CORRESPONDANCE DE L'HON. F. BABY
Mr. Pierre Gv\ a L"IIoxoR\nLE François Badv.
Montréal, le IG Mars 177Ô.
Nous attendons avec patience les arrangements de la Province. Quant aux politiqueurs de Montréal, je crois qu'ils tendent plus à se ménager la protection des personnes en place qu'à se montrer patriotes et à nous donner confiance dans le gouvernement; ce qui pourroit tendre au bonheur du peuple et à rencouragcment du commerce est peu connu de beaucoup d'eux. Porte-toi bien et me ci'ois ton Imn ;iinv
GUY
l Conuno je l'ai dil clans la Préface, cosl à G. lialjy, Ecuier, Avocral, Membre de la Société llistoriquo que je dois communication dos lettres qui suivent. Toutes sont intéressantes à plus d'un litre ; mais celles de Mme Benoit seront lues avec un plaisir qui IV-ra regroUer qu'on no publie pas toute sa correspondance.
LirnUES ÉCHITHS PENDANT
L'IIONOllAM-E FrANHOIS BaBY A PXERRE GuY, EgCVEK,
DE Montréal.
Québec, 'Î7 Avril 1775.
Mon cher ami.
Avec la présente, j'ay remis à M. Moquin un paquet cacheté contenant le traité des anciennes lois sur la pro priété en Canada et le traité des fiefs ^
11 est probable, comme tu me le marques, que vos politiqueurs et les nôtres ont plus songé et travaillé à leurs intérêts particuliers qu'au bien public : la promotion qui vient d'être faite ne nous en assure que trop la vérité. Je n'ay pas été plus la dupe que toi de cette fatale époque pour notre triste colonie : il y a trois mois que je prévois l'orage et quelques uns de vos messieurs de Montréal n'y ont pas peu contribué ; ce sont des monstres qui auraient du être étouffés dans le berceau ! Je crains bien que le temps ne soit pas éloigné où les Canadiens ne pourront se consoler d'avoir demandé la nouvelle forme de gouvernement. Je ne veux pas, mon cher Guy, entrer plus avant dans une matière dont la seule idée me fait frémir.
Ton sincère ami
F. BABY
M. P. Guy au même.
Montréal, \c l" May 1775.
J'ai reçu, mon cher Baby, ta lettre du 27 du mois dernier et le° paquet que tu as eu la complaisance de remettre à Ml- Moquin et dont je te fais mes remercîments
Ta réflexion sur le temps à venir est des plus justes dans la circonstance actuelle. En bon citoyen, tu peux gémir sur le sort de notre province, mais au moins, ton état est libre et moi je suis lié par une famille qui m'attache comme par nécessité à ce pays. Lorsque nous aurons le plaisir de nous voir, nous traiterons à fonds sur cette matière. Je finis en te priant de me croire avec attachement
Ton bon amy
GUY
1 Voir Xoles el pièces juslificalives, CXXXV
La nuit dernière, il a été fait une insulte atroce à la statue du roy qui est érigée, comme tu sais, sur la place de la haute ville. Ils l'ont noircie, mis un collier de patates avec une croix et une inscription où étoit écrit " Pape des Français" et se terminoit par une sottise plus insultante que tout le reste.
Madame Be.noist a L'HoiNbio Frs. Baby,
SON FliÈRE.
Montréal, le 25 May 1775.
Mon cher frère^
Tu as, sans doute, appris les alarmes que nous ont données lesBastonais. La mauvaise volonté du plus grand nombre des Canadiens, et qui n'était que trop manifeste, obligea le colonel ' de menacer de faire sauter la ville par les poudres sy on ne voulait pas se garder. Tu ne saurais t'imaginer quelle terreur panique s'est emparé de tous les esprits sans distinction de sexe ^] plusieurs ont envoyé à la campagne leurs papiers et ce qu'ils avaient de plus de conséquence et beaucoup sont prêts à partir. Quelque peiiiée que je fus, je n'ay pu m'empêcher de rire de voir ces poltrons qui ne pouvaient plus dissimuler leur crainte.^ dépendant, j'avais arrangé de faire partir notre chère mère, Mme Macarty et la petite pour la campagne, Marianne étant alors dangereusement malade et hors d'état d'être transportée. J'étais décidée de courir le sort avec mes deux filles
Ton affectionnée sœur
Ve BENOIST.
L'IIon'^'o F. Baijy a Piehue Gi.'v, Ecuiiiu.
Québec, le 15 Juin 1775.
Mon cher ami^
Je voudrais, mon bon amy, (juc lu me
donnes quelques détails sur la situation actuelle de votre
1 Touiplor, du 2Gi', (|ui comuiaudaU, à MouUval.
'2 Cf. Tcnioin oculaire, pp. .'iO, 31, clo.
Ville, des dispositions des citoyens et des habitants de la campagne et où en est l'établissement de la milice ? quel personnage fait votre noblesse? Est-il vray que M^ de Beleslre soit parti avee des sauvages pour la découverte ? Et M'' de Lanaudière, a-t-il trouvé, comme on l'ébruité icy, 300 volontaires ou soldats canadiens? Les trois officiers majors de Montréal, annoncés dans la Gazette d'aujourd'huy\ sont-ils du choix du Général ou du Peuple? Sois sijr de ma discrétion sur tout ce que tu pourras me marquer et crois moi
Ton intime ami
F. BABY
P. Guy, Eccier, a l'Hon. F. Baby.
Montréal, le 19 Juin 1775.
J'ai reçu ta lettre du 15 courant
.Rien de plus faux que ce que l'on t'a
dit que M'" de Bélestre soit parti avec les sauvages pour découverte. Il est vrai qu'il a esté au bas pour inviter les dits sauvages à faire la dite découverte, mais il est revenu aussitôt.
J'apprends, par toi, que M'' de Lanaudière a trouvé un corps de volontaires de trois cents ! on aimeroit mieux, que ce fut réel qu'en fixion. Monsieur n'a fait que lever une compagnie ; l'on m'assure qu'il avoit engagé 24 à 30 volontaires, mais il faut espérer qu'il en trouvera davantage. Nous sommes tranquilles jusqu'à présent ; l'on dit que les Bastonois qui, soit disant, occupoient le lac Ghamplain se sont retirés à Carillon. Je souhaite qu'ils nous laissent tranquilles, car il n'est pas nécessaire de te dire combien leurs mouvements nous ont fait du mal et ont interrompu le commerce ; il est à croire que vous vous en ressentez à Québec comme nous icy.
Quant à la demande que tu m"as faite à l'occasion de la nomination des officiers majors de Montréal, je ne sais de quel choix ils sont. Cependant, il est à croire qu'ils sont choisis par le Gouverneur.
Les habitants par icy ne peuvent revenir de l'horreur dans laquelle ils sont tombés à force de sollicitations à
1 Cf. Tciiioin oculaire, jip. 34-37.
LINVASIOxN AMÉRICAINE 307
eux faiLes par quelques anciens sujets mal intentionnés qui n'ont cessé de leur représenter que les Bastonais ne cherchoient qu'à les dég^ager des impôts qu'ils supposent que l'on va mettre sur la Province, de môme, disent-ils, qu'ils ont réussi à les délivrer du papier timbré. Il ne faut pas estre bien orateur pour persuader ces pauvres gens. La situation actuelle de la Province ne m'est guère connue. Gomme l'on suppose qu'il y a beaucoup de mouches pour entendre les conversations ordinaires et en faire le rapport, je suis déterminé à rester muet, afin d'éviter d'estre quelquefois surpris dans un cercle où quelques esprits emportés souvent trop impudemment au risque d'être notés par des concitoyens dont on ne se m.éfie pas et que je considère comme étant l'horreur du genre humain. J'éviterai de tels gens autant qu'il sera en mon pouvoir. Je finis en te priant de me croire avec attachement ton bon amy.
GUY
De Mr Beaubassin au même.
S' Jean, ce 3 Aoust 1775.
Mon cher bon amy,
Je m'adresse a vous espérant que vous voudrez bien me rendre le service de me retirer de monsieur Quiniette' la rente de six moys qu'il me doit, échue de la fin de Juillet et de la faire passer a madame Beaubassin à Montréal. Vous m'obligerez beaucoup. La somme est comme vous savez de deux cent soixante et dix sept livres 15 sols, dont je vous prie de donner quittance.
Vous obligerez votre meilleur amy