‹ Invasion du Canada [microforme]Chapitre 48 sur 86 · LA GUERRE AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

LA GUERRE AMÉRICAINE

En 1775 les Américains vinrent prendre Carillon et Crown Point et St Jean. Le gouverneur Carleton se trouva dans une position très-critique et ne put avoir recours qu'aux citoyens du pays pour défendre les places

ses services pour

Britanniques. En ce tems j'étois à une exploitation de Fe

bois de corde ; le bruit se répandit bien vite à mes chantiers que j'abandonnai bien vite pour venir offrir mes services au Général Carleton, qui le accepta avec plaisir — Je partis pour St Jean pour rejoindre nos messieurs zélés. On nous envoya des informations que l'ennemi étoit retiré. Sur cette nouvelle le général nous écrivit pour nous inviter à diner et nous congédier — Je me rendis comme ces Messieurs; mais son Excellence me dit qu'il savoit de bonne part que feu mon père et ses enfants avoient de tous tems eu une grande influence sur les nations sauvages et qu'il se flattoit que je serois très-ulile dans cette nouvelle guerre, si je voulois prendre le parti du Roy. Je l’acceptai avec plaisir, me flattant de trouver l'occasion de me distinguer dans ce nouveau service tel

1 Le lecteur est prié de relire dans l’Introduction ce qui a rapport à ce Mémoire,

vi" |

Divers voyages qu’il fait,

22 août, Aflaire de Ba= ker,

que javois eu l'approbation des généraux françois. De plus je croyois bien me rendre utile, persuadé que les sauvages du Sault St Louis seroient prêts à me suivre dans les occasions militaires ; mais mon attente fut vaine : personne ne voulut me suivre, c’est-à-dire de ceux qui étoient au village—excepté Charlot Couque ? scélérat chassé de village.

Ici, je me restreins à donner un abrégé de mes services — Je n’avois rien à faire de mieux que de parcourir le Lac Champlain. Je n’ai avec mon sauvage eu de nouvelles jusqu'au fort Crown-Point et en revenant le long des terres nous trouvâmes une petite berge dans laquelle il y avoit deux nègres déserteurs que nous primes le lendemain, mon frère, le sauvage et moi. Quelque tems après je fus au sault St Louis où je trouvai mon ami Thaïaiake* et son frère Téhosenarenion® que j'amenai avec moi à StJean, etquelques jours après Thaiaiake futau Lac des Deux-Montagnes qui m’amena un parti de Sauvages des trois nations. Je fus en découverte et en deça des lignes je rencontrai Beker ‘, Je fus obligé de revenir sans l’attaquer hors des lignes. Quelques jours après je partis avec cinq algonquins pour découverte dans la baie Missisqui, et revenant nous trouvâmes une berge—et voulant l’amener — le même Beker nous tira quatre coups de fusil à demi portée — qui blessa deux de nos hommes, un dans le col, et l’autre dans la cuisse — les deux sauvages point blessés et moi — Nous tirâmes d'où partoit le feu sans avoir vu personne et nous n’entendimes plus rien — Le lendemain nous fûmes voir, et nous trouvâmes le nommé Beker, mort d’une balle entre les deux yeux ; mes sauvages lui coupèrent le col. On lui trouva son Journal dans lequel

1 Fils de Charles Tehoïiakoan, dit Kouk, mort dans un âge très avancé,

2 Charles Tuiaiake, père d’une nombreuse famille.

3, Mathias Thesonnarenion ? C'est la forme la plus rapprochée qu'on trouve dans les registres,

4 Baker, Voir Témoin Ooulaire, pp, 40-41,

il y disoit qu'il avoit reçu une lettre de Ur Walker qui l'informoit qu’il avoit quinze cents hommes à leur service — et ils étoient plusieurs personnes de Montreal, très-respectables anglois qui disoit être de son parti—il y disoit aussi qu’il avoit vu Louis Le Nègre, sauvage du Sault St Louis, qui avoit apporté un message de Thome Welmain ! du mème village, qui lui avoit dit toute l’attache que sa nation avoit pour les Américains, qu'ils n’avoient rien à craindre de leur part—qu'ils étoient tous prêts à les supporter — qu'ils avançoient pour prendre le pays.

Quand l'interprète Perthuis ? a été tué, tous nos sauvages nousabandonnèrenten moins d’une heure après la nouvelle reçue. Le Major Prestonne* m'envoya àleur poursuite ; je les rejoignis la même nuit à Laprairiesans pouvoir en ramener un seul—je fus obligé de les suivre au Sault St Louis. On rassembla le conseil ; un Huron et Thome Welmain portèrent la parole disant qu'ils venoient de l’armée américaine qui étoit très-nombreuse, que les hommes qui la composoient étoient aussi drus que les feuilles dans les bois, que le général Montgomérie leur recommandoit de se retirer dans leurs villages et de garder la neutralité; ce qui fut approuvé de toutes les sept nations du Bas-Canada. Ce même huron et son compagnon les assurèrent qu’au mo-

. ment qu’ils parloient que le fort St Jean étoit bloqué ou

qu’il seroit impossible d’y entrer et sur cette assurance, je feignis de me rendre à Montréal—-et dès que la nuit vint, je me misen marche pour St Jean et marchai avec précaution. Arrivé au Coteau-des-Hètres, j'aperçus une fumée qui traversoit le camp. J'entrepris d'éviter cette embuscade, je traversai le chemin, me trouvai sous le vent, et malgré toute précaution sans doute que l’ennemi entendit du bruitet un dit à l’autre : “Who comes here? ” et l’autre

1 Welman ?

2? Témoin Oculaire, p. 44.

3 Preston.

Les Sauvages abandonnent le parti de l’Angle terre,

M. de Lorimier pénètre dans le fort St. Jean, et en revient.

Attaque de Montgomery repoussée,

répondit par hazard : “ Some wild Beast”. J’arrêtai pour très peu de temps, et je fis quelques pas imitant le chevreuil par des sauts, et le bêlement. Je continuai cette manœuvre environ deux arpents et me remis dans le chemin et me rendis au fort sans aucune opposition. Le Major Prestonne jugea nécessaire de me renvoyer au Sault St Louis pour prouver l’imposture du Huron et de l’autre : ce qui fitun bon effet, car mon homme de confiance, Thaïiaiake profita de cette circonstance pour dire beaucoup de choses et chanter la guerre après sou discours : ce qui fit un bon effet, car je ramenai un bon parti surtout en tête, feu Sotsichoouane, ! grand chef surnommé Grenadier.

Quelques jours après le général Montgomerie vint paraïiire avec une flotte assez considérable, batimens, bateaux etc, et se retira au-delà d’une pointe où nos canons ne pouvoient rien faire, et fit son débarquement de 1400 hommes—Sur le champ je fus ordonné d'aller m’opposer au débarquement accompagné du cap”° Tisse’, de la rivière Mohawk, avec environ vingt-cinq des nationset72sauvages du Bas-Canada et mon frère. Il est à regretter que le Major Prestonne n'ait pas fait marcher une compagnie du 26 ou 7e, et tous les Canadiens volontaires. Nous avançames donc en route touchant les petits bois si épais que nous ne pouvions pas voir l'ennemi plus loin de trente verges; mais une petite rivière aux eaux hautes nous donna un découvert de huit verges. Le capt Tisse reçut une balle dans le gras de la cuisse, mon grand-chef franchit la rivière n'ayant pour arme qu’une lance et mon couteau de chasse, planta la lame dans le corps d’un Américain eten tua un autre avec mon couteau de chasse et voulant expédier le troisième il reçut deux balles dans laine qui le mirent hors de combat.

1 Dans les registres du Sault St. Louis, on voit à la date du 16 sep. 1775, la sépulture ‘“ d'André Solsienhoouane, mort des blessures reçues à St. Jean.” C’est probablement le chef dont il est ici question. Le nom du manuscrit peut à la rigueur se lire Sotsienoouane.

2 Deace. J. V. Tice ?

ult re :

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16 sep.

lessures uestion.

Enfin notre victoire fut si complète que nous fimes rem- 17%. barquer les 1400 hommes à bord — nous eumes six Sau- docs vages du Bas-Canada tués et deux Mohawk, le Cap: Tisse, la cuisse cassée et huit Sauvages blessés—J’eus l'honneur qu’il fut ordonné de chanter un Te Deum dans toutes les Eglises de la province en remerciement à l’Etre-Suprème pour ce succès inattendu.!

Mais peu de temps après l'ennemi revint en plusgrand Les ennenombre faire leur débarquement plus haut et comme nos K'énarge. Nou- Sauvages savoient tout ce qui se passoitchez l'ennemi, ils jele mission de nous abandonnoiïent sans faire de bruit. Le Major Prestonne fut informé par un vieux françois que l'ennemi avoit leur débarquement à près de deux lieues plus haut que le fort, je n’avois avec moi que quatre Mohawk, un chef de St Régis et un homme du Sault.

Je fus donc ordonné d'aller découvrir l'ennemi; mais

avant que de partir un nommé Kontiie vint sans être

vu me dire qu'il étoit employé des chefs pour me

dire de me retirer de l'endroit et d'amener Mr Hertel ; NL Il me dit tout ceci en présence du Major sans le con- il noître, qui me conseilla de le renvoyer sans lui faire il réponse ; par obéissance, je dis à ce Sauvage de retourner à son village et de ne plus revenir.

Après, mes Sauvages et moi nous nous mimes en route | pour la découverte ordonnée. En chemin, je fis part du message de Kontitie; mais à peine avions-nous fait le |

quart du chemin que nous entendimes une fusillade à la petite rivière, ce qui nous fit revenir à grande hâte. Quand nous arrivâmes au fort, le Major Prestonne avoit ordonné le Cap‘ Strong avec sa compagnie, et nos volontaires d’aller attaquer l'ennemi qui étoit retranché en "1 coupant les communications. Je ne pus pas avoir l’hon- 1 neur de venir assez tôt pour partager la gloire avec nos confrères. J’appris que Mr Désonier * avoit été tué, que Mr

1 Voir Noles el Pièces justificatives, CXX.

? Desaulniers. Cf, Témoin Oculaire, p. 69.

1715. Antoine Dupré avoit été le premier à sauter dans le retranchement ennemi qui trouva le Cap‘ Hesène* à la demi-paye etlenommé...employé-commissaire?. Je n’eus rien à faire que d'aller complimenter le Cap‘ Strong du 26e, sur sa réussite ; mais en retournant à mes gens, j'entendis un Sauvage prononcer mon nom Tiohateken et celui de mon chef de S' Régis Hotgouentagehte [?]—“* ne tirez point sur ‘nous, nous sommes un renfort sauvage et canadien qui “venons vous secourir.” —Je dis au cap‘ Strong—“* Hon- “ neur aux hommes, ainsi qu'aux volontaires canadiens”— et fus rejoindre mes Sauvages dans l’idée de gagner le bois pour reconnoître la voix qui m'avoit nommé, c’étoit ce même Kontitié qui accourut à nous—“* Les Anglois vont ‘‘ être mis en pièce ; en conséqence, suivez-moi ”—mais au coutraire je me saisis de sa personne, à tout risque, le tenant à la gorge. Il voulut faire quelque résistance, et mes sauvages me l’otèrent, me disant—" Ne trempe pas ta “ main dans notre sang ; c’est à nous de le détruire ”—et à l'avis les uns aux autres, qu’ils l’abimèrent de coups et firent prisonnier. Un Mohawk qui avoit perdu son frère duns la bataille que nous avions eue avec les troupes du général Montgomerie vouloit absolument le tuer. Le Cap: Strong me pria de tâther de lui sauver la vie; alors je pris le Sauvage à brassée et me rendis protecteur du prisonnier, et le fis sauver avec laide de mon chef de S: Régis et Thomme du Sault St Louis — que le prisonnier ne fut sitôt arrivé à l’ennemi que nous en reçumes une décharge de mousqueterie qui tua un de nos soldats; mais nous avions une petite pièce de campagve avec nous, que nous fimes jouer; il n’en falloit pas plus pour faire retraiter nos ennemis bien précipitamment ; et nous bien contents de pouvoir rentrer dans nos retranchements;

Le Fort £, — Le lendemain, nous fumes bloqués de nouveau, et toute

ean est Doté. commumication coupée. Au bout de quatre jours, il nous

| Hazen.

2 CF, Témoin Oculaire, p. 63.

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arriva deux déserteurs américains qui nous assurèrent que nous étions assiégés par trois mille hommes et deux autres déserteurs nous assurèrent du même nombre d’assiégeants. Alors le Major Prestonne me demanda si je pourrois trouver parmi nos Messieurs une personne capable de passer parmi l'ennemi sans être pris—et rendre compte au général de notre position. Je lui envoyai M: de Boucherville que je connoissois pour homme de confiance et très-capable dans les bois comme ancien voyageur; mais il me dit que s’il ne craignoit pas de m'exposer, qu'il me préfèreroit à tout autre. Je lui répondis que j'étois prêt à tout risquer dans le cas où l’on me trouveroit nécessaire.

Et alors nous terminames le voyage pour le soir même. Je me rendis à la nuit bien avancée avec une couverte à l’entour dé moi, ceinturé à la sauvage et mon casse-tête à ma ceiuture—Arrivé chez le Major, je trouvai Le Cape Gordon du 26e et le Cape Connier ! du 7e et le Cape Desnai*? prisonnier, Ces Messieurs me désarmèrent du fusil et pistolet, mais n’aperçurent pas mon casse-têle et me mirent un aviron en main en me disant que je n'allois pas pour me battre, mais pour me sauver en évitant tous les dangers ; alors il me présenta le Cape Dessen pour compagnon—à quoi je me refusai le regardant comme un traître—mais ces messieurs et lui m’assurèrent de ce qu’il avoit donné par écrit où il engageoit sa dame et ses enfants—corps pour corps—Alors le major d'envoyer six hommes tirer quelques coups de fusil aux deux extrémités du camp de l’ennemi pour attirer leur altention— Mais le major fit plus, il fit marcher deux bâteaux à canon

{ Je n'ai pu trouver le nom de ce Capt* parmi les prisonniers. C'est évidemment Hazen, comme la suite le fait voir. L'auteur voulait probablement écrire Desain, comme il met plus bas Dessen, comme il écrit ailleurs Aisenne. Cf. Témoin Oculaire, p. 71.

? Kinneer? C'est au moins le nom d’un des capitaines du 7e, d'après le Royal Kalendar de 1764,

Lorimier sort du fort avec Hazen.

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en haut et en bas de leur camp, qui tirèrent plusieurs coups—Mais par un mal entendu, j'avois recommandé au Major que si le temps se couvroit de faire tirer du canon d'heure en heure—mais tout le contraire—le fort fit un feu continuel tant que les étoiles parurent—ce que n’avois pas besoin et du moment que le temps se couvrit le feu du canon cessa. Je me trouvai hors d'état de me conduire — L'étoile du Nord étant disparue, je n’avois plus rien pour me conduire. Il nous fallut camper. Je plantai des piquets pour marquer la route que j'’avois tenue et à tenir le lendemain—qui étoit du sud au nord.

Le lendemain mon compagnon me persuada que j'avois tenu ma course sur le nord-est—il pleuvoit à seaux; le canon du point du jour tira et moi m'en rapportant à Mr Desenai croyant qu’il connoissoit mieux que moi les bois, ce qui me fit changer ma route—dJe crus me remettre au nord, mais je piquai dans le sud-est, et au bout d’un instant nous entendimes bûcher moi-tenant toujours le bruit du canon sur ma droite, M" Aisenne me persuada que les bûcheurs étoient dans l’Acadie.

Mais comme la pluie cessa et qu’il s'en suivit une brume très forte qui acheva notre déroute, nous arrivâmes dans le camp de l’ennemi—Je reconnus mon cheval que des coquins avaient pris—javois trop avancé dans le désert —Etdessentinelles que j’avois presque dépassés sans qu’ils m'aperçussent, je me jetai bas et Mr Aisenne en fit autant —

pour moi, ce ne fut pas sans peur—et nous ressortames & sans être vus--Me trouvant hors de danger, je pris ma route L cotoyant le chemin de St Jean à Laprairie, me trouvant 6 près de la Savanne dans le dessein de gagner Longueuil [?] je traversai le chemain cotoyant les habitations de ia d Savanne—Mais Mr Aisenne ne pouvant plus marcher de b faim et fatigue—me supplia d'aller cliez son fermier qui 4 étoit peut-être à huit arpents de nous—que je pouvois me el fier à lui -que si je n’avois aucun risque à courir, qu'il & k Ir

me feroit signe d'aller à lui, ce qu'il fit fidèlement—Je me rendis à sa demande où je trouvai une assiettée de soupe

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qui me fit grand bien, mais la femme de la maison avoit grand’peur que l’ennemi vint à me surprendre chez elle — Je lui donnai toutes les plumes qui étoient à mon bonnet en m'informant de la position de l’ennemi—Elle m'apprit qu’il y avoit des gardes tout le long de la rivière et que tous les canots et bateaux étoient à la chaîne et au cadenas.

Je m'informai du Sault St Louis, elle m'assura que la dernière garde, c’est-à-dire que la plus avancée, ne passoit pas la ligne des sauvages suivant leur traité de neutralité, alors nous nous séparâmes, le Cap° Desnai et moi--ne pouvant plus marcher — mais me promit de se rendre à Montréal le plus tôt possible. Et en me mettant dans le chemin dans le dessein de gagner le Sault St Louis où je trouverois des amis qui me protégeroient mais quelle fut ma surprise en attendant le bruit de huit chevaux et d’apercevoir huitsauvages qui dirent— “Oui, c’est lui”—-à l'instant, je fus entouré de ces sauvages— un me donna la main et me dit—Nous remercions l’Etre “Suprème de t'avoir fait tomber dans nos mains.” Cela ne signifioit rien de bon pour moi, me rappelant la prise de Kontitié, pensant bien recevoir la peine du talion. Le nommé Thome Weëilman, que je connaissois un grand rebelle, me portant la parole—‘'Eh bien ! dit-il, te trouves: “tu bien avancé, après nous avoir tourmentés pour “prendre le parti du Roy ?” Et son discours auroit été plus loin si le nommé Daüllibou! l'interrompit me disant qu’il avoit passé la nuit sous nos fortifications persuadé que si les assiégés faisoient quelque sortie que je serois en tête, et esperoit qu’il me feroit prisonnier.

Ensuite Martin Tehasen fut à une souche de pin brûlé dont il prit du charbon qu’il écrasa et me barbouilla si bien que je n’aurois pas pu me reconnoîtrè—un autre me fit ôter mon habit et me mit un capot de couvertes et me ceintura avec une écorce—un autre m'ôta mon bonnet de volontaire et me mit en place un chapeau tout trempe sur la tête—couvert de plumes de hiboux et d'oi-

1 Ignace Sateriioskon, dit Daillebout.

Rencontre inattendue,

176, seaux de proie. Le fameux Thome Wellman tira un sac vermillon et m'en frotta les lèvres—toutes ces cérémonies m’annonçoient que j'étois prisonnier —Connoissant bien leurs usages et quels traitements que le nommé Kontitié avoit reçu huit jours auparavant, je m'’attendois a rembourser avec usure la dette, étant décidé à souffrir leurs cruautés, je leur demandai d’un ton ferme si j'étois prisonnier, pour chanter ma chanson de mort—Le grand

-chef répondit avec un ton de surprise — “ Quoi, tu nous ‘“ rends si peu de justice que de croire que nous avons “l'âme assez basse pour faire un mauvais traitement.” Le nommé Sateqaienton' me dit-—“Quoi, frère, as-tu oublié ce “ que le général Vaudreuil t’a donné dans notre village ‘‘ouniouth, quoique de tout temps nous avons été “pour les Anglois — Cela n’a pas empêché qu’en 175. “tu as couché deux nuits dans notre village parmi les ‘“ troupes angloises sans qu'ils aient pu te toucher.” Alors ils me dirent tous en riant de ma méprise et de mon air décidé que s'ils m'avoient déguisé comme j'étois, que ce n’étoit que pour me mettre à l’abri des insultes des Arnéricains—Alors on me fit monter sur son cheval et lui sauta derrière moi après avoir bu chacun un bon coup de rhum, —Là il me fit voir mille piastres pour assurer leur union et neutralité avec les Etats-Unis, toujours faisant route pour Laprairie en visitant souvent la bouteille, ce qui contribuoit à de grandes marques d'amitié. En arrivant au pont de Jacob nous rencontrâmes environ trois cents hommes Canadiens et Américains revenant d’une revue de Laprairie, alors les sauvages m’entourèrent et firent faire l’homme soùl—Je m'en acquittai très bien, mais furieux dans mon ivresse ; ce qui fit éloigner mes adversaires assez loin de moi pour que personne ne put me reconnoitre — Nous arrivâmes à Laprairie de soleil, mais comme j'ai déjà dit, mes compagnons toujours visi-

tant la bouteille—Leur amitié pour moi et Jeur enthou-

} Louis Salegaienton ?

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siasme de leur bravoure m'invitèrent d'aller faire une visite au major Bronne! qui commandoit au fort de Laprairie--Je m'en défendis du mieux qu’il me fut possible évitant toujours de les offenser ; mais ce gueux de Thome Wellemau, ilinsistoit à m’engager d'accepter l'invitation des autres, dans l'espérance que le major Bronne ne me laisseroit pas aller, mais heureusement les deux Grands Chefs s'opposèrent et approuvèrent mon refus—Là nous nous séparames, eux pour Laprairie et moi pour le Sauit St Louis. Je m'arrêtai assez longtemps pour voir l’arrivée des sauvages au fort qui n’eurent rien de plus pressé que de

me montrer à l'ennemi, étant en observation sur les hau..

teurs pour voir leurs mouvements—Sur le rapport des sauvages qui me montroient à tous ceuxqui vouloient me voir, le major Bronne ordonna plusieurs partis de quatre et cinq hommes à ma poursuite et d’autres pour me couper chemin. Les sauvages les arrêtèrent disant qu'ils n’étoient pas capables de me rejoindre et quand bien mème ils me prendroient qu'ils ne le souffriroient pas sans se faire tuer pour ma défense. Je pris le parti de me mettre en route pour le Sault toujours côtoyant les bois et me rendre à minuit au Sault St Louis et le lendemain à Montréal où je trouvai les portes de la ville fermées—Je me rendis au gouvernement. Le général en personne vint m'ouvrir la porte vis-à-vis le nouveau marché. Il m’apprit que le nommé Allenne et ses vagabonds étoient débarqués au ruisseau: Mijon où après leur départ nous eûmes à regretter la mort du Col. Templair du 26e et celle de M. Portuse?, après avoir conté au Général Carleton de la position des troupes dans le fort S'Jean qui étoit assiégé par trois mille hommes et mal approvisionné, hors d'état de soutenir un siège bien long.

Quelque tems après le général me dit qu'il désireroit bien que je vins à tâcher d’avoir quelque connoissance

1 Brown.

? Porteous. Cf. Témoin Qculaire, p. 50.

T1 se rend à Montréal.

| Nouvelle mission que lui confie le Gouverneur,

Aventure,

du nombre d'hommes qui pouvoit y avoir au fort de Laprairie. Je vins trouver mon frère à la Chine, et lui proposai de faire ce voyage qui n’étoit pas aisé, mais nous nous décidâmes de nous déguiser en Sauvages. Ce que nous fimes et dans cet habillement avec le nommé Thomas Tahannonsiagon, Sauvage affidé, pour troisième, mais non sans prendre beaucoup de précautions, sachant bien que si nous étions pris, nous aurions été pendus pour récompense — Et le principal object, c'étoit d'éviter les Sauvages du Sault St Louis, qui étoient dans les rues.

Je marchais dans le village mettant le nez aux portes pour prendre connoissance du nombre d’hommes, à peu près. Je me présentai à la porte de M"° Gaucher, dont l'époux étoit dans le fort St Jean.

Cette dame, quoique bien déguisé crut me reconnoitre, ne put pas se retenir de surprise: un officier qui me suivoit sans que je le vis, s'aperçut de la surprise de cette dame, lui en demanda la raison de cette surprise—Elle repondit sans se troubler qu’en général qu’elle avoit toujours peur des Sauvages, et particulièrement rapport à ma peinture sur le visage que j'avois plus l'air d’un diable qu’un d’un corps humain : je fus très content de cette réponse, Et je me retirai avec le moins d'émotion qu’il fut possible. Après avoir bien examiné dans presque toutes les maisons, et mon frère de son côté—nous crûmes pouvoir dire qu'il n’y avoit pas plus de quatre cents hommes de troupes.

Notre rendez-vous étoit fixé à une grosse roche dans la Commune—je m'y rendis le premier, et mon frère ensuite. Et après un espace de tems notre Compagnon Thomas—étant soùl—qui crioit de toutes ses forces : Lorimier, où êtes-vous donc toûs les deux, je crois que “le diable vous à emportés, car je ne peux pas vous “ trouver, ni la route.” Mais nous n’attendimes l’arrivée de notre Thomas pour retraiter le plus tôt possible et vinmes rendre compte de notre mission à Son Excellence,

à LA arta Très peu de jours après Son Excellence m'appela en

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secrèle—et me dit que si je pouvois trouver le moyen de rentrer dans St Jean pour décider avec le Major Prestonne s'il seroit possible d'évacuer le poste et de fixer le jour, afin que de Montréal nous mettrions toutes nos forces en marche pour couvrir la retraite à tous les risques.

J’entrepris le voyage secrètement, toujours avec mon aidé "Thomas, sans en parler à mon frère—Nous partimes tous deux de nuit, mais à mon insu, Thomas mit sa femme dans le secret, ce qui fit savoir à Charleau Kouke notre départ—qui fut à course de cheval avertir le général Montgomerie que je voulois tenter d'entrer dans St Jean. Le surlendemain de notre départ nous arrivâmes dans une prairie à soleil levé—qui étoit le seul endroit où il avoit des risques d’être découvert et très près du fortStJean, étant très décidés de nous tenir cachés tous deux, pour attendre la nuit et de laisser mon Sauvage en cache et d'entrer seul dans le fort. Mais comme j'avois avancé environ dix pas j'aperçus des pistes sur le trèfle au moyen de la rosée, ce qui me fit garder de tous côtés où je vis six hommes couchés à la renverse : je fis signe à mon Sauvage de se retirer : et moi je fis mon possible pour ne pas être vu ; mais ils me découvrirent avant que je fus rendu dans le bois, et par le bruit qu'ils firent il n’étoit plus question que de fuir le plus vite possible—Et alors nos ennemis tirèrent non pas sur nous, ni dans l'espérance de nous attraper, mais bien pour avertir plusieurs partis, de quatre hommes: chaque, qui avoient ordre de me prendre vivant et que ceux qui me rencontreroient de tirer en avant de moi, en me criant de me rendre et de me faire prisonnier sans me faire de mal—Nous rencontrâmes quatre de ces partis à peu de distance les uns des autres qui effectivement nous tiroient à peu de distance—et nous crioient de nous rendre ; mais incrédules nous nous sauvions de notre mieux sans répondre à leurs invitations—Nous fumes obligés de renoncer d'entrer dans le fort, et fimes route pour le Sault St Louis où j'arrivai

seul ayant laissé mon Sauvage à son champ de RRQ LA

1776, crètement à St, Jean,

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