés, frileux d'amour, loin de leurs caresses réchauffantes?
Les fdtts les appellent des filles Kl les malins des innocents.
Bien que les fillettes soient très malignes, les malins ont compris les foris. Oui, ces délaissés en larmes qui évoquent l'image cruelle de 1' « ingrate » adorée, et qu'une chaleur factice ne peut assoupir en un dortoir sans cîme, ces pauvres petits ont l'innocente et tenace divination des fillettes câlines; ils ne sont point sortis encore de l'âme maternelle. Et j'ai pour eux une tendresse profonde, non parce qu'ils sont faibles, mais parce qu'ils sont tendres, et parce qu'ils ont une àme do vierge, gracieuse et immédiate. Dirons-nous les délicates et timides pudeurs des adolescents élevés par des femmes? Et mieux peut-être que ceux-là — heureux et enviables entre tous — qui, à seize ans, n'ont point connu l'exil, la tendresse secrète et intuitive et régénératrice [.ar où, intimement, s'attache à sa mère morte jadis, celui qui, l'ayant connue à peine, ne la jamais quittée? Oh! quelle sensibilité frémissante
St:GOND.
go INTUITION ET AMITIE
chez ces jeunes hommes « qui ne sont pas comme les autres »! Quelles intuitions passionnées guident leur curieuse et nonchalante rêverie! De quelles amitiés il« sont capables, et combien il y a de silence et de naïvetés demi-conscientes dans les détours « sous bois » de leur sentimentalité flexiblement avertie et de leur confiance transparente! Plus intelligents que les autres, parce que spontanément et virginalement assouplis, ils connaissent les heures de l'éparpiUement fécond et des mille impressions rayonnantes, par où s'éploie et se régénère la fraicheur de l'àme. Dans un parc aux grandes allées majestueuses et mélancoliques, où stagnent sur les pelouses anciennes les eaux des bassins calmes, il est des sentiers fuyants et onduleux, qui mènent, sous les arbres aux échappements lointains et clairsemés, vers les rives tombantes d'un lac sinueux et fantômal. Une douceur nous pénètre, une tendresse frissonne dans notre moelle troublée, une même tristesse éparse et calme nous attache, flottlnts, à ces mille lieux divers. Et sur les eaux dormantes du lac palpite, harmonieux, le glissement des cygnes. Nous écoutons le prélude; le motif va résonner. Sommes-nous Lohengrin? Sommes-nous Eisa? Notre cœur virginal n'est-il pas lié à la terre et au rêve? Une ' double nature est en nous, l'intuition féconde et pure abolit les diversités grossières. Le vieux mythe est réalisé, que traduisait, en son incarnation énigmatique, la forme étrange du Bacchus et du Jean-Baptiste conçus par Léonard. La tendresse mystique de l'intuition féminine a
fondu nos sens, « fluidifié » notre vision, tragiquement modelé notre attitude, assoupli notre intelligence, désapproprié notre désir, introduit en chaque réalité notre inquiétude universelle, vivifié notre impression, spiritualisé notre âme. Aux pèlerinages de la sensibilité, nous avons reçu, don virginal, des cœurs d'adolescents : ,
«"Tout ce qui passe n'est que figure; l'insuffisant devient ici réalité; l'indescriptible ici est accompli; l'essence éternelle du féminin nous attire vers les hauteurs. »
Par celte transformation spirituelle, par celte « féminisation » de notre attitude, par ce retour du cœur à l'unité humaine primitive, nous avons conquis le bien j)récieux que nous dérobait notre grossière indifférence et notre ironie courte, la qualité de l'àmc. « Jetés hors de nous » mais « jetés » aussi « en nous », non pus « installés cbez nous » comme des j)<)ssesseurs et des créabnirs autochtones, nous avions enfoui ce « talent » précieux mais que l'on eût dit infécond, la vie spontanée. Hénie soit la femme, qui nous u rendu la vie jirofonde en nous infusant la sienne, qui nous a découvert, en tuant le péché de notre indifférence, notre moi véritable, |)rofon<l et vivant, naturel et épars, mystique el intime! N'allons plus désormais borner au désir impuissant dune impression iné-
close notre volonté de sentir et de g-oûter en profondeur. Notre sensibilité virile et défiante se féminise et s'affine par Vabandon. Au fatalisme de la femme, qui alanguit notre brutale raideur, nous devons cette détente, cette ' paresse expansive, cette réalisation diffuse et sincère, cette vie intégrale et immédiate. Vraiment, nous fûmes rachetés, par cette ingénue passionnée et magicienne, du péché radical qui nous faisait gauches et stériles, de la curiosité mauvaise et objective^ du morne et faux désir de la froide connaissance. Psyché incurieuse et alanguie en la douceur des choses, nulle question défiante et sacrilège ne troublera le calme et tragique bonheur de l'àme féminisée. L'Eve calomniée des paradis perdus devient pour Fhomme, coupable et déchu loin d'elle, l'instauratrice éternelle de l'innocence paradisiaque.
Eve calomniée et rédemptrice? Ou Psyché alanguie et incurieuse? — C'est bien ici l'alternative que nous devons formuler. Nulle question ne troublera la quiétude de celle qui s'abandonne. Mais Y innocence elle-même n'est-elle pas une question, et la plus tragique de toutes celles qui s'imposent? Faust connaît le terme de Vinquiétude; mais la pitié amoureuse et rédimante de « Celle qui fut Marguerite » s'adresse à « Celui qui connut le trouble et qui s'efforça ». Et la pénitente transfigurée, vers la joie de qui se penche, au jour de l'accomplissement, la Vierge « riche en rayons de gloire », supplia vainement jadis, aux heures de l'insuffisance, de se pencher vers son
l'intuition FEMININE 53
ang-oisse, en sa recherche douloureuse de pécheresse, la Yicrg-e « riche en douleurs' ». — Est-elle mauvaise radicalement, notre curiosité? Est-il faux radicalement, notre « instinct de connaissance »? Plus haut que l'incurieuse Psyché, n'est-il pas une Eve rédemptrice? Plus profonde que l'intuition alang'uie et abandonnée, n'estil pas une intuition tendue et conquérante? Plus féminine que la femme, n'est-il pas une « féminité » latente et chercheuse, inquiète et virile? C'est ce que nous allons examiner, en étudiant le rôle de FinlelUrjeuce.