F. J. CUGNET, S. F
" VIVE LE ROY
La famille Le Sicur Livingstou. père, qui demeuroit près du fau-
dans les inté- bourg dcs Récollets avoit une correspondance exacte avec
rets des rBucl*
les. - les Bastonnois par le moyen des Sauvages, — et qui leur
apprenoit tout ce qui se passoit à Montréal. Son fils qui commandoit un parti bastonnois entraîna ses deux autres frères — du consentement de leur père — dans son parti. L'on voyoit aussy tous les jours plusieurs marchands an-
glois de Montréal qui alloiciit tenir leur congrès chez le vieux Livingston ^ — Toutconspiroit à notre perte sans que le Général Guy Carleton y fit la moindre attention — On auroit dit que tout cela ne Tintéressoit point, quoiqu'il y eût une quantité de mauvais sujets dans la province — qui faisoient tout le mal possible, — il y avoit aussy beaucoup de marchands et autres sujets anglois très affectionnés au service du Roy.
Thomas Walker — marchand de Montréal qui demeu- Thomas Wai-
, , . , ker aussi.
roit a 1 Assomption — employa tous les moyens, pour laire révolter les habitants tant de celte paroisse que de celles voisines. Il fit pour cet effet plusieurs assemblées, il avoit mis beaucoup de confusion dans cette partie — il avoit même des correspondances avec les Bastonnois, — Il fut même intercepté plusieurs lettres qu'un nommé Gharland et Menard Iny apportoient du camp des Bastonnois. Son commis fut même arrêté à la Longue-Pointe nar le Major Hugues l
Nous étions dans cette situation au 24 Septembre 1775, Dimandi.-. ^4 qnand Allein — un chef des Bastonnois — avec environ f,!,'^*'''",vec iso cent cinquante hommes du camp de la Pointe-Olivier — ,k'"""surpremire traversèrent de Longueuil au Courant Ste. Marie près -'^'"""■^«i- Montréal à dix heures du soir — Il se logea chez plusieurs habitants, — Dans la nuit Allein, Loizeau et Dugand, vinrent dans plusieurs maisons du faubourg de Québec ' — particulièrement chez Jacques Roussain * qui étoit passager de la ville à Longueuil — qui leur prêta des canots pour leur aider à traverser une partie des Bastonnois qui étoient encore au fort de Longueuil, — Il fut même les voir àSte. Marie avec sept ouhuitautres. Le Général Guy Carleton — ainsy qu(^ les citoyens de la ville — ignoroitiine les Bastonnois fussent si près de la ville, jusqu'au Vingt- tf-nibre.'
l Noies et pièces jusUficatives, LIV.
'2 Hughes. (J. V.) Noies el pièces jusli/icalivcs, LV.
3 Faubourg Qiuîbec. (J. V.)
'i Noies rt pièces juslificalivrs, LVI.
cinq, à neuf heures du matin, qu'un nommé DeshoteP, qui alloit à sa terre à la distance d'une lieue plus bas que Montréal, qui vit les Bastonnois dans jjlusieurs maisons, alors il revint aussitôt par les champs pour avertir la ville, — Dans l'instant l'on ferma les portes et l'on fit battre la générale — Aussitôt les citoyens canadiens et anglois de la ville se rendirent dans le Ghamp-de-Mars avec leurs armes, et de là à la cour des casernes pour prendre des balles et de la poudre pour aller repousser l'ennemi. Cette démarche se fit d'eux-mêmes — sans avoir reçu d'ordre, ny môme de permission du Général, — Pendant ce .temps l'on vit plusi(mrs personnes — et surtout le Colonel Jamson, Surintendant des Sauvages, Clause et toutes les femmes et enfants des officiers qui — avec leur bagage — s'embarquèrent dans les navires qui étoient mouillés devant la ville.
Les citoyens sortirent de Montréal au nombre d'environ trois cents canadiens et trente marchands anglois. Le reste des marchands anglois ne voulurent point y aller. C'est là où on reconnut le plus ouvertement les traîtres, — Il sortit aussitôt ^ de la ville environ trente hommes de troupes. Les Bastonnois se replièrent dans une maison et une grange, et commencèrent à tirer. Le feu fut vif de part et d'autre. Des Canadiens cernèrent les Bastonnois du côté du bois, et leur coupèrent chemin, — Il fut fait prisonniers dans cette Aiieii est fait actiou envirou trente-six bastonnois avec Allein qui prisonnier. étoit leur chcf — Il y cn cut plusicurs de blessés et tués et le reste prit la fuite — Nous eûmes le Major Carden — qui fut blessé — et le S^ Alexandre Paterson ^ marchand de distinction qui sont morts de leurs blessures — un soldat et un ouvrier tués et un manchonnier blessé, — Pendant le combat, le Général Guy Carleton et le Brigadier Prescot
1 Desautel. (J. V.) Noies et pièces justificalives, LVII.
2 Aussy [Ms. N" \.]
3 Noies el pièces justificalives, LVIII.
restèrent dans la cour des casernes avec environ quatrevingt et quelques soldats, lesquels avoient leurs havresacs sur le dos et leurs armes — prêts à s'embarquer dans les navires — si les citoyens de la ville étoient re[toussés, — mais tout le contraire heureusement arriva — car ils revinrent victorieux avec leurs prisonniers que l'on mit à bord des navires, — Sitôt leur retour, les citoyens proposèrent '"io-ie .i» <,é-
^ , , , ,., , . ., . . . Méral Carletoii.
au General que s il vouloit, il partiroit quatre-vingts ou cent citoyens à cheval et en calèche pour poursuivre les fuyards bastonnois, mais il les refusa. Cependant il étoit facile de tous les prendre, car une partie s'étoit sauvée à la coste St. Léonard et dans les bois, — Il n'étoit question que d'aller s'emparer des canots qui étoient le long de la Longue-Pointe et de la Pointe-aux-Trembles, par ce moyen ils n'auroient pas pu traverser du côté du sud, ce qu'ils firent pendant la nuit suivante, mais non pas sans • crainte ^
Le même jour de l'action qui se passa entre les ci- n^ux oUicit-rs
i.-, „ii -11 11 T-v, • . -.-.r ,, ., des rebelles vont
toyens de la ville et les Bastonnois — près de Montréal — il à l'Assomption, traversa de grand matin deux officiers rebelles de Varennes à la Pointe-aux-Trembles, les(iuels furent menés par le nommé Déchamp '' chez Thomas Walker à L'Assomption, — Leur dessein étoit de se faire joindre \n\v plusieurs habitants pour se rendre sous les ordres d'Allein — mais n'ayant pu réussir ils furent obligés de s'en venir jus(iu'à la Pointe-aux-Trembles— où ils apprirent qu'Alhùn et son parti avoit été défaits — et se firent retravers(>r bien vite à Varennes pour rejoindre le reste des fuyards.
Quelques jours avant cette action— M'' St. Luc Lacorne m. .«t. i.i.<- 1...envoya chercher les chefs du village d(>s L-0(iu()is du liueuv'rië'Gé: SaullSt.Louis,— A leur arrivée chez luy— il lii.l un conseil llS 4m!c''' i." avec eux en la présenci^ de quehjues cluM's népissi ligues ''■'"■ ''''"''"'''"■■
1 Noies el pièces Jii.slifiralivcs, LIX. Cf. Journal tenu. Ai-. 26 sopl., Gazelle de Québec, N°« du 5 et du l'J ocl., Allen s caplivili/, Walnnln N. II. 1807, pp. 27 etc.
2 Deschaini»s (J. V.) Noies et piècesjitslifiaitircs, LX.
et algonkains \ — il y avoit aussy sept à huit autres personnes de ses amis, — Il dit aux Sauvages, — " Mes Frères, " vous savez, quand votre père Monsieur Devaudreuil " " (dernier Gouverneur françois) est parti du Canada, il '' vous recommanda — ainsy qu'à nous — de vivre ensemble " comme des frères et de ne jamais nous abandonner, — " En conséquence voilà un collier de porcelaine que je " fais présent aux Troquois — que je prie d'accepter et de " porter ma parole à M^ Montgomery ^ — le chef des Bas- " tonnois qui est à St. Jean." Il tira dedans un sac plusieurs branches de porcelaine et leur dit — '' Vous " porterez cela au chef bastonnois — vous luy direz de " ma part — et de celle des Messieurs présents et même " de la noblesse de la ville de Montréal — que dès ce " moment nous laissons tomber la hache (cela veut dire " — nous faisons la paix) — et que nous ne nous môle- ' rons plus de rien, et que nous les prions d'oublier* " le passé comme nous avons fait." Les chefs sauvages partirent aussitôt et se rendirent an village des Iroquois — En arrivant ils firent le cri pour apprendre à leur nation que Mr St. Luc Lacorne et plusieurs autres--au nombre de sept à huit — vouloient faire leur paix avec les Bastonnois. * Sans doute ils se félicitèrent d'avoir fait la leur — Gela produisit un très mauvais eflèt, car la jeunesse sauvage vouloit toujours faire la guerre, et cette démarche les arrêta. Les Sauvages partirent du Sault St. Louis au nombre de dix à douze chefs — tous à cheval — pour se rendre à l'armée des Bastonnois qui étoit à St. Jean A leur arrivée ils présentèrent les branches de porcelaine à Mr Montgomery qui les accepta avec plaisir, — M'" Montgomery renvoya les chefs Sauvages avec une lettre qu'il écrivit en réponse à M>" St. Luc Lacorne — où il luy mar-
1 Algonquins.
2 De Vaudreuil. (J. V.) Notes et pièces justificatives, LXI.
3 Notes et pièces justificatives, LXII.
4 Le Ms. N» 1 met entre parenthèse tout ce qui suit jusqu'à arrêta.
quoit qu'il avoit reçu sa parole — qu'il pouvoit être tranquille— ainsy que les autres Messieurs, qu'ils ne seroient point pillés, — Mais dans lintervalle les affaires avoient changé de face, — Il y avoit déjà beaucoup d'habitants des campagnes entrés dans la ville — quand les Sauvages rapportèrent la réponse de W Montgoniery à M'' St. Luc, — Il se trouva très-eml)arrassé — il prit la lettre et la porta au Général Guy Garleton, lequel fit venir un tambour, faute de bourreau — luy fit donner plusieurs coups de pied sur la lettre en la présence des Sauvages — et la fit jeter au feu — ce qui les surprit beaucoup, après la démarche que leur avoit fait faire M"" St. Luc Lacorne — Cependant quelques personnes avoient prévenu le Général de la démarche de Ml' St. Luc, mais il voulut garder le silence, e": continua toujours d'avoir la même conhance en luy ^
L'action qu'il y avoit eu entre les citoyens de la ville Mardi. -26 sep-
JAr^-iii T-\ • - -ni 11.' tfiiibre. Les ha-
ae Montréal et les Bastonnois réveilla les habitants des i-iiam:- des oam-
11 • . 1-11-,. paî>-iies veulent
campagnes de leur assoupissement, car des le lendemain, prendre les arvingt-six Septembre— il Vint en ville quinze habitants de la rebelles, côte St. Léonard s'offrir au Général pour la défense du pays — Il en arrivoit à tout instant des différents endroits dans les mômes sentiments — ce (jui fit que plusieurs personnes prièrent le Général d'envoyer des ordres dans les campagnes pour faire venir [es habitants et de profiter de leur bonne disposition, — Il donna pour toute réponse — qu'ils avoient mé[)risé les ordres du Brigadier Prescot el qu'il n'en donneroir point, — Cependant il dit à M'- Dufy- Desauniers— Colonel d(!s Milices à Montréal— d'en envoyer signés de luy et de faire commander quinze hommes par compagnie, — L'on vit venir en peu de jours à Montréal — de tout(»s hîs côt(>s du nord — beaucoup d'babitants — à la grande satisfaction des citoyens de Montréal ^
Le Général donna ordre à quarante hommes canadiens Arr.Mndon .lo et soldats d'aller prendre prisonnier Tiiom.'is Walker ijui
1 Noies el ])icccsJHsli(iralivcs, liXlIl
2 CI". Jounuil Ir.nu, A'C. S ocloltrc.
étoit à L'Assomption ^ Ils cernèrent la maison de Walker — lequel se mit en défense dans sa maison avec son épouse et trois domestiques, — Il fut tiré de dedans la maison plusieurs coups de fusil et de pistolet. Le S'" Magdonel *, Officier du Royal Emigrant — fut blessé au bras — Ils ne purent prendre Walker qu'en mettant le feu à sa maison, — Ils le prirent par une fenêtre avec sa femme et les amenèrent prisonniers à Montréal— La femme fut mise en liberté et Walker confiné dans les prisons des cazernes ' — Alors les habitants du nord du fleuve S' Laurent abondèrent de toutes parts à Montréal. Il n'y eut que la ti™e M.Tufhl paroisse de Berthier qui refusa — après avoir montré de •"='■'• la bonne volonté — par une difficulté qu'ils eurent avec
M' Guthbert * — seigneur de cette paroisse, car il y avoit déjà quinze hommes par compagnie assemblés — au moment de partir pour Montréal — mais M"* Guthbert, qui arriva dans le moment de Québec où il avoit été en qualité de conseiller, voulut que tous les habitants de la paroisse se rendirent à Monti^éal, — ce qui fit qu'ils refusèrent et qu'il n'en vint pas un seul, — au contraire, ils se sont montrés depuis très mal disposés ^
Les habitants des campagnes se montrèrent si zélés
I, 'empresse- '- '■^
ment des Pana- Qu'il viut à Moutréal quaraiitc-deux hommes de S'^
diciis ne fait ^ ^
qu'augmenter. Auiie, à dix-liuit Ucues dc Québcc ^. Les habitants de la paroisse de Varennes se distinguèrent plus qu'aucune autre — qui est située au sud du fleuve S' Laurent — dans laquelle les Bastonnois passoient et repassoient tous
1 Et qui faisoit tout son possible pour engager les habitants à la révolte et de prendre le parti des Bastonnois. Ce petit détachement arriva au point du jour à L'Assomption. (Ms. N" 1.)
2 McDonell. Le Royal Emigranl était un corps de troupes levées en Canada par le Colonel McLean. (J. V.) Voir plus loin la note au sujet de cet officier. Cf. Gazelle de Québec, 12 juillet 1775.
3 No/ei- cl pièces juslificalives, LXIV.
4 Noies et pièces juslificalives, hXV.
5 Cf. Journal lenn, etc., 12 oct.
6 Noies et pièces juslificalives, LXVI.
les jours, — il en arriva à Montréal plus de trois cents de cette paroisse — avec la meilleure volonté du monde. Alors plusieurs paroisses des environs de Montréal s'offrirent à marcher contre les Bastonnois de bonne volonté— 11 se trouva, au commencementdu mois d'octobre dans la ville de Montréal plus de douze cents habitants des campagnes — joints à plus de six cents de la ville — des faubourgs et de la banlieue de Montréal — ce qui auroit fait une petite armée respectable, - Il auroit été facile de traverser au sud du fleuve S' Laurent et [dej se camper auprès du fort de Longueuil, — Il arriva aussy à Montréal cent sauvages du Lac-dcs-Deux-Montagnes et de S' Régis.
Tout ce monde, en laissant une garnison dans la T|i;i"i';ii wâ-
■ o mable du Oou-
ville — auroit formé — joint aux paroisses de Boucher- vemour. ville et de Longueuil — im camp d'au-moins deux mille cinq cents hommes, — En outre — la quantité d'habitants des paroisses du nord — qui vouloient se joindre au camp de Longueuil — si le Général donnoit ordre de traverser — auroit été plus que suffisante pour faire lever le siège que les Bastonnois fesoient à S' Jean. D'ailleurs ils n'ignoroient point que les habitants s'assembloient à Montréal — En conséquence ils avoient fait embarquer tous leurs effets dans des bateaux pour décamper à la première nouvelle qu'ils auroientque cette petite armée seroit en marche ', — Tout paraissoit riant à Montréal. Le Général fit distribucn- aux habitants les fusils que le Roy pouvoit avoir, — Tout le monde se flattoitque le Général douneroit ordre de traverser au fort Longueuil, le contraire arriva — Tout ce monde resta en ville — pendant trois semaines — à manger les vivres du Roy — Fatigués d'attendre — les habitants de Varenncs furent les [)remiers à {trier le Général d(î les laisser traverser à Longueuil — qu'ils craignoicnt que les Bastonnois — (jui passoient et repassoicuit dans buirs paroisses tous les jours
I Nolfs ri pircr.s Juslifîcalin's, LXVII.
— ne fissent brûler leurs maisons et leurs granges pleines de grains — que d'ailleurs ils pouvoient maltraiter leurs femmes et leurs enfants, — Le Général leur répondit, — qu'il n'étoit pas encore temps, mais que bientôt ils traverseroient. Ils luy répliquèrent, — que les habitants du nord du fleuve étoient aussy bien disposés qu'eux et qu'ils se joignoient ensemble pour le prier de les laisser traverser au sud — et qu'ils espéroient que ^ sous huit jours — qu'il n'y auroit pas un seul Bastonnois à St. Jean — que si quelques-uns d'eux étoient tués— que leurs femmes et leurs familles n'en feroient point de reproches à Son Excellence
— puisque c'étoit de leur propre mouvement qu'ils vouloient y aller, — qu'ils sçavoient que les habitants de Boucherville et de Longueuil se joindroient à eux — Mais pour toute réponse — le Général leur dit, qu'il ne vouloit point perdre de monde, que le temps n'étoit pas encore venu pour traverser. —
Beau dévoue- Dans ce temps plusieurs habitants de St. Ours dans la
ment déplu- ^ ^ ,
sieurs habiiiiiits Rivière Gliambly vinrent a Montréal — malgré les me-
ileSt. Ours. p . • i t-. ■ i i iJ * i i
naces que leur laisoient les Bastonnois ^ de brûler leurs granges et maisons, — Rien ne put déterminer le Général à traverser du côté du sud. Les habitants des campagnes
— au bout de trois semaines — commencèrent à s'ennuyer à Montréal — Le temps de labourer la terre arrivoit. Tout le monde pensoit qu'il ne falloit pas plus de huit jours pour repousser les Bastonnois — S* Jean auroit été dégagé ; aussy tous les jours le Général étoit-il importuné par les citoyens de la ville et les habitants de la campagne pour traverser à Longueuil ; mais le Général refusa toujours — au grand mécontentement de tout le peuple et l'on crut alors qu'il a voit des ordres secrètes pour tenir cette conduite ^
Le Général fit une Proclamation pour que les Capi-
1 que les Bastonnois leur faisoient. (Ms. N" I.)
2 Notes et pièces justificatives, LXYIII.
le
DES BASTONx\OIS EN CANADA. 57
taines de milice des campagnes fissent faire les travaux —par corvées— des habitants qui étoient à Montréal pour le service du Roy — conçue en ces termes :
Par So\ Excellence GUY CARLETON, Capitaine Général et Gou- uociobre verneur en chef dans toute la Province de Québec et Territoires Prociamaiionqui en dépendants en Amérique, Vice-Amiral d'icelle, Maréchal dei vauxaèschampï camps et armées de Sa Majesté, Commandant le DéDarteniont «en- Ç""'' '■'^"''^ 'i"*
. . • 1 c „ „ ' ^^ etaieiil sons le<
tentrional, &C., &C., &C. armes.
" A tous les Capitaines et autres Officiers commandants " les milices dans la Province de Québec, &c.
^' Vu qu'un nombre considérable de fidèles sujets de
Sa Majesté qui se sont rendus près de nous, pour don- " ner des preuves de leur zèle et fidélité envers sa dite •' Majesté, ont laissé beaucoup de travaux imparfaits chez •' eux, et qu'il ne seroit pas juste que de tels sujets souf- ■' frissent pour s'être distingués, et qu'il est d'ailleurs •' très-intéressant pour le bien général de cette Province '' que les ouvrages de la campagne soient faits avant la " mauvaise saison :
" A ces causes, nous vous ordonnons de faire faire, '' chacun dans vos districts respectifs, par les habitants " qui sont restés chez eux, et ce par corvées que vous " réglerez avec équité et conduirez avec exactitude, tous " les ouvrages et travaux rjue les dits habitants de vos '' dits districts — qui servent près de nous ou ailleurs par '• nos ordres— n'ont pu et ne peuvent faire : faucher les " foins, couper les avoines ou autres grains, serriM-^'v en- " grangcr le tout bien conditionné, faire les guérefs et " labours, réparer et mettre les bâtiments en étatd'hiver- " nement.
'' Nous vous déclarons que, faute par vous do tenir la " main à l'exécution du présent ordre, vous nous en serez " personnel Icniciit responsables, et (JU(> nous ferons payer
'•' et rembourser par les coiitrevonants toutes pertes ou " dommages que pourroieut soulï'rir les fidèles sujets du " Roy qui ont généreusement préféré son service et la '• tranquillité de cette Province à leurs intérêts parti- ''■ culiers.
" Nous vous mandons et ordonnons de faire immédia- " tement publier, tant à la porte des églises dans vos " districts respectifs que partout ailleurs où besoin sera, " notre dit présent ordre, et d'en certifier à Messieurs les " Colonels des milices, chacun dans leurs districts, aux- " quels il est par les présentes ordonné d'en rendre " compte, sçavoir : — pour les paroisses de Québec à notre " LieutenantGouverneur, et pour celles des Trois-Rivières •' et de Montréal à nous, ou, en notre absence, à l'officier " commandant.
'■' Donné à Montréal, le 14^ Novembre ', 1775.
" Guy Carletox."
L'on voyoit tous les jours passer le long de la paroisse ciiTuLiir'ut're! de Longueuil — au sud du fleuve St. Laurent — vis à-vis de li'i'fams découral ^loutréal — dix, quinze et vingt Bastonnois qui alloient du felfrs fovfrs""^"^ ^'^^'^ ^*^ ^^ Praii'ie de la Magdelaine au fort de Longueuil, et même jusqu'à Verchères — qui se moquoient de la ville — il y a tout lieu de croire qu'ils avoient raison. Il s'offrit XJlusieurs personnes pour aller faire des prisonniers du côté de Longueuil afin de sçavoir des nouvelles, mais le Général s'y est toujours opposé,— Les habitants des campagnes voyant une telle menée, murmuroient tout haut, plusieurs demandèrent au Général à aller voir leurs familles, ils obtenoient la permission facilement, — d'autres partoient sans la demander, — Les citoyens de Montréal voyoient avec déplaisir que le nombre des habitants
1 Ce doit être une erreur du copiste, car au 14 novembre, Montréal était depuis deux jours au pouvoir de Montgomery. (J. V.) En effet cette proclamation porte la date du 14 octobre. Cf. Gazelle de Québec du 19 octobre 1775.
dimiiuioit tous les jours. L'on anroit dit que le Général s'en réjouissoit.
Le Lieutenant Colonel McKlene ^ — des Emigranls — for- Le Lieiitenain
"^ Colonel iMacleuM
ma à Sorel une petite armée de sept à huit cents hommes reçoit ordre de
'- congeaipr son
dont la plus grande partie Canadiens, et dirigea sa route baïaiiion. par la rivière Chambly — pour se rendre au fort Chambly, — Après deux ou trois jours de marche — il reçut ordre du Général Guy Carie ton de se reployer à Sorel, de congédier son monde, et de se rendre à Québec avec le peu de troupes qu'il avoit, — Quand cette nouvelle parvint à Montréal l'on ne vit partout que tristesse, car tout le monde s'étoit flatté que le Général auroit fait traverser à Longueuil toutes les milices qui étoient à Montréal, pour faire la jonction avec celles que commandoit le Colonel McKlene — ^.ioint aux troupes qui étoient dans le fort St. Jean, ce qui auroit formé une armée d'environ quatre mille hommes, — 11 n'en falloit pas tant pour battre les Bastonnois qui étoient à St. Jean au nombre d'environ de quinze à dix-huit cents au plus. Le Général Guy Carleton permit à soixante Canadiens i-e (iouvcr-
, , "1 , , iieur permet tri-
(ît douze soldats de troupes, sous le commandement du fin a queitin.-. Capitaine McCloude ^ d'aller au fort de Longueuil, — Ils pous"Vr"'' une n'y trouvèrent aucun Bastonnois, qui on étoient partis le de'tlonîïireii'iî!" matin — Ils prirent soixante à quatre-vingts pains, sept à huit cents livres de farine, et quelques barils de balles et poudre dans un liangar — qu'ils partagèrent ensemble de l'agrément du Général, — Ce petit succès encouragea les habitants, — ils ('ontinuèrent toujoui"s à demander au Général de traverser à Longueuil (»t d'y fair(> un camp, plus particulièrement dans ce momcMit — ])nis(iu(> les Bastonnois avoient abandonné le fort, mais 1(> Général refusa constamment, — CtqxMiant pour les désennuyer, il pei-mit à deux cents d'embarquer dans sept à liuit liateaux i)Our
1 McLc'ni. M.'usliiill oL (runlros ('(•rivent Marlran. (J. V.) Pour l'histni-i(|ii(î (lu batdillou fit do la caMi|in;.'nc' do cet (illicior. voir Journal lenit,fiC.,(\n l'i octnhronu 8 \if)vnu\tvo, Notes ri pii'resjuslific., LXIX.
2 Mcl>ood.
aller se promener à Boucherville, — ils arrêtèrent en passaut à Longueuil où ils ne trouvèrent aucuns Bastonnois. Le Général permit de temps en temps aux habitants d'aller se promener en bateau le long des côtes de Longueuil — avec défense expresse de tirer sur les Bastonnois.
Un jour la garde des volontaires qui étoit devant le château ^ vit passer avec une longue vue onze Bastonnois le long de Longueuil — il donna ordre au Major Hugues et à un autre officier de prendre quarante soldats en ^ deux bateaux — et d'aller près le rivage de Longueuil, avec défense de tirer ny de débarquer à terre. Les onze Bastonnois s'arrêtèrent ^ vis-à-vis des deux bateaux où étoient les troupes du Roy et leur dirent des injures et se moquèrent d'eux, — Les troupes s'en revinrent en ville avec leur petit bonheur. Tout le monde * gémissoit et murmuroit contre une telle conduite, et se persuadoit que le Murmures .les Général avoit des ordres de la cour d'Angleterre afin
citoyens — suites °
de cette iiiac- d'épargner le sang de ses sujets — dans l'espérance que les Bastonnois rentreroient dans leur devoir, — en conséquence un chacun faisoit ses efforts auprès du Général pour le déterminer à traverser au sud — pour aller dégager les retranchements de St. Jean qu'étoient toujours assiégés.
L'on murmuroit ouvertement contre Messieurs St. Luc Lacorne et Niverville, deux anciens capitaines canadiens et chevaliers de St. Louis — qui étoient suspects au peuple, en qui il paraissoit que le Général avoit mis sa confiance.
L'on voyoit clairement que si le Général ne faisoit pas faire quelques mouvements — que St. Jean seroit pris et coiiséquemment la ville de Montréal courroit de grands risques. Les mauvais sujets se moquoient des royalistes
1 Noies et pièces juslificalives, XL.
2 et (il/5. N" L)
3 Ce mot manque dans Ms. N» 2.
4 Tout le peuple [Ms. N" 1 .)
— pour les intimider ils disoient qu'il y avoit à St. Jean quarante mille hommes bastonnois — A dire le vray — on en ignoroit à Montréal le nombre, puisqu'on ne pouvoit avoir aucunes nonvelles des costes du sud — La ville étoit pleine d'espions étrangers — sans compter les domiciliés, — Les citoyens montoient la garde régulièrement — autant pour se préserver des incendies ^ que de la surprise par les Bastonnois. Les faubourgs refusoient d'y monter la ;
garde — depuis que Jacques Price les avoit gagnés en son Les amis des dernier voyage a Montréal — et d ailleurs, il avoit laisse ouvunemeiu à assez d'amis pour les entretenir dans la neutralité — Les mauvais sujets, qui étoient en nombre avoient le soin de répéter tous les jours aux Canadiens, qu'ils ne pouvoient prendre les armes sans être rebelles — attendu qu'ils avoient fait serment — à la conquête du Canada — de ne point prendre les armes contre les Anglois et que le meilleur parti pour eux étoit de rester neutres — malgré cela il y en eut un grand nombre qui innrent les armes en faveur du Roy ^.
Le Général fit revenir du fort de la Galette environ (jueK)ues soiquarante soldats qu'il y avoit envoyés le printemps, — îJTl'VkMi'cr''' ''* Ce petit secours ne nous fnt pas de grande utilité — puisque le Général étoit déterminé à ne vouloir point aller secourir les troupes dans les retranchements de St. Jean.
L'armée dos Bastonnois <jui faisoit le siège de St. Jean i.'eniu-n.i n-.
,., ■■.'.- i 11 1 T 1 • çoil (les renions
— et qu ils avoient oie au moment d abandonner plnsieurs nour lesié-e d.-
Mil A 1 - 11 1 1 • * 1 (• • ■ St. Jean.
s denx-mcnies — malgr(; que ion les laissât I;nre tranquillement ot sans opposition — reçut six cents hommes de renfort — Ils en avoient grandement besoin parce qu'une partie de leur petite armée étoit tombée nialad(^ par la pluie continuelle qu'il fit dans ce temps — (!t diminuée à un point qu'ils n'avoient pas plus de huit cents hommes en état de porter les armes.
Le Général Montgoinery envoya environ cent cin- .soeiohi..-
1 Noies cl pièces jusUfical ires, LXX.
2 Noies et pièces Juslifiralives, LXXI.
qiiante hommes — le 18 croctobre — pour attaquer le fort ommbiy se rend Gliambly — avec une pièce de canon de douze et une autre de quatorze — Pendant ce petit siège les Bastonnois venoient à Longueuil — vis-à-vis de la ville — battoient du tambour et jouoient du fifre et même tiroient quelques coups de fusil — sans doute pour se moquer et ^ [pour] intimider les esprits, — mais il est certain que le commandant du fort Chambly — avec sa garnison au nombre d'environ soixante hommes — se rendirent aux Bastonnois après quelques coups de canon — sans perdre un seul homme de part ny d'autre. Les Bastonnois trouvèrent dans ce fort cent trente trois barils de poudre, cent cinquante quarts de farine, dix pierriers, cinq mortiers, deux pièces de canon, trois cents bombes et les drapeaux des troupes qui étoient dans les retranchements de St. Jean, — Ils avoient grandement besoin de ces articles, car ils manqnoient tellement de tout ^ — On n'apprit cette nouvelle à Montréal que huit jours après, encore parce que ce fut M. Montgomery qui envoya ^ un de ses soldats en apporter la nouvelle au Général Guy Carleton, — Cette nouvelle affligea toute la ville de Montréal — et les citoyens reconnurent plus que jamais que si le Général avoit voulu faire un camp au fort de Longueuil — qui n'est qu'à quatre lieues de celuy de Chambly — il est certain qu'il n'auroit point été pris, ny même attaqué — car en moins de denx heures l'on pouvoit luy donner des secours. Les habitants des campagnes restoient constamment à
Ou continue à... ,, ... -, ■ . ^ ^
n.urmurer oon- Moutrcal ct murmuroieut — amsy que les citoyens de la tre M. Car eton. ^^^^^^ dc Moutréal — de voir que le Général s'obstinoit à ne point vouloir traverser du côté du sud — pour aller repousser l'ennemy, — Les habitants menaçoient de s'en retourner chez eux — ils s'ennuyoient de ne rien faire, — Plusieurs demandoient la raison pourquoy le Général ne
1 ou [Ms. N" [.)
2 Notes cl pièces JKstificalives, LXXII.
3 encore ce fut parce que M. Montgomery envoya, &c. {Ms. N" 1.)
voiiloit point les laisser aller mettre un camp à Lon,uneiiil — d'antres leur répondoient qne le gonvernement n'avoit point de confiance dans les Canadiens — leur réponse étoit, — qne pour en juger il falloit les mettre à Tépreuve. Le Général envoya environ deux cents habitants dans les paroisses de Lachine, la Pointe-Glaire, S'° Anne du boutde-l'isle d'en-hant de Montréal, S'® Geneviève — pour inviter les habitants de ces paroisses à venir en ville — ils amenèrent 15 hommes par compagnie \
Le Général envoya huit bateaux chargés de Canadiens, Mi.s.s.oinie .m. sons le commandement de M' nigauvilie a Vercheres — verchères; s,,ii du côté du sud — pour inviter également les habitants de '"''"^" ^"'^'' cette paroisse à venir à Montréal — En arrivant dans cette paroisse — il trouva cinquante hommes prêts à marcher — M'' Rigauville envoya dans la deuxième et troisième concessions pour chercher un homm(» qui se trouva absent alors, — Il envoya prendre la femme et les enfants de cet homme avec une garde, mais les lial)itants^ — sur[)ris d'un tel procédé — crurent que l^igauville avec son détachemeiiL étoient venus pour leur fair(! la guerre — Alors ils j'efusèrent de venir en ville — Il partit huit habitants de cette paroisse pour chercher les Bastonnois, qui étoient revenus à Longueuil — pour les secourir. — Dans l'instant M'' de Rigauville fut averti, il fut même prévenu qu'il y avoit cinquante hommes de Contrecœur armés contre luy et que les Bastonnois ne tarderoient pas à arriver pour l'attaquer, — Il répondit, qu'il h^s attendroit de pied ferme, et qu'il ne craignoit rien. Il mit une garde avancée chez .un nommé Quintal, et le reste de son détachement il retendit dans toutes h^s maisons — dans la dislance d'une demi Hem;, soupa si.hMKlidenienl et se coucha yvrc — Dans la niènu! nuit à onze heures, les Bastonnois arrivèrent dans le chemin d\i Roy et quel(in(>s haltilar.ls de Verchères le long du boid de l'eau — Le factionnaire do la gardi! avancée de M. r,iganville tira son coup de fusil
I Noies et pièces Ju.slificalivcs, LXXIII.
et tua un Bastonnois, — La garde se reploya près de l'église, où étoit logé M. Rigauville — espérant le trouver avec son détachement, — Quelle surprise pour eux de trouver M. de Rigauville hors de raison — yvre et tout son monde épaillé dans les maisons — pendant une demi lieue de chemin, — La garde fut obligée d'aller cogner à toutes les portes, pour réveiller le détachement, — Deux hommes prirent M. de Rigauville par dessous les bras pour l'emmener — ils ne le purent jamais. Le détachement [s']embarqua avec confusion dans les bateaux et traversa dans une île — il n'y eut que M. de Rigauville et un habitant faits prisonniers par les Bastonnois, — Comme il y eut quelques coups de fusils tirés entre les Bastonnois et les habitants de Verchères par méprise, et qu'il y eut quelques hommes de tués de part et d'autre, les Bastonnois crurent que les habitants de Verchères leur avoient joué le tour, ils se sauvèrent avec diligence à Longueuil — [1 fut tué dans ce petit combat le S' Lespérance, âgé de soixante quinze ans — de la Longue-Pointe, — que M' Rigauville avoit invité d'aller avec luy — Il étoit logé chez un nommé Quintal son amy, — on ne sçoit si c'est par les habitants de Verchères ou par les Bastonnois \ Cette affaire découragea les citoyens de Montréal et particulièrement les habitants des campagnes, qui commencèrent à s'en retourner chez eux — puisque le Général ne vouloit point traverser du costé du sud, pour chasser environ quarante hommes qui étoient dans le fort de Longueuil. Nouvelle pro- Cepcudaut un jour le Général partit, sur les quatre
riienade eu face , . , . /^ t i i
de i-..ii?ueuii. heures apres-midy avec trois cents Canadiens dans les, bateaux — pour s'aller promener devant Longueuil — et donna ordre à trois cents autres Canadiens, qui étoient dans la cour des casernes — d'aller le rejoindre dans le cas que l'envie luy prît de descendre à Longueuil — Il ne fit que se promener avec les trois cents hommes en bateaux au milieu de la rivière, et revint à Montréal,
1 Noies et pièces Jusiifîcatices, LXXIV.
tout le monde étoit aux abois de voir une telle conduite et l'on voyoit claii'ement que le public étoit amusé — et le Général disoit souvent, que les affaires étoient infiniment mieux qu'elles n'avoient été jusqu'alors, — Personne n'étoit dupe — et le Brigadier Prescot disoit toutes les fois qu'il niouilloit — (ce (jui arrivoit souvent) — que ce temps nous valoit quatre mille hommes. Cependant les plus clairvoyants s'apperce voient que notre perte devenoit certaine.
Le mois d'octobre se passa sans avoir eu aucune non- comniunicavelle de b' Jean, — Cependant il en sortit quelques per- J»-^" innn.ir.sonnes que les habitants de la paroisse ^ St. Philippe firent prisonniers pour les Bastonnois ^
Enfin le Inndi trente octobre — le Général Guy Carleton uenuère lei.annonça qu'il avoit envie d'aller débarquer à Longueuil — vemeu/ ".. cô^^ Dans le moment il se trouva environ huit cents hommes "^ '"".""«'"' canadiens, cent trente hommes de troupes et qnatre-vingts sauvages qui [s'Jembarquèrent dans quarante bateaux, berges et chaloupes, — cette petite armée s'assembla dans la cour des casernes à Montréal, à qui on distribua de la [joudre et des balles, — Le Général assembla (juelques officiers dans vnie chambre, et leur donna l'ordre de la marche qu'il ialloit tenir. En suite de quoy cette petite armée partit, les bateaux traversèrent tout droit à Longueuil, — Ils arrivèrent près de terre à trois ([uarts de lieue au-dessus du fort, ils n'y trouvèrent qu'une garde de dix homm(>s, — ([ni fut an moment de se sauver, mais comme l'on fit signe aux bateaux les plus près de terre de se retirer au large, la garde des Bastonnois tira sur eux, — Ensuite les bateaux se promenèrent devant Longueuil — comme les jours précédents — hoi's de portée de fusil — Pendant ce temps les Bastonnois qui étoient dans le fort de Longueuil '' vinrent rejoindre la garde au nombre de
1 dn. (.1/5. N" \.)
1 Eiilro fiutrcs le Capilivinc Hnliiiison, MM. ilo Uicliorvillc, Hfiiiiville. Voir lo jntiiiial du Cln-valior do Loi'iiiiinr, Mes services, 1775, IX.
3 Noirs el pièces jusiifirniivcs, LXXV.
m LE TEMOIN OCULAIRE DE LA GUERRE
cent quatre hommes — et trente qui étoient restés dans le fort, — Enfin, fatigué de se promener — le Général descendit dans l'île S** Hélène — et quelques Canadiens avec les sauvages mirent pied à terre sur des battures et commencèrent à fusiller sur les Bastonnois qui ripostèrent — tout le reste fut spectateur. M. Montigny ^, l'aîné, qui conduisoit un des bateaux sur lequel il y avoit un canon — demanda au Général ce qu'il falloit faire ; il luy répondit qu'il falloit aller souper en ville, — Sur les cinq heures du soir les Bastonnois amenèrent une pièce de canon — qu'ils avoient reçue le matin du fort Chambly, qui commença à tirer sur notre petite armée, — Alors le Général revint en ville avec tout son monde, — Les sauvages et quelques Canadiens qui étoient avec eux sur les battures se distinguèrent dans ce petit combat, — Il y eut trois sauvages de tués et deux fait prisonniers — le sieur Jean-Baptiste Lemoine et un nommé Lacoste — perruquier — furent aussy faits prisonniers -.
u *iége (lu Les Bastonnois — qui avoient trouvé tant de secours
lurl St. Jean t , n
pressé avec vi- daus le fort Chambly — se ranimèrent et commencèrent à
gf ur. Il se renrl. .
tirer de nouveau sur les retranchements de S' Jean. Le 1" novembre — ils envoyèrent huit cents quarante boulets et cent vingt bombes — avec la poudre qu'ils avoient trouvée dans le fort Chambly, — Après un feu si violent les assiégés commencèrent à perdre courage, — Les Bastonnois envoyèrent un parlementaire pour leur annoncer qu'ils ne dévoient plus attendre de secours, — que It» Général Guy Carleton ayant voulu faire une descente à Longueuil — il avoit été défait avec son armée et que pour preuve ils leur envoyoient le nommé Lacoste, qui avoit été fait prisonnier dans le combat — Alors les sieurs de Belestre et de Longueuil — qui étoient dans les retranchements avec environ cent cinquante volontaires canadiens— dirent qu'ils connoissoient Lacoste, mais qu'il étoit
1 Noies el pièces Juslificalivcs, LXXVI.
2 Notes et pièces justificalives, LXXVII; Cf. Mes services, 1775, X.
sujet à avoir Tesprit timbré, — Alors les Bastonnois leur répondirent, qu'ils pouvoient envoyer quelques-uns à leur camp, qu'ils y verroient le S'' Jean-Baptiste Lemoine, qui étoit prisonnier, — Ils envoyèrent un officier \ à qui le S"" Jean-Baptiste Lemoine raconta la manœuvre qui se passoit à Montréal ; — En conséquence, le lendemain, les troupes du Roy — ainsy que les Canadiens qui étoient dans les retranchements de S* Jean — capitulèrent et se rendirent à environ dix-huit cents Bastonnois.
Le Gapitame William '^ — de l'artillerie — avec quatre officiers vinrent à Montréal en apprendre la nouvelle au Général, et pour chercher le bagage des troupes qui étoient à S* Jean, — ce qui mit la ville de Montréal dans la consternation — à l'exception de ceux qui avoient des intelligences avec les Bastonnois — qui se réjouissoient ouvertement — et si le Général eut voulu donner du secoTirs anx retranchements de S' Jean, nous aurions évité bien des malluMirs ciue nous avons essuyés.
[L'autour, sans autre transition que le titre placé en haut de la page suivante, intercale ici une relation iilus détaillée de la prise du fort St. Jean. M. le Conunandeur Yigei' avait l'ejeté cette relation à la (in do sa copie annotée, parce qu'elle vient interrompre, d'une manière désagréable, l'cnsenihle du récit. Pour nous, nous avons cru devoir respecter Tordre des deux manuscrits. Nous renvoyons aux Notes cl pièces justific.at ires, LXXYIII, les remarques (|ue nous avons à faire sur ce journal particulier et les éclaii'cissenients qu'il demande. Nous croyons, toutefois, faire plaisir aux lecteurs en i)l.açant au lias de chaque page, un auti-e Journal tenu par un ofTicior des assiégeants : il a été jinblié ]iar le Hememhranccr, yarl I, 177(5, page 1*2(5.]
! Le Cu])'' Stewarl, du '2()'. \'()ir Journui af llie Sicge, etc.
2 Ed. Williams, (;a|)itaine lieutenant, de la compagnie du capilainc Philiiis. [American Archives, 4tli séries, vol. III, col. I'i'27|.
SIEGE FAIT PAR LES BASTONNOIS DES RETRANCHEMENTS A SAINT JEAN, EN i 775.
Gomme les Bastonnois arrivèrent à St. Jean au nombre d'environ mille hommes — clans deux barques et des berges— le Major Preston — qui commandoit ce poste envoya 18 r^eptcnibre. le dix-liuit de septembre, environ trente hommes de troupes — canadiens — pour chercher les bètes à cornes qui étoient dans le bois près de St. Jean — Un instant après il fut averti par un Canadien qu'il y avoit deux ou trois cents Bastonnois au de là d'un pont à une demy lieue de St. Jean qui se retranclioient — lesquels avoient pris quatre charettes chargées de provisions pour St. Jean et les bêtes à cornes qu'il envoyoit chercher — et que le pont étoitdéjà démanché, conséquemment la communication de St. Jean à la Prairie de la Magdelaine coupée par l'ennemi, — A l'instant le Major Preston fit sortir des retranchements cent soldats sous le commandement du capitaine Stron ^ avec cent volontaires canadiens et une pièce de canon, pour donner la chasse à l'ennemi, — Ce détachement se rendit à l'endroit où étoient les Bastonnois, — Le feu fut vif de part et d'autre, et dura environ une demy heure, — L'ennemi quitta le champ de bataille et fut poursuivi pendant quelque temps. Les S'» Moïse Hazen et Toker et le domestique du S'' Hazen — qui étoient avec les Bastonnois— furent faits prisonniers et amenés aux retran-
JOURNAL OF THE SIEGE OF ST. JOHn'S.
Sept. 17, 1775. The army at Ticonderoga having received orders to pi'oceed to Canada, and lay siège to St. John's, embarked.
Sept. 18. The enemy Ihrew bombs, but did no damage. We retunied the sakite ; struck a ])atteau and an armed schooner. Received intelligence that Major Brown had had an engagement with the enemy, and had taken eight waggons laden with provisions for St. John's.
1 Strong. (J. V.)
DES BASTONNOIS EN CANADA. 6fl
chements. Le S'' Beaiibien Desaimiers — volontaire canadien— fut tué et un soldat du 26e régiment et un autre soldat dangereusement blessé — Pendant cette action l'artillerie des retranchements ainsy que de la barque ne cessa point de jouer sur l'ennemi pendant trois heures — lesquels répondirent de la leur avec la même chaleur.
Le 19 — le S'' Monin — avec deux volontaires canadiens i9s,-ptemi.re. furent envoyés à la découverte au sud de la Rivière St. Jean, où ils ne rencontrèrent rien.
Le 20 dans la nuit — il passa à la dérive, au sud de la 20 septembre, rivière, deux bateaux des Bastonnois — Il fut tiré dessus un coup de canon et quelques décharges de mousqueterie, — On envoya quelques hommes pour les arrêter, — Il fut trouvé dedans cinq quarts de lard, un quart de farine, un quai-t de biscuits et un Bastonnois qui étoit endormi et qui ne se réveilla qu'au bruit du feu de la mousqueterie, — Cet homme» rapporta que dans Talfaire du dixhuit— arrivée au pont — il leur avoit été tué sept hommes et sept autres blessés — qu'ils étoient sept cents Bastonnois qui formoient le camp, h.^squels faisoient des retranchements et des batteries pour battre les deux forts de St. Jean — (ju'ils avoicnt trois mortiers et seize pièces de canon.
Le 22 de septembre — il déserta à midy un soldat ennemi 2-2 -,e|.iei..i.r<r. qui se rendit à nos retranchements le fusil sur le dos, qui nous confirma (jue les reljclles étaldissoieiil iiii(> lialteric
Sept. I!). Holh sides ([iiiel.
Sept. W. A hatleau sent oui liy lln' cncniy as a spy, driveii baclc by Caj)!. Douglass. Tliroo iionuMl ami l'cjiiy slieep tal<('ii hy our Iroops al Ciiaiiil)ipe. A soi'searit of tiie eiiciiiy ffoiii^' llircui^li llio cinintry iii (lisf,'iiis(', talioii by llireo Woiiini, nwd Ijnni'rlit Ici tlic <'ani|i in a cari. Provos tn be a sjjy. Sninit liiv al niurlil.
Sept. '21. A party of lIn' ciirmy i-tjpulM'd iii alliMii|iliiii: lo talvo soinc catlld and liogs iioar Majcir Iiro\vn"s canij). Four prisdncrs niadc. AiKttlicr pai'ly of llio eiicniy ropulsod, and lixli'cii \vatrj,'ons ladcn willi provisions, runi, lirandy, Ac. for Uic ^rairison, lal<iMi Sniarl liiint: alJ riij.,'lil. Kinishcd onr lines of oircunivallalion.
Sr/i/, 'J'J aiifi '-':!. Ciinliiiiial lii'in;,'.
à une grosse pointe, pour tirer sur nous — qu'il n'y avoit en tout de Bastonnois que trois cents hommes à leur camp — cinq cents qui bloquoient nos retranchements, et deux cents répandus dans les campagnes, ce qui formoit mille hommes, — Il rapporta aussy qu'ils manqoient de vivres, et qu'il étoit le premier déserteur, mais que sous peu il y en auroit beaucoup d'autres, — Sitôt son arrivée — notre fort pendant plus d'une heure a fait feu du canon et de la bombe.
A quatre heures après-raidy tous les volontaires avec Messieurs Makaye et Monnin furent détachés pour aller jeter à bas trois maisons près du piemier fort — pour empêcher l'ennemi de s'y embusquer — Pendant cet ouvrage une partie des volontaires étoit en faction dans le bois tandis que l'autre travailloit à les jeter bas, — On envoya aussy soixante soldats à la maison de Moïse Hazen, au sud de la rivière pour prendre ses moutons pour la subsistance des deux forts — Le domestique du S'" Hazen — qui avoit été fait prisonnier le dix-huit avec son maître — fut envoyé avec ce détachement pour montrer l'endroit où étoient les moutons — mais il déserta pour se réfugier au camp des Bastonnois et le ^ détachement fut obligé de s'en revenir sans moutons, personne n'ayant voulu leur enseigner où ils étoient,— ils amenèrent au fort le fermier du S'" Hazen — sa femme et leur fils.
Les deux forts tiroient continuellement sur le camp des ennemis.
•:;{ >epuMni>re. Lc vingt-troïs, il arriva un second déserteur Bastonnois — qui dit que la maladie de dyssenterie régnoit parmi eux, que leur nombre diminuoit, qu'ils ne voyoient plus de Canadiens parmi eux ny Sauvages, que cependant il leur en venoit quelques-uns de temps à autre par curiosité— qui s'en retournoient tout de suite — et qu'aucun d'eux ne vouloit prendre les armes en leur faveur, que le dessein de M. Montgomery— qui commandoit les Bas-
1 ce {Ms. N" 2.)
touiiois — étoit cVattaquer nos retranchements qu'il croyoit simples — et non denx forts tels qn'ils étoient — que plusieurs Bastonnois du camp se proposoient de déserter et que M. ]\Iontgomery leur avoit appris que le Major Preston faisoit pendre tous les déserteurs qui paroissoient. Ce jour là, il fut tiré beaucoup de bombes et du canon sur l'ennemi, — Il fut donné ordre à M. Makaye et à plusieurs volontaires et quinze soldats pour poster des gardes à l'entrée du bois, alin de faciliter le transport des débris de plusieurs maisons qui avoient été démolies — en bateau — pour former une ligne de communication d'un fort à l'autre — Pendant cette manœuvre — on apperçut deux femmes en canot qui avoient peine à aborder au fort, il fut envoyé cinq hommes en bateau au-devant d'elles,— Cétoient deux femmes qui demeuroient chez M. Hazen, où les Bastonnois s'étoient rendus et qui s'emparèrent des animaux, — M. Hazen fut envoyé à Montréal et conduit par le Chevalier de Lorimier^ — sur sa parole d'honneur et le cautionnement de tous ses biens pour se justifier auprès du Général Guy Carleton de s'être ti'ouvé avec les Bastonnois dans raifaire du dix-huit.
Les Bastonnois firent quelques fusillades sur le bateau d'observation — lequel leur riposta avec son canon de douze — L'ennemi pointa deux pièces de canon sur la barque,— du premier coup il emporta un hauban et enleva un éclat du mât — du second coup son entrave fut brisée, et d'un troisième la barque fut percée à son vibord à (juatre pieds en avant. Ce bâtiment se retira aussitôt à terre ; l'ennemi, témoin de sa confusion, se mit à crier cinq ou six fois hourra !
Le viugt-six, il arriva un déserteur bastonnois qui nous 26<ipi assura qu'il ne restoit plus au camp que six cents hommes — y compris deux compagnies de soixante-et-dix hommes
Sept. 2i, '25, 2G. 27. Tlio saine. Ilad nnly Iwo mon killcd. I Cf. Mes .services, W, 1775.
chacune, arrivées depuis deux jours de la Nouvelle- York, qu'ils n'avoieut plus que (quelques bombes qui ne s'adonnoient point aux mortiers — qu'ils n'avoieut que deux canons de montés, et qu'il y avoit de l'eau jusqu'aux genoux dans leur camp, qu'ils avoient beaucoup de misère n'ayant point de couvertes pour se couvrir, que M. Montgomery avoit reçu une lettre du Congrès par laquelle on lu y mandoit de se dépêcher, s'il voyoït jour à faire quelque chose, sinon d'aband(,nner son entreprise, — que les Bastonnois étoient fort incommodés par les bombes qui leur étoient envoyées — que la veille l'alarme étoit si grande en leur camp que chacun quitta son poste pour se retirer dans le bois, qu'il ne resta personne à la garde de leur artillerie pendant la nuit — pourquoy le capitaine de l'artillerie fut mis à la garde du camp — prisonnier.
S7 septembre. Le viugt-sept — il fut cuvoyé de notre fort sur l'ennemi plusieurs bombes et boulets — on nous répondit avec vivacité— nous eûmes un soldat du 26e régiment blessé.
28 septembre. Le viugt-liuit — il arriva deux déserteurs Bastonnois, qui rapportèrent que M. Montgomery restoit à la Grosse- Pointe — que la batterie qui faisoit journellement feu sur nous n'étoit que de deux pièces de canon et de deux mor tiers ; qu'il n'y avoit que deux canons sur chacune de leurs barques et sur chacune de leur batteries ilottantes — que ce même jour ^l. Montgomery avoit fait pai'tir dixsept bateaux pour aller chercher des vivres à la Grande- Pointe et un gros mortier à Carillon. — Il annonça qu'Allein avoit été fait prisonnier à la Longue-Pointe, près Montréal, par les bourgeois de la ville, avec une partie de son détachement et mis dans une frégate prisonnier. Le vingt-huit — à dix heures — il arriva six sauvages à notre fort, sans armes, un peu yvres — ils noiis confir-
Sepi. 28. Received an account that Colonel Allen had engaged a Ijody of the enemy near Montréal, was defeated, and made prisoner. Firing slackens.
Sept. 29. Firing increased.
mèrent la prise d'Allein avec une partie de son détachement.
Le premier d^octobre, l'ennemi envoya beaucoup de 1 ocobre boulets et bombes dans les deux forts-Il nous vint deux sauvages, qui s'en retournèrent peu de temps après.
Le deux d'octobre-on commença à retran'cher la ration 2 ocobre fie moitié, et cians la nuit, on entendit le bruit de plusieurs bateaux ennemis, et nonobstant nos veilles il en passa deux devant les forts-sans qu'on s'en appercût.
Le quatre-il parut plusieurs Bastonnois du côté du , , sud, près la maison de Moïse Hazen,-L'on tira plusieurs coups de canon, auxquels l'ennemi répondit du sien Sur les cmq heures, M. Monnin-ofïicier de dislinction-sortit du fort pour aller chercher huit vaches qui parurent le long du bois, il en amena six à la faveur des coups de fusils de l'ennemi qu'il évita en caracolant,— le Sieur Moquin-volontaire fut chercher les deux autres-ce qui donna un peu de rafraîchissement.
Le cinq, il partit du camp ennemi deux vaches qui vinrent en droiture se joindre aux premières qui avoient été prises,-Ge même jour, il sortit du fort dans la nuit avec le consentement du Major Preston, un nommé Chénier et deux Leduc pour venir apporter des nouvelles au General Guy Carleton.
Sept. 30. No [iriiig on (mUkîp side.
Ocl. I. 2, 3. Very liuie liring.
mu uiL l'ieuch aUackcd tlio sloop wiUi sucli vi-oiir \hov killi'.l twP.ifO
Ocl. 5, G, Firing as iisiial.
hMv'J\7^''' samp.-Nolliing nvûerlal till iho ÎSUi. wlion ll.o main side of 11 . fort luidorll.o coinman.i oC Gonon.l Woosi,.,- We wôm
5 octobre.