X XIV
loit savoir de moi si le tout étoit [vrai] et il me dit mot pour mot ce que j'avois dit sur le bénitier des Récollets. J’avouai le tout sans ne rien m’excuser.-- Est-il vrai, Mon- ‘ sieur,que vous avez dit publiquement que nous étions “ tous des pouillour.”—Je lui répondis que dans mon expression j’entendois parler de leurs troupes et que j’avois prononcé ce mot sur vérité. Eh bien ! Monsieur, comme ‘vous me paraissez curieux de voir des troupes discipli- “nées, préparez-vous de partir pour New York sous six “ jours: là vous verrez des troupes qui vous en imposeront.” —Jelui répondis que je serois toujours prêt à partir, seroit-ce sous deux heures.
Sitôt que je fus sorti de la maison, je me rendis chez m. de Lorimier
moi et fis atteler ma carriole pour me rendre au Sault St Louis—pour que l’on me préparât des raquettes etdes souliers pour moi et pour Mr Godart et Thome Wakaire * —où je fus obligé de déclarer mon secret à une descendante d'un Mr Skailer, * son grand père originaire de Girfil * et de demoiselle Skailer, * originaire de Sarasteau. Cette charmante fille eut de la peine à se résoudre à me faciliter dans mon projet—-mais quand elle sût que c’étoit pour éviter les prisons des colonies où probablement je ne pourrois sortir qu’à la paix, ce qui lui fit mettre tout en œuvre pour précipiter mon départ. Deux jours après, elle-même, ne voulant pas se fier à personne, vint me trouver chez Mme Gamelin, ma sœur, où j'étois caché— Non seulement elle m'avoit apporté ce que j'avois demandé, mais un équipement sauvage de vieilleries
1 Thomas Walker, qu'il ne faut pas confondre avec Thomas Walker, l’'Assomption (Noles LXIV.) Il était son cousin et frère du Juge gs. alker,
2 Schuyler.
3 Greenñeld, J. V.—D2erfielà ?
& Dans le MS. les deux noms sont écrits de la même manière, il faudrait encore lire Schuyler, comme a fait M. Viger. Cependant dans les registres du Sault St. Louis, le nom de la jeune personne que M. de Lorimier épousa plus tard, est écrit Skailer et Skacler. a4
s'échappe de Montréal,
1716. et alors je fis prévenir mes compagnons de voyage de partir vers deux heures et de faire route vers la Longuepointe et revenir par derrière la Montagne—et se rendre
f de là à Lachine chez ma mère—qui étoit prévenue de les cacher jusqu'à mon arrivée.
Alors ma chère Louise Skeler m'habilla de ces haillons et me mit si écœurant que moi-même je ne pouvois me reconnoître. Après avoir fait mes adieux à ma sœur, nous parlimes tous deux dans sa voiture, menant son cheval elle-mème—et moi je me laissois trainer comme un homme sans connoissince— et en arrivant à la porte de la ville, près des Récollets—où il y avoit deux sentinelles, je fis comme si je venois de mon ivresse et fis frime de frapper ma pauvre Louise—qui de son coté fit voir sa peur aux sentinelles qui de leur coté s’intéressoient à ma chère Louise en faveur de sa beauté, ce qui leur fit dire en m’adoucissant : 0h, friend, don't touch her, et je répétai — Oh, don't touch her, et passai sans en dire davantage—dJ’arrivai chez ma mère où je trouvai mes deux compagnons cachés, et leur cheval, en m'attendant. À mon arrivée ma mère envoya un affidé chez Mr Ainé! prendre des informations pour savoir si nous pouvions passer par la Pointe-Claire sans grand danger—Sa dame nous fit dire de ne pas remuer jusqu’à nouvel avis : —qu'il [y] avoit douze hommes armés et munis de fers pour arrêter quelques personnes—mais sans savoir pour qui cela étoit—Vers neuf heures du soir madame Ainé me fit dire que ce parti avoit ardre d'aller prendre Mr Besson Curé à Ste Géneviève *—Alors je fis atteler nos chevaux dépouillés de grelots et tout ce que les voitures auroient pu faire de bruit—L’homme que j'avois envoyé en observation vint nous dire que quatre traines commandées
pour le parti étoient en marche pour la Pointe-Claire où ils prendroient d’autres voitures pour'se rendre à St
1 Heney.
2 Voir Mtos et Fi'ces just'fica!ives, CXXN.
e de guendre le les
illons s me sœur, t son mme
à la avoit vresse n coté itéresce qui } touch i sans rouvai ’attenhez M'
s pourer —Sa vel avis :
de fers ir pour Ainé me Besson hevaux Luroient n obsernandées laire où e à St
Geneviève—nous nous mîmes dans nos voitures et suivimes les traincs que nous rattrapâmes d’assez proche pour les voir à la faveur d’un beau clair de lune—d'où nous les vimes arriver dans le village de la Pointe Claire et noustraversâmes pour gagner Ville-chauve :-Là nous laissâÂmes nos voitures et primes de bons chevaux qui nous rendirent à S' Régis pour acheter du blé d'inde, dimesnous, à nos charretiers—car sans cela personne n’auroit
. voulu nous mener, les Américains ayant affiché à toutes
les portes d'églises, défendu de conduire des étrangers dans aucun endroit éloigné sans un ordre des officiers généraux, ce qui nous gènoit de presser nos charretiers crainte de nous rendre suspects—J’eus recours à la bouteille et que je n'épargnai pas pour nous réchauffer— Pour cet effet M: Thomas Walker ? de l’économie de notre rhum qui ne fut pas épargné—d’autant qu’il ne s'épargnoit pas lui-même—Mais les chevaux le firent boire moins que notre provision, car ils étoient plus souvent au galop qu’au trot—ce qui nouë rendit à St Régis en peu de temps—quoiqu’à la nuit—qui nous fit grand bien—tout le monde ignorant notre arrivée.
J’envoyai sur le champ chercher le nommé François Thehonahogen qui se trouva prêt avant le jour, avec une traîne de clisse sur laquelle nous nous mîimes à la traîner—car mes deux compagnons avoient assez de peine à marcher sur leurs raquettes—surtout Thomas Walker, que nous fûmes obligés—le sauvage et moi—de traîner par derrière notre charge, ce qui nous retardait beaucoup dans notre fuite—au point que je craignois d'être rejoint si nous eussions été poursuivis parce que nous mimes deux jours et demi pour [nous]|rendre au fort de la Galette où commandoit le Capitaine Foster * du 8" avec sa compagnie
1 Beauharnois,
? Un mot a été passé dans le manuscrit,
à Forster,
Ilarrive à St Régis.
Il arrive au fort La Gulette,
FA. Quelques joursaprès je proposai au Capt. Foster de tenter
gout aller brûler AVEC quelques sauvages sûrs d'aller brûler la flotte améri- Il est empêché. Caine à Grande Pointe, ce qu’il me refusa avec une expression, comme si il m'eûtsoupçonné—au point que ces messieurs ses officiers et nous trois,nous ne pûmes nous retenir de rire de son discours. Ce qui choqua mes deux compagnons qui ne voulurent le voir tout le temps que nous avons resté dans l’endroit—Pour moi, je tâchai de lui donner [une opinion] meilleure sur ma conduite au point qu'il me laissa partir avec un seul sauvage, avec de la T1 parcourt Poudre et plombet balles pour provisions—dJe parcourus ea eue les endroits des chasseurs où je réussis à me former un parti d'environ 106 guerriers avec promesse qu’ils m'en recruteroient peut-être autant et nous donnâmes rendez- : vous à Ganonnonqoui ! au plein de la lune d'avril au plus tôt et qu'ils viendroient m'avertir sitôt qu'un nombre seroit assémblé.
Je fus trois semaines dans ce voyage et à mon arrivée j'étois très inquiet pour les provisions, quoique j'avois bien recommandé aux chasseurs de faire autant de viande sèche qu’il leur seroit possible. Cela ne m'empêcha de proposer au Cap‘ Foster de descendre aux Cèdres pour demander à M' le Curé Deneau et M" Denis ?, étapt tous deux mes grands amis, de faire tous leurs efforts—qu'ils
Û eussent à nous envoyer—sitôt la navigation —des provisions suffisantes pour nourrir près de trois cents hommes T! descend pendantquinze jours.
aux Cèdres.
Le Capt Foster approuva mon projet et le surlendemain, habillé à la sauvage, je partis avec un pelit sauvage d'où nous arrivâmes le troisième jour dans la nuit chez Mr le Curé Deneau—qui—après que je lui eus communiqué mon projet—nous fit venir M' Denis—qui se prêta avec beaucoup de zèle à se rendre utile au Gou-
ER
1 Kananokui, Rivière aux Frènes, à 6 lieues de Kingston.
2 M. Denaut fut plus tard évèque de Québec. M. Denis était marchand.
nter néripresmestenir )mpanous e lui point de la ourus er un m'en endezu plus ombre
arrivée j'avois viande de pros pour pt tous qu'ils proviommes
surlenn petit dans la lui eus is—qui au Gou-
tait mar-
vernement—nous assura que les provisions se rendroient au temps—en ayant suffisamment chez lui pour la charge de trois bateaux—Cela décidé, je pris congé de ces Messieurs avant le jour, mais non pas sans bonnes provisions de pain et jambon—De retour à la Galette—la navigation venant libre, nos bateaux pouvoient venir dans le lac S‘ François.
Je retournai avec trois bateaux conduits par des soldats du huitième et le Lieutenant Borde pour m'assurer et protéger nos provisions au cas que nos voitures ne fussent .ctenues par quelque événement. Arrivé à la Pointe-au-Foin,je mis mon parti en cache dans une petite rivière avec beaucoup de difficulté, la rivière n'étant pas déglacée, ce qui nous retint jusqu’à la nuit—et le lendemain je fus aux Cèdres chez Mr le Curé Deneau, déguisé en sauvage, pour m'informer si je pouvois avoir nos provisions—J’appris avec plaisir que nos charges étoient en sûreté au Côteau-du-Lac trois lieues au dessus de l’église desCèdres; mais pour moi je me trouvai bien exposé—et Mr le Curé Deneau—chez qui il [y] avoit six soldats et un sergent américain en observation.
Heureusement j’avois fait chasse dans ma route de quatre canards noirs—Etant contre le feu, le Curé vint, s'approcha de moi sans me reconnoître, car je ne me montrai pas que comme un sauvage la tête basse et mon capuchon qui me cachoit presque le visage couvert de la fumée de ma pipe—Le Curé me demanda mes canards à acheter—je lui fis signe que oui—pour du rhum-—ce qu'il refusa très sérieusement—moi je lui en jetai deux à ses pieds—et pour reconnoître ma politesse il mefit donner de la viande froide et un coup de rhum—Je mis mon assiette sur le foyer entre mes jambes et mangeai malproprement—Le curé se retira dans sa chambre la porte ouverte —le sergent vint contre moi avec une bouteille de rhum me l’offrit pour mes deux canards, -je feignis d'aller demander la permission au curé de traiter mon gibjer au sergent —0ù j'eus le temps de me faire connoître—Mr le Curé s’a-
Il revient chercher les provisions,
M. de Lorimier échappe au dan ger d’être reconnn par un officier américain,
Un parti commandé par Lorimier se dirige vers l’ennemi,
270 INVASION DU Logos
vança et permit au sergent d'acheter les canards aux conditions qu'il prendroit la bouteille en mains afin que je n’en fis pas mauvais usage—Mais je restai dans la chambre comme pour veiller de mon côté à ma bouteille, ce qui me donna occasion de causer plus d’une heure—quand il me dit qu’il avoit toute apparence que les Américains enverroient un parti—j'étois pressé de repartir —Mr le Curéfit semblant de s’impatienter de ma présence—me prit d’une main—et de l’autre ma bouteille- et me reconduit hors de la maison et nee fit signe de m'éloigner le plus tôt et le plus loin possible,ce que j'exécutai avec plaisir car je m'étois bien aperçu qu’une femme qui m'avoittraversé la Rivière à Délile--un grand danger--ce qui m’obligea d'agir à découvert—me fit reconnoître de cette femme.
J'arrivai au Côteau-üu-Lac où je trouvai le nommé An dré Lalonde—un affidé du Curé—qui m'assura que ses bateaux se rendroient à nous dans la nuit et qu’au jour, ils seroient chargés—le lendemain tout se trouva vérifié tel qu'il me l’avoit dit et nous trouvâmes en marche au soleil levé pour rejoindre notre parti où nous divisimes nos charges assez promptement pour nous rendre à la Pointedu-Lac,—et de là nous nous rendimes au fort de la Galette en trois jours.
Sitôt que je fus de retour au poste, j'envoyai un message à Ganonnonqoui prévenir les sauvages de mon retour et qu’ils eussent à se rendre le plus tôt possible, ce qu'ils firent bien promptement et pour comble de bonheur il nous survintun parti de six nations, de vingt-deux hommes —ce qui donna un grand encouragement à nos sauvages.
Le Cap: Foster me proposa de se mettre en marche avec une vingtaine de soldats—accompagnés du Cap‘ Park du septième et du Lieutenant Borde du 8me—ce qui me fit grand plaisir—Après tout arrangement pris, nous nous mîmes en marche pour Montréal, si nous n'avions aucune occasion de rencontrer l'ennemi avant—Nous vinmes coucher au Rapide-Plat—où nous rencontrâmes un chef de St Régis qui venoit pour tâcher de détouruer mon parti d'avancer
plus loin, assurant qu'ileroit abîimé par les Américains 1716.
np qui étoient très nombreux et qu'ils venoient en grande
J force pour s'emparer de tous les Rapides Je rassemblai pre tous mes chefs et leur [dis|que je ne pouvois pas croire der que nous vinssions à écouter tous les discours que l'on +4 pouvoittenir—et alors je portai la parole au chefmessager
ent = avecl’approbation de mon parti qui fut ceci : ‘Mon oncle, d ‘“ moi et mes guerriers nous te remercions de tes bonnes
, jui “intentions. Tu veux nous préserver des dangers; maisne rs de “sais-Lu pas qu'un guerrier quand il chante la guerre—il Pres “rejetie son corps et recommande son âme à Dieu. pra a “Tu nous assures que notre ennemi vient en grand AT ‘nombre, tant mieux—-nous aurons moins de chemin à Et S “faire pour le rencontrer; tu dis qu’ils sont nombreux: “tant mieux, notre gloire sera plus grande. Eh bieul! é An- “hon oncle, nous t'invitons de venir avec nous—pour Li ds “ramasser les dépouilles de leurs morts.” Alors le ar, ils vieux chef nous dit que puisque nous rejetions nos corps, é—tel qu’il rejetoit le sien et pour répondre à notre invitation, soleil il vouloit risquer sa vie avec la nôtre—et se leva en s nos chantant la guerre.
Pointe- : , \ “ii dé Le lendemain nous partimes et arrivâmes à S* Régis vers Re deux heures— Notre flotte de petits canots avoit plus d’ap- gis, puis à la
essage parence que l'on ne pourroit se le persuader—Arrivant stone près du village nous fimes upe fusillade accompagnée de
qu'ils toute espèce de cris de joie qui étoient effrayants—et de 4 chaque nation chantoit sa chanson de mort,—nous fûmes né bien reçus—l'on nous logea dans de grandes cabanes
vages. d’écorce—et dès le même soir je fis festin de deux bœufs—
sese el nous chantâmes la guerre et tous les guerriers dû Au | village se joignirent—Il ne fut plus question que du
grand |! départ—enfin le temps arrivé nous parlimes du village
on pour nous rendre à la Pointe des Nègres, d’où je partis le, ds 1 lendemain avant le jour pour aller prendre des inforan mations des mouvements de Fesnemiess me rendis
Régis donc avec quatre sauvages en canot jusqu’à la Rivière de
vancer la Pointe au-Foin, où je les laissai pour prendre les bois,
M. De Lorimier se rend seul à la Pointe-au- Diable,
) 1 1 3 INVASIGN DU CANADA.
après avoir recommandé au Cap‘ Foster de ne pas avancer plus loin que la Pointe-au-Baudet jusqu’à mon retour.
Je connaissois un nommé LaFleur et sa demeure— j'arrivai au bout de sa terre, et l'ayant trouvé à semer du blé—et ses voisins—je me saisis de lui et l’interrogeai.—Il m'assura que les Américains venoient le lendemain au nombre de 3000 hommes prendre poste à l'église des Cèdres où les fortifications étaient finies par 300 hommes qui devoient laisser la place pour les 3000 et eux se rendre le même jour à la Pointe au-Diable et s'y retrancher.
Sur ce détail je laissai mon homme pour retourner aussi vite qu'il me fût possible rejoindre le Cap‘ Foster que je rencontrai bien en deçà de la Pointe-au- Baudet—et pendant que j'étois dans le bois, des sauvages du Saut S‘ Louis découvrirent mon parti—Le temps étoit serein, et des mirages par le calme faisoient l'effet d'un microscope, qui grossirent les objets à la vue des découvreurs au point que sur leur rapport l'ennemi renonça au projet de la Pointe-au-Diable--Effectivementmoi-même je fus très surpris de l'apparence de notreflotte, joint que tous ces petits canots d'écorce tiroient les uns contre les autres à qui iroit le mieux, ce qui occasionnoit beaucoup de cris de joie par les vainqueurs—et suivant l'usage sauvage,les vaincus répondent par des cris effrayants—et tout cela porta l’effroi au nommé Phillip Sanorese et ses associés.
Mais sur les intelligences que j'avois reçues, je dis au Capt Foster que j'étois décidé de me rendre à tout risque prendre possession de la Pointe-au-Diable dans la même nuit—et je fis forcer de nage à mon parti en chantant ma chanson de mort ; mais à ma grande surprise les sauvages six nations n’y répondirent point et le Capt. Foster et ses six nations campèrent à la Pointe au-dessus du Coteau du Lac—et moi et mon parti nous sautâmes le rapide du Coteau de nuit et fimes notre débarquement à la Pointe-au-Diable où nous apprimes par l'habitant proprié.
le et
our- Cap' e-auages étoit d'un écoutonça ême nt que re les beauusage ts—et et ses
e dis à tout ans la chanise les Foster sus du mes le nt à la roprié-
taire qu'il étoit venu douze Américains avec lessauvages découvreurs et que sur leur rapport ils avoient retourné avec les sauvages à leurs retranchements—Pour moi sitôt que le jour parut je fis embarquer tous les vieillards dans nos canots, à qui je donnai ordre de se tenir au large en observation et de nous crier à terre si ils découvroient quelque chose de conséquence—et si au cas nous fûmes repoussés, de traverser au sud de la rivière et s’en retourner à St Régis sans s'inquiéter de nous—de laissai un de mes vieux sauvages avec une lettre au Capitaine Foster de tenir une rive gardée assez éloignée pour avoir assez le temps de traverser au sud et de retraiter avec mes vieux sauvages.!
Nous mettant en route après toutes ces précautions prises nous marchions bien vite pour que l’ennemi ne put avoir connoissance de notre approche—Nos sauvages nous crièrent qu’un homme se sauvoit devant nous—Je détachai deux fameux coureurs qui le rejoignirent bien vite—c'étoitun nommé Lauoix qui se sauvoit de peur—je le rassurai et le renvoyai chez lui. En passant chez Lafleur, je demandai où étoit son marñi—elle me dit qu’il venoit de sortir pour chercher ses-bœufs de charrue, ce que je pris pour vrai—Etant arrivés au portage—qui est à présent un village et une belle église ?, nous aperçümes un homme qui se cachoit pour se sauver—j’envoyai deux hommes qui me l’amenèrent prisonnier—Quelle fut ma surprise de” voir Pierre Lafleur, homme qui avoit servi mon père vingt-cinq années, qui alloit me déclarer à l’ennemi—Je fus si outré de sa démarche que je fus au moment de lui faire casser la têle ; mais il s’excusa en me disant que la femme de son voisin—le nommé Laplante—l'avoit vu avec moi et que ‘‘ si je n’allois en donner connoissance à
L Il est assez singulier de voir avec quelle rapidité Forster glisse sur tous ces détails dans son Authentic Narralive dont nous donnons la traduction plus loin.
? Voir Notes el Pièces justificalives, CXX VI. as
Il arrête heureusemnent ceux qui allaient le
trahir,
l'ennemi, elle iroit déposer contre moi :” c'est ce qui l’avoit décidé à faire cette démarche—
Je n’eus rien de plus pressé que de continuer ma route— je laissai les vieillards et infirmes au dit portage pour faire corps avec le Capt. Foster qui arriva au même endroit à midi—J'arrivai vis-à-vis les retranchéments etentrepris de nous ‘vancer pour couper la communication—j'annonçai aux guerriers qu’il falloit avancer, ce qu'ils refusèrent di: sant que cet honneur appartenoit aux troupes du Roi—et cela se disoit en dérision, voyant que le Capt. Foster avoit resté si loin en arrière. Cette réponse me piqua au point de leur dire que j'avois cru que, quand nous avions chanté la guerre à S' Régis, que par leur expression que j'avois craint de ne pas pouvoir répondre à leur bravoure, mais que si je trouvois un seul homme pour venir avec moique je leur ferois voir ce que c’est qu’un brave. Le nommé William Johnson—Mohawk —fils naturel de feu William Johnson--me dit: “Tu es un homme comme moi, et à nous deux nous pouvons faire honte à toute nation ”—-
Sur le champ nous partimes à toutes jambes nous arrivâmes sur ja terre d'un nommé Lalonde—voisin de Mr Deuis qui nous avoit tant rendu de services—Je me trouvai —mon compagnou, William, et moi—visés par deux Américains, leurs armesappuyéessur une clôture, à environ un arpent de nous mon compagnon me cria : “ Méfie-toi—"”et nous reçûmes les deux coups de fusil que nous évitâmes en nous jetant dans un fossé de ligne-et précipitamment nôus fonçâmes sur nos adversaires, qui se sauvèrent en descendant une grande côte, que nous rejoignimes d’assez près pour poser nos fusils au mème endroit d’où nous avionsété tirés. William n’eut que le tempsde medire : “Tire surcelui de ta droite ”--nous les blessâmes tous les deux, lui dans la cuisse et moi dans l’épaule—ce dernier me connoissoit très bien ayant passé l'hiver chez un de mes voisins à Lachine, chez un nommé Trudeau—Ce même homme, quatre jours après vint me voir et m’assura que c’étoit moi qui l’avois.mis dans l’état où il étoit—Je lui donnai
roit
e— aire it à s de nçai 1t di:
i—et avoit point santé avois
mais pique
»mmé illiam
ji, et à
sarride M rouvai k Améron un oi—”et mes en tnôus descenez près onsété rcelui dans la noissoit isins à omme, k c'étoit donnai
une pet une de mes c..... ! Tous mes sauvages me 1716. suivirent de près et nous coupâmes la communication après avoir tué un homme et quatre blessés, car il avoit un parti de vingthommes venant des Cascades qui voulurent rentrer dans leurs retranchementset ne pouvant le faire, ils s'emparèrent d’une maison près du fort où ils se défen. dirent vigoureusement.—nousavions les pentes de la côte qui nous mettoient à l'abri des retranchements—mais comme [par] bonheur ? un de mes sauvages fut tué, ce qui anima mes guerriers qui firent le cri de foncer pour revenger la mort de cet homme—nous entrâmes dans la maison, et comme l'ennemi s’étoit réfugié dans le grenier où l’on ne pouvoit monter que par une échelle, je criai de mettre le feu—et pendant ce temps nous reçûmes deux boulets de deux livres de travers en travers de la maison, ce que je ne pouvois concevoir—Mais le cas étoit que les attaqués au bruit que nous faisions avoient défoncé le pignon de la maison et s’étoient sauvés à leurs retranchements, sans que nous en fussions aperçu —Alors je fis retirer mon monde dans une raveline en attendant que je pus me rendre au parti du Capt. Foster---
Les Américains firent une sortie de 180 hommes, ce qui dE m'inquiéta beaucoup voyant le nombre de mes sauvages tile ns bien inférieur—n'étant pas plus de 80 à 90—mais je n’en 1 fus quitte que pour la peur. car la sortie de l'ennemi étoit que pour brûler une superbe grange qui anpartenoit au Chev. de Longueuil--Je fus trouver le Capt. à la nouvelle église—après avoir donné mes ordres aux ‘pour le temps de mon absence—
Etant rendu au Capt., je le priai de s’avancer et j'en dis autant à mes sauvages qui me suivirent à l'instant — mais le Capt Foster ne voulut pas remuer de son poste, qui se retranchoit avec des perches de clôture—
1 Une piastre et une de mes culottes.
2 On peut lire: “ comme Bonneur—un de mes sauvages—fut tué,”
3 Le mot manque dans le manuscrit,
A Den
L'auteur propose au (Capt, Forster de donner l'assaut,
Les ennetnis sont forcés de se rendre,