‹ Invasion du Canada [microforme]Chapitre 47 sur 86 · À INVASION DU CANADA · texte numérisé non relu

À INVASION DU CANADA

Tourte, à cause de la célérité de ses voyages, s’offrit de conduire le Gouv' en berge, et cet avis prévalut.

La nuit du 16 au 17, le Gouv' confia sa personne au Cap" Bouchette. La partie des rames qui portoit sur le bois étoit enveloppée de drap, afin d'éviter le bruit. En passant par le chenail de l'Isle Du Pas, les hommes ne nageoient qu'avec les mains. Pendant cette nuit le Gouv' ne rencontra aucun ennemi. Lorsque la berge fut sur le lac S! Pierre, les rameurs firent toute la diligence possible, et le Gouv' arriva le 17, vers midi, au port des 3 Rivières. Il débarqua avec son Aide-de-camp M. De Lanaudière, M. le Chevalier de Niverville et ie Cap” Bouchette. La première personne qu’il rencontra fut M' Malcolm Fraser, ancien Royaliste, qui lui assura qu’il n’y avoit point d'Américains dans la ville, mais qu’il y en avoit à la Peaux Trembles près de Québec.—Il ne pouvoit le croire, mais M. le chev. Tonnancour, qui en arrivoit, le lui confirma. Il alla diner chez M. Tonnancour père. M. Maillet, père, en allant lui faire visite, lui dit qu’il avoit appris qu’il y avoit 600 Améric : à Machiche, qui ne devoient point tarder d'arriver. À 3 h : après-midi, il rembarqua

dans sa berge, fit toute la diligence possible, rencontra au

pied du Richelieu le Sénaut Fell, armé, commandé par le Cap Napier, au bord duquel il embarqua, passa sans danger devant la P* aux Trembles où étoit Arnold et arriva à Québec dimanche le 19 après-midi, accompagné de son Aide-de-Camp, M. De Lanaudière, du Cap” Owen, du Lieutt Telwyn du 7e Régt et de quelques-uns de ses soldats.

Voilà ce qu'après bien des recherches j'ai trouvé de plus certain sur le retour du Gouvr. qui fut d’une si grande importance pour la défense de Québec et qui a été rapporté par plusieurs personnes avec des circonstances différentes.

Quant à la flotte que le Gouvr Carleton avoit laissée à la Valtrie, voici quel fut son sort.

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en faisant montre de quelques chaloupes canonnières vint à bout d’intimider le Col. Richard Prescott, qui en avoit alors le commandement. Suivant les ordres qu'il avoit reçus du Gouvr avant son départ, il fit jeter les poudres et les boulets à l’eau. Le 19 malin, le Col. Euston l'ayant sommé par le Major Brown de se rendre, il dit qu'il étoit prêt à livrer la flotte, à condition qu'il lui fût permis de se rendre à Québec avec sa troupe. Le Col Easton rejetta la proposition, en lui faisant dire que, sisous quatre heures, les bâtiments ne se rendoient, il les feroit prendre à l'abordage. Ce fut ainsi que le Col. anglois livra 11 vaisseaux et se rendit prisonnier de guerre avec plusieurs officiers et 120 soldats, quand plüsieurs de ces vaisseaux étoient bien armés et bien équippés. Pour combler les désastres du Gouvr cette flotte fut conduite à

Montréal où Montgomery en fit usage pour aller rejoindre Arnold.

Heureusement pour Québec que l’on apprit l'arrivée de celui-ci à 2 lieues de la Pointe Lévy ce qui donna le tems au Lieut-Gouvr (Cramahé) de faire éloigner les bateaux et canaux de la Pte Lévy et de l'Ile d'Orléans, sans quoi, dans l’état de surprise où se trouva la ville, il est probable qu'il s'en fût emparé. Des traditions même nous apprennent qu’un M. Williams monta dans la chaire de la chapelle de l’'Evêché et y tint un long discours, pour persuader aux citoyens de Q,. que le plus sur parti pour eux étoit de livrer la ville aux armées du Congrès : plusieurs Canadiens s'y opposèrent. Mais le Col. McClean, qui arrivoit le 12 nov. à Q. en montant à la Haute-Ville, entra dans cette assemblée, le fit descendre et dissuada les Québecquois de se rendre à un aussi lâche conseil. Il est aussi constant que plusieurs Citoyens anglois avoient signé avec le Lieut, Gouvr une capitulation,

Affaire des Cèdres,

Le 19.

Le Capt” Foster, du 8 Régt eut ordre de partir d’Oswegatchie pour aller avec deux subalternes, 126 soldats et 120 sauvages, chasser un parti de 300 Américains établis aux Cèdres. Pendant qu'il étoiten marche, il apprit, le 17, que les ennemis ignoroient l'attaque méditée contre eux et qu'en faisant diligence il pourroit les surprendre. Le lendemain il débarqua à la P* au Diable, à six milles de l'Eglise des Cèdres. De là il continua sa route à l'abri d'une épaisse forêt. Lorsqu'il fut à un mille du fort il arrêta son détachement et s’occupa des préparatifs de l’attaque et détacha un parti pour occuper le bois et s'approcher des ennemis autant que possible, et un autre parti de sauvages aux rapides, à l'entrée de la Cascade, afin de couper toute communica. tion avec l'ile de Montréal. Ce dernier parti rencontra un détachement de la garnison qui revenoit des Cascades avec des provisions et qui se sauva au fort, y porter la nouvelle de l'approche du Cap. Foster. Celui-ci fitsommer le Major Butterfield, qui y commandoit, de rendre la place. Le Commandt Américain demanda 4 jourspour délibérer; mais le Cap. Foster qui avoit appris qu'un officier Améri cain venoit de partir pour Montréal afin d'obtenir du renfort, voyant bien que l’objet. des Américains n’étoit que d'obtenir du tems; fit faire une seconde sommation, avec l'observation — ‘‘ que les sauvages/lui étoient: alors bien soumis,mais que si en s'obstinant à défendre leur fort il leur arrivoit de tuer un de:leurs gens, il ne pouvoit point répondre des conséquences.” — Le Commandt Américain répondit qu'il se rendroit si on lui permettoit de se retirer à Montréal avec sa garnison. Le Capt. Foster ne voulant point consentir à cette condition fit faire ‘une redoute à l'entrée du.bois, à 500 pas du fort. Le 19.au matin, s’'avança à 150 pas du fort et fit un feu de mousqueterie si bien soutenu jusqu’à midi, que leGommandt Butterfield se rendit à condition que les vainqueurs accorderaient aux assiégés la vie et leurs bagages. Le lendemain;le.Capt Foster étant informé que le Major Shebornevenoit de

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Montréal avec 100 hommes, envoya au devant d'eux 100 sauvages s'emparer des bois par lesquels ils devoient passer et les attaquer pendant leur marche. Les Américains surpris, après quelques minutes de résistance, se rendirent aux sauvages qui les amenèrent au fort, où ils se proposaient de tous les:mettre à mort. Gene fut qu'avec beaucoup de peine et qu’à force de présents, .que le Cap. F. leur persuada d'abandonner un si cruel dessein.

Le:Cap. Foster laissa les Cèdres pour redescendre le fleuve, etapprità Vaudreuil que le Col. Arnold, à la.tête de 600 hommes, étoit parti de Montréalets’étoitavancé jusqu’à Lachine. Celui-ci se confiant en la supériorité numérique de ses forces résolut d’aller au devant du-Cap” qui sut si bien.profiter de sa position en divisant sa.troupe en trois, afin de défendre les 3 pointes d’une petite presqu'ile.où il s’étoit placé, qu’il repoussa les Américains :-et les.obligea de se retirer à Ste Anne sur l'ile de Montréal.

Maisle Cap. Foster qui avoit peu de monde :sous ses ordres se trouvant très embarrassé par le grand nombre de prisonniers, en proposa un échange que le Col. Arnold accepta le 22 mai, eten conséquencelui livra 2 majors, 9 Capitaines, 20 subalt.et 443 soldats Américainsàä condition que les Américains renverroient le 7e et le 26e Régts ; et Arnold donna en otages 4 Cap”*'Améric : qui furent envoyés à Québec ; et où ils devoient rester jusqu’à l’exécution de la Convention. Mais le Congrès ne.voulut point ratifier le cartel sous prétexte que le Cap. Foster avoit.traité ses prisonniers.avec cruauté. L'histoire absout ce Çap”° de ce reproche. Le Congrès s'en sera laissé imposer par les rapports des prisonniers Amériçains.qui auront représenté comme cruelles les. mesures de précaution que cet officier devoit nécessairement employer pour surveiller et contenir les vaincus dont le nombre éloit supérieur à celui des vainqueurs.

Le 22 mai.

. 16. Plusieurs vaisseaux étant arrivés d'Angleterre vers la Nouvelle atta- " :

ue contre Trois. fin de mai avec beaucoup de troupes, le Gén! Carleton les ivières. : o..… :

envoya aux Trois-Rivières. Le Gén! Fraser qui les com. mandoit, en fit débarquer la 1ere division à cette ville, en fitmonter une autre division plus haut que la ville à bord de transports, tandis que le reste remontoit le fleuve. Le Gén! Sullivan qui étoit encore à Sorel avec un corps de troupes considérable, s'imaginant qu'il pourroit s'emparer facilement de la Ville des Trois Rivières— pendant qu’elle n’avoitque peu de troupes, comme il le croyoit erronément et contre tons les rapports, envoya le Gén! Thompson à la tête de 1800 hommes, avec ordre de se rendre à la Riv. Nicolet et de traverser à la Pointe du Lac. La nuit du 7 au 78 jui 8 de juin les Améric. traversèrent l2 fleuve et se rendirent à la Pt du Lac. À 4 h. du matin, le Cap" de Milice Landron, de la Pte du Lac, se rendit aux Trois Rivières et donna avis au Gén! Fraser de l’arrivée des Américains. Ce Génifitaussitôt rassembler ses troupes au nombre de 7000 et plaça différents piquets aux endroits par lesquels ils pouvoient se rendre à la ville. Il ordonna en outre au Gén! Nesbit de se mettre à la tète d’un détachement qu’il fit débarquer des vaisseaux et d'aller prendre les Américainsen guerre” tandis que le Major Grant s’empareroit d’un pont, afin de les empêcher de se sauver par la Riv. du Loup. De leur côté les Américains se proposant d'attaquer les Trois Rivières à l’improviste, avoient formé le plan de passer, dès la même nuit, par les bois, pour venir par le Côteau Ste Marguerite au côté nord. Ils avoient pour guides deux François, Larose et Dupaul!, qui ne connoissant pas bien ce chemin, forcèrent Ant" Gauthier, Cultivateur de la Pte du Lac, de les guider. Mais cet homme loyal, pour donner le tems à la ville de se préparer à se défendre, feignit de s'égarer, alongea la route des Américains en leur faisant faire d'inutiles détours. Ilest

1 Melle Desbarats les a connus ot m'a dit que son frère m'en diroit davantage. Le ler étoit marchand à la Riv. du Loup, et le 2d cabaretier à Machiche.—A.B.

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certain que sans ce stratagème les Américains auroient surpris la ville avant le jour. Ce ne fut que vers les huit heures du matin que Gauthier parvint, avec 7 ou 8 Américains, qui formoient une avant-garde, au pied du Côteau Ste Marguerite, à quelques arpens au nord de la Commune. Le Chevalier de Niverville, qui conduisoit un piquet de 12? volontaires, lesapperçut, alla au devant d'eux et lesfit prisonniers. Le reste des Américains parntbientôt après. Le Gén! Fraser vint à leur rencontre avec les troupes angloises et les attaqua avec un feu si vif que les ennemis furent bientôt mis en déroute. Il fit prisonnier leur Commandt, le Gén! Thompson, le Col. Irwin et 200 hommes. A 3 heures après midi les Américains avoient perdu en outre 20 bateaux, 28 quarts de lard et 8 canons. Le Gén! Carleton arriva aux Trois Rivières à 6 h. du soir,

accompagné de son frère et de son Aïde-de Camp, Mr de

Lanaudière. Il fit venir Gauthier etaprès l'avoir interrogé

sur la manière dont il avoit trompé les Américains il lui

dit qu’ils auroient eu le droit de le pendre pour n'avoir

pas rempli ses engagements envers eux. Cette observation peut paroitre étrange à plusieurs. Je la transmets telle qu'on me l’a racontée.

Le gros de l’armée américaine fit, avec le plus grand à désorde sa retraite dans un bois marécageux et y essuya toutes sortes de misères jusqu’au lendemain. Mais le Gén' ayant donné ordre au Major Grant d'abandonner la possession du pont, les Américains s’enfuirent vers Sorel. Ils furent poursuivis jusqu’à cet endroit par les troupes du roi jusqu’au 14 de Juin. Le Gén! Carleton ordonna au Gén! Burgoyne, ie second en commandement, de ne point hazarder de combat avec les républicains, jusqu’à ce qu’il eut reçu une autre colonne anglaise pour le renforcer. Ceux-ci profitèrent de ce délai pour se rendre à St Jean, d'où ils traversèrent le lac Champlain et se rendirent à Crown-point. Leurfuite des Trois Rivières fut si précipitée qu'ils abandonnèrent leurs blessés dans le bois. Des habitants de Machiche en ayant apperçu quelques-uns, des

Le 9. Retraite es Américains.

citoyens des Trois Rivières les allèrent chercher jusque dans les bois de cette paroisse afin de les faire soigner. Je ne sais ce que l’on doit le plus blâmer, ou de la témérité etde l'impéritie des Américains dans cette expédition contre les Trois Rivières ou de la mollesse du gén! Carleton qui les laisse échapper des marécagesoùil pouvait si facilement les forcer à mettre bas les armes, et qui favorise leur fuite, Quelle réponse eut:il faite si on lui eut demandé pourquoi il sauvoit les armées du Congrès? Cette conduite n’inspira point de reconnaissanceaux Américains puisque leur Whilcomb, qui, en conduisant un parti de batteurs d’estrade, ayant rencontré le Gén! Gordon aHant à cheval de St Jean à Chambly, fit tirer sur lui pour avoir son sabre et samontre. Le général mourut peu de jours après deses blessures, et le Congrès ne punit point cet assassinat,

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