‹ Invasion du Canada [microforme]Chapitre 13 sur 86 · DANS LES ANNÉES 1775 ET · texte numérisé non relu

DANS LES ANNÉES 1775 ET

En me proposant de faire le journal de la guerre des Bastonnois dans la province de Québec !, mon dessein est d'en donner le détail aussy véridique qu’il est possible, et pour cet effet non seulement j'ai été témoin en partie de tout ce qui s’y est passé, mais encore j'ai eu soin de m'instruire des personnes les plus capables de me donner des connoissances sur les différents faits qui sont arrivés pendant cette guerre—et comme je suis impartial, je ne veux rien déguiser—au contraire je me suis proposé de

1 Le nom et les limites du Canada avaient été changés en mème ternps, par la proclamation du Roi d'Angleterre, quelques mois après le traité de paix de 1763 (voir Notes el pièces justificatives, I, à la fin du volume). Il n’y eut plus alors que le ‘“ Gouvernement de Québec,” comme on ne reconnut que ‘‘ les anciens et les nouveaux sujets.”

But de l’auteur de ces Mémoires.

Cause delarévolution américaine. — Efforts, pour entrainer les Canadiens.

ne dire que la vérité ;—Cependant je suis obligé de parler souvent d’un homme : pour qui j'ai beaucoup de respect, et que j'estime à cause de ses belles qualités, mais cependant je blâme nécessairement sa conduite, parce qu'il auroit pu empêcher l'entrée des Bastonnois dans le Canada, s’il avoit voulu ; ce qui luy auroit été d'autant plus facile qu'il avoit des forces plus que suffisantes pour s’y opposer —mais sans doute que des raisons de politique l’en ont empêché—Ce n’est point mon affaire.

La province de la baye Massachuset en la Nouvelle Angleterre s'étant révoltée contre la mère-patrie, pour un

* impôt sur le thé, employa différents moyens pour intéres-

ser les autres provinces à se joindre avec elle ; en conséquence ils envoyèrent plusieurs personnes en Canada * pour solliciter les Canadiens à entrer dans leur conjuration,—Mais les Canadiens sourds à leurs propositions, préférant de garder la fidélité qu'ils doivent au Roy de la Grande Bretagne — refusèrent entièrement d’entrer dans leurs querelles, au eontraire ils s’attachèrent plus que jamais à cultiver leurs terres et à augmenter leurs

1 Le Gouverneur Sir Guy Carleton. (J. V.)

2 Le gouverneur n'avait pas de forces suffisantes pour empêcher l'invasion des Américains. Le 26° régiment, le 7° ou Royal Fusileers et quelques canmoniers étaient à peu près tout ce qu'il pouvait leur opposer de troupes régulières. Les milices canadiennes n'avaient point encore été mises sur pied, et le mécontentement des Anglais se manifestait assez ouvertement (J. V.)

Toutefois, l’auteur de ces Mémoires fait voir, que si on avait voulu profiter du premier élan des Canadiens, il aurait êté facile de rejeter les Bastonnais au delà des frontières.

3 Ces hommes étaient sans doute les envoyés de ce Comité de correspondance qui exerça une si grande influence sur la révolution américaine, et qui avait été établi à Boston, dans le mois de Novembre 1772, à l’instigation de Samuel Adams. L’historien des Etats-Unis, Bancroft, a pu consulter les papiers, même les plus secrets, de cette espèce de conseil législatif et exécutif : s’ils sont jamais publiés, on y trouvera sans doute des renseignements sur les espérances qu’on avait du côté du Canada et sur le rôle plus ou moins annexionisle qu'y ont joué certaines personnes. Quoiqu'il en soit, il ne faut pas oublier, pour apprécier les dispositions des Canadiens en 1775, qu’on n'avait pas attendu le moment solennel de la crise pour chercher à les entrainer dans la cause commune de l'indépendance.

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commerces à l'abri d’un acte du parlement de la Grande

Bretagne qui leur assuroit la paisible possession de leurs biens—le libre exercice de leur religion, la participation aux employs civils et militaires—leurs anciennes loix rendues, exempts de payer aucunes taxes—les limites du Canada fixées, en un mot le titre de citoyen anglois,— Ces faveurs accordées par le Roy et le Parlement de la Grande Bretagne rendoient les Canadiens le plus heureux peuple de l'univers.

La province de la Nouvelle York—jalouse de l’étendue des limites données au Canada et de l’obstination où étoient les Canadiens de demeurer fidèles sujets au Roy de la Grande Bretagne—se joignirent avec les marchands anglois résidants en Canada pour faire des représentations au Parlement pour le rappel de l'acte !, mais heureusement elles furent sans effet. Car leurs desseins étoient que les Canadiens fussent traités comme une nation conquise—sans pouvoir jouir des droits et des priviléges des sujets de la Grande Bretagne. D'ailleurs les habitants de la province de la Nouvelle York se voyoient frustrés— par les limites accordées à la province de Québec par l'acte du Parlement—d'une quantité de terre qu'ils espéroient réunir à la leur afin d’envahir le commerce des pays d’en haut au préjudice des Canadiens. N'ayant plus de ressources après toutes ces démarches—ils cherchèrent les moyens de tromper impunément les habitants du Canada—assurés de leur ignorance et de leur crédulité— Le congrès de Philadelphie leur écrivit une lettre insinuante qui fut adressée avec plus de deux cents copies à divers marchands anglais résidants en Canada pour la distribuer aux Canadiens, telle qu’il suit ?.

1 Voir Notes el pièces juslificalives II.

2 Nous reproduisons cette lettre d’après la traduction imprimée à Philadelphie par l’ordre du Congrès. Les exemplaires en sont aujourd’hui très rares et c’est par une espèce de bonheur que nous avons pu en rencontrer un.

Il n’est pas nécessaire de faire remarquer tous les défauts de cette

Lettre du Congrès aux f'anadiens.

Lettre adressée aux habitans de la Province de Québec, cidevant le Canada. De la part du Congrès Général de l'Amérique Septentrionale, tenu à Philadelphie \.

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