‹ Invasion du CanadaChapitre 43 sur 47 · BROOK WATSON · texte numérisé non relu

BROOK WATSON

A Mr. * * *, Hartford,

Fort George, 29 juin 1775.

Les rapports qui nous viennent du nord sont différents. On pense, d'après les plus exacts, que les Canadiens auraient beaucoup de répugnance à prendre le service contre les Colonies, et il est assez certain que Carleton en a pendu deux ou trois parce qu'ils refusaient et qu'ils cherchaient à décourager les autres. En général, on pense que grâce aux stratagèmes de la tyrannie, Carleton poussera de force un certain nombre de Canadiens et de Sauvages dans le service. On pense généralement qu'il se prépare à marcher contre nous ; mais d'autres croient qu'il fortifie seulement S' Jean pour prévenir nos incursions.

A Mr. ' ' *, en Angleterre,

Montréal, 10 juillet,

La loi martiale est maintenant proclamée. Les Canadiens sont enrôlés comme milice et les officiers appointés par le Gouverneur. Les marchands d'ici ont formé une compagnie commandée par le Major Robertson, le Capitaine Porteous Gray et le lieutenant Todd. Les Canadiens eu général n'aiment pas à être commandés par leur noblesse ; mais donnez-leur des officiers anglais et ils iront où vous voudrez. La ville a été remplie de sauvages ces jours derniers : ils venaient offrir leurs service au Gouverneur.

A M' ■ ■ *, E.\ Ecosse

Québec, 20 août 1770.

Nous avons été alarmés, le mois passé, par une partie des rebelles provinciau.x, sous les ordres du Colonel bchuyler d'Albany, et qu'on disait s'élever à cinq mille hommes. On rappoiaait qu'ils étaient à bâtir des bateaux pour traverser le lacChamplain et envahir cette province. Il n'y a pas à persuader les gens de la campagne du danger. Les émissaires des rebelles leur ont fait croire que ceux-ci viennent en Canada seulement pour les protéger contre les taxes énormes que le Parlement veut leur imposer. Celte idée et le souvenir de ce qu'ils ont souffert pendant la dernière guerre les poussent à observer une stricte neutralité ; mais elle ne pourra durer longtemps si les rebelles pénètrent dans le pays. Ils auront besoin de tout acheter des Canadiens ; mais ils n'auiout que leur argent de papier, monnaie dont les Canadiens ont trop souffert sous le gouvernement français pour y avoir quelque confiance mainteuant. Les rebelles devront avoir recours à la force pour le faire passer ; en d'autres termes, ils devront enlever ce dont ils auront besoin, ce qui fei-a l)reudre les armes aux Canadiens pour défeudre leurs biens. Dans ce cas, conune le pays est peuplé et guerrier, vous apprendrez probablement qu'ils en sont à couteaux tirés avec Schuyler et ses gens.

Les forces du Général Carleton en ce moment ne s'élôvcnt pas au-dessus de sept coûts hommes de troupes

régulières, de trois cents hommes nouvellement levés sous les ordres de MM. McLean et autres, et de douze à treize cents Sauvages, de différentes nations, qui vont et viennent au gré de leurs caprices, mais qui sont bien redoutables dans une guerre américaine.

Les marchands anglais, et les autres habitants anglais d'ici sont tous, si on en excepte un petit nombre, pleins de cœur et de zèle pour le Gouvernement et feront tout leur possible pour défendre la ville contre les rebelles. Ils ont loué un vaisseau qu'ils chargent maintenant de vaches à lait, moutons, volailles, dont ils font présent aux soldats blessés à Boston. Ils ont pour cela fait une souscription.

Un Officier de l'.A.p.mée Goxtinentale a un Ami, a New-York.

Ticonileroga, 25 août 1775.

Nous sommes arrivés ici lundi soir ^, ayant fait ce jourlà près de 50 milles. Nous nous dirigeâmes, à travers les bois, du Fort William à Skenesborough, parce qu'il n'y avait pas à ce fort assez de bateaux pour nous faire traverser le lac Georges : nous y laissâmes bagage et tentes: les officiers et les soldats reçurent trois jours de provisions que nous mîmes dans nos havresacs, et nous nous avançâmes joyeusement, nos couvertures ainsi que nos fusils sur l'épaule, ce qui faisait une assez bonne charge pour de jeunes soldats, quoiqu'elle ne fût pas trouvée trop pesante par des Américains engagés dans cette cause glorieuse que nous défendons — la liberté du pays qui nous a vus naître.

Il y a ici un grand nombre d'ouvriers qui travaillent aux bateaux : deux grands vaisseaux ouverts sont finis, qui porteront, je suppose, cent cinquante hommes chacun. Avec les troupes de la Nouvelle-Angleterre et les nôtres nous avons environ douze cents hommes et on dit qu'à Crown Point, il y en a environ cinq cents. Nous attendons à chaque instant des corps considérables, car nous sommes informés que lundi prochain, nous marchons, ou mieux, que nous faisons voile d'ici à Crown Point, et de là nous irons directement à St Jean où l'on dit qu'il y a cinq ou six cents réguliers, avec Guy Johnson, qui a réussi

1 Le 21 août.

LINVASION AMEUICAIXE. 3il

à so faire aider cruii parti considérable de Sauvages dans son infernal projet de réduire à l'esclavage ses frères d'Amérique. Mais la Providence, dans sa grande miséricorde, a fait voir à ces pauvres gens trompés quel sentier ils devaient suivre. Leurs sentiments sont plus larges ; ils méprisent les artifices de misérables créatures et refnsent noblement de prendre la hache de guerre contre leurs compatriotes et amis. On m'informe que Johnson n'a pu persuader qu'à un bien petit nombre de demeurer avec lui.

Les Canadiens en général sont nos amis fidèles et sincères, c'est-à-dire les paysans, car ceux qu'on appelle en Canada la noblesse, sont pour les mesures despotiques, ce qui en empêche plusieurs de se montrer plus ouvertement pour nous. Il paraît que MM. Walker et Price, citoyens riches et distingués sont étroitement emprisonnés à Montréal, parce qu'ils avaient exprimé trop haut leurs sympathies pour la liberté de l'Amérique.

Nous avons ici le Général Montgomery qui commande, le Général Schuyler étant à Albany pour une conférence avec les Sauvages. Nous l'attendons demain et nous aurons, je l'espère, nos ordres pour notre prochaine marche. Ce qui est certain, c'est que la besogne sera rude à St. Jean. Cependant je demande et j'espère qu'à l'heure décisive chacun se conduira comme un Américain du Nord : aussi suis-je certain que nous réussirons.

Un au ire Oi-'i'ioïKR a un de ses Amis de New-York.

Ticonderoga, 25 août I77Ô.

J'ai enfin le plaisir de vous annoncer que nous sommes arrivés ici le 19 ullimo ', en bonne disposition, quoique notre marche eût été très fatigante, ayant été obligés de faire le tour par Skencsborough parce qu'il n'y avait pas au lac Georges de bateaux pour nous transporter. Nous avons eu, sur les quatre compagnies, douze déserteurs dans le trajet et presque tous étaient d'anciens déserteurs des réguliers. Nous avons tenu cour martiale à

I Lo 10 courant? Larméc devait marcher on plusieurs corps dont (picliluos-uiis arrivèrent à Ticonderoga io samedi, !0 août, les autres ir- dinuuM.lie, les auh-cs le lundi, comnii' nous l'avons vu plus liaul.

34î LETTRES ÉCRITES PENDANT

chacun des autres postes, et nous avons appliqué à plusieurs de ces insubordonnés la loi de Moïse, c'esl-à-dire les trente-neuf^ et ils commencent à se bien conduire, étant soumis à une discipline aussi sévère que celle des réguliers. Il y a ici une grande quantité de sel et de provisions fraîches, les hommes ont autant qu'il faut: une roquille de rhum, et autant de bière d'épinette qu'ils en peuvent boire dans une journée; de sorte qu'ils n'ont pas besoin de boire de l'eau du lac, laquelle esi reconnue très-insalubre. Le nombre des troupes ici est de dix-sept cents, et sspt cents à Crown Point, à quatre milles d'ici. Nous attendons aujourd'hui quatre compagnies du second bataillon de New-York : les bateaux sont allés les chercher. Nous avons ordre de nous tenir prêts à partir sous huit jours pour St. Jean où nous pourrons nous brosser joliment avec les réguliers. Les bateaux se construisent avec une grande rapidité, et je crains que le reste du régiment ne soit pas à temps ici. Le Général parle beaucoup de leur retard à venir et il paraît bien regretter d'être obligé de partir sans eux. Il y avait ici dernièremeniunmonsieurfrançais, du Canada, quia mis tous nos gens en excellente disposition par l'assurance qu'il leur a donnée qu'à notre arrivée la plupart des Canadiens s'uniraient à nous: ils n'osent pas s'avouer nos amis avant que nous soyons au milieu d'eux.

Le même Monsieur, qui est un grand propriétaire, a déclaré qu'à notre arrivée il tuera cinq bœufs gras pour régaler les ofTiciers. Pour moi, il n'y a rien qui me donne la moindre inquiétude.

P. S. — Depuis que j'ai écrit ce qui précède, un de nos espions est arrivé de St. Jean. Il dit qu'il y a deux vaisseaux prêts à être lancés, portant chacun, seize canons, afin de prendre possession du lac, ce qui nous en rendrait le passage impossible pour quelque temps. C'est pourquoi nous avons reçu ordre de nous embarquer immédiatement pour St. Jean : nous ferons voile demain matin, le 28.

Le régiment du Colonel Waterbury, de mille hommes, la compagnie du Capitaine Mott, de cent hommes, et nos quatre compagnies avec sept cents hommes, qui sont à Crown Point, et cinq cents des Enfants des Montagnes, doivent nous rejoindre. Notre espion dit qu'il n'y a que cinq cent soixante réguliers et cinquante sauvages à St.

l Dans la peine du fouet, Moïse avait cl(^fendu de dépasser le nombre de quarante coups.

i; INVASION AMERICAINE. 343

Jean. Ainsi j'espère que nous ne trouverons que peu de résistance. S'il y en a, nous y sommes bien préparés. Nous laissons ici cinq compagnies du second bataillon de troupes de New-York, et près de trois compagnies de celles de la Nouvelle-Angleterre. Voilà toutes les nouvelles que je puis vous donner à présent.

U.N" CfI'Icief; a i:.\ de -ses Amis de New-Yokk.

Ticonderoga, 31 août 1775.

Les Colonels Waterbury et Ritzma, sous les ordres du Général Moutgomery se sont embarqués lundi soir, avec douze cents hommes pour l'Ile-aux-Noix, afin d'arrêter, an moyen de piquets et de barrages, les gros vaisseaux ennemis, jusqu'à ce que l'armée et l'artillerie soient prêles. Vos compatriotes s'unissent pour vous demander à grands cris de faire les derniers efforts dans ce temps de crise. Intcr arma silent leges. Je vous en supplie, mes amis, aux armes ! aux armes !

Je suis à la veille de m'embarquer avec le reste de l'armée et neuf ou dix pièces d'artillerie : déjà deux de douze sont parties. Vous entendrez bientôt parler de scènes de carnage. Les hostilités sont déjà commencées ici. J'espère être dans cinq jours l'un des maîtres de Montréal. Le conseil des Sauvages sera très favorable à notre cause. Gage a en de Philadelphie deux mille neuf cents hommes et cinquante barils de farine.

Au Portage, près d»^ Ticonderoga, li soplembre.

J"ai le plaisir de vous annonçai' que j'ai enfin atteint cette; place avec tous mes gens, et j'ai eu la chance de n'en point laisser un seul en arrière. C'est nn lot de gars pleins de cuMir, et d'après co qui est arrivé, je m'en ilalte, ils ne se boucheront pas le nez ù l'odeur de la pondre, au moment de l'épreuve, qui est assez proche, puisque nous devons partir demain matin, en route pour rile-aux-Noix, où nous sommes attendus avec impatience, parait-il, pour attaquer le fort que les réguliers ont (irigé à St. Jean. On tient tant à nous avoir que les

bateaux ont reçu ordre de recevoir la compagnie que je commande, de préférence à toute autre.

On dit que les Canadiens ont positivement refusé de prendre aucune part dans la dispute. Je suppose qu'ils

sont un peu comme et qu'ils veulent s'unir au parti

le plus fort, quoiqu'ils fournissent des provisions aux deux partis, pour argent comptant, bien entendu. Nous n'avons trouvé sur notre chemin que difficultés et embarras.

Les troupes ont été bien retardées par le manque de bateau, ce qui en retient encore en arrière. Je jouis d'une parfaite santé, que je prie Dieu de me continuer jusqu'à ce que je puisse donner leur compte au Gouverneur Carleton et à ses dos sanguinaires^ Je les appelle ainsi, pas tant pour la couleur de leur habit, que pour leur conduite honteuse et sauvage lorsqu'ils ont souffert que la tète du brave capitaine Baker fut coupée et placée au bout d'une perche, à St. Jean, où elle est encore, comme un monument de leur cruauté, et pour nous aiguillonner à le venger bravement, ou à succomber avec gloire.

Je n'ai rien de nouveau à vous communiquer, excepté qu'une légère escarmouche a eu lieu dernièrement près de St. Jean. Cinquante de nos hommes allaient en reconnaissance : ils furent surpris, dit-on, par un parti composé de réguliers, de Canadiens et de Sauvages, qui se tenaient en embuscade, dans les joncs ou hautes herbes. Nous avons eu cinq ou six hommes tués,plusieurs blessés, dont quatre ou cinq sont morts de leurs blessures. Le Major Hobby et le Capitaine Mead du Connecticut sont légèrement blessés. L'ennemi a eu plusieurs blessés, parmi lesquels, le Capitaine Tyce de Johnston, dans le comté de Tryon, natif de New Jersey. Il a été autrefois capitaine dans les troupes de cette province, c'était une de mes vieilles connaissances ; maig il paraît maintenant qu'il était un tory renforcé. Je suis heureux de penser qu'il a trouvé le sort que je souhaite avant la fin de la querelle, à tous ceux qui lui ressemblent. Voilà tout ce que j'ai pu savoir de mieux et il faut avouer que ce n'est pas maP.

1 Bloody buc/is.

2 Cf. Témoin (Iculairc, p. 42. Mes serrict'n, p. ^48, Leitres, pp. 311, 312.

p. S. — Le Colonel Fleming, M. Tnimbull, le capitaine Quackenbos, M. Pearsea et le lieutenant Van Waggener, avec mes confrères officiers, font leurs meilleurs compliments à vous et à tous les amis

ExTBAiT d"u\e Lettre datée de LoiNdres.

Londres, 16 septembre 1775.

Ma dernière vous a été écrite par CoUins ou Tyrie ; je vous y disais que l'intention de cette administration néfaste était que les troupes fussent transportées de Boston à New-York, sous le commandement de Howe dans Tespérance d'y être rejoint par ce diable de catholique Romain, Garlelon de Québec. Convaincus de l'impraticabilité du plan canadien, et à cause des plaintes de tous les officiers des troupes entassés à Boston, il y a eu ici dernièrement force conseils, pour déterminer où les réguliers seraient envoyés.

A Mr. * * *', New-York.

Ile-aux-Noix, 17 septembre 1775.

Je n'ai que le temps de vous dire que demain nous frapperons un coup décisif contre St. Jean. Nous avons déjà eu deux escarmouches. Dans les premières nous avons perdu sept hommes, outre six ou sept blessés. L'ennemi a eu neuf sauvages tués sur le champ avec deux fois autant de blessés, à ce qu'on nous dit. Les sauvages se montrent barbares au dernier degré. Non contents de scalper, ils déterrent nos morts et les traitent de la plus horrible manière. J'ai eu le plaisir d'en voir deux scalpés, juste vengeance de leur barbarie. Ceci est arrivé après la dernière action où personne des nôtres n'a été blessé. Un bâtiment, qui nous lançait force boulets et mitraille, sans cependant nous faire mal, a été heureusement coupé en deux par le salut tiré avec une pièce de douze par une de nos gondoles. 11 contenait, dit-on, trente soldats qui ont péri sous le coup ou dans le lac. Le principal obstacle que nous rencontrerons demain sera un fort schooner que nous sommes déterminés d'aborder. Il norle dix-huit canons de neuf et a été lancé deux ^ -44

jours seulement avant que nous ayons pris possession de l'île. Jusqu'à quel point cette entreprise réussira-t-elle, Dieu seul le sait ; mais j'espère encore vous voir une fois de plus à New- York.

Québec, 17 septembre 1775.

Nous apprenons de St. Jean, où les troupes du roi sont en garnison, que celles du continent y ont mis le siège. La confusion que cette nouvelle a produite est difficile à exprimer. Ceux qu'on croyait les plus propres à cela furent employés pour réunir tout ce qu'on pourrait de Canadiens pour leur faire prendre les armes. J'ai le plaisir de vous assurer qu'ils n'ont eu que peu ou pas de succès. Un effort vigoureux de votre côté, et le pays serait à vous, f^es instruments du gouvernement sont en pleine opération, les uns pour observer la conduite des Canadiens et les autres pour guetter les mouvements et les actions des Américains, qui ne peuvent ni parler ni remuer sans que cela soit connu.

A M. * * * * A Philadelphie.

Québec, 18 septembre 1775.

Le 17 du présent, à la demande du Lieutenant-Gouverneur, les Anglais et les Canadiens se sont réunis sur la Parade. Les derniers ont été formés en onze compagnies, et les autres en six. Les Milices de cette ville peuvent former, Anglais et Canadiens, onze cents hommes ; mais plusieurs négligent le devoir militaire ; d'autres le trouvent dur, et le plus grand nombre sont mécontents de la conduite du Gouvernement, chaque jour les convaincant qu'ils sont trompés. Le Senau Fell de Whitbay est pris au service du Gouvernement, pour être commandé par le Capitaine Napier : on dit qu'il recevra dix-huit pièces de six et de neuf. Le navire Charlotte, appartenant à Roach, de Rhode Island, de même : une chaloupe et une goélette d'ici. Je ne puis dire quelle force ils porteront. On a aussi un petit bâtiment envoyé directement à Boston.

Notre milice monte la garde de neuf heures du soir à neuf heures du matin. Jusqu'à présent ils n'ont pas reçu ç)e munitions, excepté quatre tours de cartouches, le soir :

Ce qui leur fait croire que le Gouvernement craint de leur en confier une plus grande quantité, i^e public en général est mécontent contre le Gouvernement parce qu'il ne fait pas connaître l'état de la Province, qui peut être supposé piie qu'il n'est réellement, en voyant le Gouverneur envoyer sa femme en Angleterre ; elle a pris passage sur le navire Lydia, capitaine Deane, qui partira vendredi pi'ochain. Il y a plusieurs autres dames qui se préparent à quitter la pi'ovince, aussi des hommes qui sont convaincus que leur conduite ne leur mérite pas un traitement très-civil des Provinciaux, s'ils venaient dans cette province. Le bruit court ici que M. Levingston et Jerry Dugan ont levé cent cinquante Canadiens, le premier avec le titre de Lieutenant Colonel et le second avec celui de Major, qu'ils ont été sur le point de prendre Lord Pitt et le Général Carleton sur la Rivière Chambly. Le Gouvernement rapporte qu'à la publication du pardon accordé par Carleton à ceux qui se soumettraient dans un certain temps, le plus grand nombre auraient abandonné leurs officiers.

Ticonderoga, 24 septembre 1775.

Les députés des Six Nations, envoyés au Canada, sont aujourd'hui de retour et rapportent ce qui suit.

Par l'ignorance de leur pilote, ils perdirent leur route en quittant TIle-aux-Nolx et tombèrent auprès de St. Jean d'où ils se retirèrent sans être découverts. Le second jour ils arrivèrent à huit milles de Caughnawaga, et là ;-encoatrèrent une centaine de Sauvages de dilféreutes nations qui allaient à St. Jean. Mais il fut décidé, dans une conférence avec eux, qu'ils s'en retourneraient à Caughnawaga pour écouter ce que les députés des Six Nations avaient à leur dire. Deux du parti qu'ils avaient rencontré allèr(Mit trouver les Sauvages qui étaient avec Johnson et qui le (juittèrcut à celte nouvelle pour se rendre à Caughnawaga. Là ils rencontrèrent un émissaire du Colonel Johnson, (jui [)rit le [)arti dq se déguiser et de se retirer à Montréal, voyant que les sauvages ne se battraient pas contre nous. A cette nouvelle Johnson envoya le Colonel Clans et Bradt, un Mohawk, pour les inviter à venir le li'ouvcr, et Clans donna ime branche de porcelaine à un des députés. Ceux de Caughnawaga dissuadèrent les députés de ce voyage s'ils

ne voulaient pas être traités comme ceux de Shoekbridge et ôti'e faits prisonniers. Là-dessus, ils rendirent la porcelaine, déclarant qu'ils n'étaient pas envoyés vers Johnson, mais vers les Cauf^hnawagas, réponse qui plut à ceux-ci Lorsqu'on leur eût délivré mon message qui les invitait à me venir trouver à l'Ile-aux-Noix ou à St. Jean, le Mohawk qui accompagnait Glaus, s'écria : " C'est fini de Johnson, les Sauvages vont le quitter." Les Gaughnawagas on été flattés du message des Six Nations et de mon invitation, et ont promis d'y accéder. Les députés ont passé une nuit avec eux le lendemain, les Caugimawagas se retirèrent avec eux dans une maison éloignée, où ils s'ari'ètèrent une nuit, crainte d'accidents, et sept des principaux d'entre eux les accompagnèrent jusqu'à St. Jean auprès du Général Montgomery àqui ils déclarèrent : "•Que le Général pouvait compter sur eux; qu'ils ne prendraient pas un fusil contre nous, qu'ils ne feraient pas la moindre attention à Guy Johnson et demeureraient neutres."

Mr. *'* A SON PÈRE, EN Ayshire, Ecosse,

Québec, 30 septembre 1775.

Gomme cette colonie est détachée en quelque sorte des autres, nous nous imaginions hors du danger d'être enveloppés dans les querelles alarmantes qui existent sur tout le continent. Je suis chagrin d'avoir à vous informer du contraire.

Vers le commencement de Mai, comme vous le verrez par vos journaux, les rebelles se sont rendus maîtres de tous les forts sur les lacs George et Gharaplain, qui nous séparent des colonies du sud, aussi des vaisseaux et des bateaux du Roi qui étaient sur ces lacs. Depuis lors, ils ont essayé à plusieurs reprises d'envahir, c'est-à-dire de pil er cette province, heureusement que jusqu'à présent ils ont été empêchée par les troupes et la milice anglaise^ de metti'e leur projet à exécution. Il y a eu, dans le cours du printemps, plusieurs légers engagements où les reballes ont toujours été défaits avec très peu de perte pour les troupes de Sa Majesté.

1 British MilUia. L'auteur de celte lettre parait trop bien infopmé des faits pour que nous jiuissions croire qu'il soit ici de bonn» i'oi.

L'INVASION AMERICAINE. 3i9

La dernière malle de Montréal nous apprend que lundi dernier deux ou trois cents rebelles, y compris quelques Canadiens, ont débarqué à une lieue de cette ville, et dans l'espérance d'être rejoints par un grand nombre de Canadiens pour leur aider, ils voulaient surprendre la ville et la piller. Les habitants cependant donnèrent l'alarme anssiiôt le débarquement des rebelles, et les tambours commencèrent à appeler aux armes. Là-dessus trois cents gentilshommes, marchands et autres habitants, avec quarante soldats, sortirent sous les ordres du Major Campbell. Aussitôt ils attaquèrent les rebelles, lesquels après un feu bien nouiMi pendant une heure, furent obligés de plier et de prendre le chemin de leui-s canots, ce (]ui leur permit de s'échapper sur le fleuve, mais avec une perte considérable de tués et de blessés, outre trentequati-e fiiits prisonniers, parmi lesquels se trouve un nommé Etlian Allen, commandant en chef du parti. Trois hommes seulement de tués du côté du roi, avec trois ou quatre blessés. Mon oncle, qui est maintenant à Moiitiéal a été à l'engagement et en est revenu sain et sauf. Quelques prisonniers rebelles, qui sont Canadiens, nous disent que Allen les avait loués sur le prix de trente sous par jour, qu'en outre, il leur avait promis leur part dans le pillage de Québec et de Montréal.

A raison du peu de crainte que nous avions d'être compris dans cette querelle, nous nous trouvons presque absolument sans défense, nos troupes ayant été envoyées à Boston, à l'exception seulement de deux régiments qui demeurent dans le pays. Les choses étant ainsi, nous sommes forcés de laisser de côté la transaction des affaires, et nous avonsdii prendre les armes et de former une milice pour la pi-olection de nos personnes et de nos biens. Nous sommes aussi très-occupés à mettre notre garnison dans le meilleur étal possible de dépense, et nous sommes déterminés à tenir jusqu'au bout, si nous sommes attaqués.

La saison toutefois obligera les rebelles à quitter le pays, et nous pouvons espérer, pour le printemps, d'être assistés par la Grande Bretagne, ou d'ailleurs, eu sorte que le danger n'est pas aussi grand que nous le pensions d'abord.

350 LËTTÎIES ÉCRITES PENDANT

Un Officier de l'Armée Co.nti.nentale.

St Jean, 1 octobre 1775.

Je vais VOUS donner un court aperçu des différentes escarmouches de l'armée du Nord. Après notre arrivée à l'Ileaux-Noix, le Colonel Waterbury s'avança avec son régiment au pied du lac et commença à se retrancher, à un mille et demi de S' Jean, d'où il envoya un léger parti dans les bois, lequel fut attaqué par un certain nombre de réguliers et de sauvages. Dans cet engagement, le Colonel Waterbury eut huit hommes tués et six blessés. Du côté de l'ennemi, douze tués et plusieurs blessés, surtout des sauvages : le Major Hobby a été blessé.^ Après cela, les nôtres retournèrent à l'Ile-aux-Noix. Là, un parti de cinq cents hommes partirent de nuit pour Chambly par S' Jean. Nous nous avançâmes jusqu'au retranchement' précédent où nous fûmes attaqués par l'ennemi : le feu fut assez chaud pendant six à huit minutes : à la fin, l'ennemi prit la fuite, et nous nous emparâmes de ses retranchements où nous demeurâmes jusqu'au matin, et comme le Fort était alarmé nous ne crûmes pas prudent d'avancer, et ainsi nous nous retirâmes à nos anciens retranchements de rile-aux-Noix. Nous n'eûmes dans cet engagement ui blessés ni tués : nous sommes informésd'une manière assez probable que l'ennemi a eu onze tués et trois blessés.

Le 16 Septembre, nous quittâmes encore l'Ile-aux-Noix pour mettre le siège devant 5' Jean. Nous avions auparavant envoyé à Chambly un parti de cent hommes qiii, sur la nouvelle que les réguliers transportaient des provisions à S' Jean, les attaquèrent, firent deux prisonniers et un butin considérable, et commencèrent à se fortifier à deux milles de S' Jean pour couper les communications, attendant d'être bientôt renforcés par notre armée. Mais découverte par l'ennemi, un parti de deux cents réguliers sortit du fort avec des pièces de campagne ; les nôtres qui n'étaient que la moitié de ce nombre et misérablement fortifiéSj'furent obligés de retraiter vers le bois. Dans l'action, le Colonel John Watson, du Régiment du Colonel Hinman a été dangereusement blessé, mais il parait se rétablir. Nous marchions alors à travers les bois, pour les secourir, mais trop tard. En arrivant sur le champ

. ^ Cf. Témoin Oculaire^ pp .42, 43,

de bataille, nous trouvâmes les ennemis maîtres de nos ouvrages de défense : ils nous reçurent avec un feu très vif et retraitèrent ensuite vers le Fort.

Le Colonel Allen avec son parti a eu un malheureux engagement près de Montréal et a été fait prisonnier avec quatorze hommes. Nous avons environné S' Jean, et nous espérons en être bientôt maîtres. Nous faisons jouer continuellement nos canons et nos bombes. Les canadiens sont la plus part de notre côté. Les sauvages sont pour nous.

A ux Ami a Londres.

Québec, l octobre 1775.

Le Gouverneur et le Conseil Législatif de cette province se sont réunis, mais après plusieurs séances, ils n'ont pu s'accorder sur aucune ordonnance. M"" S' LucLacorne et d'autres conseillers ne voulaient plus entendre parler de jury, mais insistaient pour qu'on suivît la lettre de l'Acte de Québec. Le Gouverneur a dissout le Conseil brusquement et est parti pour Montréal. Sur sa route, on a fait tous les efforts pour engager les Canadiens à se joindre à lui. On a envoyé par terre des armes pour deux mille hommes, des munitions à proportion, pour donner aux Canadiens qui s'uniraient à lui sur la route, et la nouvelle est venue qu'il n'y a pas assez d'armes pour tous ceux qui ont accei)té. Mais tout cela ne remuera pas les Canadiens des environs de Québec.

On a dit d'abord que S' Jean avait été investi par cinq mille Provinciaux ; ensuite, qu'ils s'étaient retirés ; ensuite que la Rivière Chambly, (ou Richelieu, ou Sorel) en était remplie et qu'ils envoyaient des circulaires dans tout le pays ; ensuite que Montréal en avait été investie : pas un rapport sur lequel on pût se fier. Cependant, à la fm nous avons appris que Jérémie Duggan et un jeune Levingston qui sont établis sur la Rl'viè>-e Chambly, avaient été les rejoindre avec cent cinquante Canadiens' et qu'ils avaient failli faire prisonnier le Gouverneur, ainsi qu(i Lord Pilt. Bientôt a[)rès, inopinément et toutà coup, ou a retenu sur un des vaisseaux qui sont au port le passage de Lady Maria Garleton, (jui doit partirions

* Cf. Témoin Oculaire p. h\.

peu de jours avec sa famille pour l'Angleterre. Ordre a été donne de mettre immédiatement les fortifications de la ville en é'at de défense, et une porte-à-barrièie a été bâtie snr la hai^'enr qui sépare la haute de la basse ville, toutes les avenues bouchées, plusieurs gros vaisseaux pris pour le service du Gouvernement, percés et montés de canons, une proclamation a mis l'embargo sui- tous les bâtiments, et les matelots pris pour monter les vaisseaux de gner;"e et faire les autres services qui seront nécessaires, tels qu'ériger des batteries et le reste. F;ord Pitt et d'autres partent pour l'Angleterre.

Tout ceci frappe chacun d'étonnement, d'autant que nous ne pouvons savoir de quel côté se fera l'attaque, tous les mouvements des ennemis étant tenus secrets. Dans cet état d'appréhension générale, plusieuis s'occupent à emballer leurs effets, d'autres se préparent à sortir de la ville ; les uns parlent de faire une forte défense ; les autres, une bonne capitulation. Cependant au milieu de cette situation incertaine (quand les communications entre S' Jean et Montréal se trouvaient coflpées, quand les ennemis s'étaient montrés à La Prairie et à La Chine) la dernière malle nous a apporté des nouvelles de Montréal: Jérémie Duggan aurait traversé le fleuve à la Longue-Pointe avec quelques-uns de ces bandits, Allen à leur tête, et quelques Canadiens et ils auraient marché contre la ville ; mais heureusement que les citoyens eurent vent de leur approche. Aussitôt les habitants Anglais avec quelques Canadiens^ sortirent contre eux avec le Major Campbell à leur tête: ils les rencontrèrent et leur livrèrent bataille près de la ferme Christie. Les gens de Duggan étaient passablement ardents; mais les Canadiens, qui étaient avec eux les abandonnèrent pour se réfugier dans une grange. Les nôtres cependant eurent le dessus et firent Allen prisonnier avec trente ou quarante de ces bandits. Mais Duggan s'était retiré avant la déroute et avait pris la fuite. Le Capitaine Cardon^ fut blessé et mourut bientôt de ses blessures. Alexandre Paterson fut blessé au ventre. Duggan avait fait espérer aux siens, qu'une fois le fleuve traversé, ils seraient rejoints par tous les Canadiens. Il leur avait promis un chelin trois deniers par jour et le pillage. C'est une chose lamen-

1 Cf. Témoin Oculoire p^^O.

^ Carden.

LINVASION AMÉRICAINE. ?>53

table de voir le pays jeté dans ces divisions et le commerce complètement arrêté.

AdTRK Lettre.

Québec, 1 octobre 1775.

Après qno les Provincianx eurent enlevé par surprise Ticonderoga et Crown Point, vers la fin de Mai dernier, et(ju'ils eurent fait plusieuis autres incuraions près de S' Jean, sous la conduite d'un nommé Allen, le Gouverneur Garleton, qui était à Montréal, envoya toutes les troupes dont il pouvait disposer se retrancher de leur mieux à S' Jean, sous la direclion de M. Marre, Ingénieur. 11 fit en même temps demander à Québec tous les construcleurs de vaisseaux qu'on put trouver (un certain nombre monta en effet sous la direction du Capitaine Zacharie Thompson ') pour bâtir des vaisseaux et des radeaux, afin de remplacer ceux qui avaient été perdus sur le Lac Champlain. Chacun espérait que ces vaisseaux pourraient être lancés à la fin d'Août, et (]ue si on pouvait faire marcher les Canadiens, une expédition serait tentée poui- reprendre les forts. On eut alors recours à tous les moyens imaginables pour soulever les Canadiens ; mais la nomination de quelques officiers qui avaient été autrefois au service du Roi de France, et de quelques jeunes gens, véritables jouvenceaux, pour commander les milices, leur fut si désagréable que personne ne voulut s'enrôler. Ils se rappelaient fort bien le traitement (jn'ils avaient reçu de ces gentilshommes avant la conquête : ils désiraient, par suite, que des anglais pussent les commander. Sur la menace que leur firent quelques-uns de ces jeunes officiers de revenir avec des soldats pour les forcer a obéir, ils se levèrent par corps de douze et do quinze cents, armés de toutes espèces d'instruments, déterminés à se laisser tailler en pièces plutôt que de se soumettre. Le (louverneur fut obligé de les ajjaiser '■'.

Les deux T'i-aser, le Ca[)itaine Nainie et h; (^ipitaine

l Voir A^^/cCXXXVil.

"i (ir. Tniioiii Dciiltiiir. \<. .'iX. Hii ;i |iii vdir, rn |i.irc-i)in;iiil le- Mi'iiioiri's |iri'i<'iii'iils .<i li- ih-Mr il'ôln; coimu.iuilii.-^ par ili's aiigliiis eiiUfiil pour Iti'iiucuup (Ifius lii rc|iugiifiiico ipui le p.'iiplf avait à preinlrft les ariiies. D'ailleurs lo cas auqui'l il i-sl ici t'ait aliusidii a

rli'i isolé et non général.

354 LETTRES ÉCHIIES PENDANT

Eciiyer ont élA employés auprès et au-dessous de la ville de Québec; pour en.uager les Canadiens à marcher, mais iimlilement, tant était ferme leur résohition de rester neutres.

Les Colonels Clause t. Tohn son sont arrivés à Montréal par Dswego avec quelques Mohawks \ lesquels, avec d'autres Sauvages qu'on avait envoyé ('herclier et qui étaient arrivés vers le même lemps.portèrent le nombre des Sauvages à quinze cents hommes, femmeset enfants; sur ce nombre trois cents guerriers. A l'arrivée de ces sauvages, de non veaux efforts furent tentés auprès des Canadiens et on répandit plusieurs alarmes fausses et terribles, ce qui en engagea plusieurs à marcher comme volontaires avec (juelques sauvages pour faire des reconnaissances: ils se i-eucontrèrentavec les partis qui marchaient dans le même but, il s'ensuivit des escarmouches qui ont été exagérées à un degré incroyable. A la fin, des sauvages qui s'étaient emparés d'un bateau vide pendant (jue l'équipage était à terre, furent blessés dans leur fuite. Ceci les affaiblit. Cependant ils tirèrent sur nu homme du parti qui était sur le rivage, puis attendant que ce parti fut éloigné, ils descendirent à tei're, coupèrent !a tètt; de cet infortuné et l'emportèrent à Montréal. On vit par les papiers (ju'il avait dans sa poche que c'étaitle Capitaine Baker'''. 11 paraîtqu'il avait instruction du Général Schuyler de ne faire aucun quartier ni aux Canadiens, ni aux Sauvages. Mais cela jjaraissant très-impolitique, la nouvelle en a été bientôt contredite. Il y a eu, quelque temps après, une escarmouche, n)ais le rapport (jue les Canadiens avaient pris les armes n'était pas vrai. A la fin, les Sauvages ont commencé à se montrer turbulents et ont été parfaitement inutiles.

Le Gouverneur voyant donc se léduire à rien ses efforts pour remplir ses engagements et pourdonner despreuves de son inilnence sur les Canadiens par le moyen de ses amis les nobles de ce pays, a été obhgé d'avoir recours aux Anglais qu'on représentait comme une poignée d'hommes de peu d'importance, ne méritant pas Tattention, et encore moins la protection du Gouvernementl

1 Cr. Témoin Oculaire, p. 'i l

2 Cf. Témoin Oculaire, pp. -'iO, 'il

3 Le Ion de toute celle lettre fait assez voir pour qui étaient les symiialliies de celui qui l'écrivait.

Camp (le Cambridge, 1 octobre !775.

Nous avons la nouvelle que le Colonel Arnold s'est avancé en sûreté, cinquante milles sur la Rivière Kénébec. 11 a trouvé tous les bateaux prêts et s'est remis en route, il y a six jours, avec tout son monde en bonne disposition et toute espèce d'encouragements. Le Capitaine de ce vaisseau dit que s'il arrive à Québec avant que Carleton soit descendu de S' Jean avec les troupes, la ville se rendra sans tirer un coup de fusil. C'est là que se trouve le magasin le plus considérable d'armes et d'amunitions qu'il y eût de longtemps en Amérique. Il dit n'avoir pas vu moins de dix mille quarts de caques de poudre, et il V a toutes sortes de munitions en proportion.

Au Major Shihreff, Bosto.v.

Montréal, 19 octobre 1775.

Cher Monsieur,

Je sais que votre bonté me pardonnera le trouble que je vous donne, ou va-is vous donner, mais la nécessité du lenips m'excusera. Voudrez-vous prendre le trouble de faire parvenir les lettres ci-incluses? Elles sont importantes pour moi et pour ceux à qui elles sont adressées.

Je prendrai la liberté de vous informer que Jean Oreillat", monsieur français de celte ville, pour qui j'ai beaucoup d'estime et avec qui j'ai des intérêts commerciaux assez étendus, est mainlenant prisonnier chez les rebelles, malheur qui atfecte sa famille et ses intérêts. Veuillez bien, cher Monsieur, le faire échanger, si c'est possible, pourvoir à ses besoins et le rendre à sa famille, et vous obligerez considérablement, Cher Monsieur,

Votre dévoué et humble serviteur,

nUOOK WATSON.

p. s.— La dernière lettre de M. Oreillal était datée de Ticonderoga, 2't sei)leinbro I77Ô. J'(;spère faire voile [lOiu- l.on(ires dans [lou de jours.

' Cr. Tcinoin (Icitlnirr, |'|i 4i, 4 >

A Benjamin Faneuil, .Iumop, Ecuier, Bosto.n.

MoHlrùal, 19 octobre 1775.

Clier MoJisicia\

J'ai enfin eu la salislaclion que je désirais depuis longtemps d'avoir de vos nouvelles. Le 7 du présent j'ai eu la vôtre du 14 août et aussitôt j'ai fait chercher M' Bliss par un de mes amis à Québec pour avoir de lui votre lettre du 13 août que je viens de recevoir le 14 du présent, avec les excuses de M. Bliss : il l'avait laissée avec sou bagage à bord. Quant à votre lettre en réponse à la mienne du 6 avril, je ne l'ai pas reçue. Vous comprenez combien j'avais d'inquiétudes pour vous et pour Madame Faneuil.mais j'en suisdébarrassé maintenant en appi-euant que vous avez l'intention d'aller hiverner à la Nouvelle- Lcosse, où vous serez certainement en sûreté. L'Amiral ne peut souffrir que les Coloniaux traversent la Baie de Fundy pour s'emparer de celte Province, et les affaii-es publiques ne peuvent continuer à être administrées comme elles l'ont été jusqu'à présent. D'après le peu de connaissances que j'ai de l'Amérique et des opérations militaires, je crois ijue le Général Ga-ge ne peut hiverner à Boston, et qu'avant ce temps il aura pris la résolution de s'éloigner. Car s'il y demeure plus longtemps sans prendre un parti, en quittant Boston, il lui faudra quitter l'Amérique. .Te veux dire qu'il ne peut hiverner toutes ses troupes à Halifax, par conséquent une partie doit venir à Québec, et il faut pour cela qu'elles soient embarquées à cette heure ou elles ne pourront remonter le deuve. Le sloop de guerre le Hunier est arrivé à Québec. Il nous apporte peul-être là dessus quelques nouvelles.

Quant a votre intention de quitter l'Amérique au printemps prochain, et d'acheter, avec les restes de votre fortune, un3 annuité pour votre vie et celle de Madame Faneuil, au cas que les affaires publiques ne changeraient pas pour le mieux, je l'approuve beaucoup et j'espère en môme temps que vous ne serez pas forcé de la mettre à exécution. Evidemment, le royaume de la Grande Bretagne ne saurait être gouverné plus longtemps encore par des conseils aussi faibles et des efforts si peu énergiques. Il n'a guère qu'une province d'assurée eu Amérique et encore a-t-elle été sur le {joint de tomber entre les mains des plus misérables bandits. Si les habi-

LINVASION AMERICAINE. 357

fants de celte ville u'élaient point sortis, au-devant d'Allen lundi, le 25 du mois dernier, la ville et une partie de la Province auraient été à eux, et cet individu serait probablement le Gouverneur de Montréal. Grâce à Dieu, rette action a changé l'esprit des Canadiens, et j'ai lieu de croire cette province hors de danger, du moins pour cette année, et il n'y a pas de doute qu'elle sera amplement protégée l'année prochaine.

Quant aux affaires de W. et R \, j'ai la grande satisfaction de vous informer que je leur ai envoyé, depuis mou arrivée,qnarante mille louis sterling,dont trente-deux mille en fourrures, parle navire la Pomonc, capitaine Green. ijui a fait voile de Québec le deux du présent. Si ce n'avait été des malheureux troubles qui régnent cette année, j'aurais envoyé dix mille louis de plus. Mais j'ai lieu d'être content et heureux d'avoir fait un voyage eu Amérique en 1775.

La Province de la Nouvelle-Ecosse se trouve trèsendettée envers W. et R., et je serais heureux si je pouvais, comme c'est mon désir, la visiter avant de retourner eu Angleterre, mais je vois que les affaires de cette province aussi bien que de celle-ci, demandent ma présence à Londres aussitôt que possible. C'est pour cela que j'ai intention de (juitter Québec dans le navire Adamant vers le dix du mois prochain, espérant arriver le, ou vers le 15 décembre, avant que le Parlement soit ajourné. Si ma présence était absolument nécessaire à la Nouvelle- Ecosse, je m'acquitterais de ce devoir le printemps prochain. En même temps, j'espère que Dieu me fera la grâce que cela ne sera pas nécessaire, car je soupire ardemment après la paix et mou retour.

Vos amis, MM. Jonathan et Isaac Clarke auraient fait do bonnes affaires, si les troubles ne les avaient pas suivis ici. Ils ont longtemps tenu leurs effets empaquetés, prêts à être embarqués. Mais j'espère qu'ils ne seront pas obligés de les expédier. Notre ami Butler m'écrit qu'il est décidé à se rendre à Londres avec sa femme, dans le Cniiadien, ca|)itaine Abbott. Si cela arrivait, j'espère que vous serez à Halifax avant son départ et que vous vous chargerez d'être le procureur de W. et R.

Faites, je vous prie, mes compliments et mes respects affectionnes à Madame Faueuil, et soyez assuré que je suis, cher Monsieur, votre ami affectionné et (idèle.

niîOOK WATSON.

I W.ll-nll cl F{,l|.'igll.

P. S. — Mon ami, M'' Jean Oreillat de cette ville, est maintenant prisonnier des coloniaux. Je l'estime beaucoup, et W. et R. ont de grands intérêts engagés avec lui et son associé M. Foretier. Aux dernières nouvelles que j'ai reçues de lui, il était à Ticonderoga. Maintenant, cher Monsieur, usez de votre influence auprès de M. Gage pour le faire échanger. Tachez qu'il soit relâché et rendu h sa famille : pourvoyez à ses besoins et par là vous rendrez un très-agréable service à votre ami.

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