F. J. CUGNET, S. F
" VIVE LE ROY."
Pouvoirs des Commc — par l'Acte du Parlement pour la province de nouires conti- Q^^i^gp — toutcs les commissious concernant les officiers de justice étoient annulées à compter depuis et après le premier jour de May 1775 — le Général Guy Garleton fit une commission générale qui fut déposée au Bureau du Secrétariat de la Province concernant les Notaires — de la manière suivante.
*' BUREAU DU SECRETARIAT.
Le 29 Avril 177.5.
" Province de " Québec
'' Ces présentes sont pour informer toutes les personnes intéressées, qu'il a plu à Son Excellence le Gouverneur de cette Province, par une commission générale à cet égard, déposée en ce Bureau, de nommer, à compter depuis et après le premier jour de May de cette présente année 1775, pour le temps et espace de six mois, ou durant son plaisir, les mêmes personnes pour exercer l'office de notaires dans les différentes parties de cette Pro-
1 Notes et pièces justiftcaiives XI.
" vince, qui y travaillent actuellement, et de les revêtir " de tous les pouvoirs et autorités nécessaires pour exécu- " ter légalement ^ leurs dits offices.
" Par ordre de Son Excellence,
(Signé) " Geo. Allsopp, D. Secrétaire. '^ Traduit par ordre de Son Excellence,
'^ F. J. GUGNET, S. F."
Au commencement du mois de May 1775, les habitants Les forts de de la province de la Nouvelle York — au nombre d'environ Pointe-à-ia-
, V - T r- T /-i -Il o Chevelure et
deux cents — se transportèrent auprès du tort de t-ariUon ^ de.st.jeansuiet firent entrer quelques hommes dans le fort avec du par Arnold.'—
1 • 1 • iTi •i.-„i La nouvelle cil
rhum pour enivrer la garnison — et dans la nuit suivante, est donnée à ce détachement s'approcha du fort pour le surprendre; — Le Québec."^ ^* nommé Arnold * qui commandoit ce party fit cogner à la porte en disant que c'étoit un courrier qui apportoit des ordres pour le commandant ; alors le sergent de garde fit avertir le capitaine de Laplace * qui avoit quarantecinq hommes de garnison, — L'ordre fut donné d'ouvrir la porte — A l'instant les deux cents hommes des colonies entrèrent dans le fort — firent le commandant prisonnier et la garnison, sans tuer un seul homme et s'emparèrent du fort, de rartillt?rio, d(;s vivres, et d(> tous les effets du Roy.
Cette entreprise (luoiijue hardie, fut d'autant moins difficile que la garnison se trouva yvre par le moyen des habitants des colonies qui avoient entré la veille avec du rhum dans le fort pour faire boire la garnison — afin de
1 E^Mlcmoiil. {M.s. N" 2.)
2 Noies cl pièces Jiislificalivcs XII.
3 Noies el pièces Jiisti/irnli ers XIII.
4 Do la Place. (J. V.) Dclaplace. (Sparks, Lihrnni nf Amevi : liioij : vol. 1, I». '275, N. Y. {«."ÎO.) Osl ainsi i\\w s'aiipi'lîiii rnflicipr (]ui commandait à (larilidii. F/(ir'lli(i^.'ra|ili(', plus (pic l'.iprii'icusc di-s mainiscrils, aidéi! d'ailleurs du sens assez, naturel de la phrase, aurait pu lairn croire qu'il s'agissait de la qualité, pUitiJl que du nom do cot ollicior.
mai.
réussir dans leur entrejjrise, — que ^ la prise de ce fort fut d'autant plus préjudiciable au Canada que, si le capitaine de La Place ne se fût pas laissé surprendre — il y a tout lieu de penser que jamais les habitants de la Nouvelle York n'auroient entrepris d'entrer dans la province de Québec. Le commandant du fort fut envoyé prisonnier avec sa garnison dans la province de la Nouvelle York. Le nommé Arnold laissa dans le fort une petite garnison et partit avec le reste de son monde pour venir au fort St. Jean, à neuf lieues de Montréal. Devant leur départ ils furent à l'habitation du Major Askine * — le pillèrent, et luy prirent une petite barque, après l'avoir fait prisonnier et sa famille. De là ils firent route pour St. Jean — En passant à la Grande-Pointe ' ils firent prisonniers un sergent et six soldats des troupes du Roy — qui gardoient Mercredi, 17 quelques effets — et arrivèrent à St. Jean le dix-sept du mois de May de grand matin, — Ils s'emparèrent de la barque * du Roy et de tous les effets qui étoient dans le fort, firent prisonniers douze hommes de troupes, et s'en retournèrent sur les dix heures du matin ^, — Aussitôt leur départ, M. Moïse Hazen ® — officier réformé qui demeuroit près de St. Jean, partit pour apporter cette nouvelle à Montréal — de là pour Québec '', — Dans le moment la ville de Montréal fut alarmée — et les mauvais sujets ne cherchoient
1 M. Viger a remplacé avec raison que par et dans sa copie manus crile.
2 Skeen. (J. V.) Skene (Sparks.) \oir Nolci- el pièces juslifîcalives
3 Pointe-à-ia-Chevelure, que les anglais appelaient Crown Poinl.
4 Cette barque, qui portait le nom de George, n'était armée que de 7 hommes et de deux canons de cuivre de six. (J. V.)
5 Pour ces premiers succès qui signalèrent l'entrée des Ba^lonnois dans le Canada, voir Noies el pièces juslificalives XV.
6 Noies el pièces juslificalices XVI.
7 Cf. Journal commencé aux Trois-Rivières &c., [18 ?] May &c.
qu'à mettre la confusion. Le Lieutenant Colonel Templere ^ qui y commandoit fit partir aussitôt environ cent qua- Troupes enrante hommes de troupes pour le fort St. Jean sous le Jean. — Tràhicommandement du Major Preston '*, — A peine les troupes BindeS^marétoient-elles parties de Montréal qu'il arriva à St. Jean — Afarmeir^^" environ quatre-vingts hommes des Bastonnois sous le com- Montréal. ^ mandement du nommé Allein ' qui venoient — à ce qu'ils disoient — pour glaner. Le nommé Bindon * marchand de Montréal — traversa dans un bateau avec les troupes du Roy qui partoient de Montréal pour St. Jean — Sitôt qu'il fut rendu à Longueuil — il monta à cheval pour se rendre en diligence à St. Jean, pendant que les troupes alloient à pied, — Il y arriva le môme jour à huit heures du soir, y trouva le nommé Allein avec quatre-vingts hommes des Colonies — Il leur raconta qu'on avoit appris à Montréal la prise des forts de Carillon et de St. Jean, et qu'il venoit cent quarante hommes des troupes du Roy pour prendre possession de St. Jean — et passa la nuit avec eux. Dans l'instant Allein fit embusquer ses quatre-vingts hommes dans le bois — le long du chemin, pour attendre et surprendre les troupes du Roy, mais heureusement que le Major Preston ht halte dans le bois en attendant le jour, — Mais les rebelles qui virent qu'ils ne seroient attaquées qu'au petit jour — prirent la fuite, et donnèrent une lettre à Bindon adressée aux marchands anglois de Montréal — X)ar laquelle Allein demandoit pour cinq cents louis de vivres, munitions et rhum, — Bindon partit de St. Jean avec jeudi. 18 mai. sa lettre pour Montréal, — Il rencontra le Major Preston avec les troupes du Roy à une demie lieue du fort St.
1 Templer. Il commandait le 26e régiment, et, dans ce moment, la garnison de Montréal (J. V.)
2 M. Preston était major dans le 26e régiment. (J. V.)
3 Le célèbre Etlian Allen. (J. V.) Voir Notes cl pièces Juslificalives XVII.
4 Benden. C'était un marchand do Montréal, grand partisan du Congrès, comme on disait alors. Il quitta le Canada avec les Bastonnois (J. V.)
Jean — et dit au Major quïl y avoit beaucoup de Bastounois qui l'attendoient, pour saus doute intimider les troupes — puisque les Bastonnois étoient repartis de St. Jean dans le même instant que luy. Alors le Major Preston voulut le ramener à St. Jean, afin que s'Use passoit quelque chose d'extraordinaire, d'en donner avis au Colonel Templere, mais Bindon luy répondit qu'il portoit une lettre de conséquence pour Montréal et qu'il avoit donné sa parole d'honneur de se rendre en diligence, — Le Major Preston luy dit ; — "Au moins restez icy — attendez un moment et vous verrez ce qui va se passer, et comme vous êtes à cheval, vous serez à môme de donner des nouvelles à Montréal, " — Mais comme Bindon sçavoit bien que le Major Preston ne trouveroit plus de Bastonnois à St. Jean, puisqu'ils en étoient partis dans le même moment que luy, sitôt que le Major Preston fut éloigné en continuant sa route devers St. Jean, au lieu d'attendre, il revint à course de cheval à Montréal, avec sa lettre et rapporta qu'il avoit entendu soixante décharges de coups de fusils, — L'on crut que toutes les troupes du Roy étoient tuées — Ce qui mit la ville de Montréal en alarme et même dans la confusion, — Les traîtres rioient et ne cherchoient qu'à augmenter le mal, — Bindon se promenoit dans les rues avec plusieurs de ses amis eu publiant cette nouvelle, lesquels ne cherchoient qu'à intimider le public. Un navire Ce même iour \ il arriva un navire de Londres au port
cnarge de pou- o ; tua
dre arrive à de MoutréaL— Le Colonel Templere donna ordre d arrêter
Montréal. '
toutes les charrettes, qu'il fit conduire par des soldats —
Vendredi, 19 la bayouettc au bout du fusil — pour décharger les pou-
™*^" dres qui étoient à bord du navire. Positivement ce jour
1 Ce doit être le lendemain, ou le 19. Ce navire en effet parait être arrivé à Montréal le jour du marché, qui se tenait ordinairement le vendredi ; et si le 20 Mai 1775 était un samedi, comme il est dit formellement quelques lignes plus loin, il doit s'ensuivre que le jour précédent était à la fois un vendredi et le 19 Mai. (J. V.) Il est possible aussi que le navire soit arrivé le 18 au soir et qu'on ait attendu au jour suivant pour le décharger, afin de profiter des voitures des habitants de la campagne.
se trouva celuy du marché, — la plus grande partie des charrettes des habitants des campagnes furent arrêtées, les autres se sauvèrent pour aller porter l'alarme dans leurs différentes paroisses, — La terreur étoit si grande qu'ils abandonnoient leurs femmes et leurs denrées en chargeant leurs amis de les ramener. Le Colonel Templere dans cette confusion fit battre un ban ^ pour avertir les citoyens de Montréal de s'assembler le même iour .assemblée
, . • 1 . "^ **cs citoyens
— a trois heures apres-midy dans l'église des Récollets 4'^nsi'égiise
* j- *j K^ des RécollGts ~"^
— pour délibérer sur le party qu'il y auroit à prendre Trahison de'
j „ .11 • . T . , , Bindon dévoi-
dans une telle circonstance — Les citoyens de la ville i^e. et des faubourgs s'y trouvèrent — il fut convenu unanimement de prendre les armes pour se défendre. Pendant l'assemblée le Colonel Templere reçut une lettre du Major Preston— qui fut lue à l'assemblée— qui luy marquoit qu'en arrivant à St. Jean il avoit trouvé les Bastonnois traversés la rivière— qu'ils avoient été avertis par Bindon — marchand de Montréal— de sa marche— que même les Bastonnois s'étoient embusqués dans le bois pour l'attendre avec les troupes du Roy— sur l'avis que leur en avoit donné Bindon— lequel étoit présent à l'assemblée et qui pâlit à la k'cture de celte lettre.
Le Colonel Templere renvoya l'assemblée au lendemain Samedi, 20 — à dix heui-es du matin— dans la plaine fde] Ste. Anne — tlîyenssWm- Tout le monde s'y trouva— il fut proposé par le Colonel ÏFnVÏ'si* Templere que les citoyens se formeroient par compagnies ^°°*'" de trente hommes et que chaque compagnie nommcroit son capitaine etses officiers \ etpourcet effet il futnommé huit députés par le peuple, qui étoient Messieurs Dufy- Desauuiers, de Longueuil, Panet, St. George Dupré, Mézière, Sanguinet, Guy, et Lemoine Despins père », pour faire le recensement et les rôles des citoyens.
!■ Notes et pièces justificatives, XVIII.
2 Les miliciens Caivulioiis, sous lo vii'H olliciors. (J. V.) Voir Noies el p
3 Notes et pièces justificatives, XX.
2 Les miliciens Caivulioiis, sous lo n'-f^imn fraiirnis, se clioisissaiont IcvuH olliciors. (J. V.) Voir Noies el pièces justificatives, XIX.
Retour du Le même jouT à une heure après-midy — les troupes du
Fessoidate veu- Rov arrivèrent de St. Jean à Montréal, — Le Major Preston Bindon?— me- ©t les officlers les Conduisirent dans la cour des casernes, né^es des traî- — -p^^g l'instaut— les soldats fâchés de ce que Bindon leur avoit fait manquer un coup glorieux et de les avoir exposés à les faire égorger dans le bois de St. Jean — la compagnie des troupes légères se détacha pour aller punir Bindon de sa trahison, — Ils le trouvèrent sur la galerie de Richard Dobie et le menèrent sur la place du marché auprès du pilori \ — Il paroit que leur dessein étoit de le pendre, mais les échelles arrivèrent trop tard, car les officiers le retirèrent d'entre leurs mains, — Il en fut quitte pour la peur. Cependant il fut obligé de donner des cautions devant un magistrat pour répondre aux plaintes que l'on avoit contre luy, — Il s'accusoit volontairement coupable d'imprudence, mais les honnêtes gens pensoient bien différemment et la suite le prouvera.
Le même jour Samedy — le vingt de May — plusieurs mauvais sujets firent faire une assemblée au café chez Chanderlant * — où ils firent venir toute la populace sans distinction — pour délibérer sur l'aventure arrivée à Bindon,— Celuy qui porta la parole à l'assemblée commença à insinuer au peuple que les plus honnêtes citoyens n'étoint point en sûreté, que l'insulte faite à Bindon par les troupes pou voit arriver à tous autres, — de toute nécessité il falloit délibérer si l'on poursuivroit les soldats qui avoient insulté Bindon en loy, ou si l'on porteroit la plainte au Lieutenant Colonel Templere — Après quelques débats, il fut envoyé des députés au Colonel Templere qui répondit qu'il rendroit justice, mais le lendemain — diman- Dimanche, 2) clie — c]uelques honuêtes gens — anglois et canadiens — furent trouver le Colonel et demandèrent grâce pour les soldats — ce qui luy fit beaucoup de plaisir — ainsy qu'au Major Preston qui étoit présent — attendu qu'ils n'avoient
1 Noies et pièces jusiificalives, XXI.
2 Sutherland (J. V.)
tnai.
pas tout le tort que l'on leur imputoit et que Bindon pouvoit s'en attribuer la faute — A dire le vray, les honnêtes gens regardoient Bindon comme un homme suspect et la démarche qu'il avoit faite ne le prouvoit que trop. Après le retour du Major Preston à Montréal avec sa cinquante
.„ •! ,•. ■ . . ^ , • -, • volontaires ca-
troupe — il partit environ cinquante volontaires canadiens nadiens.sousie sous le commandement du Lieutenant Samuel Makaye \ McKay?"parofTicier de distinction pour prendre possession du fort St. j^ean!'""'^ ^'' Jean — qui l'ont gardé jusqu'à ce qu'il y eût été envoyé des troupes de Québec, pour y faire des retranchements. La première démarche que fit le Général Guy Carleton Dispositions
1 T~» . . , . , prises par le
— après avoir appris que les Bastonnois etoient venus a Générai Caric-
St. Jean — fut de faire partir de Québec les troupes qui y
étoient avec deux bâtiments chargés d'artillerie et [de] mu.
nitions — pour construire un fort à St. Jean ^, — Il envoya un
détachement de troupes à la rivière Chatigan ^, un autre
à St. P^rançois, et fit partir trente hommes de troupes pour
La Galette * avec des ouvriers pour réparer le fort — et
donna ordre également d'envoyer des charpentiers pour
construire des navires à St. Jean— Ensuite de quoy il
donna ordre aux troupes des Trois-Rivières ainsy que de
Montréal de se rendre à St. Jean sous le commandement
du Major Preston,— Le Général partit luy-mème pour
Montréal où il arriva le vingt-six de May, au grand cou- Vendredi. 26
lentement de toute la ville *. '"*'•
Les citoyens s'assemblèrent et furent luy faire une visite en corps qu'il reçut froidcnnuit— sans en sçavoir la cause— Il est vray qu'il pouvoit avoir quelques sujets de mécontentement contre quelques-uns qui se comportoient mal, mais \o plus grand nombre s'étoient montrés bons et fidèles sujets, et ils l'étoient effectivement,—
1 McKay. (J. V.) Vciir Nnles et pièces jusli/îcativex, XX.
2 Noies et pièces juslificalives, XXI.
.1 Satigan. (J. V.) "Voir Noies et pièces juslificalives. XXII.
4 Noies et pièces juslificalives, XXIII.
5 Cf. Journal /rvi;/, iVc, 20 et 20 May; Gazelle de Québec, 2b mai
i-es milices Lgs liult députés noiTimés par le peuple pour faire le pied d'après' le recensemeiit de la ville et [des] faubourgs de Montréal, et
conseil de Mire ■• j^-, -, • -i -t p . i i
sanguinet. les roles dos compagnies de milice, furent rendre compte de leur mission au Général Guy Carleton, — Gomme ils avoient trouvé le peuple mal disposé et même que quelques-uns d'entr'eux avoient essuyé quelques désagré ments — surtout les deux qui avoient été envoyés dans le faubourg St. Laurent où les femmes vouloient les lapider — M. Sanguinet — l'un des députés — dit au Général qu'il convenoit mieux dans la circonstance présente de rétablir les milices sur l'ancien pied — autrement il seroit difficile de faire mouvoir les Canadiens — et qu'il seroit à môme de luy procurer l'ancien rôle des milices, — Le Général adopta cette opinion et donna ordre que les Canadiens dans toute la province de Québec seroient incorporés dans les milices— En sortant de chez le Général, les autres députés se fâchèrent contre M. Sanguinet de ce qu'il avoit donné cet avis au Général Guy Carleton, et luy dirent qu'il seroit la cause de beaucoup de troubles, — Il leur répondit qu'il ne l'avoit fait que par un bon motif, et qu'il pensoit que les circonstances présentes l'exigeoient, — Les choses furent poussées si loin que M. Sanguinet fut obligé de laisser les députés et de jjrendre une autre rue pour revenir chez luy,— Alors il commença à craindre que le public sçût qu'il étoit l'auteur que la milice étoit mise sur pied, mais heureusement personne n'en sçut rien, et les députés eurent la discrétion de n'en rien dire — D'ailleurs malgré la mauvaise humeur de ces Messieurs, ils y trouvèrent chacun leur compte, car M. de Longueuil fut nommé Inspecteur des milices avec deux cents louis d'appointements par année, M. Dufy-Desauniers fut fait Colonel, M. St. George-Dupré Major et Commissaire des corvées pour les milices avec deux cents louis par an — et les autres députés furent établis commissaires de la paix — Quoiqu'il en soit — le Général Guy Carleton fit une proclamation pour mettre les milices sur pied, ainsy qu'il suit ^ 1 Noies et pièces justificalives, XXIV.
Par Son Excellence GUY CARLETON, Capitaine Général et Gou- j'n.ciaination verneur en Chef dans toute la province de Québec et Territoires '^'" ♦^""^«'"'«■u''
^ ^ pour reial)lir les
en dépendants en Amérique, Vice-Amiral, (l) Commandant le Dé- milices, d» partement septentrional, &c., &c., &c.
^' PROCLAMATION
" L'esprit de rébellion s'étant manifesté dans plusieurs des Colonies de Sa Majesté en Amérique^ et particulièrement dans quelques cantons voisins de cette Province, et plusieurs des dits rebelles ayant fait à main armée des incursions dans cette province ; où ils ont attaqué et enlevé une partie ^ des troupes de Sa Majesté avec différents effets et une barque appartenant au Roy, et comme ils continuent encore leurs hostilités traîtresses et tâchent de pénétrer dans cette province à la grande consternation des bons sujets de Sa Majesté et au mépris manifeste des loix et du gouvernement, prenant faussement et malicieusement pour prétexte de leur conduite qu'ils n'ont d'autres vues que de mettre les habitants de cette province à l'abri des taxes et de l'oppression du gouvernement, ce qu'ils lâchent d'insinuer par eux-mêmes et par leurs fauteurs, en y ajoutant plusieurs autres rapports également faux et séditieux, tendant à indisposer l'esprit des peuphîs et à les détacher de l'obéissance qu'ils doivenl au Roy : — Aiin donc de repousser promptement et elhcaccment une invasion si criminelle et perfide, et de se mettre en état
1 Maré(;lial dos Cami)s et armées de Sa Majesté. {Gazelle de Québec, 15 Juin 177.'J.
2 Un parti. {Ilnd.)
36 LE TEMOIN OCULAIRE DE LA GUEltRE
" de punir, comme ils le méritent, les auteurs de cette sé- " dition et leurs adhérents, et pour rétablir la paix et la " tranquillité publique dans toute l'étendue de cette iJro- " vin ce, ce qu'il n'est pas possible dans les circonstances " présentes d'exécuter par le cours ordinaire des loix " civiles : — J'ai jugé à propos de publier la présente Pro- " clamation, par laquelle je déclare qu'en attendant qu'on " puisse exécuter ce qui est propre ^ cy-dessus, en vertu " des pouvoirs et autorités que j'ay reçus de Sa Majesté, " j'ai résolu d'employer le secours des loix militaires dans '- toute l'étendue de cette Province, et d'ordonner en con- " séquence qu'on mette incessamment sur pied les milices " de la dite Province. Mais comme il n'est pas possible " d'expédier sur le champ un nombre suffisant de com- " missions pour tous les officiers qui doivent être em " ployés, je fais sçavoir en même temps à tous ceux qui " ont eu cy-devant quelques grades dans la milice par " des commissions reçues de l'Honorable Thomas Gage? " de l'Honorable Jacques Murray, de Ralph Burton et " Frédéric Haldimand, Ecuyers et cy-devant Gouver- " neurs pour Sa Majesté dans cette Province '', d'exécuter " ce qui leur étoit enjoint par les dites commissions, et " de faire usage des pouvoirs qui leur étoient donnés, •■' jusqu'à nouvel ordre de ma part. Et moi en consé- " quence, et au nom de Sa Majesté, je commande et " ordonne à tous les sujets du Roy dans cette Province " et à tous ceux qu'il appartiendra, sous peine de déso- " béissance, de donner aide et secours, en tout ce qui " peut concerner le service du Roy, à tous les dits offi- " ciers pourvus des dites commissions ou de celles qu'ils " pourroient recevoir de ma part.
" Donné sous mon seing et le sceau de mes armes, à " Montréal, ce 9^ jour de Juin 1775, dans la 15« année
1 Proposé. [Gazelle de Québec, 15 juin 1775.)
2 Noies et pièces juslificalives, XXV.
" du règne de Notre Souverain Seigneur George Trois, " par la grâce de Dieu Boy de la Grande-Bretagne, de " France et d'Irlande, Défenseur de la Foy, &c., &c., &.c.
" Guy Garleton." ^
En conséquence de cette proclamation — M. Dufy-Desau-
niers fut nommé Colonel, M. Neveu-Sevestre Lieutenant
Colonel, et M. St George -Dupré Major des milices du
district de Montréal— à qui il donna les pouvoirs de réta- de^iulncël*"'
bUr la milice et de nommer les ofïiciers— Ces trois Mes- "^^™t I^quI-
sieurs commencèrent à faire des injustices — par favoriser Monbéai'abute
leurs familles et leurs amis— de manière nue les anciens de ses pouvoirs.
— Mécontente- Lieutenants de milice, ils en firent des Enseignes, et des ments qu'il ex-
personnes qui n'avoient jamais été dans les milices — des Capitaines, et laissèrent plusieurs anciens ofïiciers qui n'eurent point de places — Cela fit nombre de mécontents — Toute la ville de Montréal murmuroit, et pour comble • de malheur la populace refusoitde se mettre en milice — • sous prétext(> que le Colonel Teinplere leur avoit promis qu'ils se formeroient en compagnies de trente hommes, et qu'ils auroient la liberté de nommer leurs officiers, — Tout ceci se passoit sous les yeux du Gouverneur, — Malgré les représentations qui luy furent faites, il ne voulut y avoir aucun égard — au contraire il fit expédier les commissions pour ceux qui avoient été nommés par Messieurs Dufy-Desauniers, Neveu-Sevestro et Si. George-Dui)ré. A Québec, Messieurs Voyer, Colonel ; Dumont, Lieulenanl- Colonel, et Dupré l'ainé, Major. *
Dans ce moment critique — les mauvais sujets n'épargnoient point leurs peines pour indisposer le peujjle t>t y mettre la confusion, — Bs répétoient conlinuellenioit
1 Par .son Excellence,