‹ Invasion du CanadaChapitre 19 sur 47 · F. S. CUGNET, S. F · texte numérisé non relu

F. S. CUGNET, S. F

En vertu de cette ordonnance, les habitants ont payé Par suite de

cette ordonnaii-

des sommes considérables au gouvernement, surtoutceux ce, des excations

- , , ,, sont commises.

qui étoient commandés pour faire les corvées dans i automne—pour transporter les vivres et autres effets en bateaux—à risle aux Chevreuils ^ située dans le lac Kirié \ à plus de cent lieues de Montréal— parce que dans cette saison— surtout dans le mois de Novembre— où ils se formoient beaucoup de glaces et tomboit beaucoup de neige, ils abandonnoient les bateaux pour s'en revenir chez eux,— Aussitôt ils étoient poursuivis chacun pour payer la somme de cinq livres d'amende, quoiqu'il parût souvent impossible de continuer la roule h cause de la saison trop rigoureuse.

Dans le cours de l'hiver, il fut construit plusieurs navi- La campagne

' -^ . lie commence

res à S' Jean pour former une marine respectable dans pas au printemps, le lac Ghamplain,— Chacun se flattoit de voir entrer dès le mois d'avril 1777, l'armée en campagne, mais il fallut

', -ITT 1 ''in 6 mai. Bour-

attendre des nouvelles de Londres. J^e gênerai tiour- çovueestchar-é

, „,, -i.T -ii^^vi des opérations

goyne arriva a Québec le six de may— on apprit alors qu il „,iii,airts. commandoit l'armée,— Il fallut commencer à faire les préparatifs pour la campagne qui dura jusqu'aux environs du vingt de juin.

A la fin de may, il arriva à Québec tous les prisonniers remi.rpar"'ies qui avoient été faits en Canada par les Bastonnois— dans rebelles, lesquels il y avoit plusieurs personnes de distinction.

Le général Guy Carleton donna ordre de former trois compagnies de compagnies de Canadiens de cent hommes chacune— :M. J^»'>»|''<--''* '"'^'- SamuelMacKaye— qui étoitun des capitaines— recevoit à Montréal les miliciens à fur et à mesure qu'ils arrivoient et les faisoient mettre dans le couvent des Récollets— à Mon tréal avec défense d'en sortir sans permission — comme s'ils eussent été prisonniers— Cette conduite si extraordinaire déplut si fort aux Canadiens qu'ils clun-choieiit l'occasion de s'évader, avec ce qu'on leur faisoit entendre qu'ils étoicntengagéscommc soldats,— Le général donna

1 Noies et piccrs juslificalivcs, CIV,

2 Erié,

ordre de commander deux hommes mariés à la place de chaque garçon qui avoit déserté. Les trois compagnies furent bien vîtes complètes — Deux passèrent avec l'armée par le lac Ghamplain et la troisième par Ghouagatsy ^ avec le colonel S' Léger.

M. s. iMcK.ny. M'' Samuel MacKaye qui étoit un des capitaines, laissa sa compagnie pour aller volontaire dans l'armée du général Bourgoyne parce que le général Guy Garleton ne voulut point luy donner de commission, ce qui luy causa beaucoup de désagrément, car il n'eut plus d'emploi l Gependant, c'étoit un très-brave officier — qui avoit été fait prisonnier dans les retranchements de S' Jean par les Bastonnois — et qui se sauva d'avec eux après avoir été maltraité — Le général Guy Garleton l'avoit envoyé dans le mois de février dernier avec vingt-cinq Ganadiens et Sauvages dans les Golonics— pour y faire des prisonniers avec toujours ordre de ne point tirer, — Ils attaquèrent, quand ils furent rendus près d'Albanie, vingt-huit à trente Bastonnois — dont ils en firent vingt-deux prisonniers — qu'ils amenèrent à Montréal après s'être battus avec eux à coup de crosse de fusil et de sabre, — ils en tuèrent sept à huit — pour exécuter les ordres du général, car il n'y a jamais eu d'exemple de faire la guerre sans tirer des coups de fusil ; on ignore encore pourquoi cet ordre de ne point tirer sur les Bastonnois a été donné ; on ne peut penser que ce [n']étoit que pour épargner le sang.

20 juin. Bour- Lc général Bourgoygne étant parti le vingt de juin pour

g-oyne se mel en , i, ' l i i i /^ i • i ' '

marche. — St. commaudor larmee et entrer dans les Golonies, le gened'un" expé'fi. rai Guy Garleton fut jusqu'à S^ Jean ou TIsle-aux-Noix pour luy livrer le commandement des troupes du Roy — et se séparèrent pas trop contents l'un de l'autre.

Le Golonel S^ Léger fut nommé commandant d'une

petite armée d'environ huit cents hommes de troupes,

• une compagnie de cent hommes canadiens et environ

1 Noies el pièces jusli/îcalives, CV.

2 Noies el pièces jusUfwalivcs, GVL

tiou.

cinq cents Sauvages pour passer par la Galette et Chaougatsy pour prendre le fort Stanix K

Il sera [ne] parlé que peu et légèrement dans ce journal des armées du général Bourgoyne et du Colonel S^ Léger parce que les faits les plus remarquables se sont passés hors la province de Québec, — 11 ne sera rapporté seulement ce que l'on en disoit en Canada.

Le général Bourgoyne se rendit à Carillon sans trouver aucun ennemi à sa rencontre. Sitôt que les Bastonnois le virent arriver devant Carillon avec son armée, ils abandonnèrent les forts et les retranchements remplis de provisions, d'artilleries, de munitions et d'ustensiles de guerre — et laissèrent un grand pont qui communiquoit depuis la terre du sud jusqu'à Carillon par où ils se sauvèrent— qui facilita beaucoup les troupes du Roy à poursuivre les Bastonnois, — Le major Grant fut envoyé après eux pour les poursuivre avec cinq à six compagnies de tioupes légères et grenadiers : il les rattrapa à une petite distance et les attaqua, et soutint le feu des Bastonnois jusqu'à ce que les troupes allemandes furent arrivées, qui les mirent en fuite l Le major Grant fut tué dans cette action avec quelques ofTiciers, et il y eut environ trois cents Bastonnois faits prisonniers. L'armée du Roy continua sa route jusqu'au fort la Reine où il y eut encore une petite action — ensuite jusqu'au fort de Edward que les Bastonnois abandonnèrent et brûlèrent pour se sauver à Albanie ^

Le général Carlcton, après avoir livré le commande- . '^"''îT"/'"-

° ' '■ vieiu à Québec.

ment au général Bourgoygne, revint à Montréal, et renar- -Manière i». tit quelques iours après pour Québec. — Dès le printemps, "■«"« '^■** '^«"='les Canadiens, depuis 1 extrémité de la province du Canada à l'autre, ne cessèrent point d'être commandés pour les corvées — tant avec leurs voilures à doux chevaux que

1 Stanwix,

2 Notes el pièces juslificalivcs, GYII.

3 Noies et pièces justificalivcs, CVIII.

pour conduire les bateaux, pour transporter les troupes, vivres, munitions, bagages, etc., aux deux armées, sans être payés, — On les transportoit quelquefois jusqu'à soixante et quatre-vingts lieues de leur famille, et ceux qui refusoient de marcher — on les faisoit mettre en prison. On envoyoit môme des troupes à discrétion dans leurs maisons, qui tuoient les moutons, vaux, volailles, et même souvent voloient leurs bardes — tout cela étoit comme autorisé, et le général Guy Carleton à qui l'on portoit des plaintes, souffroit tout cela sans y mettre aucunes oppositions. Si les Canadiens ont montré de la mauvaise disposition à prendre les armes contre les Bastonnois en 1775, ils l'ont bien payé par les mauvais trai- . tements qu'ils ont reçus depuis^— Il est à observer que les Anglois résidants en Canada n'ont jamais fait aucune corvée — Pour quelles raisons ? C'est ce que j'ignore. Cependant il ne devoit point avoir de distinction sans injustice,— Nonobstant toute la peine que les Canadiens àvoient pour les corvées qu'ils faisoient gratis, ils logeoient encore les troupes chez eux — où il se commit plusieurs viols, — Il falloit encore que les Canadiens vinssent à fournir aux officiers qui étoient en garnison dans les campagnes, plusieurs voitures et chevaux de selle tous les' jours d'ordonnance — soit pour les promener — ou à autres services, et tout cela gratis.

14 août. Af- Le quatorze août 1777, le général Bourgoyne envoya nington,* ^^"' uu détacliemeut di3 troupes, Canadiens, Sauvages et Royalistes des Colonies, qui formoit environ sept à huit cents hommes — à Bennington pour prendre tous les bœufs et chevaux qu'ils pourroient amener au camp. En arrivant; dans cet endroit — ils s'emparèrent d'un magasin rempli de vivres et de toutes sortes d'outils — avec quarante ou cinquante hommes bastonnois qui y étoient de garde. Ce détachement resta trois jours à ramasser les bœufs et chevaux— Pendant ce temps, les Bastonnois s'assemblèrent

1 Le 3lS. N" 2 porte Dcplus : il faudrait alors changer la ponctuation.

au nombre d'environ trois ou quatre mille hommes, et le seize cernèrent le détachementet l'attaquèrent si vivement is maL à l'heure qu'ils y pensoient le moins, qu'ils furent presque tous tués et faits prisonniers avec deux pièces de canon de quatre qu'ils avoient. Quelques heures après, il arriva un renfort des troupes du Roy d'environ neuf cents hommes avec deux pièces de canon de six— que le général Bourgoyne avoit envoyé pour secourir le premier détachement,— Mais les Bastonnois les attaquèrent incontinent, les mirent en déroute avec une perte considérable, et furent obligés, pour se sauver, de laisser leurs deux pièces de canon, quoique les troupes se fussent bien défendues,— Il y avoit de l'imprudence d'envoyer si loin, dans le centre des habitations, si peu de troupes — qui étoient toujours exposées, parle grand nombre des Bastonnois — à être défaites. Cette défaite découragea l'armée du général Bourgoyne qui donna ordre de reculer deux lieues, et sans doute encouragea beaucoup les Bastonnois.

L'on fit courir le bruit à Montréal que le Colonel S^ Affaire du fort Léger avoit eu une action avec les Bastonnois au fort ^""'"■'^• Stanix où il y avoit eu quatre cents Bastonnois de tués dans le combat, et que le fort se rendit après quelques joiirs de siège, — Le bruit de cette victoire réjouit tout le monde. Mais la joie ne fut pas de longue durée, car le premier septembre 1777, nous apprimes que le Colonel i septembre. St Léger, au lieu d'avoir pris le fort Stanix, qu'il avoit s" L%er"'a?à?t bloqué effectivement avec sa petite armée, ospérant qu'il meiu'îe^sié''ê'"' capituleroit, eut avis qu'il venoit un renfort considérable contre luy.— L'épouvante se mit dans son armée— et donna ordre de lever le siège pour se sauver avec confusion — et laissa les canons, les vivres, tentes, bagages, etc., pendant que les Sauvages étoient allés au devant du renfort où il y eut un petit combat, et les Sauvages furent très-surpris à leur retour au camp devant le fort Stanix de trouver l'armée avoir levé le siège, donnèreuL après et dirent beaucoup d'injures au Colonel S' Léger de sa déroute, car les Sauvages craignoient les Bastonnois qui étoient voi-

tique de Bourgoyne

sins de leur village— Pour se dédommager, ils furent à un hangard où étoit une partie du bagage de Tarmée et le pillèrent, conséquemment emportèrent les bardes des officiers et soldats, et se chargèrent de tout ce qu'ils purent emporter.

Le Colonel S^ Léger. avec son armée, revint jusqu'à Cbouagatsy cbargé de bonté et de confusion, — Les Sauvages retournèrent au bout de sept jours au camp du Colonel St Léger devant le fort Stanix, ils y trouvèrent encore les tentes tendues et tous les effets dans le camp, — Les Bastonnois du fort Stanix n'avoient pas osé sortir de leur fort, craignant que ce ne fut une feinte, les Souvages pillèrent et enlevèrent tout ce qu'ils purent ^

RLmvaise inc- Lo général Bourgoyne qui avoit fait recul£r son armée de deux lieues, prouva par cette démarche aux Bastonnois qu'il n'étoit pas à son aise, — D'ailleurs les habitants des Colonies ayant fini leurs récoltes s'assembloient en grand nombre auprès de l'armée du général Bourgoyne — Comme ils le tenoient bloqué dans les retranchements, les Bastonnois envoyèrent à la fin du mois de septembre un détachement de cinq à six cents hommes au fort Georges; ils prirent deux compagnies de troupes qui gardoient les effets que le général Bourgoyne avoit laissés, avec une quantité de bateaux, — Delà ils vinrent à Carillon, ils prirent une redoute et deux autres compagnies de troupes, quelques Canadiens et plusieurs marchands qui suivoient l'armée avec une quantité de marchandises , et s'en retournèrent chargés d'effets, — Ils attaquèrent, en s'en retournant, une isle dans le lac George où il y avoit une compagnie de troupes avec plusieurs marchands — mais ils ne purent la prendre et môme ils eurent plusieurs blessés. Quand celte nouvelle parvint à Montréal, l'on craignit beaucoup pour le fort Carillon, — Le général Guy Carleton partit de Québec et se rendit incontinent à S'

1 Noies el pièces justificalices, CIX.

Jean ; il fit partir le brigadier McGIene avec environ deux cents hommes pour se rendre à Carillon. Le cinq octobre, le cénéral Guv Carleton arriva à , s octobre. car.

HT ' 1 \ r^ -r " '^'°" ^^ rend (ie

Montréal, revenant de S' Jean et repartit pour Québec le ^t. .lean àQuésept du même mois.

Nous apprîmes à Montréal que le dix-neuf septembre, le w septembre. général Philipps qui comraandoit l'artillerie dans l'armée néraT'phiiipps"da général Bourgoyne, avoit voulu aller avec un détachement de troupes près le camp des Bastonnois— Il y eut uue action très-vive où les troupes du Roy eurent peu d'avantage, et que le sept octobre— le général Fraser fut pour reconnoître le camp des Bastonnois avec les troupes légères et grenadiers, mais les Bastonnois sortirent de leur camp. et les cernèrent,— Les troupes du Roy furent obligées de se faire un passage, la bayonnette au bout dufusil,— Le général Fraser eut le malheur d'être tué ,,Toctobre.

-I , , Mort de Fraser.

dans ce combats

Les Bastonnois poursuivirent les troupes du Roy jusque dans un retranchement qui étoitprès de l'armée du général Bourgoyne, qu'ils emportèrent d'assault malgré les troupes qui le défendoient, et y mirent leur pavillon.

Alors le général Bourgoyne résolut de faire sa retraite Bour.îoyue pour le Canada— en conséquence il envoya environ cent ''^"' retraner. bateaux chargés de vivres pour faciliter son armée à traverser la rivière deSarasto^ qui arrivèrent le soir même. Mais le lendemain, de grand matin, les Bastonnois s'emparèrent des bateaux et des vivres, et bloquèrent si bien l'armée du général Bourgoyne qu'il ne fut pas possible d'avancer ny reculer,— Dès le douze d'octobre— le général Bourgoyne commença à entrer en composition avec le général Gates qui commandoit les Bastonnois, et enfin n II nZTa^ il capitula le seize octobre, ce qui procura aux Bastonnois e*-''"^™' •^''"^''• la plus belle artillerie que rAméri(]uc n'avoit jamais vue.

1 Noies cl pièces juslificalivcs, CX.

2 Noies el pièces juslificalivcs, CXI.

Le général Bourgoyne fut envoyé prisonnier à Boston a\;ec sa troupe qui se montoit environ à trois mille six cents hommes, sans y comprendre les matelots, ouvriers, chartiers, femmes et enfants qui étoient en grand nombre. Impression Aussîtôt que l'on eut appris cette nouvelle en Canada,

que produit celte i.-. r i-, -iii i in

nouvelle en Ca- ia tnstesse SB répandit parmi tout le peuple, et Ion craignoit que les Bastonnois — enflés de leurs victoires— voulussent faire quelques tentatives sur le Canada — En conséquence, le général Carleton donna ordre au brigadier McClene — qui étoit à Carillon— de faire brûler le fort du mont de rindépendance, le fort de Carillon et toutes les maisons qui étoient aux environs, ainsy que toutes les maisons qu'ils trouveroient le long du lac Champlaiii des deux côtés, et de se reployer avec la troupe à 4.'Isle-aux- Noix et à S^ Jean, de manière que depuis Albanie jusqu'à St Jean — qui est à neuf lieues de Montréal,il ne resta plus de forts ny maisons, à l'exception de l'Isle-aux-Noix — qu'il est à souhaiter qui nous serve de barrière pour empêcher l'invasion des Bastonnois dans le Canada — et que la conduite soit meilleure qu'elle n'a été précédemment pour la gloire et l'intérêt du Roy.

Novembre. Après la prise de l'armée du général Bourgoyne — l'on

ks^BaMonnois!'" ^t ramasser à Carillon les bœufs et chevaux pour les ramener en Canada — L'on les fit partir de ce poste au commencement du mois de novembre — sous une escorte d'environ soixante hommes, pour les conduire par le nord du lac Champlain ; mais quand ils furent rendus vis-à-vis de la Rivière à la Loutre \ un party de Bastonnois traversa au nord, firent prisonniers les soixante hommes et s'emparèrent de tous les animaux — Cependant il n'auroit pas été difficile de les reprendre — mais le brigadier McClene ne donna point d'ordre pour cet eff'et — c'étoit sans doute la suite de la mauvaise conduite d'alors.

Décembre. Dans Ic Hiois dc décembre 1777, le S"" Singleton, lieu-

MmselictMljà'! tenant dans le régiment de M'' Jamson— qui avoit été fait

1 Noies et pièces jusli/îcalives,CXll.

prisonnier au fortStanix, revint des Colonies — avec deux députés qui avoient des lettres pour le général Guy Garleton— ils furent envoyés à Québec pour luy remettre- Plusieurs pensoient que ces deux députés se servoient de ce prétexte pour voir ce qui se passoit en Ganada.

Quelque temps après— on apprit à Montréal-par deux p,épa'?pou?ine hommes qui y arrivèrent des Golonies— que le général nouvelle campa. Gates avoit resté à Albanie et qu'il faisoit faire une quan- ° tité de traînes et de grands préparatifs pour venir, dans l'hiver, attaquer le Ganada— En conséquence, le général Guy Garleton— dans le mois de janvier 1778, fit passer toutes les troupes— du costé du sud du fleuve Sa.aurent et cantonner depuis Sorel jusqu'à S^ Jean,— Il fut envoyé plusieurs tlétachements'à la découverte du costé d'Albanie, et il fut fait quelq.ues prisonniers qui ne voulurent pas parler— Cependant l'on craignoit toujours quelques invasions des Bastonnois dans le Ganada— ce qui n'arriva pas^Dans le mois de février, le général Guy Garleton donna ordre à M'' Neveu Sevestre, colonel des milices à Montréal— de faire tenir les milices prêtes à partir au pre- Février.

1 ' 1 /-t j • t)n songe à

mier ordre, et de payer les corvées que les Canadiens payer lesprimes avoient faites en 1776 et 1777, ainsy quede donner quatre Sdiuis.''"'' piastres à ceux qui avoientété volontaires ou commandés pour servir dans l'armée du général Bourgoyne— et de donner aux veuves de ceux qui avoient été tués— à chacune quarante piastres — en conformité de la lettre circulaire écrite par M'' H. T. Gramahc, lieutenant-gouverneur aux capitaines de milices — ainsy qu'il suit :

A Québec, le 2[<' Janvier 1778.

Messieurs,

J'ai l'honneur d'être chargé de la part de Son Excellence, monsieur le Gouverneur-Général Commandant en chef les troupes de Sa Majesté— de vous assurer qu'il compte beaucoup sur votre zèle à servir votre province et votre patrie en cas que les rebelles vinssent à tenter une

nouvelle invasion de cette province — et qu'il est très persuadé que ceux qui se sont les plus écartés de leurs devoirs, seroient les premiers à s'opposer qu'elle subît le joug des rebelles — et qui ne pourroit être pour tous ses habitants qu'une ruine totale et irréparable.

En conséquence vous vous tiendrez prêts à marcher au premier ordre que vous en recevrez de la part du général.

Monsieur le Gouverneur Général prend cette occasion d'exhorter les capitaines, officiers et autres à remplir exactement ce qui leur est commandé et enjoint par les ordonnances de la province, de saisir et arrêter toutes les gens inconnus ou sans aveu, toutes les personnes venant ou passant aux Colonies sans être munies de passeports de Son Excellence — et en général tons ceux qui parlent ou agissent contre les intérêts de Sa Majesté et de son gouvernement—Les officiers auront attention que les chemins et ponts publics soient bien entretenus et que les bois nécessaires pour la réparation de ces derniers, soient tirés des bois avant la fonte des neiges — Vous verrez aussy à ce que les habitants fassent réparer et entretenir en bon ordre les voitures d'hiver et d'esté en cas qu'on en aye besoin pour le service.

Comme Son Excellence a trouvé à propos de gratifier ceux qui ont servi à l'armée — les compagnies de 1776 et 1777, de la manière qui suit à scavoir :

Pour ceux qui ont servi en qualité de sergent, seize piastres ;

Pour ceux qui ont été blessés, douze piastres ;

Pour ceux qui ont porté les armes, huit piastres ;

Pour ceux qui ont été en corvées, quatre piastres ;

Pour les veuves de ceux qui ont été tués, quarante piastres ;

Pour les femmes de ceux qui ont été faits prisonniers et qui n'ont pas été renvoyés, seize piastres et un équipement consistant en une couverte, une paire de souliers franrois, une paire de mitaines, une verge de drap, trois verges et demie de toile.

Et les dépôts d'équipement et caisses étant à Montréal et Québec, les capitaines qui auront dans leur compagnie des personnes qui ont suivi comme de l'autre part mentionnée, et n'ont pas encore reçu cette gratification et l'habillement en question, s'adresseront à Mr le colonel Sevestre à Montréal, autorisé à les donner pour les paroisses d'en haut, depuis les Trois-Rivières au Nord et Bécancourt au Sud inclusivement, et depuis le Gap la Magdeleine au Nord et St. Pierre les Becquets au Sud, jusqu'aux paroisses d'en bas — àM"" le major Baby aussy dûment autorisé à cet effet.

Persuadé que vous exécuterez les ordres de Son Excellence avec toute l'exactitude possible, je suis avec considération.

Messieurs, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

H. T. Cramahé.

A M. le Capitaine, les officiers et milices de la paroisse de

Monsieur,

Je vous adresse la présente suivant qu'il m'est ordonné — J'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Neveu Sevestre,

Colonel.

A Montréal, le 15 Février 1778.

Le deux de mars— les Sauvages amenèrent à Montréal smar». n..o. deux prisonniers qu'ils avoient été faire près d'Albanie, u"ma?c'hTd« lesquels rapportoient que les Bastonnois étoient en marche '=""«'"'»• pour le Canada, — En conséquence, le lieutenant-colonel Campbell* fut faire des présents aux Sauvages des différentes nations pour aller en guerre sitôt qu'ils en seroient requis — Dans ce temps, les Canadiens paraissoient bien disposés à prendre les armes contre les Bastonnois, s'ils

1 Noies et pièces jusUficalives, CXIII.

loi

5 mars. Carieton accourt à St- Jean.

8 mars. Carieton à Montréal.

19 mars. Carleton retourne à Québec.

Affaire de Mascouche.

eussent voulu faire une invasion dans le Canada— Le brigadier Powell qui commandoit à Montréal, sur cette nouvelle, fit partir dans le moment un courrier pour avertir le général Guy Garleton qui étoit à Québec, qui partit dix minutes après son arrivée et se rendit à S^ Jean le cinq de mars an soir — Il envoya, en passant à Berthier, un ordre au colonel Neveu Sevestre de faire commander un tiers de toutes les compagnies de milices pour partir au premier commandement.

Mais les Sauvages firent deux autres prisonniers qui arrivèrent à Montréal le six de mars — qui rapportèrent que les Bastonnois avoient relâché chez eux, ne s'étant pas trouvés assez de monde pour entreprendre une invasion dans le Canada — et qu'ils s'en étoient retournés du fort de Carillon après avoir ramassé les ferrailles qui avoient resté après que le fort fût brûlé dans l'automne par le brigadier McClene.

Le huit — le général Guy Carleton après avoir donné ses ordres dans les postes avancés, revint à Montréal où tous les citoyens furent l'assurer de leurs respects et combien ils étoient déterminés à s'opposer aux' Bastonnois.

Le général Guy Garleton qui [?] avoit envoyé plusieurs découvertes du côté de Carillon — Un détachement de quarante-cinq hommes que conduisoit un officier de la garnison de la Pointe-au-Fer, fut attaquer une redoute dans la Rivière-à-la-Loutre, dans laquelle il y avoit environ soixante hommes Bastonnois. Il y eut deux officiers tués avec le S'' Lorimier, Canadien, un Sauvage, dans l'action, et en tout dix-neuf hommes tant tués que blessés — sans pouvoir forcer les Bastonnois, — Cet officier fut attaquer cette redoute sans ordre et fut tué dans l'action.

Le dix-neuf mars, le général Guy Carleton, voyant que la saison étoit trop avancée pour que les Bastonnois pussent venir en Canada, repartit pour Québec de grand matin — où il se rendit le vingt au soir.

Dans le môme mois de mars — plusieurs habitants de la Mascouche,derrière Terrebonne — qui refusèrent d'obéir à

leur capitaine, furent mis en prison au nombre de l rentedeux— par une difficulté qu'ils eurent avec leur capitaine de milice qui étoit un yvrogne, et qui étoit taxé d'avoir fait quelques injustices dans sa compagnie, lequel vint porter ses plaintes au commandant de Montréal, qui y envoya un détachement de troupes qui pillèrent presque toutes les maisons et violèrent plusieurs filles et femmes, — Quelque temps après, l'on renvoya les habitants chez eux — qui trouvèrent leurs femmes et filles déshonorées, châtiment terrible qui ne se fait pas parmi les Barbares, et le général Guy Gaiieton ne fit aucun exemple — Cependant, il n'est pas croyable que cela se fit par ses ordres, connaissant son humanité — Gomment veut-on que les Canadiens après un traitement si rigoureux soient disposés à prendre les armes [?] Au contraire, ne devoit-on pas supposer et se persuader même qu'une telle conduite envers les Canadiens ne pouvoit que les indisposer [?] Cependant il y en avoit beaucoup qui avoient les armes à la main, et qui étoient tous les jours en corvées pour le service du Roy, pendant que les habitants et artisans anglois — qui son t en assez grande nombre dans le Canada — n'ont jamais fait aucunes corvées. Il semble quec'étoit à eux à donner l'exemple aux Canadiens, — Pourquoi cette distinction ? N'étoient-ils pas les uns et les autres sujets anglois et obligés de porter les armes pour le service du Roy de la Grande Bretagne [?] Quoiqu'il en soit, ce système subsiste encore avec la même injustice; personne n'ignore que les Anglois résidants en Canada ont été les auteurs de la mauvaise disposition des Canadiens, par leurs discours empoisonnés, et qu'ils ont agi de tout leur pouvoir pour empêcher les Canadiens de prendre les armes pour le service du Roy, et ont fait tout leur possible pour exciter les Canadiens à la révolte — Mais heureusement que les Canadiens, qui est un peuple grossier et ignorant, qui conservent encore la valeur de leurs pères, prirent le parti de la neutralité — toujours dans la confiance qu'ils avoient fait serment— lors de la conquête du Canada —

Avril. Division dans le Conseil Législatif.

L'auleur explique ses intentions.

de ne point xjrendre les armes contre les Anglois — ainsy que les mauvais sujets avoient eu soin de leur insinuer \

Dans le mois d'avril 1778, la division s'est mise jusque dans le Conseil Législatif de la province de Québec, dans lequel il y eut beaucoup de débats. Le docteur Pierre Levius, Ecuyer, Jugeen chef et conseiller, fut interdit de ses emplois par le général Guy Garleton et partit dans l'esté pour Londres *.

S'il se trouvoit quelques personnes offensées dans ce journal, elles ne doivent s'en prendre qu'à elles-mêmes et à leur conduite — L'intention de l'auteur n'a point été d'offenser, ny insulter qui que ce soit, mais de [ne] dire seulement que la vérité sans partialité.

L'auteur ne put avoir la capitulation des retranchements de St^ Jean, ny celle de la prise des onze navires au-dessus de Sorel.

FIN

1 Noies et pièces justificatives, CXIV.

2 Notes et pièces justificatives, GXV,

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