Cf. à nouveau, Molinos, Guide spirituel
FECOND, l()
sa ruine entre nous et la plénitude de notre intuition. Mais la profondeur et la sérénité du mystère intime et pacifiant n'envahissent-elles pas soudain notre âme, surprise et inconsciente, aux premières mesures, étrangères à tout désir, du Prélude de Parsifcd? Que la Tragédie de l'illusion et de la douleur se déroule désormais; que la plainte du Roi exilé sanglote, frémissant dans sa chair, le tourment inguérissable de sa blessure spirituelle; que les ruses de la magie et les efforts de la sainteté se déploient, pour découvrir ou détourner l'heure du salut; que l'ignorance de son destin et de sa puissance souveraine retarde l'avènement du Libérateur; - nous savons que cette douleur et cette magie et cet effort et cette ignorance ne peuvent entraver la rédemption et l'œuvre mtime du mystère, et qu'au fond de l'âme du « Simple » est deja réalisée la joie du salut, comme la paix définitive précède l'acte de la délivrance dans le suave enchantement du Vendredi Saint. C'est qu'aux premières notes du Prélude, où s'exhale la douceur de notre vie spirituelle, notre âme reposait dans la simplicité harmonieuse de l'abandon; et si nous cherchons vainement la joie à travers les pe'ines et les aventures que la réttexion détermine dans les discordances, en notre cœur de « Simple », en notre enchantement intérieur, vit et s'éternise l'intuition centraie et la joie profonde que nous ne cherchons pomt.
Est-ce une violence que nous subissons, un rapt de notre âme par une force étrangère, une volupté brutale qu'un « Autre » nous impose? Est-ce plutôt, dans l'abdication
totale de la pensée discursive et de l'effort volontaire, une nonchalance de notre âme passive, qui se laisse aller, indolente, aux naïves inspirations de notre corps? Pauvres et infidèles traductions de l'expérience primordiale et de l'activité essentielle. Oui, c'est un « laisser-faire » qui nous Jjéatifle et nous divinise; mais, s'il est une violence en ce rapt et cette volupté, nous ne la subissons pas, nous en sommes l'origine et l'acteur'! Oui, c'est un « laisser-aller » qui nous réalise et nous éjouit; mais, s'il est une nonchalance en cette abdication, nous ne recevons point du corps cette suavité indolente, nous la formons nous-même dans la simple fidélité à notre cœur. En cette exposition candide à la réalité spirituelle, qui se cache aux yeux profanes sous le voile du néant, c'est la vie de prière qui développe en nous sa vertu féconde, l'active et pure richesse de l'oraison intime. Aux multiples demeures du « Château de l'Ame », dans une évolution recueillie et silencieuse, lente ou précipitée, sans lutte et sans travail, invisible aux regards que seules attirent les formes du visible, se reconnaît de mieux en mieux et se possède et s'éprend de soi notre puissance cachée, que rejetait au vide de l'être la fausse plénitude des symboles figuratifs. Loin des paroles extérieures, dans le muet renoncement au discours qui nous retenait en deçà de la Plénitude véritable, dans une absence des distinctions grossières et solides, en la fluidité de notre
1, Sur le laUser-faire mysliquc, cf. Mme Giiyoa, en parliculier \v Moyen court, c'.liap. xxi.
g^^ INTUITION ET AMITIÉ
essence et de notre lumière, un colloque mystique s'établit, une adoration incessante, une consolation infuse, un échange perpétuel délans et de réalités. c< Nous » et un « Autre »? Que non pas! Et quelle matérialisation indigne de ce dialogue des oraisons vivantes, que d'opposer ainsi, comme s'il s'agissait de grammaire ou de commerce, les personnes présentes et unies en cet entretien spirituel! Mais de quelle ardeur, ou de quelle ferveur, nous sentons alors, au vide du corps et du monde, au néant des gestes et des mots, au delà des apparences sentimentales qui nous limitaient et nous masquaient, le contact plein et réel avec l'être que vraiment et infiniment nous sommes, la volupté sans amertume de notre immédiate Présence".
Noire Présence? Oui, sans doute, c'est bien nous que nous découvrons ainsi, inconnu à nous-même dans le jeu mouvant des figures, au cœur de l'expérience intérieure et centrale. Mais d'une limitation nouvelle à quelque forme mystique, d'un immobile découpement de notre essence réelle sur le plan de la spiritualité, d'un isolement de l'être que nous sommes dans la quiétude ou les ravissements de la vie de prière, il n'est point question. En cette expérience immédiate se découvre à nous,
, Nous nous permettons de renvoyer le lecteur à notre étude sur La P, -ère en particulier au chap. m sur Le sentunent de présence et a la Con-^ clusion.
comme noire réalité, le « Centre » infini des riches et continuels jaillissements de l'être et de l'amour. (Jue notre intelligence n'aille [)oint ici, par une dialectique figurée, faire surgir de la nuit des concepts je ne sais quel barbare idéalisme, et réduire les « autres » réalités à une création de notre sentiment ou de notre fantaisie. Nous sommes bien loin ici, abandonnés à l'expérience naïve des immédiations, de cette métaphysique conceptuelle et de ces inventions d'école, qui font évanouir la plénitude de la Vie réelle dans la fantasmagorie vide et illusoire et la propriété inconnaissable de V « Unique » *. Et comment donc, en cette intuition du Néant des limites et des figures, pourrions-nous encore attribuer à la distinction et au découpement, qui nous isolent ainsi, idéalement, les « uns » des « autres », une valeur qui dépasse la région provisoire des symboles? Tandis que, séparés des êtres et des choses par les nettetés spatiales, nous |>oursuivions, dans la solitude charnelle et la retraite décevante de notre corps, une existence et une expérience strictement individuelles, il fallait bien que les êtres différents du nôtre et les choses distinctes de notre nature se déclarassent à nous comme des barbares et comme des étrangères. Mais, dans rex[»érience centrale (|iii nous multiplie au colloque intérieur en nous unifiant, il n'est plus pour nous de choses et d'êtres qui nous opposent de la sorte une dinV'rcncc» hostile cl (jui se ferment à M(»ti(> solitude. Kt si loiubcnl alors les mille tristesses qui lions