JOURNAL
DE
J.-Bte. BADEAUX
MONTRÉAL EUSÈBE SENÉCAL, IMPRIMEUR-ÉDITEUR RUE SAINT-VINCENT, N® 6, 8 ET 10
PALMAM QUI MERUIT........
M. Amable Berthelot, de Québec, est lg propriétaire du Manuscrit original que je copie ici et dont le titre est tout simplement : ‘ Journal commencé aux Trois-Rivières, le 18 May, l'an 1775" —sans indication de nom d'auteur, d'ai oui attribuer la paternité de cet écrit à M. Foucher, . Notaire, et à M. Badeaux, aussi Molaire. Autorité, la tradition. 7
J'ai lu ce Journal bien attentivement, et je me suis convaincu, — Lo qu'il a dû être écrit par un habilant des Trois-Rivières ;—% par un Canadien, (v. le mot compatr'ioles employé page 164, ligne 14e) ; —et 3° par un Agent de la Communauté des Dames de Trois-Rivières, (v. page 175, ligne ?29+).—Cette conviction une fois formée, j'ai cherché à Montréal et à Trois-Rivières, et j'ai trouvé, à l’aide des Grefles et des Registres de Paroisse d'une part,—puis—des familles, des anciennes connaissances des Srs. Foucher & Badeaux, Nolaïres, et des Dames Religss de Trois-Rivières 1, d'autre part: 1° Que M. Antoine Foucher, né en France vers 1716, est mort à Montréal, à l’âge de 85 ans, le 15 février 1801, après y avoir praliqué comme NorTame, de l'année 1746 à celle de sa mort: quelque temps à Terrebonne, jamais aux Trois- Rivières. Son greffe constate, qu'en 1775 et 76 à instrumentait à Montréal. — J'ai trouvé, aussi 2°, Que M. J.-Ble. Badeaux, né dans le District des Trois-Rivières, vers 1741, (sa famille n’a pu me dire précisément où,) est mort le 12 mars 1796, à 55 ans, en la.ville des Trois-Rivières, où il s'était marié le 29 octobre 1764, et où il a praliqué comme Nolaire de 1767 à sa mort. Son greffe est 7à. Il a été l'Agent des Dames Ursulines de cel!e ville, de 1767 à 94, ce qui comprend assurément les années 1775 et 76 —D'après tout cela, M.J.-Ble. Badeaux, et non M. Foucher, ne doit-il pas être reconnu comme le véritable auteur de l’intéressant Journal qu'on va lire ?
1 Les Agents de notre Communauté depuis son établissement pour la régie des affaires ordinaires, et de celles de notre seigneurie de la Rivière du Loup, sont dans l’ordre qui suit, comme il est constaté par des acteg notariés, quoique les dates précises de leurs nominations nous soient inconnues, à cause de deux incendies dans lesquels tous les papiers de notre maison ont été détruits par les flammes: Maître Poulin, le premier, continua jusqu’en 1726.
Maître Petit, de 1726 à 1730.
Maîtres Pressé et Pillard, de 1730 à 1748.
Maître Leproust, de 1748 à 1768,
Maître Pillard, une seconde fois, de 1768 à 1767,
Maitre Badeaux, de 1767 à 1794.
Maître Badeaux se: trouve mentionné comme agent pour la Seigneurie de notre Communauté en divers actes. Le premier qu’il a fait pour la dite Seigneurie, est daté du 12 Novembre 1767, et le deuxième du 17 juillet 1714.
Certifié véritable, ce 18 Novembre 1846.
(Signé), Sr. Ste HELENE, Surre.
A moi fourni aux Trois-Rivières, à ma demande
les jour et an susdits, revenant de Québec à Montréal.
JOURNAL COMMENGÉ AUX TRots-RiviÈères, LE 18 May 1775,
La Postérité se resouviendra du trouble qu'a causé en Canada la guerre civile entre les Colonies de l'Amérique Septentrionale et ia Cour d'Angleterre, sous prétexte de la Liberté dont les Provinciaux faisoient leur ldole, qu'on vouloit, disoient-ils, leur ravir, mais plûtôt voulant se soustraire à la Domination de leur Roy pour s'ériger en République ; afin de donner des lois à toute la terre, ôtant et distribuant les trônes et les couronnes suivant leur caprice, voulant rendre le Roy Esclave et l'Esclave Roy, s'approprier les biens de l’un pour en gratifier l’autre et ne formant que des objets ambitieux.
Je ne sçai si c’est le peu de goût que j'ai pour cette sorte de gouvernement qui me fait penser ainsi; mais j'avoue que si je trouve des vertus dans plusieurs des Républiques, je trouve de grands défauts dans une République en général; j'y vois beaucoup plus de faste et d'ostentation que de véritable grandeur d'âme; je dirai même que la plupart des actions des Républicains me paroissent tenir plutôt du Barbarisme que de la Noblesse de leurs sentimens.
Il me semble que la solide gloire a queique chose de plus doux, de plus sage et de modeste ; et que cet amour excessif de la Liberté porte les cœurs à des entreprises plus hardies que généreuses & presque toujours sanguinaires; au lieu que dans un peuple soumis à un seul #
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Mai 1715.
Maître, je ne vois que zèle, qu'amour & fidélité, et dans celui qui gouverne seul—que tendresse et qu'attention pour son peuple.
Tant de têtes qui gouvernent un Peuple ne peuvent l'aimer également, et le peuple ne sçauroit aimer tant de maîtres à la fois ; le cœur ne peut s'attacher à tant de différents objets ; il n’en peut aimer qu’un & tous peuwent être aimés d’un seul.
D'où je conclus que puisque le Ciel nous a fait naître pour obéir, il nous est mille fois. plus doux de n'avoir qu'un seul maître,—que d’être soumis aux volontés de plusieurs tels qu’on les voit dans les républiques. C'est mon sentiment, et je souhaiterois de tout mon cœur que mes Compatriotes pensassent comme moi; je ne craindrois point d'insérer dans ce Journal des faits que je prévois, qui déshonorera la Nation Canadienne. Car je m'apperçois dès à présent que les Canadiens ont changé de sentiments par la Lettre qu'ils ont reçu du Congres en date du 26° &tr de l’année 1774, dont chacun a interpretté à sa fantaisie. Fasse le Ciel que je puisse me tromper et que les Canadiens puissent conserver leur honneur
& fidélité.
Vers la fin de May 1775, Mons" Moses Hazen, Officier du 44° Rég' passa en cette ville, venant de Montréal, qui nous apprit qu'un party de Bostonnois étoit venu s'emparer des Forts de Carillon et la Pointe; qu'ils étoient même venus jusqu’à S'- Jean, s'étoient emparés des troupes qui y étoient au fort, ainsi que des vivres et munitions du Roy, et qu'ils s’étoient retirés à la Pointe, où ils construisoient des berges pour venir pénétrer dans cette province.
‘Aussitôt que M: De Carleton fut averty de cela, il fit “monter les troupes qui étoient à Québec, pour aller deffendre l'entrée des Bostonnois en cette province. La com- 1 Poïnte à la Chevelure, en anglais Crown P'.—J. V.
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pagnie du Capit® Strong, qui étoit en garnison en cette Ville, est partie le 20 de May.
Les troupes de Québec passèrent le 26 de may et le Capitr* Belly logea chez moi. Il ne s’est rien passé depuis ce tems jusqu’au 9 de juin, jour auquel M le Général fit sortir une Proclamation pour établir les milices; cette proclamation fut addressée à M De Tonnancour qui me chargea d'en faire la lecture le 13 de juin, fête de St. Antoine, ce que je fis en sortant de la messe chés les Récolets. . À
Le 23 juin, M° de Montesson, Chevalier de St Louis Reçû un paquet de commissions en blanc, de M le Général qui lui marquoit dans sa lettre de me prendre avec lui pour faire le tour du gouvernement et former les Elections des Officiers de Milice; mais M° Baucin de la Rivière du Loup, qui se trouva en ville, m'épargna malgré moi cette peine, et fut avec M Montesson. A leur retour ils firent l’élection des officiers de cette Ville.
Toutes les affaires furent assés tranquilles pendant les mois de juillet et aoust. M" le général avoit assemblé son Conseil à Québec, pour travailler à établir des Réglemens pour cette province, mais il fut obliger d’abbandonner son conseil pour courir à la Défense du fort S‘ Jean qui étoit menacé par les Bostonnois.
Le 6° de septembre, M. lg général arriva de Québec et fut loger chez M. de Tonpancour, qui lui fit mettre un factionnaire Canadien. Ce fut Charles L'Etournau, forgeront, qui se trouva alors à faire la faction. M le général voyant cet homme qui passoit et repassoit devant les fenestres et ne sachant ce qus c'étoit, il demanda à Mr de Tonnancour ce que faisoit cet homme armé devant la porte ? M° de Tonnancour lui dit:—c'est un factionhaire pour votre Excellence. Alors, il sortit à la porte, appella le factionnaire et lui dit:—voilà le premier Canadien que j'ai eu l'honneur de voir sous les armes; il tira de sa poche deux guinées et lui en donna une pour lui et l’autre pour ses compagnons de garde. Si toutes
26 mai—9 juin.
23 juin.
Juillet-Août.
. 6Gseptembre.
1 septembre,
8 septembre.
10 septembre.
12 septembre,
les factions avoient été payées sur ce pied:là, ils auroient montés la garde avec plus de courage qu’ils n’ont fait. Le 7 de septembre, Mle général party pour Montréai, et eut la douleur de voir que plus il avançoit par enhaut, plus il trouvoit les habitans opposés à ses desseins. Le 8.—On fit un commandement tant dans la Ville que dans les Côtes, pour aller au fort S' Jean ; mais les
paroisses de Chamblies s'étant mises du côté des Boston-
nois, firent semer dans toutes les autres paroisses de ne point prendre les armes contre les Bostonnois ; que ces gens-là venoient pour nous tirer d’oppression. Le peuple Canadien, crédule quand il ne le faut point, donna dans le sentiment des paroisses de Chambly, et presque tout le gouvernement des trois Rivières, refusa de marcher, à l'exception de quelques volontaires des paroisses de la Rivière du Loup, Machiche et Masquinongé. Les paroisses de Nicolet, Bécancour, Gentilly et St Pierre.l’ebequet ! n’en voulurent pas fournir un seul, malgré les remontrances qu’on leur faisoit : tout étoit inutile.
Aujourd'hui M' de Tonnancour, fils, aîné, et Mr Belle feuille; enseigne de la milice, avec une douzaine d’hommes de la Ville et de la P* du Lac, sont party pour se rendre à S' Jean, où sont déjà rendus plusieurs messieurs volontaires de Montréal.
Ce même jour, M' Champlaig ayant refusé de marcher a chanté la grand messe et leswespres dans le corps de garde, parce que c’étoit un dimanche.
Nous apprenons par le courier de Montréal qu'un détachement de volontaires sous le commandement de M. dé Longueïl, qui étoit allé en découverte, a été surpris par l’ennemis : un nommé Perthuis, interprette des Eauvages, y a perdu la vie, et Mr le Chevalier La Bruyère y a eu les deux bras cassés ?.
1 St. Pierre-les-Becquets.
2 Cf, Témoin Oculaire, p. 43.
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L'on nous apprend de Montréal, que les Bostonnois et les habitans de Chambly ont, bloqués le fort St. Jean et qu’ils se sont emparès de plusieurs voitures chargées de vivres, hardes et amunitions ; que la garnison du fort ayant été informée de cela, fit une sortit sur les Bostonnois,les repoussèrent vigoureusement et prirent plusieurs prisonniers, entre lesquels se trouva M° Moses Hazen du 44 Rég‘ avec son domestique. Nous avons perdu dans cette action, M' Beaubien de Quebec, et un nommé Tessier de la P* Qu Lac y à été blessé.!
Le 26 de ce mois, les Bostonnois et Canadiens de Chambly, au nombre de 200, se rendirent à la Longue P*, à environ une lieue de la ville de Montréal, pour tenter à surprendre cette ville et en avoir le pillage ; mais la noblesse et la bourgeoisie averties de leur démarche, sortirent avec vne intrépidité sans pareille, donnèrent sur l'ennemi et le repoussèrent très-vigoureusement ; firent 30 prisonniers, parmi lesquels se trouva le Colonel Ethan Allen et 20 ou 25 Canadiens de Chambly, qui furent menés à Montréal e’ ensuitte remis dans les bâtimens les fers aux pieds & aux mains. Les Royalistes ont perdus dans cette action le Capit* Carden, cy-devant du 8 Régt, M' Paterson, blessé à mort; M" Beaubassin y a été blessé légèrement. Les Bostonnois se dispersèrent dans les bois, sans quoi ils aurbient tous étés prisonniers. *
Je fus de garde volontairement et le Sergent me fit l'honneur de me faire Caporal de pose ; je laisse à penser si j'étois content d’avoir cette charge, n'ayant jamais été que simple soldat.
Comme nous étions obligés de faire la patrouïlle d’heure en heure, quand je fus de retour vers sur les 11 h., il party un autre détachement pour faire le tour de la ville, mais nous appercevant qu’il tardoit de revenir et qu’il étoit tems de relevé les factions, M* Leproust, officier de
1 Cf. Témoin Oculaire, pp. 68, 69.
? Cf. Témoin Oculaire, pp. 49, etc.
1776. 22 sep tembre,
26 septembre.
Affaire de la Longue Pointe.
27 septembre,
Le tr AÉORET Rico e
im6, garde et moi nous partimes pour aller voir où ilsétoient. En passant devant chés Macbean, nous entendimes parler,
nous prêtames l'oreille au contrevent en l’entrouvrant
un peu,et nous vimes que nos gaillards faisoient la patrouille à pleins vers, ne craignant point l’ennemi; ils revinrent un moment après nous, avec chacun une bou-
« teille de vin dans le ventre, de leur propre aveu : la nuit fut très-belle. ,
2 octobre, AU commencement de ce mois, nous fumes plusieurs Prières publiques Lorsonnes chez M. St. Ongé, grand-vicaire, pour le prier de nous accorder quelques prières publiques, ce qu'il fit très-volontiers : il ordonna mème que les Reliques de
St Clément et de St Modeste, qui reposent dans notre
église, seroient descendus, vû qu’on avoit plusieurs fois
reçu des preuves évidentes du crédit que ces grands
saints ont auprès du Seigneur. Ainsi elles furent descen-
dues et l’on fit une procession où elles furent portées
par Mr le Grand-Vicaire et le R. P. Isidore !, curé de cette
ville. Nous partimes de la paroisse en chantant l’'hymme Sanctorum meritis,—nous rendimes chés les Pères Reco-
lets, de là nous fumes chez les Dames Ursulines, où après
que les Religieuses eurent chantées quelques motets, M'
le Grand-Vicaire entonna le Te Deum, que nous chan-
tames en retournant à la Paroisse. Y étant arrivés, nous reçümes la bénédiction du très-saint Sacrement, et nous
umes avertis que l’on feroit vne neuvaine dont cette procession étoit l'ouverture. Pendant toute la neuvaine
le monde a été fort assidu à la messe et au salut. Ilsy trouvoit de très-bons chrétiens, mais combien y en avoit-
il d’autres ? J’ai oui dire moi-même à plusieurs personnes sortans de l’église, qu'elles y alloient, mais c’étoit pour
prier Dieu que les Bostonnois gagnassent. Voïlà le point jusqu'où on a poussé Târréligion, et puis, doit-on être
étonné si Dieu appesanty" sa main sur cette misérable province? Après la neuvaine finie, nous fumes remercier
Mr le Grand-Vicaire, qui nous reçû très-favorablement
1 Noles el pièces justificalives,
ilét Cep man habi envd veni à n notre venu aviot eux d avoid leur en a tenir Quiré tels, nous subir
nt.
er, int pails ouuit
uTrs rier ifit , de otre fois ands scenrtées cette mme Recoaprès ts, M':
hancette vaine Isy avoitonnes pour point être érable ercier ment
M: le Général envoya des ordres dans toutes les paroisses, pour faire commander 15 hommes par cent. Elles refusèrent presque toutes, principalement la paroisse de Nicolet. Le Capit”* vint faire son rapport à Mr de Tonnancour, Colonel. Il m’envoya chercher, j'y fus. Il me demanda si je voulois aller avec Mr son fils chevalier, pour faire entendre aux habitans de Nicolet la teneur de l'ordre de Mr le général. Je lui dis que j'irois volontiers. On nous fit préparer aussitôt un canot et nous partimes. Comme le vent étoit extrêmement fort Sud-ouest, nous débarquâmes un peu plus haut que S'* Thérèze, et nous allames à pied jusqu’à Nicolet, non sans beaucoup de peines, car il nous falloit traverser des marais qui étoient très profonds. Nous passames sur des arbres, tantôt un pied dessus l'arbre, tantôt dans l’eau: Tout cela ne nous coûtoit point, pourvu que nous vinmes à bout de notre embassade. Etant arrivés à Nicolet, nous allames en droiture au presbitère, croyant y trouver Mr le Curé, mais
il étoit à St François et ne fut de retour que sur les 4 h,
Cependant la fille de chez lui nous fit à diner'et nous mangeames, pendant que les sergens avertissoient les habitans de s’assembler. Ils furent chez plusieurs qui les envoyèrent au diable; d’autres ne voulurent point y venir ; de manière que nous eûmes très-peu d’assistans à notre prédication. Néanmoins, nous rommençames notre harangue, en leur disant que nous n'étions pas venus dans le dessein de les commander ; que nous n’en avions pas le pouvoir ; que ce n’étoit que par amitié pour eux que nous étions venus, et leur faire voir le tort qu'ils avoient de désobéir aux ordres d'un si bon Maître, et que leur Religion leur ordonnoit d’être fidèles au Roy ; qu'ils en avoient prêtés le serment et que c’étoit à eux à le soutenir; que l’ordre de Mr le géygéral déclaroit Rebels ceux quirefuseroient aux ordres et qu'ils seroient punis comme tels, et que la punition d’un Rebels étoit la potence : que nous aürions été fâchés d'en voir quelqu’uris d’eux à subir cette punition ; que c’étoit la seule chose qui nous
1715. 8 octobre, On lève la milice.—Loyau-
té de Nicolet,
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1706. avoit décidée à aller leur représenter. Enfin, après bien des débats entre les uns et les autres, il y en eut 10 qui se décidèrent à venir avecnous. Nous profitames de leur bonne volonté et nous demandames le grand canot de Monsr Brassard, Curé, qui nous le pretta volontiers, mais il ne voulut pas nous laisser partir sans souper. Nous nous mîmes à table et mangeames un peu à la hate, crainte que nos gens ne changeassent de sentiment. Après souper, nous remerciames Mr. le Curé, et comme nous étions sur le bord de l’eau prêts à embarquer, nos jeunes gens se jettèrent aux genouïls de leur curé et lui demandèrent sa bénédiction, qu’il leur donna. Nous poussames au large en jettant plusieurs cris de joie, quoiqu’il y en avoit quelqu'un qui pleuroient. D'abord que nous fumes sur la grande rivière, nous récitames les Litanies de la Sainte Vierge, et après l’oraison Gratiam tuam, nos Guerriers se mirent à chanter jusqu’à la Ville, où nous arrivames à 10 h. du soir. Les cris de joie de nos jeunes gens firent sortir tout le monde qui étoit dans, les maisons du bord de l'eau. Après notre arrivée, je fus avec Mr Chev.de Tonnancour rendre compte de notre gestion ; et puis. je fus me coucher.
10 octobre. Le détachement composé de 67 hommes du gouvernede Camdiensse ment des Trois Rivières, commandé par M de Lanaudière, pour Montréal fils, et Mr Godefroi de Tonnancour, fils, partit de cette ville
pour se rendre à Montréal.
Ce même jour, est passé un bâtiment venant de Montréal, où sont les prisonniers bostonnois et canadiens qui ont étés pris dans l’action du 26 du mois dernier, près la ville de Montréal.
g2ociobre. lis Ce matin, à 6h., sont arrivés Mr Leproust, officier de route, milice et Joseph Bolvin, milicien, du détachement qui est party avant-hier, qui nous apprennent que les habitans de la Paroisse-au-Chicot, sous les ordres d’un nommé Merlet, qui étoit Capit”* de la paroisse, les avoient arrettés dans le bois entre Berthier et le Chicot, où ils les
attendoit depuis 3 jours ; qu'après les avoir arrettés ils
fit Lie dre à la cou sé e .c'es arri qua M
du Ce nou Cana Mr qui 1 avec Le mon ment les ao faire de ce de m ment
en qui ut de ais Jus te, nt, me n0S lui ous uoique , les liam lle, e de dans, e fus otre
ernedière, ville
Monts qui ès la
er de ui est bitans omimé arretils les tés ils
avoient désarmés Messieurs Lanaudière et Godefroy de 176. Tonnancour et les avoient faits prisonniers, ensuite les ont menés chez Buron, Capit” de St Cuthbert, où se trouva par chance Mr Pouget, Curé, qui sollicita si fort auprès de Mr le Cap” Merlet qu'il obtint enfin leur élargissement. Ce qui devoit certainement être mortifiant pour nos n'es. sieurs, c'est qu'après qu’ils furent faits prisonniers, toutes les femmes qui se trouvoient sur les chemins où ils passoient, crioient à leurs maris : ‘ Certes! vous avez fait bonne chasse aujour-d'huy ?” et cela en dérision. M: Leproust dit,qu’étant chez Buron à prendre un coup de vin, le Capit” Merlet lui demanda—qui éles vous ?—IL lui fit réponse,—Je suis officier du Roy.—Eh bien, reprit Merlet, [......votre camp d'iey, et, sans lui donner le tems de prendre un second ver de vin, il ie prit par le bras et le mit à la porte. [l regrettoit bien son ver de vin, ayant beaucoup d’altération, mais il fut très-satisfait de l'avoir laissé et d’être hors des mains de Mr Merlet. Je ne sçai si
c'est la peur ou la fatigue qui avoit si fort changé nos
arrivans, mais je puis assurer qu'ils étoient bien blèmes, quand je les rencontrai au bord de l’eau.
Mr Godefroy de Tonnancour est arrivé en celte Ville, ,, 13 octobre.
nue On apprend difdu Chicot. À férentes nouvel-
Ce même jour est arrivé le Courier de Québec, qui ” nous annonce qu'il esc arrivé une frégate de 64 pièces de canon, avec quantité de monde. Dans le même moment Mr Dainse, officier dans les Royaux Emigrants, est arrivé, qui nous apprend que le Colonel Maclean est à Champlain avec sa troupe.
Le 14, le Col. Macleanestarrivé en cette Ville avec sog ; 14 octobre monde. Il fut question de faire un nouveau commande- Lean arrive, ment, et je fus avec Mr Godefroy de Tonnancour porter les ordres au Capit du Cap La Magdelaine, pour les faire passer jusqu'à Ste Anne. Comme plusieurs personnes : de ceux qui étoient commandés en cette Ville refusoient de marcher, le Col. Maclean ordohna un commande-
ment général, et Mr Praite, sergent-major, le fit si général,
15 octobre, Il veut forcer Nicolet à prendre les armes, Démarches inutiles,
qu'il n’y obmit seulement pas les personnes qui en sont exembptes par leurs charges publiques ; ce qui fit qu’il vint, à 8 h. du soir, m'ordonner de me trouver le lendemain sur la Place-d'Armes avec mes armes. Je lui fis réponse qu’elles ne me seroient pas d’un grand secours, car je n’avois pour toutes armes qu’un canif qui avoit la pointe cassée. Néanmoins il m'ordonna de m'y trouver; mais comme le Col. Maclean me fit partir pour Québec dans la nuit, je fus exempt de cette apparition, que je n'aurois pas faite quand bien même j'aurois resté.
Le party du Col. Maclean et lesgens des Trois-Rivières sous le commandement de Mr Godefroy de Tonnancour partirent de cette Ville pour se rendre à Sorel, et le Colonel avec Mr Chevalier De Tonnancour et quelques Emigrants, fut à Nicolet pour soumettre les habitans de cette paroisse qui refusoient de marcher. Y étant arrivé, il fut informé qu’un nommé Aouillard s'opposoit fortement à ce que quelqu’uns des habitans marchassent. Il s’y transporta aves Mr de Lanaudière, Mr le Chev. de Tonnancour et quelques soldats. Quand il fut à la maison, il n'y trouva que la femme, les hommes ayant eu soin de se cacher. 1l demanda où étoit son mary et son fils. Elle dit qu’elle n’en sçavoit rien.—"* Eh bien, ” dit le Colonel, ‘si vous ne me dites où est votre mary et votre fils, je vais mettre le feu à votre maison.’--Elle lui répondit : —(“Eh bien, mettés; pour une vieilie vous m'en renderés une neuve.”—Alors le Colonel ordonna d'allumer le feu. Quand elle vit le feu au pignon de sa maison, elle en sortit et courut vers le bois en criant :—* St, Eustache, préservez-moi du feu! St. Eustache, préservés-moi du feu! Voici une bande de b...….. qui veulent me faire brûler” —Le Colonel voyant qu'il ne retireroit aucun succès de faire brûler cette maison, ordonna de l’éteindre, ce qui fut aussitôt fait. Il s'en retourna au presbitère, où il fut averty que les habitans, sur la nouvelle qu’on voulait les faire brûler, s’étoient tous assemblés dans une Isle avec leurs armes, 11 partit aussitôt pour s’y rendre avec Mess”
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res ‘our Emicette 1 fut ent à ransnan- Lu'y de se Elle onel, ils, je ndit :
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de Lanaudière et Chevalier de Tonnancour et avec quelques soldats Emigrants. Quand ils furent arrivés au vis-à. vis de l'Isle où étoient les habitans, ils ne trouvèrent rien pour traverser qu’un petit canot de bois, dans lequel le Col. Maclean s’embarqua avec Mr de Lanaudière, M° le Chevalier de Tonnancour traversa à gué, et, à son exemple, le reste du party en fit autant. Lorsque les habitans s’apperçurent que le Coll et son party traversoient, ils donnèrent des marques de leur bravoure, car, sans donner le tems à nos gens de traverser, ils se mirent à fuir dans le bois, comme si le diable leur eût promis cinq sols : il y a tout lieu de présumer qu’ils courent encore, ar on n’en voit aucun dans cette ville depuis cette action si glorieuse à la paroisse de Nicolet. Comme il étoit tard, le Colonel ne jugea pas à propos de les poursuivre; il s'en revint au presbitère, de là il continua sa route pour se rendre à Sorel avec le reste de son party.
Aujourd'huy est arrivé de Québec 2 batteaux chargés de fusils et de munition pour Sorel. Ce même jour est aussi passé le sieur Chabot. armé en corsaire, pour aller à Sorel.
Nous apprenons que les paroisses de Chamblis ont offert leurs services au Col. Maclean: Dieu veuille que cela soit vrai.
Les nouvelles de ce jour sont bien différentes de celles du 20, car l’on dit que plusieurs Canadiens des paroisses de Chambly ont étés au camp du Col. Maclean sous prétexte de lui prêter la main, mais, qu'après avoir été armés par le Col. Maclean, ils étoient désertés au camp des Bostonnois; ce qui est de plus triste, c’est qu'on nous assure que les gens même du party du Col. Maclean désertent tous les jours, si la chose est telle, nous avons tout lieu de craindre pour notre pauvre province.
Nous apprenons que le Général Carleton. ie Col,
18 octobre,
29 octobre,
24 octobre.
Désertion des troupes du Col, Meclean, Trare de Chamlys
ba octobre.
Défaite de Car-
Prescot et les Morialistes ayant voulus faire une descente QE. N° Fee
à Longueïl, ils y avoient êté repoussés par les Bostonnois ;
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DZ 3° CT AR DAS RERO DS MR ADI D PO To SO SI 2 0
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EEEET 9 AIS:
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29 octobre,
2 novembre, Le Col, Maclean abandonne Sorel
6 novembre.
8 novembre, Maclean s'arrête à Trois-Rivières
9 novembre, La ville se dé-.
termine à serendre,
etque Mr J. Ble, Despins et un nommé LaCoste, peruquier de Montréal, y ont étés faits prisonniers.
Aujourd'huy il est arrivé des gens du party du Colonel Maclean qui disent, — que le Colonel ayant voulu passer par St Denis pour aller à St, Jean, il avoit trouvé les ponts démanchés, ce qui l'a obligé de faire sa retraite à Sorel.
Les gens des Trois-Rivières qui étoient restés les der. niers avec le Colonel Maclean viennent d'arriver en cette ville. Ils disent que le Colonel voyant la désertion de son monde avoit été contraint de lever le camp; qu’il avoit fait embarquer tous les canons à bord des bâtimens, et qu'il avoit fait briser tous les affus et autres ustencils de guerre.
Nous apprenons aujourd’huy la reddition du Fort S' Jean aux Bostonnois.
Aujourd’huy est descendu le Col. Maclean avee le reste de sa troupe, dans le bâtiment d'Etienne Papillon. Avant que de débarquer du bâtiment, il a envoyé un batteau pour sçavoir s’il y avoit des Bostonnois en cette viile. Ayant été averty qu'il n'y en avoit point, il descendit avec quelqu’uns de ses officiers et soldats; il a fait embarquer toutes les vivres du Roy, les fournitures des cazernes, et mème a fait prendre jusqu'à la poudre des marchands.
Voyant qu'il n'y avoit plus d'espérance, ni de resource pour nous, nous nous assemblames en la maison des RR. PP. Recolets, pour délibérer sur le party le plus avantageux à la conservation de nos biens. Il fut décidé, que n'ayant aucune force ny munition, et ne pouvant espérer de pouvoir faire une Capitulation, que l’on députeroit deux personnes vers Mr Montgomery, qui seroient porteurs d’une Requête conçue en ces termes.
% Humble Addresse à son EXCELLENCE 4 Mr LE GÉNÉRAL MONTGOMERY, &c. &c.
‘“ Suplient très-humblement les Citoyens de la Ville “ des Trois-Rivières : —
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