RUE SAINT-VINCENT, N"" 6, 8 ET
PALMAM QUI MERUIT.
M. Amable, Berthelot, de Québec, est le propriétaire du Manuscrit original que je copie ici et dont le titre est tout simplement : " Journal commencé aux Ti'ois-Rivières,le iS May, l'an 1775" — sans indication de nom d'auteur. J'ai ouï attribuer la paternité de cet écrit à M. Foucher, Notaire, et à M. Badeaux, aussi Notaire. Autorité, la iradilion.
J'ai lu ce Journal bien attentivement, et je me suis convaincu, — 1» qu'il a dû. être écrit pa^s^/n habitant des Trois-Rivières ; — 2° par un Canadien, (v. le mot compatriote employé page 164, ligne 14«) ; — et 3° par un Agent de la Communaulé^de^Dames de D'ois-Rivières, (v. page 175% ligne 2d'). — Cette conviciion une fois formée, j'ai cherché à Montréal et à Trois-Rivières, et j'ai trouvé, à l'aide des Greffes et des Registres de Paroisse d'une part, — puis — des familles, des anciennes connaissances des Srs. Foucher & Badeaux, Notaires, et des Dames Relig'" de Trois-Rivières ^ d'autre part: 1° Que M. Antoine Foucher, né en France vers 1716, est mort à Montréal, à l'âge de 85 ans, le 15 février 1801, après y avoir pratiqué comme Notaire, de l'anfice 1746 à celle de sa mort : quelque temps à Terrebonne, jamais aux Ti'ois- Bivières. Soa greffe constate, qu'en 1775 et 76 il inslrumentail à Montréal. — J'ai' trouvé, aussi 2°, Que M. J.-Bte. Badeaux, né dans le District des Trois-Bivières, vers 1741, (sa famille n'a pu me dire précisément ou,) est mort le 12 mars l'796, à 55 ans, e?i la ville des Trois-Bivières, où il s'était marié le 29 octobre 1764, et où il a pratiqué comme Notaire de 1767 à sa mort. Son grelle est là. Il a été l'Agent des Dames Ursulities de celle ville, de 1767 à '94, ce qui comprend assurément les années 1775 et '76 — D'après tout cela, M. J.-Bte. Badeaux, et non M. Foucher, no doit-il pas être reconnu comme le véritable auteur de l'intéressant Journal qu'on va lire'?
l Les Agents de notre Comniuiiauié depuis son établissement pour la régie des affaires ordinaires, et de celles de notre seigneurie de la Rivière du Loup, sont dans l'ordre qui suit, comme il est constaté par des actes notariés, quoique les dates précises de leurs nominations nous soient inconnues, à cause de deux incendies dans lesquels tous les papiers de notre maison ont été détruits par les flammes:
Maître Poulin, le premii;r, continua jusqu'en 1726.
Maître Petit, de 1726 à 1730.
Maîtres Pressé et Pillard, de 1730 H 1748.
Maître beproust,de 1718 a 1758.
Maître Pillard, une seconde fois, de 1763 à 1767.
Maître Badeaux, de 1767 à 1791.
Maître Badeaux se trouve mentionné comme agent pour la Seigneurie de notre Communauté en divers actes. Le premier qu'il a fait pour la dite Seigneurie, est daté du 12 Novsmbre 1767, et le detixiènie du 17 juillet 1714.
Certifié véritable, ce 18 Novembre 1S46.
(Signé), Sr. Stk IIKLENK, Suprb.
A moi fourni aux Trois- Rivière.^, à ma demande
les jour et an susdits, revenant de C^uélicc à
Montréal. J. V.
JOUKIS^AL
Commencé aux Trois-Rivières, le 18 May 1775.
La Postérité se resouviendra du trouble qu'a causé en
Canada la guerre civile entre les Colonies c^e l'Amérique Septentrionale et la Cour d'Angleterre, so.us prétexte de la Liberté dont les Provinciaux faisoient leur Idole, qu'on vouloit, disoient-ils, leur ravir, mais plutôt voulant se soustraire à la Domination de leur Roy pour s'ériger en République ; afin de donner des lois à toute la terre, ôtant et distribuant les trônes et les couronnes suivant leur caprice, voulant rendre le Roy Esclave et l'Ksclave Roy, s'approprier les biens de l'un pour en gratifier l'autre et ne formant que des objets ambitieux.
Je ne srai si c'est le peu de goût que j'ai pour cette sorte de gouvernement qui me fait penser ainsi ; mais j'avoue que si je trouve des vertus dans plusieurs des Républiques, je trouve de grands défauts dans une République en général ; j'y vois beaucoup plus de faste et (l'ostentation que do véritable grandeur d'àmi^; je dirai même que la plupart des actions des Républicains me paroissent tenir plutôt du Barbarisme que do la Noblesse de leurs sontimens.
Il me semble (juc la solide gloire a quoique chose de ])lus doux, de plus sage et de modeste ; et ^\\\o cet amour excessif de la Liberté porte les cœurs à dos entreprises plus liardios (juc généreuses i*k presqu(> loujours sanguinairos; an lieu que dans un peuple soumis à un soûl
Maître, je ne vois que zèle, qu'amour & fidélité, et dans celui qui gouverne seul — que tendresse et qu'attention pour son peuple.
Tant de tètes qui gouvernent un Peuple ne peuvent l'aimer également, et le peuple ne sçauroit aimer tant -de maîtres à la fois ; le cœur ne peut s'attacher à tant de différents objets ; il n'en peut aimer qu'un & tous peuvent être aimés d'un seul.
D'où je conclus que puisque le Ciel nous a fait naître pour obéir, il nous est mille fois plus doux de n'avoir qu'un seul maître, — que d'être soumis aux volontés de plusieurs tels qu'on les voit dans les républiques. C'est mon sentiment,^ et je souliaiterois de tout mon cœur que mes Compatriotes pensassent comme moi ; je ne craindrois point d'insérer dans ce Journal des faits que je prévois, qui déshonorera la Nation Canadienne. Car je m'apperçois dès à présent que les Canadiens ont changé de sentiments par la Lettre qu'ils ont reçu du Congres en date du 26* 8''" de l'année 1774, dont chacun a interpretté à sa fantaisie. Fasse le Ciel que je puisse me tromper et que les Canadiens puissent conserver leur honneur & fidélité.
MaiiT75. Vers la fin de May 1775, Mons"" Moses Ilazen^ Officier
du 44* Rég' passa en cette ville, venant de Montréal, qui nous apprit qu'un party de Bostonnois étoit venu s'emparer des Forts de Carillon et la Pointe *; qu'ils étoient même venus jusqu'à S'- Jean, s'étoient emparés des troupes qui y étoient au fort, ainsi que des vivres et munitions du Roy, et qu'ils s'étoient retirés à la Pointe^ où ils construisoient des berges pour venir pénétrer dans cette province.
Aussitôt que M' De Carleton fut averty de cela, il fit înonter les troupes qui étoient à Québec, pour aller deffendre l'entrée des Bostonnois en cette province. La com-
1 Pointe à la Chevelure, en anglais Crown P'. — J. V.
pagnie du Gapif' Strong^ qui étoit en garnison en cette ms. Ville, est partie le 20 de May.
Les troupes de Québec passèrent le 2G de niay et le 26mai-9juin. Capit°* Belly logea chez moi. Il ne s'est rien passé depuis ce tems jusqu'au 9 de juin, jour auquel M' le Général fit sortir une Proclamation pour établir les milices; cette proclamation fut addressée à M' De Tonnancour qui me chargea d'en faire la lecture le 13 de juin, fête de St. Antoine, ce que je fis en sortant de la messe chés les Récolets.
Le 23 juin, M"" de Moutcsson., Chevalier do St Louis 23jum. Reçu un paquet de commissions en blanc, de M"" le Général qui lui marquoit dans sa lettre de me prendre avec lui pour faire le tour du gouvernement et former les Elections des Ofliciers de Milice ; mais M"" Baucin de la Rivière du Loup, qui se trouva en ville, m'épargna malgré moi cette peine, et fut avec M' Montesson. A leur retour ils firent l'élection des officiers de cette Ville.
Toutes les affaires furent assés tranquilles pendant j<""ei-Aoûi. les mois de juillet et aoust. M"" le général avoit assemblé son Conseil à Québec, pour travailler à établir des Réglemens pour cette province, mais il fut obliger d'abbandoniier son conseil T)Our courir à la Défense du fort S' Jean qui étoit menacé par les Bostonnois.
Le G* de septembre, M. le général arriva de Québec et cseptembre. fut loger chez M. de Tonnancour, qui lui fit mettre un factionnaire Canadien. Ce fut Charles VElouvnau^ forgeront, qui se trouva alors à faire la faction. M"" le général voyant cet homme qui passoit et repassoit devant les fenestres et ne sachant ce que e'étoit, il demanda à M"" de Tonnancour ce que faisoiL cet homme armé devant la porto ? M"" de Tonnancour lui dit: — c'est un factionnaire pour votre Kxcollcnco. Alors, il sortit à la porte, appella le factionnaire et lui dit: — voilà le premier Canadien que j'ai ou l'honneur de voir sous les armes; il tira de sa poche doux guinées et lui en donna une pour lui et l'aiilre pour SCS compagnons de garde. Si tontes
7 sepi^eaibre.
S &3jnembre.
10 septembre.
12 septembre.
les factions avoient été payées sur ce pied- là, ils auroient montés la garde avec plus de courage qu'ils n'ont fait.
Le 7 de septembre, M' le général party pour Montréal, et eut la douleur de voir que plus il "avancoit par enhaut, plus il trouvoit les habitans opposés à ses desseins. Le 8.— On fit un commandement tant dans la Ville que dans les Côtes, pour aller au fort S' Jean ; mais les paroisses de Chamblies s'étant mises du côté des Bostonnois, firent semer dans toutes les autres paroisses de ne point prendre les armes contre les Bostonnois ; que ces gens-là venoient pour nous tirer d'oppression. Le peuple Canadien, crédule quand il ne le faut point, donna dans le sentiment des paroisses de Chambly, et presque tout le gouvernement des trois Rivières, refusa de marcher, à i'eAception de quelques volontaires des paroisses de 'la Rivière du Loup, Machiche etMasquinongé. Les paroisses de Nicolet, Bécancour, Gentilly et S' Pierre-l'ebequet ' n'en voulurent pas fournir un seul, malgré les remontrances qu'on leur faisoit : tout étoit inutile.
Aujourd'hui M^ de Tonnancour, fils, aîné, et M'- Belle feuille, enseigne de la milice, avec une douzaine d'hommes de la Ville et de la P«« du Lac, sont party pour se rendre à S' Jean, où sont déjà rendus plusieurs messieurs volontaires de Montréal.
Ce même jour. M' Champlain ayant refusé de marcher a chanté la grand messe et les vespres dans le corps de garde, parce que c'étoit un dimaiiche.
Nous apprenons par le courier de Montréal qu'un détachement de volontaires sous le commandement de M. de Longueil, qui étoit allé en découverte, a été surpris par l'ennemis : un nommé Perthuis, interprette des Sauvages, y a perdu la vie, et Mr le Chevalier La Bruyère y a eu les deux bras cassés ^
^ St. Pierre-les-Becquels.
^ Cf. Témoin Oculaire, p. 43.
PAR Ll-;S AMÉRICAINS. 167
L'on nous apprend de Montréal, qae les Bostonnois et ma. 22 seiw les habitans de Ghambly ont bloqués le fort S^. Jean ^^'"'"'^' et qu'ils se sont emparés de plusieurs voitures chargées de vivres, bardes et amunitions ; que la garnison du fort ayant été informée de cela, fit une sortit sur les Bostonnois,les repoussèrent vigoureusement et prirent plusieurs prisonniers, entre lesquels se trouva M^ Moses Hazen du 44« Rég' avec son domestique. Nous avons perdu dans cette action, M' Beaiibien de Québec, et un nommé Tessier de la P'" du Lac y a été blessé. ^
Le 26 de ce mois, les Bostonnois et Canadiens de Gham- 26 septembre, bly, au nombre de 200, se rendirent à la Longue P% à Lwmîe''po*inie' environ une lieue de la ville de Montréal, pour tenter à surprendre cette ville et en avoir le pillage ; mais la noblesse et la bourgeoisie averties de leur démarche, sortirent avec vne intrépidité sans pareille, donnèrent sur l'ennemi et le repoussèrent très-vigoureusement ;. firent 30 prisonniers, parmi lesquels se trouva le Colonel Elhan Allen et 20 ou 25 Canadiens de Ghambly, qui furent menés à Montréal et ensuitte remis dans les balimen& les fers aux pieds & aux mains. Les Royalistes ont perdus dans cette action le Capit°« Cardcn^ cy-devant du 8* Régt, M' Pa/^Tso/?, blessé à mort; M^ Beaitbassin y a été blessé légèrement- Les Bostonnois se dispersèrent dans les bois, sans quoi ils auroient tous étés prisonniers.*
Je fus de garde volontairement et le Sergent me fit 27 septembre, fhonneur de me faire Caporal de pose ; je laisse à penser si j'étois content d'avoir cette charge, n'ayant jamais été que simple soldat.
Comme nous étions obligés de faire la patrouille d'heure en heure, quand je fus de retour vers sur lee 1 1 h., il parly un autre détachement pour faire le tour de la ville mais nous appercevant qu'il tardoit de revenir et qu'il étoit tenis de relevé les factions. M' Lcproust, officier do
1 Cf. Tnnohi Oculaire, pp. G8, 09.
2 Cf. Tcvioin Oculaire, pp. if», elc.
ITJ6, garde et moi nous partîmes pour aller voir où ils étoient. En passant devant chés Macbean, nous enlendimes parler, nous prêtâmes l'oreille au contrevent en l'entrouvrant un peu,et nous vimes que nos gaillards faisoient la patrouille à pleins vers, ne craignant point l'ennemi; ils revinrent un moment après nous, avec chacun une bouteille de vin dans le ventre, de leur propre aveu : la nuit fut très-belle.
2 ociobre. Au Commencement de ce mois, nous fumes plusieurs r"pr^e"s^onr* pcrsounes chez M. St. Onge^ grand-vicaire, pour le prier de nous accorder quelques prières publiques, ce qu'il fit très-volontiers : il ordonna même que les Reliques de S' Clément et de S' Modeste, qui reposent dans notre église, seroient descendus, vu qu'on avoit plusieurs fois reçu des preuves évidentes du crédit que ces grands saints ont auprès du Seigneur. Ainsi elles furent descendues et l'on fit une procession où elles furent portées par M'' le Grand-Vicaire et leR. P. Isidore ^ curé de cette ville. Nous partîmes de la paroisse en chantant l'hymme Sanctorum meritis, — nous rendîmes chés les Pères Recolets, de là nous fumes chez les Dames Ursulines, où après que les Religieuses eurent chantées quelques motets, M"" le Grand-Vicaire entonna le Te Deum, que nous chantâmes en retournant à la Paroisse. Y étant arrivés, nous reçûmes la bénédiction du très-saint Sacrement, et nous unies avertis que l'on feroit vue neuvaine dont cette procession étoit l'ouverture. Pendant toute la neuvaine • le monde a été fort assidu à la messe et au salut. Il s'y trouvoit de très-bons chrétiens, mais combien y en avoitil d'autres ? J'ai ouï dire moi-même à plusieurs personnes sortans de l'église, qu'elles y alloient, mais c'étoit pour prier Dieu que les Bostonnois gagnassent.. Voilà le point jusqu'où on a poussé l'irréligion, et puis, doit-on être étonné si Dieu appesanty sa main sur cette misérable province? Après la neuvaine finie, nous fumes remercier Mr le Grand-Vicaire, qui nous reçu très-favorablement
1 Noies el pièces Jusliftcalive.i, CVI.
M' le Général envoya des ordres dans toutes les pa- ms. s octoloisses, pour faire commander Innommes par cent. Lues milice.— Loyau-
„ , , , . . . , , . , lé de Nicolet.
refusèrent presque toutes, principalement la paroisse de Nicolet. Le Gapit"^ vint faire son. rapport à Mr do Tonnancour, Colonel. Il m'envoya chercher, j'y fus. Il me demanda si je voulois aller avec M"" son fils chevalier, pour faire entendre aux liabitans de Nicolet la teneur de i"ordre de M'' le général. Je lui dis que j'irois volontiers. On nous fit préparer aussitôt un canot et nous partîmes. Comme le vent étoit extrêmement fort Sud-ouest, nous débarquâmes un peu plus haut que S'* Thérèze, et nous allâmes à pied jusqu'à Nicolet, non sans beaucoup de peines, car il nous falloit traverser des marais qui étoient très profonds. Nous passâmes sur des arbres, tantôt un pied dessus l'arbre, tantôt dans l'eau. Tout cela ne nous coûtoit point, pourvu que nous vînmes à bout de notre embassade. Etant arrivés à Nicolet, nous allâmes en droiture au presbitère, croyant y trouver M^ le Curé, mais il étoit à S^ François et ne fut de retour que sur les 4 h. Cependant la fille de chez lui nous fit à diner et nous mangeâmes, pendant que les sergcns avertissoient les habitans de s'assembler. Ils fuient chez plusieurs qui les envoyèrent au diable; d'autres ne voulurent point y venir ; de manière que nous eûmes très-peu d'assistans à notre prédication. Néanmoins, nous commençâmes notre harangue, en leur disant que nous n'étions pas venus dans le dessein de les commander ; que nous n'en avions pas le pouvoir ; que ce n'étoit que par amitié pour eux que nous étions venus, et leurfaire voir le tort qu'ils avoient de désobéir aux ordres d'un si bon Maître, et que leur Religion leur ordonnoil d'être fidèles au Roy ; qu'ils en avoient prêtés le serment et que c'étoit à eux aie soutenir; que l'ordre de M'' le général déclaroitRebels ceux (juirefuscroientaux ordres et qu'ils seroieut punis comme tels, et que la punition d'un Rebels étoit la potence : que nous aurions été fâchés d'en voir quclqn'uns d'eux à subir cette punition ; que c'étoit la seule chose qui nous
17e INVASION DU CANADA
m5. avoil décidée à aller leur représenter. Enfin, après bien des débats entre les uns et les antres, il y en eut 10 qui se décidèrent à venir avec nous. Nous profitâmes de leur bonne volonté et nous demandâmes le grand canot de Monsr Brassard^ Curé, qui nous le pretta volontiers, mais il ne voulut pas nous laisser partir sans souper. Nous nous mîmes à table et mangeâmes un peu à la liate, crainte que nos gens ne changeassent de sentiment. Après souper, nous remerciâmes M"", le Curé, et comme nous étions sur le bord de l'eau prêts à embarquer, nos jeunes gens se jeltèrent aux genouïls de leur curé et lui demandèrent sa bénédiction, qu'il leur donna. Nous poussâmes au large en jettant plusieurs cris de joie, quoiqu'il y en avoit quelqu'un qui pleuroient. D'abord que nous fumes sur la grande rivière, nous récitâmes les Litanies de la Sainte Vierge, et après l'oraison Graliam ixiam^ nos Guerriers se mirent à chanter jusqu'à la Ville, où nous arrivâmes à 10 li. du soir. Les cris de joie de nos jeunes gens firent sortir tout le monde qui étoit dans les maisons du bord de Teau. Après notre arrivée, je fus avec M'" Chev. de Tonnancour j-endie compte de notre gestion ; et puis, je fus me coucher. 10 octobre. Lc détachement composé de 07 hommes du gouvoniede Canadiens se meut dcs irois Riviercs, commaude par M de Lanaudierc^ l"o*L-r Montréah'^ ûls, et M"" Godcfvoi dc Tonucmcour^ fils, partit de cette ville pour se rendre à Montréal.
Ce même jour, est passé un bâtiment venant de Montréal, où sont les prisonniers bostonnois et canadiens qui ont étés pris dans l'action du 20 du mois dernier, près la ville de Montréal.
i2octo).rf. Ils Ce malin, à Gh., sont arrivés Mi" Leproust, officier de
sonl arrélés en , n 7 • ^^• • i i- 1
route. milice et Joseph Bolvin^ milicien, du détachement qui est
party avant-hier, qui nous apprennent que les habitans de la Paroisse-au-Chicot, sous les ordres d'un nommé Merle t y qui étoit Capif* de la paroisse, les avoient arretlés dans le bois entre Berthier et le Chicot, où ils les attendoit depuis 3 jours ; qu'api'ès les avoir arrettés ils
PAR LES AMÉRIGxVINS. 171
avoibMit désarmés Messieurs J^anaudièi-e et Godefroy do tn5. Tonnancoiii- et les avoient faits prisonniers, ensuite les ont menés chez /?ifro»,Gapit°" deS^ Cuthbert, où se trouva par chance M"' Poiigel^ Curé, qui sollicita si fort auprès de M'" le Gap"= Merlet qu'il obtint enfin leur élargissement. Ce qui devoit certainement être mortifiantpour nos mes sieurs, c'est qu'après qu'ils furent faits prisonniers, toutes les femmes qui se trouvoient sur les chemins où ils passoieut. crioient à leurs maris: " Gertes 1 vous avez fait bonne chasse aujour-d'huy ? " et cela en dérision. M" Leproust dit, qu'étant chez Buron à prendre un coup de vin, leGapif* Merlet lui demanda — qui clcs vous ?—l\. lui fit réponse,— /6' suis officier du Roij.—Ehbien^veiml Merlet. /■. votre camp (Hcy, et, sans lui donner le tems de prendre un second ver de vin, il le prit par le bras et le mil à la porte. Il regrettoit bien son ver de vin, ayant beaucoup d'altération, mais il fut très-satisfait de l'avoir laissé et d'être hors des mains de M'" Merlet. Je ne srai si c'est la peur ou la fatigue qui avuit si fort changé nos arrivans, mais je puis assurer qu'ils étoient bien blêmes, quand je les rencontrai au bord de l'eau.
M'- Godefroy do Tonnancour est arrivé en cette Ville, o./appïènd d.r-
duGhiCOt. " «renu.nouvel-
Ge même jour est arrivé le Gourier de Québec, qui nous annonce qu'il est arrivé une frégate de G 4 pièces de canon, avec (luantité de monde. Dans le môme moment M'' Dainsc. ollicier dans les Royaux Emigrants, est arrivé, qui nous apprend ([ue le Golonel )[arU'(in o^l îi Ghamplaiu avec sa trou[»e.
Le I i, le Gol. Macleaneslarrivé en celle Ville avec son J *,Xn'.-'i''M.. • monde. Il fut question de faire un nouveau conmiande- i.enn arrive, ment, et je fus avec M'" Godefroy de Tonnancour porl(>r les ordres a\i Gapil"« du Gap La Magdelaine, pour les faire passer jusqu'à S"' Anne. Gomme plusiei:rs personnes ■de ceux qui étoient commandés en celte Ville refusoieiU d(! marcher, le Gol. Madean ordonna un commandelucul général, et M'" Prallc, sergent-majoi-, le fil si général,
"15. qu'il n'y obmit seulement pas les personnes qui en sont exemptes par leurs charges publiques ; ce qui fit qu'il vint, à 8 h. du soir, m'ordonner de me trouver le lendemain sur la Place-d'Armes avec mes armes. Je lui fis réponse qu'elles lie me seroient pas d'un grand secours, car je n'avois pour toutes armes qu'un canif qui avoit la pointe cassée. Néanmoins il m'ordonna de m'y trouver ; mais comme le Col. Maclean me fit partir jjour Québec dans la nuit, je fus exempt de cette apparition, que je n'aurois pas faite quand bien même j'aiirois resté. 15 ociobip. Le partv du Col. Maclean et lesgens desTrois-Rivières
Il veut forcer i. c o
i\icoiet à pren. gons le Commandement de M'' Godefrov de Tonnancour
are les arinei=.
Démarches iuu- partirent de cette Ville pour se rendre à SoreLet le Colo-
tile.«.
nel avec M'" Chevalier De Tonnancour et quelques Eniigrants, fut à Nicolet pour soumettre leshabitans de celtt^ paroisse qui refusoient de marcher. Y étant arrivé, il fut informé qu'un nommé Rouillard s"opposoit fortement à ce que quelqu'uns des liabitans marchassent. Il s'y transporta avec M'" de Lanaudière, M'' le Chev. de Tonnancour et quelijues soldats. Quand il fut à la maison, il n'y trouva que la femme, les hommes ayant eu soin de se cacher. 11 demanda où étoit son mary et son fils. Elle dit qu'elle n'en sçavoit rien. — •' Eli bien," dit le Colonel, *• si vous ne me dites où est votre mary et votre fils, je vais mettre le feu à votre maison." — Elle lui répondit : — " Eh bien, mettes ; pour une vieille vous m'en renderés une neuve." — Alors le Colonel ordonna d'allumer le feu. Quand elle vit le feu au pignon de sa maison, elle en sortit et courut vers le bois en criant : — " 5/. Eustnchc, préservez-moi clu feu! St. Euslache, préservés-moi du feu!
Voici une bande de b qui veulent me faire brûler.'' — L(,'
Colonel voyant qu'il ne retireroit aucun succès de faire brûler cette maison, ordonna de l'éteindre, ce qui fut aussitôt fait. Il s'en retourna au presbitère, où il fui averty que les habitans, sur la nouvelle qu'on voulait les faire brûler, s'étoient tous assemblés dans une Isle avec leurs armes. 11 partit aussitôt pour s'y rendre avec Mess"
PAU LES AMÉUIGAINS. 173
lie Lanaudiôre et Chevalier de Tomiancoiir et avec quel- ms. (jncs soldais Emigraiils. Quand ils furent arrivés au vis-àvis de l'Tslc où étoient les habitans, ils ne trouvèrent rien pour traverser qn'un petit canot de bois, dans lequel le Col. Maclean s'embarqua avec M'' de Lanaudière. M' le Chevalier de Tonnanconr traversa à gué, et, à soi! exemple, le reste du party en fit autant. Lorsque les habitans s'apperrurent que le Col' et son party traversoient, ils donnèrent des marques de leur bravoure, car, sans <;lonn(M' le tems à nos gens de traverser, ils se mirent à luir dans le bois, comme si le diable leur eût promis cin(i ■Aoh : il y a tout lien de présumer qu'ils courent encore, car on n'en voit aucun dans cette ville depuis cette action si glorieuse à la paroisse de Nicolet. Comme il étoittard, le (Colonel ne jugea pas à pi'opos de les poursuivre; il s'en revint au presbitèrc, de là il continua sa roule pour se rendre à Sorel avec le reste de son party.
Aujoui'd'huy est arrivé de Qhiébec 2 batteau.x chargés is (.c-t.nirc-. <le l'nsils et de munition pour Sorel. Ce même jour est aussi passé le sieur CJutbot. armé en corsaire, pour aller à Sorel.
Nous apprenons que les paroisses d(? Chamblis ont of- 20 octobre, fert leurs services au Col. Maclean : Dieu veuille (jut' <'(da soit vj'ai.
Les nouvelles de ce jour sont bien différentes de celles aiocioi.re.