‹ Invasion du CanadaChapitre 6 sur 47 · AUX HABITANS DE LA PROVINCE DE QUEBEC · texte numérisé non relu

AUX HABITANS DE LA PROVINCE DE QUEBEC

Nos Amis &. Concitoyens.,

" Nous, les Délégués des Colonies du nouveau Hampshire, de Massacliusetts-Bay, de Rhode-Island & des Plantations de Providence, de Gonnecticut, de la Nouvelle-York, du Nouveau-Jersey, de la Pennsylvanie, des Comtés de New-Castle, Kent et Sussex sur le fleuve de la Ware, du Maryland, de la Virginie & des Carolines septentrionale & méridionale, ayant été députés par les Habitans des dites Colonies pour les représenter dans un Congrès général à Philadepliie, dans la pro vince de Pennsylvanie, & pour consulter ensemble sur les meilleurs moyens de nous procurer la délivrance ^ de nos oppressions accablantes ; nous étant en conséquence assemblés & ayant considéré très sérieusement l'état des affaires publiques de ce continent, nous avons jugé à propos de nous adresser à votre Province comme à une de ses parties qui y est des plus intéressée '. " LoRSQu'après une résistance courageuse & glorieuse le sort des armes vous eut incorporé au nombre des sujets Anglais, nous nous réjouîmes autant pour vous que pour nous d'un accroissement si véritablement précieux ; & comme la bravoure & la grandeur d'âme

traduction ; nous nous contenterons de mettre en note le texte anglais des passages dont le sens n'a pas toujours été complètement saisi et les variantes que présentent les deux manuscrits. Pour les détails sur la rédaction de ce document, voir Notes et pièces justificalives, III.

1 Imprimé & publié par Ordre du Congrès, à Philadelphie, de l'imprimerie de Fleury Mesplets. M.DCG. LXXIV.

2 Redress. ( Texte anglais.)

3 As a member therein deeply interested. [T. a.)

" sont jointes naturellement, nous nous attendions que " nos courageux ennemis deviendraient nos amis sincères, " et que l'Etre suprême répandrait sur vous les dons de '•' sa providence divine en assurant pour vous &. pour " votre postérité la plus reculée les avantages sans prix " de la libre institution ^ du Gouvernement Anglais, qui " est le privilège dont tous les sujets Anglais doivent " jouir.

" Ces espérances furent confirmées par la déclaration " du Roi donnée en 1763, engageant la foi publique pour " votre jouissance complette de ces avantages.

" A peine aurions-nous pu alors nous imaginer que " quelques Ministres futurs abuseraient avec tant d'audace " & de méchanceté de l'autorité royale, que de vous pri- " ver de la jouissance de ces droits irrévocables auxquels " vous aviez un si juste titre.

" Mais puisque nous avons vécu pour voir le tems " imprévu, quand des Ministres d'une disposition corrom- '' pue ont osé violer les pactes & les engagemens les plus " sacrés, <k comme vous aviez été élevés sous une autre " forme de gouvernement *, on a soigneusement évité que " vous fissiez ^la découverte de la valeur inexprimable de " cette forme à laquelle vous avez à présent un droit si " légitime ; nous croyons qu'il est de notre devoir de vous " expliquer quelques-unes de ses parties les plus intéres- " santés, pour les raisons pressantes mentionées ci-après.

" ' Dans toute société humaine,' dit le célèbre Marquis " de Beccaria, ' il y a une force qui tend continuellomcnt " à conférer à une partie le haut du pouvoir & du bon- " heur, & à réduire l'autre au dernier degré de faiblesse " & de misère. L'intention des bonnes loix est de s'oppo-

1 By securing the inestimable advantagos of a free English

constitution of govcrnment, &c. {T. a.)

2 And as you educatcd under anollicr forin of government, Iiavc artfuily been kept from discovering, Ac. {T. a.)

3 Les doux manuscrits ont copié : " Fassiez."

ser à cette force, &. de répandre leur influence égalemeni & universellement.'

" Des Chefs incités par cette force pernicieuse, &. des sujets animés par le juste désir de lui opposer de bonnes loix, ont occasionné cette immense diversité d'événemens dont les histoires de tant de nations sont remplies. Toutes ces histoires démontrent la vérité de cette simple position \ que d'exister au gré d'un seul homme, ou de quelques-uns, est une source de misères pour tous. " Ce fut sur ce principe comme sur un fondement solide que les Anglais élevèrent si fermement l'édifice de leur gouvernement ^ qu'il a résisté au tems, à latyrannie, à la trahison, & aux guerres intestines &. étrangères, pendant plusieurs siècles. Et comme un Auteur illustre & un de vos compatriotes * cité ci-après, observe. ' Ils donnèrent au peuple de leurs Colonies la forme de leur gouvernement propre : &. ce gouvernement portant avec lui la prospérité, on a vu se former de grands peuples dans les forêts môme qu'ils furent envoyés habiter.'

" Dans cette forme le premier &. le principal droit, est, que le peuple a part dans son gouvernement par ses. représentans choisis par lui-même, & est par conséquent gouverné par des loix de son approbation, &. non pailes édits de ceux sur lesquels il n'a aucun pouvoir. Ceci est un rempart qui entoure & défend sa propj-iété, qu'il s'est acquise par son travail &. une honnête industrie ; en sorte qu'il ne peut être privé de la moindre partie que de son libre & plein consentement, lorsque suivant son jugement il croit qu'il est juste & nécessaire de la donner pour des usages publics, Jk alors il indique pré-

1 Proposition. (T. a.)

2 Reared up Ihe fabric of their constitution (T. a.)

3 Le Baron de Montesquieu dans l'Esprit des Loix, Liv. 19. chap. 27. ^(Gette note n'a pas été copiée dans le manuscrit, et le texte anglais ne contient que le seul renvoi " Montesquieu.")

" Gisement le moyen le plus facile, le phis économe & le '•' pins égal de percevoir cette partie de sa i»ropriété.

'' L'influence de ce droit s'étend encore plus loin. Si " des Chefs qui ont oxjprimé le peuple ont besoin de sub- " sides, le peuple peut les leur refuser jusqu'à ce que " leurs griefs soient réparés \ & se procurer paisiblement, '■'• de cette manière, du soulagement sans avoir recours à " présenter des requêtes souvent méprisées, & sans trou- " bler la tranquillité publique.

" Le second droit essentiel consiste, à être jugé par une '' Jurée l On pourvoit par là qu'un Citoyen ne peut per- '■'■ dre la vie, la liberté ou les biens, qu'au préalable '•' Sentence n'ait été rendue contre lui par douze de ses "• égaux &. compatriotes de mœurs irréprochables, sous " serment, pris dans son voisinage, qui ^ par cela même " on doit raisonnablement supijoser devoir être informé " de son caractère 6c de celui des témoins, &. cela après " des enquêtes sufïisantes face à face, à huis ouverts, " dans la cour de justice, devant tous ceux qui voudront " se trouver présent, i^ après un jugement équitable. De '' plus cette Sentence ne peut lui être préjudiciable, sans " injurier en même temps la réputation & môme les inté- " rôts des Jurés qui l'ont prononcée.

^ Car le cas en question peut-être sur de certains points " qui ont rapport au bien public ; mais s'il en était autre- " ment, leur Sentence devient un exemple qui peut servir " contre eux-mêmes s'ils venaient à avoir un semblable " procès.

"Un autre droit se rapporte simplement à la liberté " personnelle. Si un Citoyen est saisi ik. mis en prison, " quoiqu(; par ordre du gouvernement, il peut néanmouis " en vertu de ce droit, obtenir immédiatement d'un Juge

I Are redressée!. {T. a.)

1 Le mot /;/?■// n'fivîiit pas oncdro éli'' iiitruduil dans la lanj^uc IVanraise.

3 i(uc

" un ordre que l'on nomme Habeas-Corpus^ qu'il est obligé '^ sous serment d'accorder, & se procurer promptement " par ce moyen une enquête & réparation d'une déten- " tion illégitime.

"Un quatrième droit consiste dans la possession des " terres en vertu de légères rentes foncières, & non par " des corvées rigoureuses & opprimantes qui forcent " souvent le possesseur à quitter sa famille & ses occupa- " tions pour faire ce qui dans tout état bien réglé, devroit " être l'ouvrage de gens loués exprès pour cet effet.

" Le dernier droit dont nous ferons mention regarde la " liberté de la presse. Son importance outre les progrès " de la vérité, de la morale & des arts en général, consiste " encore à répandre des sentimens généreux sur l'admi- " nistration du gouvernement, à servir aux Citoyens à se " communiquer promptement & réciproquement leurs " idées, & conséquemment contribue à l'avancement " d'une union entr'eux, par laquelle des supérieurs tyran- " niques sont induits, par des motifs de honte ou de " crainte, à se comporter plus honorablement & par des " voies plus équitables dans l'administration des affaires-

" Ce sont là ces droits inestimables qui forment une '• partie considérable du système modéré de notre gou- " vernement, laquelle en répandant sa force équitable sur " tous les différens rangs & classes des Citoyens, défend " le pauvre du riche, le foible du puissant, l'industrieux " de l'avide, le paisible du violent, les vassaux des Sei- " gneurs, & tous de leurs supérieurs,

" Ce sont là ces droits sans lesquels une nation ne peut " être libre & heureuse, & c'est sous la protection & "■' l'encouragement que procure leur influence que ces " Colonies * ont jusqu'à présent flori '& augmenté si éton- " nément. Ce sont ces mêmes droits qu'un ministère

1 Citoyens {Ms. No. 2)

2 Fleuri {Mss.)

" abandonné ^ tâche actuellement de nous ravir à main " armée, & que nous sommes tous d'un commun accord " résolus de ne perdre qu'avec la vie. Tels sont enfin ces "• droits qui vous appartiennent, Jk que vous devriez dans " ce moment exercer dans toute leur étendue.

" Mais que vous ofFre-t-on à leur place par le dernier " Acte du Parlement ? La liberté de conscience pour " votre religion : non, Dieu vous l'avait donnée, et les " Puissances temporelles avec lesquelles vous étiez & " êtes à présent en liaison, ont fortement stipulé que '^ vous en eussiez la pleine jouissance : si les loix divines '' i^ humaines pouvaient garantir cette liberté des ca- •' priées despotiques des méchans, elle l'était déjà aupa- '' ravant. A-t-on rétabli les loix Françaises dans les "• affaires civiles ? Cela parait ainsi, mais faites attention " à la faveui- circonspecte des Ministres qui prétendent '^ devenir vos bienfaiteurs ; les paroles du Statut sont, " ' que l'on se réglera ^ sur ces loix jusqu'à ce qu'elles •' aient été modifiées ou changées par quelques ordon- " nances du Gouverneur & du Conseil.'

"■ Est-ce que l'on vous assure pour vous & votre postérité, " la certitude ' ik la douceur de la loix criminelle d'Angle- *' terre avec toutes ses utilités ^ avantages, laquelle on " loue dans le dit Statut, ^ que l'on reconnaît (]ue vous ■'avez éprouvé très sensiblement? Non, ces loix sont '' aussi sujettes aux • rhdiiffemens' arbitrairi's du (iouver- '^ neur ik du Conseil, ^ ou se reserve en outi-e très expres- *' sèment le pouvoir d'ériger ' telles Cours de judicature " criminelle^ civile h. ecclé.sias(if/ue que l'on jugeiv» uéces- '' saires.'

'' C'est de ces coudilious si précaii-es t\\\r \n\vv vie ^ •• votre icligidii ilé]M'ii(lciit sculciucut <)•' la \i)l(iuté d'un

I Prolligate. / T. a.)

•î Shall be the mie, Ac. {T. a.)

:\ The Certainty. {T. a.)

" seul ^ La couronne & les ministres ont le pouvoir " autant qu'il a été xjossible au Parlement de le concéder, " d'introduire le tribunal de l'Inquisition môme au milieu " de vous.

" AvEz-vous une assemblée composée d'honnêtes gens " de votre propre choix sur lesquels vous puissiez vous '•'■ reposer pour former vos loix, veiller à votre bien-être, & " ordonner de quelle manière & en quelle proportion " vous devez contribuer de vos biens pour les usages "■ publics? non, c'est du Gouverneur "•^ & du Conseil que •' doivent émaner vos loix, & ils ne sont eux-mêmes que " les créatures du Ministre, qu'il peut déplacer selon son " bon plaisir. En outre, un autre nouveau Statut formé '' sans votre participation vous a assujettis à toute la '' rigueur d'un impôt sur les denrées que l'on nomme ■■' Excise^ impôt détesté dans tous les états libres. En '•'• vous arrachant ainsi vos biens par la plus odieuse de "• toutes les taxes, vous êtes encore exposés à voir votre •' repos & celui de vos familles troublé par des collecteurs " insolens, pénétrans à chaque instant jusque dans l'inté " rieur de vos maisons, qui sont nommées les Forteresses "■ des Citoyens Anglais dans les livres qui traitent de " leurs loix.

" Dans ce même Statut qui change votre Gouvernement, '' t^s; (jui paraît calculé pour vous flattei', vous n'êtes point "• autorisés ' à vous cotiser pour lever et disposer d'aucun '' impôt ou taxe, à moins que ce ne soit dans des cas de ''• peu de conséquence, tels que de faire des f/rands chemins, " de bâtir ou de réparer des Edifices publics ou pour quel- '' qu'autres convenances locales dans l'enceinte de vos '' villes & districts.' Pourquoi cette distinction humi- " liante ? Est-ce que les biens que les Canadiens se sont ac- '' quis par une honnête industrie ne doivent pas être aussi

I Such is the precarious tenure ofmere wijl, by which you hold your lives and religion. (T. a.)

1 Gouvernement. {Ms. N" 1.)

" sacrés que ceux des Anglais ? L'entendement des Gana- '^ diens seroit-il si borné qu'ils fussent hors d'état de '' participer à d'autres affaires publiques qu'à celle de '•'■ rassembler des pierres dans un endroit pour les entasser " dans un autre ? Peuple infortuné qui est non-seule- " ment lezé, mais encore outragé. Ce qu'il y a de pins " fort, c'est que suivant les avis que nous avons reçus, un " ministère arrogant a conçu une idée si méprisante de " votre jugement & de vos sentimens, qu'il a osé penser, " & s'est même persuadé que par un retour de gratitude " pour les injures & outrages qu'il vous a récemment " offert, il vous engagerait, vous nos dignes Concitoyens, " à prendre les armes pour devenir des instrumens en " ses mains, pour l'aider à nous ravir cette liberté dont sa " perfidie vous a privée, ce qui vous rendrait ridicules c<>i " détestables à tout l'Univers.

'•' Le résultat inévitable d'une telle entreprise, supposé " qu'elle réussît, seroit l'anéantissement total des espé- " rances que vous pourriez avoir, que vous ou votre " postérité fussent jamais rétablis dans votre liberté : car " à moins que d'être entièrement privé du sens commun, " il n'est pas possible de s'imaginer qu'après (lue vous " auriez été employés dans un service si honteux ils " vous traitassent avtîc moins de rigueur ' (jue nous qui " tenons à eux par les liens i\u sang.

" Qij'AURArr dit votre compatriote l'immortel Montesquieu, '' au sujet du plan de Gouvernemeul ^ que l'on vient de " former pour vous ? Écoutez ses paroles avec cette atlt>u- " tion recueillie que reiiuiert l'importance du sujet. ' Dans " un état libre, * tout homme (lui est sensé avoir un(> ame '^ libre \ doit être gouverné par Ini-mêuie, il faudrait ([ne

I Foi- idiocy ilsclf caiiuol l)oliove, lliiil, wlicii lli-'ir driKigerv is per- Ibi-iuiMl, llit^y will tnîiit ycui wiUi loss cru.illv tlinii llioy Iiavo us, Ac. (T. a.)

'1 Doiiiinaliou. {T. a.)

:i Do rEs|)ril dos Loix. Liv. xi. cli. vi.

h Wliu is supposed a IVoo agoiit, Ac. {T. a.)

le peuple en corps eût la puissance législative ; mais comme cela est impossible dans les grands états, & est sujet à beaucoup d'inconvéniens dans les petits, il faut que le peuple fasse, par ses représentans, tout ce qu'il ne peut faire par lui-même.' — •' La liberté politique dans un Citoyen est cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté : & pour qu'on ait cette liberté, il faut que le Gouvernement soit tel qu'un Citoyen ne puisse pas craindre un autre Citoyen. Lorsque dans la même personne ou dans le môme corps de Magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n'y a point de liberté ^ ; parce qu'on peut craindre que le même Monarque ou le même Sénat ne fassent des loix tyranniques pour les exécuter tyranniquement.'

" ' La puissance de juger ne doit pas être donnée à un Sénat permanent, mais exercée par des personnes tirées du corps du peuple dans certains tems de l'année, de la manière prescrite par la loi, pour former un tribunal qui ne dure qu'autant que la nécessité le requiert ^'

" ' Les Militaires sont d'une profession qui peut-être utile, mais devient souvent dangereuse.' ' La jouissance de la liberté ' consiste en ce qu'il soit permis à chacun de déclarer sa pensée & de découvrir ses sentimens.'

" Appliquez à votre situation présente ces maximes décisives, qui ont la sanction de l'autorité d'un nom que toute l'Europe révère. On pourrait avancer que

1 Et n'y ayant point de liberté, &c. {Ms. N" l.)

2 The power of judging should be exercised by pensons taken f'roiii Ihe body of Ihe people, at certain times of the year, and jairsuant to a form and nianner prescribed by law. There is no liherly, if the power 0? judging be not separated frum the législative and executive powers.

3 The enjovinont of liberty, and even its support and préservation,

" VOUS avez un Gouverneur revêtu de la puissance exécv- " trice ou des pouvoirs de V administration ; c'est en lui & " en son Conseil qu'est placée la puissance législative : " vous avez des Juges qui doivent décider dans tous les " cas où votre vie, votre liberté, ou vos biens sont eu " danger, &. effectivement, il semble qu'il se trouve ici " une distribution &. répartition \ de diverses puissances en " des mains différentes qui se repriment l'une l'autre, ce " qui est l'unique méthode que l'esprit humain ait jamais " imaginée poiu- contribuer à l'accroissement de la liberté " & de la prospérité des hommes.

" Mais vous servant de cette sagacité si naturelle aux " Français , &l dédaignant d'être décens ^ par le faux "' brillant de cet extérieur, examinez la plausibilité de " ce plan, & vous trouverez (pour me servir des paroles " de la Sainte Ecriture) que ce n'est qu'un '" sépulchre " blanchi.''' pour ensevelir votre liberté & vos biens avec " votre vie.

" Vos Juges &. votre (soit-disant) Conseil Législatif dépen- " dent de votre Gouverneur^ & lui-même dépend des servi- " teurs de la Couronne, en Angleterre. Le moindre signe " du Ministre fait agir ces puissances législative, exécutrice " & celle de juger. Vos privilèges & vos immunités " n'existent qu'autant que dure sa faveur, & son courroux " fait évanouir leur forme chancellante '.

" La perfidie a été employée avec tant d'artifice dans le " Code des loix que l'on vous a récemment offert, que " quoique le commenc(mient de chaque i)aragraphe pa- " raisse être [)leiu de ])ienveillance, il se Icniiiui» cepen-

1 Réparation. (Ms. N" I.)

2 Les deux manuscrits ont. copié décens. ()\\ voit cepbndunl. iliiiis h- N» I que l'ocrivain a lu-sitc : le papier n <'l(> ;,'ratto et lo mot (>oril ensuite. Le U'\U' anglais porte : •• But si^oriiint.' lo 1)0 illndcd liy a tinseled oulside and excrling tlio nalural .sagacily "f Frenchmen ". Aiv

3 Privilèges and innnunities last no longer tiian liis smiles. WIkmi lie l'niWMS, Uieir foeldr forms dissolve. {T. a.)

" dant d'une manière destructive ^ ; <k lorsque le tout est " dépouillé des expressions flatteuses qui le décorent, il '■'• ne contient autre chose, sinon, que la Couronne & ses '• Ministres seront aussi absolus dans toute l'étendue de " votre vaste Province, que le sont actuellement les des- " potes de l'Asie & ^ de l'Afrique. Qui protégera vos biens " contre les Edits d'impôts &. contre les rapines des supé- " rieurs durs & nécessiteux ^ ? Qui défendra vos personnes " de Lettres de Cachets, de Prisons, de Cachots ef de " Corvées fatigantes, votre liberté &. votre vie contre des " Chefs arbitraires &. insensibles? Vous ne pouvez, en " jettant vos yeux de tous côtés *, appercevoir une seule' " circonstance qui puisse vous promettre d'aucune façon, " le moindre espoir de liberté pour vous & votre posté- ■•'• rite, si vous n'adoptez entièrement le projet d'entrer en " union avec nos colonies ^.

" Quel serait le conseil que vous donnerait cet homme " si véritablement grand, cet Avocat pour la liberté &. " l'humanité ®, que nous venons de citer, fut-il encore " vivant & sçût[-il] que nous vos voisins puissans et nom- " breux, inspirés d'un juste amour pour nos droits enva- " his et unis par les liens indissolubles de l'affection et de " l'intérêt, vous auraient invités au nom de tout ce que " vous devez à vous-même &. à vos enfans (comme nous "• le faisons à présent) de vous unir à nous dans une " cause si juste, pour n'en faire qu'une entre nous. & " courir la même fortune pour nous délivrer d'une sub- *■' jection humiliante sous des Gouverneurs, Intendans i^

1 Every sentence, beginning with a benevolent pretension, concludes with a destructive power, 4c. (T. a.)

2 Of Asia or Africa. (T. a.)

3 From the rapacity of nécessitons and cruel masters? (T. a.)

4 We defy you, to discover, àc. ( T. a.)

5 An entire adoption into the union of thèse Colonies. {T. a.)

6 That advocale of freedom and humanity. ( T. a.)

" tyrans Militaires \ & rentrei* fermement dans le rang ^ " la condition de libres Citoyens Anglais, qui ont appris " de leurs ancêtres à faire trembler ceux qui osent ^ seu- ■' lement penser à les rendre malheureux.

" Ne serait-ce pas par un discours semblable qu'il " s'adresserait à vous ? Et dirait, ' saisissez l'occasion que •' la Providence elle-même vous offre, votre conquête •' vous a acquis la liberté * si vous vous comportez comme •' vous devez, cet événement est son ouvrage * : vous n'êtes " qu'un très-petit nombre en comparaison de ceux qui •' vous invitent à bras ouverts de vous joindre à eux ; un " instant de réflexion doit vous convaincre qu'il convient '' mienx à vos intérêts & à votre bonheur, de vous pro- '' curer l'amitié constante des peujjles de l'Amérique •' septentrionale, que de les rendre vos implacables enne- '' mis *. Les outrages que souffre la ville de Boston, ont " alarmés &. unis ensemble toutes les Colonies, depuis la " nouvelle Ecosse jusqu'à la Géorgie, votre Province est "• le seul anneau qui manque pour completter la chaîne •' forte & éclatante de leur union. Votre pays est natu- '■'■ rellement joint au leur, joignez-vous aussi dans vos "• intérêts politiques ; leur propre bien-être permettra '' jamais qu'ils vous abandonnent ou qu'ils vous trahis- ■' sent : soyez persuadés que le bonheur d'un peuple "■ dépend absolument de sa liberté ;k de son courage pour ■' la maintenir. La valeur & l'étendue des avantages que " l'on vous offre est immense ; daigne le Ciel ne pas per- "■ mettre que vous ne reconnaissiez ces avantages pour le

1 To make common cause with us therein, and take a noble chance for enierginfr Croni a humiliating subjection under'Governors, Intendants, and Military Tyrants, iiito Ihe firm rank, Ac. (T. a.)

2 Ont seulement i)ensé, &c. (Ms. N" 1.)

3 You hâve been conquered into liberty, A-c. {T. a.)

■4 This work is nnt of man. (7'. a.)

5 Whieh will be most for your interest and happinoss, lo hâve ali the resl of Norlli America your inaltérable frlends, or inveternte enemics. (T. a.)

■' plus grand des biens que vous pourriez posséder, qu'a- '' près qu'ils vous auront abandonnés à jamais \'

" Nous connaissons trop bien la noblesse de sentiment '' qui distingue votre nation, pour supposer que vous " fussiez retenus de former des liaisons d'amitié avec " nous par les préjugés que la diversité de religion pour- '' rait faire naître *. Vous sçavez que la liberté est d'une " nature si excellente qu'elle rend, ceux qui s'attachent à '■'■ elle, supérieurs à toutes ces petites foiblesses '. Vous " avez une preuve bien convaincante de cette vérité dans " l'exemple des Gantons Suisses, lesquels quoique com- '' posés d'états Catholiques & Protestans, ne laissent pas '•' cependant de vivi-e ensemble en paix & en bonne intel- " ligence, ce qui les a mis en état depuis qu'ils se sont '' vaillamment acquis leur liberté, de braver i^ de repous- '' ser tous les tyrans qui ont osé les envahir.

''• S'u. se trouvait quelques uns parmi vous (comme " cela est assez fréquent dans tous les états,) qui préfére- " raient la faveur du Ministre & leurs intérêts particuliers " au bien-être de leur patrie, leurs inclinations intéressées '' les porteront à s'opposer fortement à toutes les mesures •^ tendantes au bien public, dans l'espérance que leurs '' supérieurs les recompenseront amplement pour leur " services honteux & indignes : mais nous ne doutons pas •' que vous ne serez en garde contre de telles gens, & ■' nous espérons que vous ne ferez point un sacrifice de " la liberté ^^ du bonheur de tous les Canadiens *, pour " gratifier l'avarice <^ l'ambition de quelques particuliers.

" Nous ne requérons pas de vous dans cette adresse "•' d'en venir à des voies de fait contre le Gouvernement

1 Heaven grant you may not discovei- them to be blessings after they hâve bid you an eternal adieu. {T. a.)

l To imagine that diflerence of religion will préjudice you against a -hearty auiity with us. (T. a.)

3 Low niinded infermities, &c. (T. a.)

4 Of the whole Canadian people and their posterity, Ac. {T. a.)

" de notre Souverain, nous vous engageons seulement à " consulter votre gloire & votre bien-être, & à ne pas " souffrir que des Ministres infâmes vous persuadent & " vous intimident jusqu'au point de devenir les instru- " mens de leur cruauté & de leur despotisme. Nous " vous engageons aussi à vous unir à nous par un pacte '•' social, fondé sur le principe libéral d'une liberté égale, '■ & entretenu par une suite de bons offices réciproques \ "' qui puissent le rendre perpétuel. A dessein d'effectuer •• une union si désirable, nous vous prions de considérer '' s'il ne serait pas convenable que vous vous assembliez " chacun dans vos villes ik districts respectifs, pour élire '' des députés de chaque endroit qui formeraient un Con- " grès Provincial, duquel * v^ous pourriez choisir des '• Délégués pour être envoyés, comme les représentans '' (le votre ^ Province, au Congrès général de ce continent •' qui doit ouvrir ses séances à Philadelphie, le 10 de Mai " 1775.

'' Dans le présent Congrès qui a commencé le 5 du " mois passé, ik a continué jusqu'à ce jour, il a été résolu •' unanimement & avec une satisfaction universelle, que " nous regarderions la violation de vos droits, opérée par " l'acte pour changer le Gouvernement de votre Province, " comme une violation des nôtres propres, & que nous '' vous inviterions à entrer dans notre confédération, " laquelle n'a d'autres objets en vue que la parfaite assu " rance des droits civils c^ naturels de tous les membres " qui la composent, & la préservation d'une liaison heu " reuse & permanente avec la Grande Bretagne, fondée "• sur les principes fondamentaux & salutaires que nous

1 And cemuntcd by such an exchangf3 of bénéficiai and endearing oflices as tn rcnder it porpclual. {T. a.)

2 Who aPtorwards meeting in a provincial congress, may rhiise delegates to reitrcsmit your province in the contincnlal Congress, Ac

3 Leur {Ats. N" 1.)

avons expliqués ci-devant. C'est pour parvenir à ces fins que nous avons fait présenter au Roi, une Requête humble & loyale, le suppliant de vouloir bien nous délivrer de nos oppressions. Nous avons aussi formé un accord, par lequel nous suspendons l'importation de toutes sortes de marchandises de la Grande Bretagne & de l'Irlande, après le premier de Décembre prochain. Comme aussi nous nous engageons à ne rien transporter de chez nous dans ces Royaumes ou aux Isles de l'Amérique, après le dixième de Septembre prochain, si nous n'avons pas encore obtenu, dans ce temps là, la réparation de nos griefs.

"^ Que le Tout-Puissant daigne vous porter d'inclination à approuver nos démarches justes & nécessaires, & à vous joindre à nous, & que lorsque Ton vous offrira quelques injures que vous serez résolus de ne point souffrir, à ne pas faire dépendre votre sort du peu d'influence que pourrait avoir votre seule Province mais des puissances réunies de l'Amérique septentrionale ; & qull veuille accorder à nos travaux unis, un succès aussi heureux que notre cause est juste, est la fervente prière de nous, vos sincères & affectionnés Amis& Concitoyens.

" Pa7' ordre chi Congrès^ '' 26 Octobre 1774.

''■ Henry MmDLETON ^ Président r

Réponse du peuple de la Grande-Breta- {îne à l'Adresse lin Congrès.

Qui auroit jamais cru que le Congrès après avoir écrit une lettre aussy amicale aux habitants de la province de Québec, ne cherchoit que le moyen de leur tendre des embûches et des pièges ? Car le fanatisme des Bastonnoi& est connu partout, — il n'a pas épargné le paisible Quaker;

1 Henry Middleton était un des députés de la Caroline du Sud. II ne présidait le Congrès que depuis le 22 Octobre, à la place de l'Hon. Peyton Randolph, retenu par la maladie. Arthur Middleton, qui joua un rôle si brillant dans la révolution américaine et qui fut un des signataires de l'indépendance, était son fils.

pardonneroit-il aux Catholiques Romains ? qui professent une religion qui — selon leur lettre du 5" Septembre 1774, adressée au peuple d'Angleterre — a semé la persécution, la bigoterie, inondé leurs isles de sang et qui a porté partout le meurtre et la rébellion ^ — Ce qui ne prouve que trop des vues remplies d'artifice — ainsy qu'il se voit par l'adresse du peuple de la Grande Bretagne aux habitants de l'Amérique en réponse de leur lettre du 5* Septembre 1774, conçue en ces termes ^.

" Nous avons vu les trois adresses de votre Congrès, la *•'• première desquelles nous est adressée, la seconde à *' vous-même, et la troisième à Sa Majesté, — Nous souhaite- '•'• rions ajouter que nous n'avons pas vu l'adresse aux habi- " tants françois de Québec, parce qu'elle les flatte pourvu '' qu'ils adoptent les projets du Congrès avec la protection *' d'une religion que le Congrès dans l'adresse qu^'il nous " a faite, taxe d'impiété, de bigoterie — de persécution, de *■'■ meurtre et de rébellion, se plaignant du Parlement de " ce qu'il a protégé ^ un peuple dont le génie et le gouverne- '•'■ ment sont incompatibles avec la liberté. Nous ne vous ^' imputons point les vices de cette adresse, mais nous les " imputons à ceux qui l'ont dressée, car à des hommes *' généreux et sincères, comme vous êtes, la droiture des " intentions doit correspondre aux nôtres. Nons [ne] nous " permettrons pas de vous imputer dos vues remplies " d'ennbûches, et l'art de tendre des pièges *. Nous vous " rendons plus de justice parce que nous espérons que " vous nous la rendrez, &c."

En moins do quinze jours cette lettre du Congrès adros- Monéoa doa sée aux habitants du Canada fut distribuée de l'extrémité kI'I's pour sou-

11 • > T, T^i • ni 1 • '''^<"" '"8 Cana-

dc la province a 1 autre — Plusieurs marcnands anglois dions.

1 Noies el pièces justificatives, IV.

2 Notes et pièces jusiificalives, V. La traduction de co passage de l'adresse est sans doute de M'" Sanguinet.

3 Becauso it proposes a social compact with a peoplc whose genius, Ac. (T. a.)

4 To impute insidious viows or insidious arts. {T. a.)

parcouroient toutes les campagnes sous prétexte d'acheter du bled des habitants afm de leur lire cette lettre et [de] les exciter à la rébellion \ — Ils leur ajoutoient encore que si les Canadiens ne se joignoient point aux Provinces Unies, qu'ils alloient devenir malheureux, qu'ils étoient au moment de payer des taxes pour fournir aux dépenses de la province, que le juge en chef avoit quinze cents louis d'appointements, les conseillers, chacun cent louis — les juges de la cour des plaidoyers communs, cinq cents louis chacun, que les appointements du gouverneur étoient au moins de dix mille louis et que tous les autres officiers civils étoient payés à proportion ^, — en outre que le gouverneur avoit plus de pouvoir que le Roy ; qu'ils ne seroient plus les maîtres de leurs biens, que le gouvernement et la loy françoise alloient avoir lieu, qu'ils seroient menés en esclaves, que le temps des lettres de petit cachet étoit arrivé, que tout étoit perdu pour eux, qu'il n'y avoit point d'autre parti à prendre que celuy de se joindre aux Provinces Unies. Quelques marchands anglois dans les villes chez qui les habitants alloient pour acheter de la marchandise, leur répétoient le môme langage — que la seule ressource pour eux, étoit de laisser venir les Bastonnois dans la province de Québec — qui n'y venoient que pour les rendre heureux, et les remettre en liberté, — que c'étoit le seul moyen de les tirer de l'oppression et de la tyrannie où ils étoient exposés, et qu'ils ne dévoient pas ignorer que c'étoient les Provinces Unies qui leur avoient fait ôter le papier timbré qui avoit emporté aux Canadiens au moins quatre mille louis ^, — Ce discours fit beaucoup d'impression sur l'esprit des habitants des campagnes, — Ils perdirent la confiance qu'ils avoient toujours eue jusqu'alors dans les personnes des villes capables de les dé-

1 Notes et pièces justificatives, "VI.

2 Notes et pièces justificatives, VIL

3 Notes et pièces justificatives, VIII.

tromper, et la mirent dans des mauvais sujets qui agissoient de concert avec le Congrès, — Gela vint à un point où les honnêtes gens fidèles à leur Roy fureut obligés de se taire et le crime se montroit la tête levée sans être puni. •

Que dans le mois de Février le Congrès envoya des dépu- Février 1775. tés incognito — pour conférer avec les marchands des villes Congrès" et esde Québec et [de] Montréal, pour entrer dans la conspiration réaïf *'°* — sous prétexte d'acheter des chevaux \ — Il y eut une assemblée à Montréal, les choses s'y passèrent secrètement. Les députés auroient désiré que les Canadiens eussent été de l'assemblée, mais il n'en fut pas un seul, et les marchands angiois de Montréal leur dirent qu'ils sçavoient que les Canadiens ne vouloient point entrer dans l'union proposée ; — Effectivement le plus grand nombre prit le parti de la neutralité — sous prétexte qu'ils avoient fait serment de ne point.prendre les armes contre les angiois, — Il étoit de la politique de les entretenir dans cette opinion — c'est à quoy les mauvais sujets ne manquoient pas.

Par l'impunité de toutes ces démarches nocturnes — la ville de Montréal fut bien vite remplie d'espions qui avoient corrcspondauce avec plusieurs marcha uds angiois de Montréal et |de] Québec. Enfin ils combinèrent à faire leur entreprise sui- la province de Québec — il leur étoit d'autant moins diiïicile qu'ils étoient assurés de la disposition do la plus grande partie des habitants, ils sçavoient on outre tout ce qui se passoit dans la province, le peu de troupes qui y étoit. Un grand nombre de marchands angiois se montrèrent publiquement dévoués en faveur des Bastonnois i)ar leurs discours et cberclioient à sonlever le jicuple et |à| nuittre la confusion.

Le Général Guy Garleton fit une proclamation jionr Lo (Jonvci

noiir noinino

nonuner et établir des Juges-à-paix — ainsv qu'il suil '': des .hn5i>ii-à-

paix-

1 Noies el pu'ces juslificnlives, IX.

2 Nous avons suivi, iiour ce docuinonl, la cojiie (itlicicli' du Couuuau- <leur Viger.

Par Sox Excellence GUY CARLETON, Capitaine Général et Gou- * verneur en chef de la Province de Québec el Territoires en dépendants en l'Amérique, Vice-Amiral d'icelle, Garde du Grand Sceau de la dite Province et Major-Général des Troupes de Sa Majesté, Commandant le département septentrional, &c., &c., &c.

"PROCLAMATION

" Gomme pour les raisons déduites dans un Acte passé " dans la 14* année du règne de Sa présente Majesté, inti- " tulé ' Acte qui règle plus solidement le gouvernement " de la Province de Québec en l'Amérique Septentrionale, " toutes commissions, ordonnances et autorités concer- " nant la présente administration de la justice eu cette "■ Province cessent et sont annulées, à compter depuis et " après le premier jour de May 1775, comme aussy l'im- " portance et la conséquence de l'établissement des cours " convenables pour administrer à l'avenir la justice en la " dite province demandent beaucoup de temps et de déli- " bération, ce qui ne permet pas de les établir immédiate- "ment; et comme il pourroit arriver dans l'intervalle " beaucoup de malheurs et d'inconvénients au préjudice " du public, si quelques personnes convenables n'étoient "• point autorisées dans cette Province à rendre dociles à " justice tous contrevenants aux loix, ainsy que les mau- " vais débiteurs, en les obligeant de comparoître aux " cours, lesquelles seront établies, pour y répondre alors " sur les accusations qui seront présentées contre eux ; " J'ai, à ces causes, jugé à propos de publier cette Procla- " mation, pour donner connoissance à toutes personnes " résidants en cette Province et tous autres qui pour- " roient y être intéressés, — qu'en vertu des pouvoirs et " autorités qui me sont attribués par les commissions de " Sa Majesté données sous le grand sceau de la Grande

'' Bretagne, à Westminster, le 21" jour de Décembre " dans la 15« année de son règne et publiées à Québec le " 24^ jour de ce mois d'Avril, j'ai constitué et nommé ^' Adam Mabane, Thomas Dunn, Jean Fraser et Jean '' Marteilhe, Ec" Juges de Sa Majesté dans les cours des '' Plaidoyers communs des Districts de Québec et de " Montréal en cette Province, Hertel de Rouville, de " Montréal, et Jean Claude Panet, de Québec, Ecuyers, " deux d'entr'eux ou plus que deux d'entr'eux, pour à " compter depuis et après le premier jour de May pro- " chain et par la suite, durant mon plaisir, ou jusqu'à ce " que les cours convenables de judicature puissent être " établies dans les dits Dictricts, en qualité de Gardiens " de la Paix dans iceux, qui auront tous les pouvoirs et " autorités nécessaires à cet effet et autres susdits d'agir " et d'exécuter conformément aux loix, et aussy pour, à " compter depuis et pendant le dit temps, en qualité de " commissaires, commencer le procès civil & faire mettre " leurs ordres à exécution dans les dits districts dans la " forme donnés par les loix et ainsy qu'il leur est prescrit " par leurs commissions. Il est par ces présentes ordonné " à tous les sujets de Sa Majesté en cette province d'aider " et d'assister, lorsqu'ils en seront requis, les cy-dessus " nommés Gardiens de la Paix et Commissaires, dans " l'exécution de leurs dits offices. Comme il est aussy " jugé inutile de nommer, quant à présent, de nouveaux " Baillis pour les dits districts de Québec et de Montréal, 'M'ai jugé à propos de les continuer dans leurs dits '' offices, et de leur prescrire par ces présentes de con- " tiiiuer de les exercer jusqu'à nouvel ordre. Il huir " est en conséquence ordonné, et à tous ceux qui peu- " vent y être intéressés, d'y faire attention et de s'y con- " former.

'' Donné sous mon seing et le sceau de mes armes, " au château St. Louis, dans la ville de Québec, le 26« " jour d'Avril 1775, dans la 15e année du règne de Notre " Souvei-ain Seigneur George Trois, pai- la grâce de Dieu

réal.

24 LE TEMOIN OCULAIRE DE LA GUEliRE

" Roy de la Grande-Bretagne, de France et d'Irlande, ' •' Défenseur de la Foy, &c., &c., &c.

(Signé) "■ Guy Garleton.

" Par ordre de Son Excellence,

(Contresigné) '' Geo Allsopp, D. Secrétaire ^

'' Traduit par ordre de Son Excellece.

T. J. GuCxNet, s. F.

" VIVE LE ROY

Le premier May 1775, — les mauvais sujets commencèrent à insulter le buste de Sa Majesté qui étoit sur la Bu«te°^du ^Roi P^^^^ ^® ^^ haute ville à Montréal — On trouva le matin msuité à Mont- jg ]3ugte barbouillé de noir avec un chapelet de patates passé dans le cou et au bout une croix de bois avec cette inscription — voila le pape du canada et le sot anglois. Aussitôt le Général Guy Garleton— Gouverneur de la Province à Québec — fut instruit de l'insulte faite au buste de Sa Majesté — Les Canadiens indignés et mortifiés d'une telle insulte — à quoy ils ne s'attendoient pas — eurent quelques difficultés avec plusieurs anglois à ce sujet. Monsieur de Belestre— ancien capitaine et chevalier de St. Louis "^ fut frappé par un nommé Frinke ^, et le S^ Lepailleur par le nommé Solomon. Il y avoit quelques indices que c'étoient des Juifs et des mauvais sujets anglois qui avoient commis cette insulte — sans qu'on ait pu découvrir les criminels, — Cependant le Général Guy Carleton fit une proclamation pour découvrir les coupables, conçue en ces termes :

1 M. Allsopp n"était que le député d'un M. Roberts, parent de lord Clive, et (]ui ne vint pas en Canada. (Masères, Quebee Papers, p. 44.) Plusieurs charges dans le gouvernement du Canada avaient été ainsi données en sinécures à des personnes qu'on voulait récompenser. Voir Notes et jnèces Jusiificatives, X.

2 Notes et pièces justificatives, XL .3 Franks.

Par Son Excellence GUY GaRLETON, Capitaine Général et Gouverneur en chef de la Province de Québec, et Territoires en dépendants en TAmérique, Vice Amiral d'icelle et Major Général des troupes de Sa Majesté, Commandant le Département septentrional, àc, &c., &c.

" PROCLAMATION

" Quelques personnes méchantes et mal intentionnées " ayant, dans la nnit du 30 Avril au 1er May dernier, " défiguré impudemment et méchamment le Buste de " Sa Majesté, en la ville de Montréal, en cette Province, " et ayant de plus afïiché un libelle diffamatoire et scan- " daleux, tondant à diminuer le respect que luy doivent " ses sujets, à affoiblir son gouvernement et à élever de •' la défiance entr'EUo et son peuple, j'ai, à ces causes, " jwgé à propos de faire publier cette Proclamation ; afin " de connoilre toutes telles méchantes et mal-intention- " nées personnes et les traduire en justice, et d'offrir par " icelle une récompense de deux cents piastres avec le " pardon di; Sa Majesté môme à une partie coupable ou à " q\ii que ce soit,— excepté la personne qui a réellement " défiguré \o dit buste et affiché le dit libelle,— qui dé- '• noncera les persoiuies coupables de la dite injure, qui " luy seront payées par le Receveur-Général de Sa Majesté " en celle Province, après la conviction d'un ou [tlnsiciirs " des cou[)ables.

" Donné sous mon seing cl le sceau de mes armes, au " cli.Mteaii Si. Louis, dans la ville de (,)iiel)ec, ce huitième

" jour de May, dans la quinzième année du règne de Sa " Majesté, et dans l'année de Notre Seigneuv mil sept " soixante et quinze.

(Signé) "• Guy Garleton.

" Par ordre de Son Excellence,

(Contresigné) " Geo. Allsopp,

" faisant fonction de Secrétaire.

"■ Traduit par ordre de Son Excellence,

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