AUX HABITANTS DE LA PROVINCE DU CANADA
" Amis et Compatriotes^
" Notre précédente adresse vous a démontré nos droits, nos griefs, et les moyens que nous avons en notre pouvoir et dont nous sommes autorisés par les constitutions britanniques à faire usage pour maintenir les uns et obtenir justice des autres.
" Nous vous avons aussy expliqué que votre liberté, votre honneur et votre bonheur sont essentiellement et nécessairement liés à l'affaire malheureuse que nous avons été forcés d'entreprendre pour le soutien de nos privilèges.
'' Nous voyons avec joie combien vous avez été touchés par les remontrances justes et équitables de vos amis et compatriotes qui n'ont d'autres vues que celle de fortifier et d'établir la cause de la liberté.
" Les services que vous avez déjà rendus à cette cause commune méritent notre reconnoissance et nous sentons l'obligation où nous sommes de vous rendre le réciproque.
'"'• Les meilleures causes sont sujettes aux événements, les contre-temps sont inévitables, tel est le sort de l'humanité,— Mais les âmes généreuses qui sont éclaircies et échauffées par le feu sacré de la liberté, ne seront pas découragées par de tels échecs et surmonteront tous les obstacles qui pourront se trouver entre eux et l'objet précieux de leurs vœux.
" Nous ne vous laisserons pas exposés à la fureur de vos ennemis et des nôtres — Deux bataillons ont reçu ordre de marcher en Canada — dont une partie est déjà en route, on lève six autres bataillons dans les Colonies-Unies pour le môme service — qui partiront pour votre province aussitôt qu'il sera possible, et probablement ils arriveront en Canada avant que les troupes du Ministère sous le Général Guy Carleton puissent recevoir des secours,— En outre,
nous avons fait expédier les ordres nécessaires pour faire lever deux bataillons chez vous, — Votre assistance pour le soutien et la conservation de la liberté américaine nous causera la plus grande satisfaction, — nous nous flattons que vous saisirez avec zèle et empressement l'instant favorable de coopérer au succès d'une entreprise aussi glorieuse— Si des forces plus considérables sont requises — elles vous seront envoyées.
" A présent vous devez être convaincus que rien n'est plus propre à assurer nos intérêts et vos libertés que de prendre des mesures efficaces pour combiner nos forces mutuelles — afm que par cette réunion de secours et de conseils nous puissions éviter les elTorts et l'artifice d'un ennemi qui cherche à nous afToiblir en nous divisant, — Pour cet efifet, nous vous conseillons et vous exhortons d'établir chez vous des associations en vos différentes paroisses de la même nature que celles qui ont été si salutaires aux Colonies-Unies, d'élire des députés pour former une assemblée provinciale chez vous, et que cette assemblée nomme des délégués pour vous représenter en ce Congrès.
'■'• Nous nous flattons de toucher à l'heureux moment de voir disparoître de dessus cette terre l'étendard de la tyrannie — et nous espérons qu'il ne trouvera aucune place dans l'Amérique Septentrionale.
Signé au nom et par ordre du Congrès.
le M wfet "le. } " J°™ Hancock, Président."
Cette lettre de- Ccttc Lettre ue fit pas l'effet sur l'esprit des Canadiens que le Congrès en attendoit, car ils ne voulurent point faire d'assemblée— encore moins envoyer des députés au Congrès — Au contraire, ils étoient si mécontents de voir les Bastonnois dans le Canada que — s'ils eussent eu quelques chefs pour les conduire — ils auroient pris les armes pour les chasser — ce qui auroit été d'autant ^ moins difficile qu'ils n'étoient point en grand nombre.
1 Ce mot a été passé dans le Ms. N" 1 .
meure sans effet.
Depuis le premier février 177G, jusqu'au dix-sept — il ntévrit-r. arriva une quantilé de traînes d'Albanie, chargées de rhum, sucre, café, chocolat, &c., et retournèrent chargées de marchandises, que les marchands de Montréal vendirent à ceux d'Albanie, à raison de cinquante pour cent.
Monsieur S^ Luc Lacorne revint de Boucherville à la février. Montréal par le moyen de Mi' Hazen qui logeoit chezluy se'^réndà'phiiaavec son épouse — lequel s'étoit rendu cantion — et partit ''"^'i'^"^pour Philadelphie le dix-huit, où M^" Hazen luy avoit procuré un bon logement, — II auroit môme resté à Montréal — si plusieurs de ses amis ne luy eussent point conseillé de partir — de crainte de se faire quelques mauvaises affaires— car il paroissoit être devenu bon amy avec les Bastonnois — depuis la mort de M"" Montgomery, lesquels avoient beaucoup d'égards pour luy — ce qui prouve que trop qu'il ne leur avoit pas nny — et que ce qui avoit été dit sur son compte n'étoit que trop vray, — Thomas Walker, James Price et James Bonfield partirent aussy pour Philadelphie.
Le onze de mars 1776 — il partit pour Québec trois pièces de canon de S' Jean, et six de Montréal qui avoient Canons enété enclouées au départ du Général Guy Carleton. ^°^
Depuis le vingt-cinq janvier 1776 — qui furent les premiers Baslonnois qui arrivèrent en Canada depuis la prise Nombre des des retranchements de S' Jean, jusqu'au dix-huit du mois csmaZ."'* ^" de Mars suivant — il n'arriva que douze cent treize hommes — suivant et conformément la liste cy après,
Sçavoir : -
Le 25 janvier — 1776, vingt-sept hommes, cy 27
Le 27 " 57
Février, le 4 66
Le 14 80
Le 15 70
Le 18 60
Le 19 20
Le 19 27
Lettre adres- "ée par l'auteur aux Caimdieiis.
f02 LE TÉMOIN OCULAIRE DE LA GUERRE
Le 19 17
Le 20 32
Le 20 35
Le 21 12
Le 24 70
Le 25 70
Le 26 66
Le 28 30
Le 2 de Mars 26 '
Le 3 89
Le 5 75
Le 8 60
Le 10 42
Le 10 36
Le 13 15
Le 15 80
Le 18 15
Total 1213
Que ces douze cent treize hommes arrivèrent à Montréal par petits détachements et dans les différents joar& qui sont mentionnés ci-dessus, dont une partie tomba malade par les fatigues qu'ils essuyèrent pendant la route dans une saison aussy rude — A fur et à mesure qu'ils arrivoient à Montréal l'on faisoit partir ceux qui n'étoient point malades incontinent pour Québec ou d'autres postes — pour remplacer les morts et les malades des différentes garnisons.
La lettre suivante fut écrite par l'auteur du journaP à
1 Le Ms N° I porte 25 ; le N" 2 a été corrigé ; il y avai<. (l"abord 25,
2 Le Ms. N" l portait : par M. Sangitinel ; mais ces mots ont été soigneusement raturés, et remplacés à la marge pap ceux qu'on vient de lire.
ses concitoyens— dans le mois de Mars 1776— qui porta l'effet qu'il en attendoit.
'' Habitants du Canada,
" Il est temps que vous fassiez réflexion sur votre con- " duite qui attirera sur vous et vos enfants la punition " que vous méritez— si vous y persistez,— Vous n'avez " point de temps à perdre pour éviter le châtiment qui " vous menace, par vous laisser tromper impunément et " manquer de fidélité envers votre légitime Souverain, " qui vous a comblés de bienfaits,— Tremblez— peuple " ingrat— le glaive est déjà suspendu sur vos têtes,— sera-t- " il possible— Canadiens— que vous porterez écrit sur vos " fronts le nom de rebelles f?] et que vous attendrez d'un '^ sang-froid le courroux d'un Souverain si justement " irrité par luy avoir manqué de fidélité pour vous sou ^' mettre à des rebelles qui vous tyrannisent [?] Non— il " n'est pas possible de demeurer davantage parmi un peu- " pie insensible aux maux qui l'accablent par le pouvoir " tyrannique que les Bastonnois exercent sur vous— sans " qu'il se trouve personne qui s'y oppose,— On vous pille, " et vous le souffrez, on vous outrage et vous vous taisez ! " Leur audace a passé jusqu'à expatrier devant vos yeux '• vos proches parents et vos amis— qui n'étoient ny cou- " damnés— ny même accusés— et vous l'avez aussy enduré " et vous n'osez pas seulement témoigner que votre cœur " en est touché. Vit-on jamais une plus cruelle tyrannie [?J " Mais pourquoi vous plaindre en secret de ceux qui " exercent ce pouvoir tyrannique plutôt que de vous, " puisqu'ils ne l'ont usurpé que parce que vous avez eu '' si peu de cœur que de le souffrir [?] Qui vous empêchoit " d'exterminer les Bastonnois, quand ils ont voulu outrer " dans votre Province, et lorsiju'ils étoionteu si petit nom- '' bre après l'alfaire du 31 Décembre dernier |?] Et n'est-ce " pas à votre lâcheté qu'ils doivent leur accroissement |?| " Au lieu de prendre les armes pour les dissiper — vous les " avez tournées contre vous-mêmes, et les avez enhardis
"' dans votre propre pays, voyant que nul de vous ne se " mettoit en état de les chasser, — Etes-vous donc résolus " de demeurer toujours dans une si longue léthargie [?] '• Dites-moi — ^.je vous prie — quels sont vos pensées et vos '•' sentiments [?] Attendez-vous qu'ils vous mettent le pied '' sur la gorge et qu'ils vous fassent payer des impôts pour '■'■ les indemniser des dépenses qu'ils ont faites pour venir •' dans votre pays vous molester [?] Ne ressentez-vous pas '' déjà que votre bled a diminué de beaucoup de son prix " ordinaire [?] Ne vous fatiguez-vous pas de faire des " corvées gratis — et des commandements despotiques qui " vous font aller ça et là pour rien [?] Et si malheureuse- " ment la ville de Québec étoit prise — vous deviendriez " des esclaves à vendre sur les marchés avec vos femmes " et vos enfants— ainsy qu'il n'est que trop commun parmi " eux, —
'' Ne vous réveillerez-vous donc jamais d'un tel assou- " pissement [?] Et serez-vous plus insensible que les Bêtes " qui, regardant leuj-s plaies, s'animent contre ceuxqui les '' ont blessées [?] 11 semble que l'amour de la liberté hon- '•' nête — qui est la plus forte et la plus naturelle de toutes " les afifeclions — est éteinte dans votre cœur — et que celui " de la servitude a pris sa place, — comme si nos ancêtres " nous avoient inspiré avec la vie le désir d'être assujettis " à des rebelles, — Au contraire — vous n'ignorez pas qu'ils "■ ont soutenu tant de guerres contre les habitants des " Colonies — qu'ils les ont contraints de demeurer tran- " quilles sur leurs terres, et même ils [ne] s'étoient rendus " redoutables à cette troupe de brigands qui vous " tyrannisent aujourd'hui, que pour conserver des biens " qu'ils ont défrichés avec tant de peine. — Convenez donc " que vous avez bien dégénéré de la valeur de vos Pères- " Quoi ! vous paroissiez si contents d'avoir pour maître '• un Roy débonnaire, et vous souffrez d'avoir pour tyrans '' de votre propre nation une bande de hinquis \ 11
1 Le lecteur a ici sous les yeux un exemple de l'orthographe et des efforts de prononciation de l'auteur de nos manuscrits.
*' n'appartient qu'à des lâches et des gens sans honneur " d'obéir volontairement à ces méchants qui vous ont " trompés impunément, par leurs discours empoisonnés, '' — Ils ne doiven-t qu'à votre lâcheté leurs avantages, — ils '•'■ vous rendront captifs si vous différez encore à prendre " une généreuse résolution pour les chasser de votre '• pays, — Leur audace croîtra peut-être jusqu'au point de " brûler et piller vos maisons, parce qu'ils ne trouveront " rien qui leur résiste, et si nous marchons hardiment " contr'eux, ils n'oseront point nous attendre, notre seule " vue leur fera perdre courage. Vous ne manquerez pas de " bons conseils pour vous conduire avec prudence dans " cette entreprise, et ce n'est pas seulement par des paroles " mais en m'exposant aux plus grands périls — que jepré- " tends de vous y animer par mon exemple."
Le vingt mars 1776 — le Sieur David Wooster — qui commandoit à Montréal — partit pour Québec et laissa pour Commandant à sa place le Sieur Moïse Hazen.
Le vingt cinq mars — il se forma un party de Canadiens woosteTqîàuè Royalistes — dans les campagnes du sud en bas de Québec Montréal. — au nombre d'environ trois cent cinquante hommes — commandés par Mr Beaujeu — ancien capitaine canadien Tentative de — Il fit avancer une avant garde de cinquante hommes dans les paroisjusque dans la paroisse S' Pierre — commandée par le Sieur Couillard — pour favoriser sa marche jusqu'à la Pointe-Lévy — vis-à-vis Québec pour entrer dans la ville — s'il étoit possible — afin de donner du secours. Mais il s'assembla un autre party d'habitants do dilTérentes paroisses, avec environ cent cinquante hommes des Bastonnois, qui cernèrent la maison où étoit Tavant-garde des Royalistes, les attaquèrent vivement & les firent prisonniers, — Dans ce combat il y eut trois habitants royalistes de tués, dix do l)lcssés avec M'" Bailly, prêtre, qui étoit avec eux — Ils auroient tous été tués, après s'être rendus prisonniers— si les Baslonnois ne l'eurent cmpôcliô — Il fut envoyé dix huit prisonniers à Montréal — des principaux — le reste renvoyé chez eux, avec promesse
lOG LE TÉMOIN OCULAIRE DE LA GUERRE
de ne plus prendre les armes, — Mr Beaiijeu fut obligé de congédier sa petite armée et de se cacher de crainte d'être fait prisonnier — L'on vit dans cette affaire les pères se battre contre leurs enfants et les enfants contre leurs pères — ce qui paroîtra sans doute bien extraordinaire ^ 19 mars 1776. Le dix ueuf de mars — Mr Simon Sanguinet fit partir de
Messagers en- \r ,,■•■, . /~iii-r-. t p.
voyésàQuébec- Montreai le jeune Charles Reaume — son beau frère —
arrêtés en route. , , . ,i > ^ ,n
avec deux autres jeunes gens, pour aller a Québec porter les nouvelles au Général Guy Carleton, — mais étant rendus dans la paroisse St Nicolas — près de Québec — ils furen t arrêtés et faits prisonniers— et renvoyés aux fers à Montréal— où ils restèrent en prison longtemps. 19 avril. Ar. Lc dix ncuf avril— Ic Sieur Arnold — nui avoit com-
nold commande i ^ ^ ^ ^i -, r^
à Montréal. mande aQuebec les Bastonnois — après la mort de Mr Montgomery — arriva à Montréal et prit le commandement.
Quelques jours après — il descendit de La Galette trois bateaux dans lesquels il y avoit des troupes — pour chercher des vivres aux Cèdres, — ils chargèrent leurs bateaux chez le S'' Denis — marchand aux Cèdres — s'en retournèrent au poste de La Galette où ils étoient en garnison. 21 avril. Le vingt-et-un d'avril — Arnold — qui commandoit à
Montréal — qui apprit cette nouvelle — envoya environ deux cents hommes aux Cèdres— de crainte qu'il ne s'élevât quelque détachement contr'eux dans cette partie. 29 avril. Le II arriva à Montréal le vingt-neuf avril — trois députés
Congrès envoie n /~, > -,,.„.
des députés à du Congres avec un Jésuite, pour faire quelques arrange-
Montréal. i ^ tvt x - i tit • -i \ ^ i no • ?
ments a Montreai — Mais ils trouvèrent les affaires des Bastonnois en si mauvais état — qu'ils prirent le party de s'en retourner— Mais, avant leur départ — ils donnèrent des passeports aux marchands-voyageurs, qui les désiroient depuis longtems — pour monter avec leurs effets dans les pcnjs d'en haut. Mr Franklin — qui étoit un des députés — partit le premier jour pour les Colonies, et les deux autres restèrent quelque temps après luy ^.
1 Noies et pièces justificatives, XG.
2 Noies el pièces justificalives, XCI.
Le neuf de may — l'on apprit à Montréal que les Bas- 9 mai. onap. tonnois avoient levé le siège le six devant Québec. Aussi- réai que le sidge tôt, la terreur se mit parmi les Bastonnois — Ils commen- iev<5-efre*t d^e
, y , TiTi'ii •> 1T -1 celle nouvelle.
cerent a évacuer Montréal — de manière que le douze il ne restoit qu'entiron cent cinquante hommes. Ce môme jour il partit une quantité de marchands anglois — qui étoient domiciliés dans la Province — qui avoient pris le party des Bastonnois et qui n'avoient pas peu contribué à tromper les habitants canadiens par leurs discours empoisonnés, lesquels craignoient les châtiments qu'ils avoient mérités.
Le treize may, M^' Simon Sanguinet partit de grand isiDai. Mtre. matin pour Québec — pour aller instruire le Général Guy reiuF à' Québec. Carleton de ce qui se passoit à Montréal — Il amena avec luy Madame Welles sa belle-sœur, (dont son mary étoit parti de la ville avec les autres marchands), pour luy faciliter sa descente jusqu'à Québec — dans la crainte où il étoit d'être fait prisonnier dans sa route — comme son beau-frère qu'il avoit envoyé dans le mois de mars ^
Quelques jours après le départ de M"" Sanguinet pour Renf.ui inutile
Q, -, ., . «n»T • . ■> • .,, que reçoivent les
uebec — il arriva a b' Jean environ quatre a cinq mille ennemis.
Bastonnois des Colonies ^ pour presser le siège de Québec
— mais à leur arrivée le siège étoit levé — alors, le général
bastonnois fit répandre son monde dans les différents
postes de la Province - depuis les Trois-Rivières jusqu'aux
Cèdres.
1 Le Ms. N" I njnrermo ici un passago([ui a clé ralurc cl doiil il n'y a aucune trace dans le Ms. N' 2. Voici ce passage :
" 11 rencontra les Bastonnois qui se sauvoient grand train, sans luy dire un mot, el il jiassa li's derniers le qualorzo à Cliainiilain, el arriva îi Québec lo fiuinze à six heures du soir — 11 inlbrina le Cléuéral Guy Carleton de tout co qui s'éloil passé à Montréal — luy a|)])ril aussy (juo les Haslonnois avoient abandonné Décluunbauil cl Jacfpies Cartier, où ils s'étoionl retranchés après avoir laissé Québiîc, i)our favoriser l(!ur retraite. Le Général Guy Carleton lo rcrnl i)oIinient. Toute la ville de Québec fut bien contente d'apprendre dos nouvelles do Montréal dont ils n'avoient eu aucune nouvelle depuis le mois do février."
2 Ce mot manque dans .V.v. A'"l.
SIEGE DES BASTOI^Is"OIS ,
DEVANT LA VILLE DE QUÉBEC, ET TOUT CE QUI s'y EST PASSÉ DE PLUS REMARQUABLE PENDANT LE SIÈGE.
Dans le mois d'octobre 1775, le Colonel Arnold arriva octobre ms. à la Pointe de Lévy avec environ quatre cent cinquante devam Qu^ébe^'c! hommes qu'il avoit amenés de Boston par la Beauce ou le Sault-à-la-Ghaudière ^ — Il vint à la Pointe de Lévy visà-vis de la ville de Québec — ensuite il se répandit dans les campagnes du sud avec son monde, pour les faire rafraîchir et les laisser reposer des fatigues et de la misère qu'ils avoient essuyées pendant la route, — Il fit ramasser pendant ce temps les bateaux et canots qu'il put, pour traverser au nord, du côté de Québec.
Le jour étant fixé, il traversa avec sa petite armée, à AmoM traverquelque distance au-dessus de Québec, — M' Cramahé, Québec''dèm*ciil Lieutenant-Gouverneur dans la ville — n'ignoroit point que ""^ tranqmiie. les Bastonnois fussent si près de la ville de Québec, — puisqu'il en avoit donné avis au Général Guy Garleton pendant son séjour à Montréal. Mais livré à ses plaisirs avec vingt-quatre citoyens de la ville qu'il avait établis — '' Barons de la Table-ronde " ' depuis quelques années — [il] s'amusoit et passoit le temps à se divertir — sans prendre aucunes précautions contre l'ennemi — Cette conduite jointe à une quantité d'amis qu'avoient les Bastonnois
1 Noks cl pièces justificatives, XC.II.
2 Notes el pièces justificatives, XGIII.
dans la ville, leur firent prendre le parti — le quatorze de 14 novembre. Novembre, de s'approcher de la ville, — Effectivement Arnold parut avec sa petite armée, à une heure aprèsmidy, sur la hauteur proche de la Porte St. Louis, sur les Cotes d'Abraham et fit montre de ses troupes tout près de la ville que les citoyens eurent le temps d'examiner à loisir, sans.penser à fermer les portes — et si Arnold eût été assez hardy pour entrer dans la ville — ou plutôt s'il n'avoit pas eu ordre d'attendre Mf Montgomery — il y a tout lieu de croire qu'il n'y auroit point trouvé d'oppositions,— Par conséquent une telle conduite de la part du Lieutenant-Gouverneur mettoit la ville en risque d'être prise, sans s'en apercevoir d'autant plus que les Bastonnois avoient beaucoup d'amis dans la ville, — Mais Arnold se retira et se repliajusqu'à laPointe-aux-Treinbles, parce que ses soldats n'avoient pour toute munition qu'un coup de fusil à tirer chacun — D'ailleurs, tous ces soldats n'avoient plus que des haillons, ayant usé leurs bardes à passer dans les bois, pendant leur route de Boston à Québec.
19 novcmi.re. La villc rcsta en combustion, le désordre y régnoit par-
Carleloii arrive , ..i.a, -iTI t- "i t r
à Québec— Me- tout et ics traitrcs agissoicnt librement, jusqu au. dix-neui sures qu'il prend. ^^ novembre que le Général Guy Carleton arriva dans la ville — entre quatre et cinq heures du soir. Son arrivée fit naitre la joie dans tous les cœurs des vrais royalistes — elle fut aussy un grand sujet de tristesse pour une quantité de traîtres qui espéroient qu'il auroit été fait prisonnier dans les navires qu'il avoit abandonnés au-dessus de Sorel, — Ils insinuoientau bas peuple de ne point prendre les armes, et tous les citoyens de la ville paroissoient découragés. D'ailleurs, ils n'avoient point une grande confiance dans le Lieutenant-Colonel McKlene qui étoit arrivé de Sorel à Québec depuis quelque temps,— Il n'y avoit point de batteries érigées pour la défense de la ville. Le Lieutenant-Gouverneur Cramahé avoit tout négligé — Mais l'arrivée du Général Guy Carleton changea tout — Il fit publier une pi-oclamation par laquelle il étoit ordon-
né à tous les traîtres de sortir de la ville, au commencement du mois de Décembre 1775. Il fit aussy chasser plusieurs personnes qui déjà vouloient capituler, disant qu'il n'y avoit pas assez de vivres et de bois dans la ville, pour soutenir un siège ^ Dès que tous les traîtres furent sortis— le Général Guy Promesses fai-
/-, 1 - , . , .,.,., tes par le Gou-
Larleton exliorta les citoyens a soutenir le siège, il pro- vemoar à ceux
.,..••.. " . • 1 • i qui veulent pren-
mit a tous les artisans et autres personnes qui n avoient dreies armes, point de vivres de les nourrir aux dépens du Roy — leurs femmes et enfants, pendant tout le siège, — outre cela, il leur dit que chacun d'eux auroit par jour vingt-huit coppes et qu'ils seroient vêtus aux dépens du Roy, à l'exception des Bourgeois qui pourroient s'en passer, — Il ajouta, qu'il espéroitque tous ceux qui étoient assez riches auroient assez de générosité pour ne pas exiger ces avantages— Tout le monde acquiesça de bon cœur à tout ce qu'il voulut — Il sut par son air affable et sa douceur, gagner les cœurs des citoyens — quoiqu'ils prévissent la misère et les fatigues pénibles d'un siège qu'il falloit soutenir dans une saison rigoureuse.
Le Général Guy Caiieton avoit déjà fait arrêter plu- Em!.ar<ro mis sieurs navires chargés de bled pour l'Europe, suivant la Proclamation ci-après.
sur les navires.
"Par L'IIoxoiîvdle HECTOR TIIÉOPIIILE CHAMAKÉ, Ecuyer, Lieutenant-Gouverneur de la Pfovince de Québec, &c., Ac., &c.
" PROCLAMATION
" Comme par une Proclamation en date du 28i' jourdu mois de Septembre dernier, il a été défendu à tous les vaisseaux étant dans les ports de cette Province d'en sortir jusqu'au 20'- jour d'Octobre, et qu'il est encore nécessaire pour la défense de cette Province que cette prohibition soit prolongée ; il est par ces présentes ordonné qu'elle conlinuera jusqu'au quatrième jour de Novembre prochain inclusivement, et il est commandé à tous les olTi-
1 Nulcs ci pièces juslificalivcs, XCIV.
ciers employés dans les douanes de Sa Majesté de ne point délivrer d'expédition à tous vaisseaux dans cette Province pour sortir hors de ses limites, qu'après le dit temps.
" Donné sous mon seing et le sceau de mes armes, à Québec, ce vingtième jour d'Octobre, dans la quinzième année du règne de Sa Majesté et de l'année de Notre Seigneur 1775.
" Dans l'absence et par ordre de Son Excellence le Gouverneur.
" H. T. Gramahé."
" Traduit par ordre du Lieutenant Gouverneur,