BROOK WATSON
A JOIl.N BuTLEli, ECUJEIÎ.
Montréal, 19 octobre 1775.
Cher Monsieur,
Je vous ai écrit de Québec, le 18 ultimo, par le Cellery, capitaine Hardie, pour accuser réception de la faveur de la vôtre en date du 19 août, et je vous ai fait connaître le triste état de cette Province. Je vous parlais au long des atfaires de Kavanagh et je vous priais de louer un vaisseau pour envoyer en Angleterre les huiles et les fourl'ures de Kavanagh, si quelque accident empêchait le Canadien d'arriver, ou s'il était chargé de poisson pour l'Europe. L'Adamant est arrivé à Québec après que j'eus loué un autre vaisseau pour transporter la charge que je lui destinais. Pendantque je l'attendais, j'avais pour trentedeux mille livres sterling chargé sur deux bâtiments du pays, au moment où l'on s'attendait d'heure en heure à voir les Bostonais maîtres du pays. J'ai cru que c'était mon devoir, j'ai loué la Pomonc^ Capitaine Green, trois cents soixante-dix louis pour transporter les pelleteries à Londres, et il a mis à la voile le deux du présent. C'était mon intention d'y prendre passage pour m'en retourner : j'avais tout préparé pour cela. Mais j'ai changé de dessein et je suis parti pour Montréal le jour où il a fait voile pour Londres. Je vous assure que toute autre détermination que jaurais prise ne me donnerait pas la moitié de la satisfaction que j'éprouve. Cette ville et la plus grande partie de la Province seraient tombées aux mains des coloniaux le 25 du mois passé, si les habitants n'étaient pas sortis leur livrer bataille, ils se sont battus, ont remporté la victoire et sauvé le pays, au moins pour un temps.
Le Colonel AIIimi qui commandait ce misérable parti de pillards (on leur avait promis le pillage de la ville) a été pris avec la plupart d'entre eux. Il est maintenant aux tei's, sur le Gaspé. Ce combat a changé sul)itement les dispositions des Canadiens, dont les neuf-dixièmes étaient pour les Bostonais, un grand nombre maintenant a pris les armes pour le Roi ; mais l'ennemi est maître dti sud du fleuve jusiju'à Verchères, excepté S' Jean qu'il tient investi avec aussi peu d'espérance de le prendre, que nous avons de crainte de le perdre. J'ai été bien alai-mé eu recevant de Boston la nouvelle que Halifax était pris. Mais j'ai été bientôt rassuré par votre lettre, qui ne pouvait mieux arriver, en date du 1er septembre, laquelle a été suivie de celles du 16 et du 21. Je réponds à toutes en ce moment. Je ne doute pas que le commerce soit lent à Halifax ; mais je serais bien trompé dans mes calculs s'il ne devait bientôt changer. Je suis persuadé (]ue le Général Gage ne peut hiverner à Boston, et qu'il doit par conséquent envoyer une partie de ses troupes à Halifax et l'autre dans cette province, qui en a grand besoin. Car, (luoique les Bostonais ne soient probablement pas sur le [loint de prendre S' Jean, il y a danger, si nous ne sommes pas secourus par les troupes du l'oi, iju'ils ne s'empareut de cette ville et du reste du pays, excepté Québec. Pour votre Province, je n'ai aucune appréhension qu'elle soit envahie; malgré leurs succès, ils n'enverront jamais un seul de leui's hommes, là où ils ne pourraient les soutenir pendant l'hiver ; et de plus, je pense que toute chance de succès leur sera enlevée par l'Amiral qui fera prendre et détruire leurs vaisseaux. Je suis, comme vous, d'avis que si on doit faire une campagne sur terre, il sera mieux de la faire de ce côté, laissant la flotte agir sur les côtes maritimes. Je crains beaucoup que les opérations de l'armée ne vous empêchent, vous et madame Butler, do vous en retourner en Angleterre. Je regrette que son indisposition rende ce voyage nécessaire, mais en même temps j'aurai le plaisir de vous voir là bas. Si tel est le cas, je ne connais à Halifax i)ersonneàqui confier les pouvoirs de procureur deWatson et llaleigh. Mr Faneuil m'écrit qu'il a l'intention d'y hiverner avec Madame Faneuil. S'il arrive avant votre départ, remettez-lui, je vous prie, vos pouvoits, je lui al écrit un mot à ce sujet. 8'il n'arrive pas, laissez sous, clef vos pouv^iis avec vos autres pa[)iers, nos com[)tcs, etc. IjAdamaitt est presque chargé de chêne. 11 aura aussi
3yn LETTRES ECRITES PENDANT
des pelleteries et une vingtaine de passagers, du commun. C'est mon intention de quitter Québec vei's le dix du mois prochain, et j'espère être rendu avant l'ajournement du I^arlement à Noël. J'ai lu votre adresse au Roi, Lords et Commîmes, et je ne puis m'empècher d'admirer cette bourde. ^ Nous sommes attachés à notre Mère Pairie, dont plusieurs de nous sont nés." En voilà une bonne. Dites à mou ami, le Di' Breynton, que je lui ai écrit de Québec le 21 juillet dernier, par le Ccllery ; j'espérais qn'il m'écrirait \\\\ mot de l'épouse.
Je vous prie, poussez à Londres le moindre cheliu de remboursement sur lequel vous pourrez mettre la main, car W. et R. eu ont grand besoin dans ce temps de iiécessité générale.
Rappelez-moi aux souvenirs de M'"? Butler, et croyez que je suis, cher Monsieur, votre ami fidèle et humble serviteur.