Voir VAilmii d'Alhorl Durer, au l'alnis l'illi
r intelligence. Et de ce froissement, de ce « malentendu », entre celle qui « vit l'élan vital » plutôt qu'elle n'en souhaite pénétrer le mystère, et celui qui s'inquiète de ce mystère plutôt qu'il n'en vit l'inquiétude, — je vois im double signe, symbolique et concret, dans l'abandon fataliste de la femme et la raideur questionneuse de l'homme. Mais puisque, pour tendu qu'il soit vers la recherche sans fin et disgracieux en cette tension, l'homme poursuit, par saccades héroïques, la route qu'il s'ouvre sans fin, il est donc, difTérente par son allure pénible de l'onduleuse souplesse féminine, mais dépassant peut-être le riche domaine où se meut agilement cette charmeresse, une souplesse intellectuelle et virile, faite de durs efforts et incapable de se posséder toute entière d'une présence intuitive et totale, mais savamment moulée sur chacun de ses objets successifs, et gardant, en son indéfectible mémoire, le riche trésor de ses expériences, non accumulées, mais assimilées et classées et clairement « comprises ». Et, si myope que soit en chaque aventure l'héroïque obstiné, voici que se lève en son âme la clarté illuminante, la vision intérieure et universelle, toujours mouvante et élargie, que réserve l'intelligence prometteuse et fidèle à l'héroïsme inlassable de ses fidèles aventuriers.
Est-ce donc qu'oublieux alors de la nature primitive, émigré sans mémoire de la terre natale et de celle qui lui fut aimante et berceuse, échappé ingrat des paradis de l'intuition, le souple et tonnce explorateur du pays
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inconnu et sans bornes n'aura plus de retours, en sa pensée intime, vers le domaine familier et la « gardienne » perdue'? — De l'unité première, origine secrète de son audace, il n'a point délaissé de la sorte le vivant souvenir. De la compagne qui resta, surprise, au seuil de la route étrange, il emporte avec lui sur la route le trésor essentiel et salutaire. Si la femme ne l'a point suivi dans son voyage cahoté, n'a-t-il point gardé en lui « l'essence éternelle » dont elle participe? A l'enthousiasme qu'elle lui infusa pourquoi ce passionné renoncerait-il? Et n'est-ce point l'attitude même, indicible et presque invisible, de cette rebelle à tous « barbares » qu'il adopte et transpose, en son affirmation persistante du voyage poursuivi et des relais dépassés? Uironie féminine, ineffable sourire, sensible à peine sur les visages féminins que nous léguèrent un Vinci et un Luini, plus cachée encore et plus profonde sur les traits de Jean-Baptiste, i)lus déguisée peut-être et plus lioublanle, dans l'œuvre du Sodoma, sur la face extalicpio du martyr Sébastien percé par les sagittaires, n'est-elle point suprême, à la galerie lîrera, sur l;i figure penchée du plus inlellecluel et du plus « féminin » des hommes, la figure léonardesque du « Hédem|)leur »'? Ce sourire, comme intérieur, d'une àme qui s'affirme telle qu'en soi elle est et sera toujours, cette négation secrète et sereine de toutes les né,L:a(ions « incompréhensives », cette
1. Cf. La Gardienne do. Il(3uri de llcpfiiior (Poèmes, Tel </«Vh so;i;/c).
2. Cf. Maurice Harrès, Un homme librj^, chnp. iv, p. lGl-163, et aussi Trois /stations de psychothérapie. Une visite à Léonard de Vinci.
marque définitive et spontanée de la destination naturelle, — c'est l'arme doucement dédaigneuse de l'intelligence sur la défensive, et c'est le masque spirituel de l'intelligence qui se recueille loin des profanes; mais c'est encore — sorte de grâce intime — le principe et l'annonce d'un abandon supérieur, moins épars et fragmentaire que celui de la femme, plus complet et mieux conscient, reprise de la confiance et de l'innocence intuitives sur le plan de l'intelligence. Cette ironie intellectuelle, marque indéniable de l'éternelle féminité, sera donc, à travers l'œuvre sans fin que l'intelligence construit et démolit et rapièce, la conscience même du fatalisme inhérent à cette œuvre, le sentiment de la personnalité qui se renonce, la science, immanente à l'intelligence « abandonnée », de la nécessité immanente aux choses ^
Et qu'une « féminité » plus curieuse et plus complète se réalise, avec une souplesse plus têtue, au delà des régions qu'elle aime, la femme, certes, ne l'ignore point. Le meilleur de cette attitude qui, semble-t-il, la dépasse et l'offense, n'est-ce point elle qui l'a donné, si l'abandon ^ naturel et l'ironie enthousiaste demeurent, en l'œuvre aventureuse de l'intelligence qui cherche, le souvenir efficace de l'intuition qui possède. A cet « intellectualisme » audacieux, que provoqua, épris du tragique, le « féminin » qui est en elle, cette amoureuse de la vie tragique aspire peut-être elle-même. Et, s'il est dans le
1. Nous avons entendu M. Jean-Édouard Speulé, dans un cours encore inédit, développer une idée analogue au sujet de Goethe.
Jt
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féminisme qui la menace une attirance qui la fascine, n'est-ce point que d'elle encore, et de l'intuition qu'ironiquement et inconsciemment elle affirme par son être, procède l'ironie consciente de l'intellectualisme qui la dilate et qui la nie? De là, cette sympathie grandissante pour l'esprit de l'homme, où elle reconnaît, ahannante et essoufflée, mais objet d'un sentiment clair et d'un vouloir inébranlable, sa propre et vagabonde et primitive inspiration. Dans l'œuvre de l'homme, si rebutante parfois à son ingénuité enfantine par les détours abstraits qu'elle implique, la femme devinera la mise en œuvre, au delà des atteintes immédiates et des réalités présentes, sur l'inégal terrain des régions obscures et non défrichées, de la souple dévotion aux choses, qui la porle elle-même, par élans soudains, à travers les régions lumineuses et fertiles de l'immédiate connaissance. Et c'est pourquoi, jalouse de reffort viril, mais éprise, comme Narcisse au miroir des ondes, de sa propre et gracieuse flexibilité, cette intuitive qui désire l'intelligence retrouve et contemple son image, et sa féminité essentielle et latente, au miroir fluide de la philosophie bergsoniennc.
Qui sait, d'ailleurs, si la gauche dévotion th; l'inlelligencc aux choses ({u'cllc poursuit ne se changera pas, quelque jour, en grâce supérieure, et si le principe
féminin qu'emporte l'homme en son aventure héroïque ^ ne fera point de cette odyssée pénible une marche triomphale et mouvante vers la conquête fabuleuse de quelque Toison d'Or? On raille la pesante raideur qui gêne, en sa carapace de précautions et de méthodes, l'agilité engourdie de la science ankylosée; et, parce qu'on voit peiner les manœuvres, on perd de vue l'aisance souveraine des « maîtres » qui les dirigent. Ah! n'est-ce point notre vision courte et superficielle qui nous fait prendre pour un piétinement sur place des chercheurs de vérité leur trépidation bouillante et intérieure? Les choses qui nous entourent nous semblent engourdies en leur immobilité familière; et nous prenons aisément leur calme inaltérable pour l'inertie de la mort. Quelle illusion grossière! Agitées sans trêve, bondissantes et rebondissantes, comme en un jeu savant de raquettes magiques, les molécules, dont la réalité secrète forme à nos yeux l'apparence des choses, décrivent, avec une agilité qui nous efïare, les courbes fonnulables et nécessaires du mouvement brownien. Quelle souplesse égalerait leur souplesse féerique? Et, s'il est vrai que le cerveau de l'homme, pareil à toute la nature, nous offre le spectacle chorégraphique de la « danse des molécules » et du « ballet des atomes », — pourquoi taxer encore de gaucherie et de lenteur la forme superficielle, et infidèle, que nous trace, maladroitement et sottement, notre vision courte de la « danse des idées » et du « ballet des esprits »? Nul besoin, dès lors, de projeter dans les mythes/lu futur la réalisation probléma-
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tique des tjouplesses fluides d'une intelligence transformée, et d'attendre, pour rendre justice à l'intelligence virile, qu'elle ait abdiqué sa nature proj^rede travailleuse inquiète, pour se changer enfin en oisive et calme intuition. Infiniment souple, à qui la pénètre et s'éprend d'elle, — cette ouvrière de clarté, qui [iromène de chose en chose, consciente toujours et captivée, la caresse lumineuse et mordante d'une curieuse et inFatisrable svmpathie. Butineuse systématique et savante, par les méandres compliqués de son vol, elle retient, de chaque amour profond et sincère, cela même qu'il peut et doit livrer, la continuité diverse de l'amour qui se veut indéfectible et qui survit, toujours égal et ardent, aux mille épisodes passionnés de la folle aventure. Qu'importe donc ([u'clle change d'objets, si elle em|)orte, fidèle à soi et à l'essentielle nature des chers oubliés, cela même que l'on n'oublie point, le souvenir de chaque passion traversée et comme la formule concrète et singulière de chaque abandon? Car c'est méconnaître bizarrement la qualité de cette curieuse ardeur que d'en limiter la fonction aux sèches pauvretés de la spéculation abstraite. De l'abslraclion même et des formules qui semblent vides, c'est (iKîore l'acte singulier qu'elle saisit avidement, désireuse de réalité partout (même parmi les ombres) et de vive plénitude. Aussi quelle calomnieuse invention d'adversaires paresseux, qui n'ont pas su découvrir en celte curiosité fureteuse le principe d'une joie, ce g^rief qu'ils lui jettent à la face, et qui ferait d'elle une receleuse
d'ennui \ Jean-Baplisle Dumas, le grand chimiste, avait coutume de dire à ses neveux, lorsqu'il les voyait bailler. « Mon enfant, il n'y a que les hètes qui s'ennuient ». Je ne sais pas s'il voyait juste, en cet aphorisme de psychologie animale; mais il décrivait à merveille par là le scandale de l'intelligence, devant cette torpeur monotone et incurieuse d'une activité machinale roulant dans un cercle habile et stupide. L'intelligence décèle l'ennui, mais elle ne le récèle point ; elle en découvre le principe, par une sorte d'illusion d'optique, dans une nature inconsciente qui contraste avec la sienne; elle en développe le remède par le déroulement ouvert et sans terme de sa courbe consciente et progressive. Et, puisqu'elle décèle et exorcise, par son agissante vitalité, l'ennui paralyseur que récèle et engendre à ses yeux l'inerte routine de l'instinct, c'est donc qu'elle renferme en elle, toute réfléchie et prudente et mesurée que soit sa marche, le principe fécond et vivifiant, mais clairvoyant chez elle et sagement efficace, des enthousiasmes spontanés et réalisateurs. Et cette souplesse illuminante est faite à ce point de large sympathie, que nulle démarche intellectuelle n'accepte l'orgueil de l'isolement, et que les intelligences diverses accordent spontanément leurs ambitions et leurs certitudes dans l'impérialisme spirituel de la « plus grande intelligence. » Que sert donc de nous la dépeindre, en une caricature facile, comme vision extérieure, et toute schématique, d'un réel impénétrable, comme impénétrable elle-même, forme dépourvue de
profondeur et d-intériorité, à la conscience vivante et sympatliique? L'intelligence est sympathie avec toute chose, et avec le tout des choses ; profonde et donneuse et désireuse de soi, l'intelligence est sympathie « intérieure » avec l'intelligence des choses, et même, si elle pouvait abolir en elle le souci des choses, sympathie « intérieure » avec la « vie intérieure » de l'intelligence. Car l'intelligence est vivante; bien mieux, l'intelligence est une Vie. Et ceux-là se dupent eux-mêmes, parce qu'ils l'ignorent, qui ne la savent trouver ailleurs que dans ses productions momifiées. Il en est peut-être qui la pratiquent et l'exploitent et ne la connaissent pas. Il est des formules où elle se dépose, désormais fossile et creuse, comme la trace de la goutte d'eau sur la pierre rongée. Mais pourquoi s'attaquer, comme s'ils la « représentaient », à ceux qui l'usurpent et la défigurent? Pour connaître l'intelligence, il faut entrer en communion d'intelligence avec « ceux qui vivent l'intelligence » ; « maîtres » ou manœuvres, ceux-là sont les vrais « intellectuels ». Analystes « murés en leur chambre », et qui suivent, dans le tressaillement de la découverte, le jeu intérieur des équations, ou construisent, création paradoxale de leur génie, les espaces multiples à courbures innombrables; physiciens reclus en un laboratoire modeste, et qui, do leurs ressources chétives, à force de patience subtile, fabricjuant eux-mêmes les instruments nécessaires, parviennent à capter enfin les ondes hertziennes; naturalistes penchés et couchés, durant des
lustres, vers les insectes qui peuplent le sol, et surprenant, à force d'ingénuité intellectuelle, le secret de leurs migrations et de leurs instincts; historiens de l'âme religieuse, qui interrogent durant des années les archives conventuelles et les lieux où vécurent leurs personnages, et finissent par reconstituer, à force d'objectivation minutieuse, les documents essentiels disparus ou détruits ; — tous ces fidèles de l'intelligence scientifique, portés à leur œuvre parla spontanéité impérieuse d'un élan, soutenus dans leur œuvre par la vitalité profonde de leur dessein, réalisés dans leur œuvre par la clairvoyance quasi instinctive de leur jugement critique et efficace, nous livrent bien autre chose que les reliques glaciales et poudreuses de la « connaissance froide » et sèchement impersonnelle.
Conviés naguère aux « pèlerinages de l'intuition et de la sensibilité », laissons-nous convier à présent aux « pèlerinages de l'intelligence ». Il est des lieux d'illumination intellectuelle, des lieux de sensibilité pauvre et de beauté maigre, où nous perdons la mémoire de nos désirs et celle de nos gestes, pour nous abîmer, curieux de la connaissance pure, en la contemplation soulevante de ceux qui vécurent dans la lumière de l'Esprit. Une pauvre chambre, en un faubourg de la Haye, connut les heures joyeuses et austères, où poursuivait ses déductions inéluctables, et sa construction géométrique de Téternel, cette âme candide et affamée de certitude, que le monde appelait Baruch de Spinoza. Sur la colline pari-
sienne du Père-Lachaise, dans le recoin le plus prosaïque du cimetière pittoresque, loin du saule pieux et romantique qui pleure ses Itranches sur le poète des larmes, une tombe modeste et la vulgarité d'un banc, tel est le cadre évocateur et terne de la puissante et passionnante logique d'un Atiguste Comte. A Pise, bien à l'écart du Dôme et du Baptistère, loin do la Tour qui se penche et du blanc cimetière d'Orcagna, un cocher, ignorant sans doute mais respectueux des anciens noms, désigne à notre admiration pieuse la maison basse, et sans gloire visible, où vécut pour l'intelligence l'esprit génial de Galilée. Oui, ces lieux de l'intelligence sont maigres et pauvres; nulle sensibilité éparse ne s'y révèle à nos cœurs; nulle beauté royale n'y « éclate » à nos yeux. Mais la maison basse et la chambre étroite, et la tombe vulgaire, tout cela demeure en nous dans la mémoire spirituelle; et, lorsque nous évo(|uons h'urs images sans éclat, une lumière intérieure les illumine et les entoure d'une gloire irradiée. Alors nos sensibilités s'émeuvent et s'enrichissent; une beauté splendide et féconde transfigure notre tiédeur première et nous agenouille, palpitants de ferveur |>ieuse, «levant celte claire révélation du miraculé [)eipéluel de l'intelligence vivante. Et puisqu'on nous, soulevés et transfigurés par elle, vil et se perpétue ce « miracle », mieux peut-être qu'aux lieux do lintuition évoqués naguère, c'est en ces lieux (rilluiiiinalioii spirituelle et virile que souflle, « on vérité », l'Esprit.
Qui donc, à pr(''soiil, (axor.iil iV indiffcrence au réel la
connaissance objective, et reprocherait aux « intellectuels » sincères de ne point s'attacher à leur recherche? Principe de mobilité et d'inquiétude, l'intelU,2ience, qui nous arrache au jardin familier pour nc^is entraîner vers les pays inconnus, serait-elle étrangère à cette inquiétude mystique, qui nous plonge dans l'intimité des choses, et, toujours éveillée à nouveau, projette toujours plus avant le mystère de l'être? Et qu'il serait injuste de refuser à la « froide » et calme connaissance l'accès angoissé au tragique de la vie! C'est elle qui, formulant de façon nette le problème de la vérité, posant ce problème concret en chaque rencontre singulière, faisant ainsi la solution indispensable et la lutte inévitable, détermine la vie tragique sous ses formes les plus angoissantes, en créant, sous mille formes également impérieuses, la cruelle « Tragédie de Terreur ».
Et serait-il équitable, sous l'apparent prétexte des spéculations chimériques, de proclamer le divorce radical et originel entre le bon sens qui nous assure et l'intelligence qui nous égare? Bien plutôt qu'elle ne poursuit un rêve stérile dans la vide région d'Utopie, la curiosité vivante, et pleine de mémoire, de l'intelligence collective s'attache passionnément et se fixe solidement à Vactuel, éclaire de son expérience assurée et de sa science contrôlée les divinations obscures du bon sens intuitif, élargit enfin, par une « attention » volontaire et consciente « à la vie » concrète, qu'elle « représente » et développe, l'étroitesse et Tétriquement de nos vues trop brèves.
L'inquiète et curieuse Psyché n'avait-elle point raison (le prétendre éclaircir le mystère d'Éros? Et l'adolescente des Paradis tranquilles, Eve l'innocente, n'avait-elle point raison d'écouter le murmure fascinateur de l'antique serpent? Fidèles au calme dormant des intuitions charmeuses, nos àmos, trop docilement féminines, seraient alanguies à jamais et ahandonnces, en leur souplesse mystique, à la torpeur inconsciente de l'âme végétale. Mais de cette connaissance engourdie et confuse nous libère l'intelligente révolte et la curiosité audacieuse de r « essence éternelle » que nous portons en nous; et, hien que notre audace virile semble, dans l'aventure intellectuelle, nous arracher à sa timide répugnance, c'est encore la femme qui, nous ayant mis au cœur sa propre souplesse ingénue et tragique, nous délivre et nous rachète. L'innocence confuse des Paradis naïfs est abolie désormais; la conscience distincte est entrée d;ins nos âmes, et nous avons acquis la science double du bien véritable de l'erreur mauvaise. Est-ce donc que l'innocence nous est inaccessible pour toujours, et que nous devrons user nos elTorts stériles dans l'inquiétude sans terme? La souple et lidèle intelligence qui nous entraîne, multiple par ses formes, une par son aspiration, est assez puissante pour lépoiidre à notre désir et nous établir soliilcmeutdans les id.irl/'s ilhiininaiitcs de rinnonMico inlrllectuelle. Avertis désormais, dans noire commerce avec les choses, de i'essciilicnc dislinclion (Mitre la V('Til('' ^)l l'erreur, Motr(^ altiliide vivante, iiiliiiiiuenl large et com-
préhensive et nuancée, accueillante aux choses singulières mais les conciliant dans l'unité savante d'un ordre intelligible, meilleure que l'éparpillement féminin des impressions immédiates, nous assurera donc, bien ines- , timable et viril, cette fraîcheur consciente de l'esprit, qui vaut mieux, pour notre inquiétude aventureuse et sans terme, que la fraîcheur inconsciente de l'âme.
Meilleure à notre inquiétude que la fraîcheur de l'âme? Pourquoi ne puis-je détacher mon souvenir de l'image obsédante des grands ironistes? Sur la route qui le mène d'Harroué, la révélatrice des soirs et des limites, à Venise,' l'annonciatrice fiévreuse des journées et des expansions intînies de 'l'être, 1' « homme libre », qui détermine consciemment et intelligemment ce qu'il est au secret de lui-même et ce qu'il sera, trouve-t-il vraiment, dans cette fraîcheur de l'intelligence et cette science de la vie, la liberté intime et profonde qu'il croit désirer et poursuivre'? Qu'il écoute à Lucerne, au son d'une musique médiocre, résonner en lui-même la musique capricieuse et puérile d'une âme de jeune fille vaniteuse et nostalgique, il voit nettement, sans nous le dire, ce qu'il y a d'artifice risible dans cette conscience d'une ambition mesquine et démesurée^. Qu'il s'arrête, à Milan,
1. Cf. Maurice Barrés, Un homme libre, en parliL-ulicr chap. vi (En Lorraine) et x (Mon triomphe de Venise).