‹ Invasion du CanadaChapitre 45 sur 47 · BRO(.)K WATSON · texte numérisé non relu

BRO(.)K WATSON

niirliHc, -ir. nciôliie 1775.

Plusieurs rebelles ont déseilé et sont venus s'enrôler dans les Higlilanders du colonel McLean, cent cinquante environ ont passé du côté du major Preston, au Fort St. Jean. Ce fort commence à être court de provisions et bloqué par le corps principal des rebelles, qui est d'environ deux mille hommes. Le général Carleton avec sept cents hommes est actuellement parti pour les secourir: le colonel McLean suit une autre route avec trois cent cinquante hommes. Ils ont l'iulention d'attaquer les rebelles dans leurs retranchements, pendant (|ue le major Preston sortira du fort avec sa garnison. Si les rebelles sont battus, le fort sera approvisionné pour riiiver, sinon, ils feront la meilleure retraite qu'ils pourront sur Montréal. Nous avons ici la chaloupe d'un vaisseau de guerre et un brig armé, de la marine royale, sous le commandement d'un lieutenant, et trois ou quatre vaisseaux armés en guerre, montés par environ trois cents matelots engagés par le général Carleton ; nous apprenons qu'un autre bâtiment de guerre remonte le fleuve. Plusieurs personnes [)renuent leur passage pour l'Angleterre dans les vaisseaux qui parlent d'ici. Quelques-uns donneront une idée bien défavorable de notre situation ; mais vous n'avez pas besoin d'ajouter

[/INVASION AMERICAINE. ;5(;t

Jioaiicoup de créLlit ;\ ce qu'ils diront, oar leur récit sera iiis[iiré pai- leurs craintes. WalKer a été arrêté par ordre du général Cai-lctou, parce qu'il était eu corresitoudance avec les l'eljclles et (|u'il encourageait les Canadiens à prendre les armes. Il est dans les fers à bord du (kispc, vaisseau armé, avec le colonel Allen, de la Nouvelle- Angleterre, !»' major Moïse Ilazen, et le capitaine Tnrnei-.

■ (,)iii''l)pc, '2.') ocl(i!)i'p.

Parmi Ifs hrniLs, non fondés, ({u'ou iv|)andait journellement dans /le pays, li> printemps et l'été derniers, plusieurs avaifuiL ra[)port à M. Walker de Montréal. Les amis du Bill de Québec étaicMit si exaspérés contre lui, k cause du zèle dont il fit preuve dans le comité qui rédigea une pétition au Parlement contre ce bill, qu'ils commencèrent à comploter sa perle Quand le Congrès envoya sa pn»mièi'G adi'esse aux Cauadieiis, et ([U(î M. Cnshing, '([ui élait une vieille connaissance d(> M. Walker lorsqu'il résidait à Boston, lui t'u eut transmis nu paquet, imprimé en français, pour la distiàbuer, M. Walker ne fit aucun secret de ceci, parce qu'il y avait longtemps que nous connaissions cette adresse par les journaux et tjne des traductions françaises, faites par les Canadiens euxmêmes, avaient circulé dans le pays. Cependant Kouvill(i et Cugnet prirent de là occasion de dire pnbliqnemt'ut au Gouv(M-nenr, à sa table, (jik' Walker correspondait avec le Congi'ès, lît (inaiiil on insulla d'uiK? manière si indigne, à Mcjnlréal, le buste en marbre du roi, le jour nuuue où l'Acte di; Québec vcmait en foice, comme je vous l'ai écril, les enncnuis de M. Walker h; mentionnèrent encore, comme ayant (juehjui! part dansci.'tte odieuse alîaire. Mais bouriMisement pour lui, si je puis [larleiainsi, qu'en ce moment il se trouvait très mal et avait été malade les joni-s précédents d'un rlinmatisme, sous l(^s soins du J)r. Beaumout. Un jour, llouville se prit de querelle avec lui, sur le marcïié di^ Montréal : peu importe la cause de la disjjute; mais Rouville voulut soutenir sou dii-e pii-c(M|e prop'i.;itifMi i/iir [/■ vH es/ Dinilrr \

1 Kii rmiii'ais (tins 1,1 li'UiL'.

c'est-àdiro qu'on doit toujours so conformer à sa volonté. M. Walker répondit très froidement : " Pour ce qui est " de M. de Rouville, il peut en être ainsi, puisqu'il mange "le pain de Sa Majesté ; mais, ajouta-t-il, je nie que le " Roi soit mon maître. Je le respecte comme mon sou- " verain et Roi légitime, et je suis prêt à obéira ses ordres "■ légitimep,maisje ne puis le reconnaître pour mon maître, " quand je ne dépends que de mon industrie. Quand j'en " recevrai un salaire, je le reconnaîtrai pour mon maître." Rouville écrivit aussitôt celle conversation au Gouverneur, et il ajouta qu'il n'avait rien répliqué à M. Walker. Au bout de quelques jours, il reçut une réponse du Gouverneur qu'il montra à plnsieurs personnes à Montréal : le Gouverneur louait sa prudence et promettait de ne le point oublier. En effet, il fut bientôt après nommé un des juges de Montréal, à la surprise et au grand étonnement de tous les babitants français de Montréal, qui en avaient une manvaise opinion et le détestaient cà cause de sa condnite lorsqu'il était juge de quelque chose ou d'autre, il y a quelques années, sous le gouvernement français. Ce M. Rouville est remarquable par son empressement à saisir toutes les occasions de se jeter sur le chemin des Anglais de Montréal, parce qu'il parle un peu anglais, pour ramasser toutes les histoires qu'il peut, aûn de les envoyer au Gouverneur. C'est si bien connu, que plusieurs personnes se sont amusées à le tromper, en ouvrant, par exemple, leurs lettres au Bureau de Poste, où l'on est toujours sûr de le rencontrer, et mentionnant certaines choses comme s'ils les lisaient dans leur coi'respondance (jui n'en renfermait pas un mot. C'est pendant que M. Rouville était ainsi en quête de nouvelles parmi les Anglais de Montréal, qu'eut lieu sa dispute avec M, Walker. Cette dispute et un grand nombre d'invectives de quelques MM. de l'armée, qui se sont particulièrement montrés sévères cl qui se donnaient des airs, traitant de rebelles les membres de notre comité qui avaient préparé la pétition au Parlement, transformant en esprit d'opposition notre répugnance pour le Bill de Québec, et déclarant espérer recevoir à chaque instant l'ordre de nous arrêter — de pareilles conversations, dis-je, qu'on entendait souvent (mais surtout, je l'avoue, chez les militaires jeunes et inconsidérés), paraissaient avoir une tendance telle (qu'elles déterminèrent M. Walker, au mois de mai, à se rendre à sa maison de campagne, à l'Assomption, où il a

une potasserie, pour s'en occaper, ainsi que de sa ferme ; en réalité pour être éloigné de ces conversations et des atteintes de la calomnie. Mais rien n'y pouvait faire. Une lettre ne peut suffire à rapporter tous les bruits artificieux qui ont été semés pour exciter ses concitoyens contre lui, afin de le sacrifier plus aisément à leur ressentiment. Une fois, on rapporta qu'on avait intercepté des paquets de lettres adressées à lui et à d'autres, lesquelles étaient les réponses à d'autres lettres écrites par lui ; une autrefois, que des lettres de lui avaientété saisies; que deux Canadiens qui lui apportaient des lettres du sud avaient été arrêtés et jetés dans les fers, enfin qu'il avait été rejoindre les Provinciaux de l'autre côté du fleuve. Ou bien on affirmait qu'il avait été arrêté et emprisonné avec deux autre personnes ; que trois personnes devaient bientôt l'être à Québec; encore, qu'il avait quitté la province; enfin, qu'il se fortifiait. Mi' John Bonfield, qui avait affaire en haut, s'arrêta chez lui, à l'Assomption, pour lui fau-e part de tous ces bruits, ajoutant que nous les avions contredits à Québec, publiquement. C'était la première nouvelle qu'il en avait, n'ayant jamais été plus tranquille ni plus à son aise que pendant ce temps. Il n'avait vu personne que ses gens, et s'était toujours occupé sur sa ferme ou amusé à lire. Mais les choses devenant de plus en plus mauvaises, et les préparatifs militaires étant poussées avec vigueur (an point que ceux qui ne portaient point fusil et sabre en parole et en action étaient suspectés défavoriser les Provinciaux) on ne parlait plus que d'emprisonner les gens, et dans ces circonstances c'est toujours M. Walker qu'on désignait le plus souvent. Enfin, le 7 octobre, le postillon rapporta qu'au momentoù il quittait Montréal, M. Walker y avait été amené prisonnier, que le général Carleton avaitenvoyé de Montréal, pendant la nuit, dans le plus grand secret, un officier et trente soldats, qui ne devaient recevoir leurs ordres qu'en arrivant à une certaine place et que ces ordres étaient de prendre M. Walker et de l'amener vivant ou mort, comme disait l'officier. Ils cernèrent donc sa maison au point du jour et le sommèrent de se rendre. Lui, courut à ses armes, préférant perdre la vie que de souffrir ce qu'il pouvait attendre d'une soldatesque, ainsi trompée, dans un moment de trouble comme celui-là. Il se défendit longtemps avec beaucoup de courage, blessa l'officier et un soldat ou deux. A la lin, voyant ([u'ils ne pouvaient l'atteindrt?, ils -mirent le feu à la maison. M. et Madame Walker furent

364 LETTllES EGltlTES PENDANT

obligés de s'échapper par une lucarne, nus, et ainsi il tomba aux mains des soldats qui se jetèrent sur lui, diton, et le battirent sans miséricorde. Il fut amené dans un bateau à Montréal, chargé de fers pesants et on lui refusa papier, plumes, encre et chandelle. On laissa seulement approcher de lui M. Porteous, qui est correspondant de M. John Strettel, de Londres, ami et correspondant de M. Walker. M. Porteous lui obtint Tusage d'une chandelle pour lire. Le postillon qui a apporté ces nouvelles dit que les Canadiens, qui ont été pris dans l'action du 25 septembre contre Allen et ^lerry Duggan, auraient déclaré dans l'enquête, quand on leur demandait les raisons de leur entreprise et comment ils pouvaient se croire capables de prendre Montréal avec un si petit nombre d' hommes, '-que Duggan leur avait assuré que tous les '■ Canadiens étaienl dans ses intérêts ; ([u'ils avaient cer- '' tainement entendu parler de M. Walker et qu'il devait '•'■ les rejoindre avec quatre ou cinq cents hommes." Maintenant, Duggan [leut parfaitcinenl avoir dit cela aux Canadiens, sans aucun t'ondunient, mais seulL-nieut pour les encourager et maintenir leurs bonnes dispositions. Mais laissons le fait tel qu'il peut être : il n'avait transpiré . ni une syllable, ni quoi que ce soit qui fasse coiaïaîlre sur quelle raison on s'était appuyé pour en agir ainsi, jusqu'à avant-hier, oii l'on a entendu un M. employé dans le gouvernement dire qu'il avait assez de preuves pour faire condamner M. Walker- Il aflirmeque le domestique nègre, de M. Walker, jure qu'mi capitaine provincial avait dîné chez son maître, le jour avant l'action, et rapporte une partie de la conversation qui eut lieu à table. D'autres disent qu'il y a des preuvos certaines que M. Walker tenait une troupe de Canadiens prête- à s'unir aux Provinciaux. Mais je ne le croirai pas sans des preuves relies et incontestables, car si tel avait été le cas, rien ne les aurait empêchés de réussir. Quant à la présence de ce capitaine Provincial, chez M. Walker la veille de l'action, comme on raffirme, il me semble que si ce rapport était vrai, il donnerait une preuve très forte en faveur de M. Walker, car au lieu de promettre à ce capitaine de les rejoindre avec les Canadiens qu'il tenait sous son inlluence, puisqu'il faut supposer que telle était la fausse impression de ce dernier, il a désapprouvé et refusé ce qu'on demandait.

Un citoyen respectable et très-intelligent de cette ville, qui a demeuré pendant quelque temps à Montréal et qui

LINVASION AMÉUICAINlv 365

en est de retour depuis que M. Walkcr est emprisouné, ne peut donner la moindre créance à tous ces bruits qui circulent parmi le peu[)le à son grand préjudice, et il no peut comprendre suiMjuoi le prouverneur s'appuie pour l(î pcrséculer si violemment. Il doit avoir perdu beaucoup par l'incendie de ses maisons, ma,i:asin, potasserie, lii^res, etc., sans parler du cruel, de l'ignominieux traitement qu'on inllige rarement aux filous avant h^nv conviction.

La Prairif, 3 novorabie 177').

Dicii soit béni ! nos armes sont enfin couronnées de succès. Iliei- soir In forloresse de St. Jean s'est rendue à imlre arméi;, t;t nos gens en prennent possession. Nolrii armée est répandue dans tout le pays— une petite garnison à Cbambly— le colonel Easton et le Major Brown, avec envii-on troisceutsProvincinux, avec lecolonelJamcs Levingston et cinq ou six cents Canadiens sont descendus à l'embouchure de la Rivière Sorel, pour s'opposera cent vingt réguliers i>t cin({cents Canadiens qui s'y retranchent, — à Longueuil (à trois milles de La Prairie, à deux milles et presqu'en l'acte de Montréal), se trouve le colonel Warren avec environ trois cents hommes du second bataillon et les Enpinls des Montagnes Vertes. Pour moi, je suis posté à La Prairie avec cent hommes de notre régiment. Je suis à trois lieues de Montréal qui se trouve en lace, sur le bord du St. Laurent, air nord-ouest ' d'ici. Il n'y a pas de troupes à l'ouest de moi. De ce dernier côté, à t.rois lieues environ se trouve Cauglinawaga, où il y a environ trois cents guerriers et tous d;ms nos intérêts, c'est-à-diro, en style sauvage, strictement neutres.

L'ennemi a fait sur ses bateau.x plusieurs attaijues contre le régiment du colonel Warren, — une très sérieuse, lundi dernier. Ltj général Carleton avec St. Luc Lacorne et cin(i ou six cents hommes attaijuèrent nos gens avec beaucoup de vigueur ; mais ils furent à la fin repoussés avec la perte de cinquante de leurs hommes tués (3t blessés, parmi k'squels cinq sauvages massacrés. Nous finies prisonniers trois Canadiens et deux Sauvages, pas un des nôtres fut même blessé Comme notre armée ai-rive bientôt, j'espère que M. (Carleton suspendra ses o])éi'alioiis de

1 Sic.

ce côté du fleuve. Il en aura assez, je pense, à défendre le riviige de son côté. Plusieurs pensent qu'aussitôt que la nouvelle de la i-eddilion du Fort St. Jean sera connue parmi eux, ils cesseront tonte opposition. Carleton toutefois est nu vieux brave, et peut résister jusqu'au bout. Il a un brig armé et deux petits vaisseaux qui croisent dans les environs de la ville, et un plus grand nombre à l'embouchure de Sorel. Les vaisseaux des marchands, chargés de pelleteries sont près de la ville.

Les Canadiens de ce côté du fleuve nous sont bien dévoués en général, presque unanimement sur la rivière vSorel, où ils sont tous maintenant enrôlés et sous les armes. Ici, ils ne sont pas aussi actifs; mais je pense qu'ils vont commencer à se remuer maintenant, parce qu'ils paraissaient inquiets sur la réduction de St. Jean, et qu'ils ne croyaient pas les Bostonnais — comme ils nous appellent — très-ardents jusqu'au moment de la prise de ce fort.

Pendant le siège, notre armée n'a eu que neuf hommes tués, et cinq ou six blessés, je crois : c'est une protection presque miraculeuse.

Ou ne saurait trouver de gens plus hospitaliers que les Canadiens. Quand vous entrez chez un paysan, k quelque heure que ce soit, il met aussitôt devant vous un pain et un bol de lait. Tout le pays, aussi loin que le regard peut s'étendre est une plaine basse et marécageuse, que chaque averse couvre d'eau. Les terres sont coupées par de larges fossés qui empêchent les grains d'être noyés. On ne cultive ni blé d'automne ni blé d'Inde ; les légumes sont excellents et les pâturages trèsabondants.

Quelqu'un qui anive des Quartiers Généraux de Cambridge nous informe qu'an moment de son départ, le Général Washington venait de recevoir un exprès d'Arnold annonçant son heureuse arrivée en Canada où il a trouvé la plus cordiale réception.

L'.N UMif:it;K DES TiiûUPES UE New-Vokk.

St. Joan, 3 novembre 177.j.

Je suis heureux de vous annoncer que j'ai eu Thonneur de prendre possession de ce fort, à la tête de ma com- Xtagnie et d'environ deux cents hommes des ditïérents

corps de l'armée, vers neiil' heures ce matin, [>endaiU que la garnison, composée d'environ six cents hommes, sortait et mettait bas les armes dans la plaine à l'onest cln fort, anx termes de la capitulation que je vous envoie. P^lle a été embarquée immédiatement sur des bateaux et dirigée sur le camp du Gap" Mead, de là, elle sera envoyée, sous bonne garde et en diligence, ou à Ticonderoga, ou à Coiniecticut, ou aillenrs, suivant la direction du Congrès continental. Je vous félicite sincèi'ement de cet heureux événement. Il portera, je crois, un coup fatal aux infernales machinations des ennemis de la libellé, et va faciliter la réduction du Canada, et nous assurer les Canadiens. Nous avons dans le fort un magasin militaire considérable, entre autres articles, dix-sept pièces excellentes d'artillerie, en cuivre, dont deux de vingt-quatre, les autres sont des pièces de campagne; deux obusiers royaux, plusieurs mortiers, et un nombre considérable de canons de fer. Il y avait dans la garnison environ cinq cents liommes des troupes régulières, le reste se composait de volontaires Canadiens, eu grande partie de la noblesse à en juger par leur apparence, ils sont sur la sellette du repentir.

Vous désii'erez sans doute connaître comment nous avons poussé le siège depuis ma dernière lettre, je vais vous donner le détail de nos opérations.

Samedi le 28 du mois dernier, le corps principal de l'armée leva le camp du sud et gagna le nord du fort sous le commandement du Général Wooster. Nous fûmes rejoints dans la soirée par le Général Montgomery, et dans la nuit nous commençâmes à élever un para[)el sur une éminence qui commandait complètement les ti'avaux des enntMnis, nous voulions y mettre une batterie de canons et de mortiers ; mais les einiemis ne cessèrent d'y lancer force mitraille et boulets, sans nous faire le moindres mal, il (;st vrai, jusqu'à Mercredi matin, où nous découvrîmes notre batterie. Klle se composait de trois canons de douze, d'un de neuf, de trois mortiers, et avec cela, nous maintînmes un feu continuel une grande partie de la journée, connue aussi avec notre batterie de l'est; les einiemis nous repoussèrent avec vigueur. Tard dans l'après midi, je reçus nu message du Général Montgomery m'ordonnant de cesser le feu jusfju'à nouv(.'l ordre. Cet oi-dre me fui assez désagréable : j'avais sous les yeux plusieurs de mes solilats blessés et mourants. Le Général ordona alors de batti'o la chamade

et d'envoyer un officier pour sommer lo fort àese rendre. Gel officier l'evint bientôt aceompjigné de d(iu\' officiers, (jni furent conduits les yeux bandés, à travers le camp jusqu'à la tente dn Général. I.a confAi-euce l'ut passablement longue : les deux olliciers promirent ;iu Général une réponse de leur commandant pour le lendemain matin, ce qui fut exécuté. Gette réponse portait que si on ne recevait aucun scc^ours dans l'espace de quatre jours, on ferait alors des propositions. lie (iéuéral répondit qu'il fallait une réponse explicite le malin suivant, et que dans tous les cas, la garnison serait ])risonnière de guerre, et que si l'ennemi avait rintention de continuer les hostilités, il n'avait qu'à donner le signal par un coup de canon. C'était un assez mauvais plat ; mais il lui fallu l le digérer, comme la capitulation vous le fait voir.

Vous excuserez le désordre de ce brouillon, au moment où j'écris il est une heure du matin. Je n'ai pu vous écrire pliislôt parce que j'ai passé toute la journée dans le fort à inspecter les magasins, et ce matin, nous allons marcher sur Montréal. Mes doigts et mes sens sont tellement engourdis par le froid que je [inis à iieine écrire, gi'âc.e à un gros veiil d(3 noi'd-esl et à la neige ([ui tombe èii abond.ance. Cependant, je ne suis pas .is^ez insensible, m a.ssez ingrat pour oublier mon ami.

Votre etc.,

P. S. Ma petite compagnie a eu bien du nialliciir : j'ai eu cinq tués — qualrt; par l'ennemi, un par accident — et six blessés : un est mort de maladie. C'est autant que toute l'armée a perdu, si l'on excepte la première escarmouche contre les sauvages. Mais il faut s'.illendre à cela, puisque le poste de l'homme osl aussi le poste du danger.

SI. .Ii'jin, •! nijViMubn' 1775.

Le 28 dn mois dernier, le reste de uolva armée dont notre régiment fait partie, abandonna le sud-ouest du foi't, pour venir au nord camper avec le corps principal.

Le 2'J, dans la soirée, avec deux cents hommes, je fus compléter une batterie à deux cents cinquante verges du fort, qui tira toute la nuit sur nous.

L'INVASION AMl'UilCAINK. :160

Lo '30, (|iKilro ciiimis et six iiiorliers fureiil montés sml;i baltei'ie.

Le 31, rariiiéc esL aclivoment employée à préparer une canonnade et un assauU, s'il est nécessaire. Aujourd'hui, nous avons reçu la nouvelle que sept cents des nôtres à Longueuil — environ dix-huit milles d'ici — ont repoussé le Gouverneur Carleton, qui avait l'intention de faire lever le siège de St. Jean, avec huit cents hommes. Ça été l'affaire de nos Enfanls des Montagnes Vertes, Le Gouverneur a eu vingt-cinq hommes tués et et cinquante blessés, sans compter plusieurs prisonniers, parmi lesquels deux sauvages. Carlelou a retraité sur Montréal.

1 Novembre. La batterie de canon et de mortiers, de ce côté, et celle de quatre canons, du côté de l'est, ont maintenu un feu continuel toute la journée contre la garnison, qui nous servit bien de son côté. Sur le soii', le général Montgomery envoya un parlementaire au fort avec une lettre pour le major PresLon par l'un des prisop.niers faits à Ijongueil, l'inrormant (jue Carleton avait été défait et qu'il n'avait plu-; rien à attendre de ce côté ; qu'en conséquence, pour é.viler une plus grande etfusion de sang, qui serait causée par une défense inutile et obstinée, il lui recommandait de rendre lo fort. P]ii i-éponse, le major Preston envoya dans notre camp le capitain(> Stevvart, du 26«, avec un tambour, pour prévenir le général qu'il recevrait une réponse satisfaisante le lendemain malin et qu'en attendant toute hostilité devait cesser.

2 Novembre. Le Gapt. Stewart et le Gapt. Williams de l'artillerie vinrent vers huit heures du malin avec un drapeau parlementaire, apportant la réponse du Major Preston à la lettre envoyée hier par le général Montgomery. Il lui demandait d'attendre quatre jours pour voir si du secours n'arriverait pas à la garnison pendant ce temps ; que s'il n'en recevait pas il traiterait de la reddition. Le général i-épondit que vu la saison avancée, il ne pouvait accorder ce; délai ; que la garnison devait se rcndr(! iirisonnière de gueri-e. Antrement, il ne pourrait répoudi-e des conséquences fâcheuses qui pourraient résulter pour elle d'une défense inutile, vu l'état où elle se trouvait.

Quant à la vérité de la défaite de Carleton, le général le référa à un autre prisonnier, qui se trouvait sur notn* bateau et qu'ils [lonvaient interroger; qu'cMifiu, s'ils aimaient mieux continuer les hostilités, ils donnassent le signal par un coup de canon sans boulet. Ces Messieurs

revinrent le soir avec les articles de la capitulation. Nous en acceptâmes quelques-uns, rejetâmes les autres, qui furent amendés, renvoyés au fort et enfin acceptés.

Voici en deux mots cette capitulation :

La garnison sortira du fort demain matin avec les honneurs de la guerre : elle mettra bas les armes et sera prisonnière de guerre: elle sera envoyée à Connecticut. Les articles seront publiés par autorité, vous les lirez- Grande quantité de magasins militaires pris, mais nous n'en connaissons pas le détail. Environ six cents hommes prisonners.

Aujourd'hui des détachements de chaque régiment de l'armée ont pris possession du fort et les prisonniers ont été embarqués pour leur destination.

Québec, 9 Novembre, 1775.^

Le Lieutenant-Gouverneur Cramahé a dit, avec humeur il y a quelques jours, à M. Macaulay, de cette ville, que c'étaient nos damnés comités qui avaient mis la Province dans cette impasse et avaient empêché les Canadiens de prendre les armes, mais, qu'il eu verrait bientôt plus long. Par là, il faut comprendre sans doute que si ces messieurs avaient le pouvoir en mains pour raffermir leur autorité, ils établiraient une Chambre Étoilée pour harasser ceux qui différeraient d'opinion avec eux ou pourraient faire queliiues tentatives, par de nouvelles plaintes au roi, pour exposer leurs griefs, car on nous dit . que toutes les assemblées sont illégales par la loi martiale. Les nouveaux arrangements du gouvernement, d'après l'acte de Québec, ont rencontré une désapprobation générale. Sans , parler des Anglais (qui ne peuvent que le désapprouver, comme étant complètement différent de ce qu'ils avaient attendu et demandé,) les Canadiens en général en ont été mécontents et ont déclaré que ce n'était ni à leur désir ni à leurs solllicitations qu'on l'avait passé: et qu'ils n'avaient eu aucune connaissance de la pétition présentée au Roi par quelques personnes de la Province, raison pour laquelle on a fait

I II na sera pas inutile pour le lecteur de rapprocher les lettres qui suivant des nombreux pamphlets publiés contre le bill de Québec. Nous avons cru di>voir conserver la phraséologie embarrassée de l'écrivain.

passer cet acte. Ils disent que cette pétition a été signée principalement par leurs anciens oppresseurs, leurs nobles qui, comme auparavant, ne voulaient rien autre chose que les assujettir. Ils se sont récriés amèrement contre eux, à ce sujet, mais en môme temps ils ont donné à entendre qu'ils devaient prendre garde à eux et ne pas s'exposer trop pour obtenir ce qu'ils veulent. Les avocats et les notaires et ceux des citoyens qui avaient été induits à signer la pétition (ou plutôt qui n'avaient osé refuser de la signer, dans la crainte d'être montrés du doigt par les amis de telles mesures) manifestèrent presque unanimement leur désapprobation et leur mécontentement contre l'acte du Parlement, plus particulièrement quand les nominations des membres du nouveau conseil furent faites, et qu'on vit qu'elles ne comprenaient pas d'autres que les nobles ou ceux qui avaient la Croix de Si. Louis^ sans une seule personne prise dans la classe commerciale des lia!)itaiUs français de la Province. Ceci, avec la faveur d'une demi-paie accordée à un certain nombre d'offic-iers français qui avaient fait parti d'un semblant d'expédition contre les sauvages, sous le gouverneur Murray ; la nomination comme juges, de Mr. de Rouville à Montréal, et à Québec, de Claude Panet (qui a sa dose tous les jours avant midi) avec des salaires, dit-on, de sept cents louis par année ; en un mot, la profusion et l'audace qu'on mit dans la création des places pour les familiers et les sycophantes dont le gouverneur est continuellement entouré: tout cela a inspiré le plus grand dégoût à tout le monde. Il est vraiment alarmant de voir comment tout cet argent devait être prélevé. La plus légère raison aurait dû porter les Canadiens à s'unir en masse pour demander la révocation de l'acte ; mais personne ne voulut se mettre en avant, ni présenter quelque mesurç pour cela, dans la crainte d'être maltraité pour en avoir agi ainsi, maintenant que l'autorité du gouverneur est si grande; et aussi par l'espérance que nous avions toujours d'apprendre que rÀugletern! avait révoqué ou amendé cet acte.

Pierre Pauet, de Montréal, (qui est le frère diï l'autre, mais un tout autre homme) devait s'attendre à être fait juge, si quelque français devait l'être. Il a réellement du talent, et a été grellier à la cour des Capitaines de la Milice , immédiatement après la coufjuête du pays, on peut presque dire, à la fois gretUer et juge en chef. 11

devait certainement, en cette occasion, être préféré de beaoconp à Rouville.

En vérité, la nomination de ce dernier est si blessante pour les canadiens de' Montréal, qu'ils en ont été trèsexaspérés et sur le point de présenter une pétition au Gouverneur contre cette nomination. Mais la prise de Croioi-Point et les dégâts subséquents dans la Province, ont tout arrêté et empêché l'exécution de ce projet.

Québec, 9 jS'ovembro 1775.

Les habitants Canadiens de cette Province avouent ouvertement leur affection pour les mœurs et les coutumes anglaises et déclarent qu'ils ne désirent vivre jamais plus tranquilles ni plus heureux qu'ils n'ont fait depuis le commencement du Gouvernement Civil. En vérité, il est surprenant de voir combien ils ont progressé et sesont enrichis en peu d'annér-s, sans doute parce qu'ils ont trouvé un marché excellent pour l'écoulement de leurs produits. Ceci est dû au grand esprit de spéculation et de commerce qui prévaut chez les marchands anglais d'ici et chez leurs amis d'Angleterre, et ne peut, en aucune sorte être attribué aux marchands français, qui n'ont pas du tout le génie du commerce.

L'état florissant de la Province, depuis qu'on y a adopté les lois anglaises, fait que les Canadiens aiment ces lois et qu'ils désirent les voir continuées. On pourrait donner des preuves sans nombre qu'ils les préfèrent aux lois françaises par lesquelles ils étaient autrefois gouvernés; n'était-ce des artifices de quelques personnes, les nobles de la Province, qui ont gagné le support et l'assistance du gouvernement et s'en sont servis pour déguiser la vérité, e^ empêcher les anciens et les nouveaux sujets, de s'unir afin d'obtenir du Trône une constitution basée sur les lois anglaises. Les étrangers qui sont venus de l'Angleterre ici dans le but de s'enquérir des faits, peuvent, à leur retour, avoir fait des rapports fidèles; cependant on les a renfermés au milieu d'un petit cercle de gens, et ils se sont à peine montrés une fois en public. Ils n'ont pas conversé avec la masse du peuple et par là ils ont été empêchés de connaître ki vérité sur l'état réel de la Province, et les sentiments de ses habitants.

De bonne heure au printemps, les Canadiens déclarèrent que les nobles n'avaient aucune espèce d'auto-

L'INVASIOX AMÉRICAINE. 373

rilé sur eux et que même leurs Seigneurs n'avaient pas le droit d'exiger fleur service militaire. Ils reconnaissaient qu'ils leur devaient le respect, comme Seigneur du Mrinoir; mais ils soutenaient qu'une fois leurs rentes et toutes les autres dettes équitables payées, ainsi que certains compliments d'usage aux différentes époques, ils ne leur devaient plus rien et n'étaient pas obligés do se soumettre à n'importe quelle domination qu'on croirait pouvoir exercer sur eux. Quelques Seigneurs en effet avaient prétendu à une certaine autorité sur leurs censitaires. Par exemple, dans la seigneurie de la Beauce, derrière la Poinle-Lévi, un jeune seigneur, M'' Taschereau, fit emprisonner un de ses censitaires pour avoir résisté à l'ordre de marcher, contre les Provinciaux, qui envahissaient la Province. Mais il pensa bientôt qu'il serait mieux pour lui de demander l'élargissement du prisonnier et il ne renouvela plus l'expérience sur aucun d'eux. Mais dans d'autres parties de la Province, plusieurs Canadiens ont été menacés du même traitement, s'ils ne prenaient pas les armes sur les ordres de leur Seigneur pour la défense de la Province, et cela afin de les forcer au service par la peur; mais ce mode de commandement eut un effet tout contraire et on vit que les conséquences en seraient fâcheuses. Rien de semblable ne s'était passé avant le Bill de Québec.j [Mais ;la plusj forte preuve verbale que je puis vous donner de la répugnance des Canadiens pour ce Bill, est celle-ci: M'John Thompson, qui est nu très-honnête,-' homme, me dit hier, qu'il était présent au café, à Montréal, quand M"" James Finlay, de cet endroit," déclara ..publiquement que le Capitaine de la Milice Française/avait dit en sa présence au Gouverneur Carleton, " Que les Canadiens de cette ville, ne pren- '"■ draient pas les armes comme*milict)> à moins que le "^Gouverneur ne les assurât, sur son honneur,qu'il userait " de tout son'^crédit pour obtenir la révocation du Bill de " Québec ; ". et que là-dessus le Gouverneur leur promit de le faite. ^Mais.rmaintenant toutes ces considérations seront bientôt inutiles, puisque nous allons avoir de nouveaux maîtres.

374 l?:ttrp]S écrites pendant

Québec, 9 Novembre 1775.

Le motif pour lequel le Gouverneur a établi la loi martiale dans cette Province était qu'il pourrait forcer, au moyen de cette loi, les Canadiens à prendre les armes. car il pensait qu'elle l'autorisait à en agir ainsi. Mais son attente a été complètement déçue. Vraiment, c'était un essai des plus ridicules, vu qu'il n'avait pas de soldats pour faire respecter son autorité ni ses commandements.

On fait circuler des menaces, et de fois à autre, les gens sont emprisonnés par la milice. Samedi, 28 Octobre, Mr John Dyer Mercier, montant à la haute ville, fut saisi par le major de ville, conduit au poste principal et renfermé. Ses papiers furent saisis et examinés, tout cola sur un simple ordre du Lt. Gouverneur, sans qu'on eût allégué contre lui aucun crime ni accusation. Au point du jour le lendemain,il fut embarqué sur le vaisseau de guerre. G'étaitquelque chose d'alarmant pour les citoyens de Québec qui s'assemblèrent aussitôt et chargèrent trois d'entre eux de voir le Lt. Gouverneur afni de connaître la raison d'une pareille mesure. Il répondit " qu'il avait "eu des raisons suffisantes d'en agir ainsi et qu'il les " communiquerait quand et à qui il jugerait à propos. "

Mais bientôt il en jugea mieux, car le matin suivant il réunit les six Capitaines de la Milice Anglaise et leur communiqua une ou plusieurs lettres interceptées, adressées à M'' Mercier, lesquelles pouvaient justifier la mesure pour la sûreté de la ville. Mais on ne trouva rien venant de lui, ou qui pût servir de preuve pour !e convaincre d'aucun crime. Cette communication causa une grande satisfaction.

Pour être juste envers les habitants français de cette Province, il faut dire que ceux d'entre eux qui ont pris les armes pour la défense de la Province ne sont pas encore assez gâtés pour se faire les instruments du pouvoir arbitraire vis-à-vis leurs concitoyens : ils refusent plutôt d'exécuter de tels ordres. Nous avons eu dernièrement un exemple remarquable de ceci à Montréal: Le général qui y commande voulait placer des sentinelles aux deux portes, celle de devant et celle de derrière, chez M' Walker, pour garder M"^ Walker (quoique son mari ne fût pas chez elle, mais prisonnier à bord d'un sloop de guerre). Il choisit pour cela Pascal Piller, habitant français de Montréal, qui avait pris les armes pour la défense de la ville et qui voulait bien faire son tour de garde sur les remparts, pour s'opposer à l'enne-

mi, mais non pas être le geôlier de ses concitoyens, il aurait plutôt jeté ses armes, quoiqu'elles lui appartinssent, à ceux qui auraient voulu les prendre pour faire cette besogne.

Le général Prescott, en apprenant ce refus, se désista de la résolution d'établir une garde chez M""^ Walker et dit que ce n'était pas la peine de perdre son temps à veiller une vieille femme. Cet exemple fait certainement honneur à l'esprit et au caractère des habitants français qui ont pris rang dans la milice à une pareille époque

Quelque temps après cette affaire, nous apprîmes la reddition du fort Chambly, avec huit officiers et soixante hommes faits prisonniers. On disait alors qu'un plan avait été formé entre le Général Garleton et le Colonel Maclean pour unir leurs forces et marcher au secours du fort St. Jean. On répétait ici que le Général Garleton avait avec lui quinze cents Ganadiens. On convint de certains signaux, et le Général Garleton devait traverser le St. Laurent avec son armée qui était formée, premièrement de la milice de Montréal, secondement des Ganadiens qu'il avait gardés quelque temps dans la ville, et troisièment, d'un petit nombre de soldats, une centaine environ, qu'il avait avec lui, et qui auraient conduit les Canadiens ; et enfin de quelques sauvages. Ils partirent donc de Montréal avec une grande ardeur, tentèrent de traverser le St. Laurent et d'aborder à Longueuil ; mais ils furent si chaudement reçus par les Provinciaux sur l'autre côté do la rivière, que non-seulement ils ne purent faire mie descente convenable, mais qu'ils furent mis eu désordre et obligés de se retirer avec précipitation.

Quelques-uns d'eux s'échouèrent sur une île et furent sur le point de périr, mais les matelots du Ncw-England •les sauvèrent. Deux Sauvages furent tués et deux autres faits prisonniers.^ Le courier suivant nous apprit que les Canadiens, faisant partie de la troupe du Colonel Maclean, informés de cette défaite, l'abandonnèrent et se retirèrent chez eux. Et avant-hier la nuit, un courrier nous apprit que la garnison du fort St. Jean, complètement épuisée, avait capitulé, et était restée prisonnière de guerre; que Montréal était investie, et ses communications avec la campagne entièrement coupées; que les Provinciaux étaient sur l'Ile Ste. Hélène, en face de la ville, et y élevaient une batterie pour la bombarder, si

^ Voir Tcintin Octlaire, y. ij'>, Mes Services, p. ~J'J.

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l'on reTusail do se rendre; (;l qno le Gouvcniriir Carlrtoii était à bord du Fell senaii, aniié.

Il y a aussi quinze cents Proviuciaux arrivés à la Pointe-Lévi. Nous avons enleudu parler de leur approehe il y a quelques jours, et alors nos gardes ont été doublées. Notre sort (au moins pour quelque temps) doit être bientôt décidé. Il y a quinze commissaires de nommés comprenant les six Capitaines anglais et les six français, et les trois Juges. Trois d'entre eux siègent tons les jours pour examiner les all'aires de peu d'importance, donner des passes à tous les canots qui viennent dans la ville ou qui en sortent. Ceci, avec les moyens employés, pour forcer les Canadiens des campagnes environnantes, à servir dans Québec, a si intimidé les habitants, que très-peu d'entre eux s'avanturent de venir à la ville ; ainsi nous avons à peine de provisions nécessaires pour subsister, beaucoup moins pour soutenir un siège.

P. S. Juste au moment où je vous écris, un ordre a été donné à huit honniies de chacune des six compagnies de la milice anglaise, de se présenter à la parade, sans armes, afin de recevoir un chelin et une chopine de porter pour la besogne qu'ils ont à faire. Des ordres ont aussi été donnés à une partie des matelots de parader armés : ainsi nous sommes portés à croire que l'intention de notre Gouvernement est de nous forcer à défendre la Ville, et à sacrifier nos vies et nos propriétés. On suppose que le chelin et la chopine de porter, seront considérés comme argent du Roi, afin de nous enrôler et de nous forcer à la discipline militaire. Que le Seigneur nous protège de nos ennemis du dehors et du dedans !

Qufbnc, 9 No\embre, 1775.

Il y a environ cinij cents Provinciaux arrivés à la Pointe-Lévi, en face de la ville, à travers les bois, par le chemin de la Chaudière.

Assurément, il doit y avoir eu miracle en leur faveur. C'est une entreprise surhumaine dans cet âge de mollesse. Ils ont voyagé à travers les bois, les marais et les précipices, l'espace de cent-vingt milles, avec toutes sortes de difficultés et inconvénients, lesquels ne pouvaient être surmontés que par des hommes d'un zèle et d'une habileté infatigables.

Le général Carlelou est rendu à Québec, mais la Province est contre lui. L'Acte de Québec a mécontenté les neuf-dixièmes des habitants. Accoutumés comme ils ont été à un gouvernement absolu, ils abhorent la tyrannie, cachée sous la feinte et le masque de la loi. On "dit que c'est Lord Mansfield qui est l'auteur de ce bill. Les ministres présents auraient abandonné leur portefeuille depuis longtemps, s'il n'avait pas été leur conseiller.

L'été dernier, on disait le Roi réduit à cette alternative de se défaii'c ou de ses ministres ou de ses colonies. Il a fait le choix. Il a conservé ses Ministres et perdu l'Amérique.

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