‹ Invasion du Canada [microforme]Chapitre 53 sur 86 · INVASION DT CANADA · texte numérisé non relu

INVASION DT CANADA

Le lendemain comme je voyois que je ne pouvois pas rester longtemps sans être abandonné d’une partie de mes Sauvages—Mais heureusement les Iroquois du Lac des Denx Montagnes vinrent me rejoindre, ce qui me délermina à donner l'assaut, ce que je ne voulus pas donner connoissance à personne avant que de communiquer au Capt. Foster mon projet qui étoit ceci : je voulois descendre la grande Batture des Cèdres avec l'élite de mes sauvages, et au bas de la dite Batture de joindre mes canots comme un cageux —aun moyen de la nuit très obscure, débarquer au Côteau et par un signal donné de part et d’autre, le Capt. Foster devoit donner l'alarme par terre à l'ennemi avec beaucoup de bruit, comme pour forcer les retranchements, et nous autres, de monter la côte sans aucune opposition, c’est-à-dire des fortifications et de foncer à l’arme blanche sur l’ennemi après avoir fait notre décharge—etau Capt. Foster d’avancer avec tout son monde pour défoncer deux barrières—

Le lendemain — jour nommé pour l'assaut — le Capt. Foster s’avança au son du tambour au moyen d’une raveline très-profonde, avec deux drapeaux que nous avions faits, qu’il fit planter sur le bord de la raveline à portée de mousquet, et détacha son Lieut. Borde avec le pavillon parlementaire porté par un tambour—qui furent reçus par un parti en dehors des retranchements et firent entrer le flag truce les yeux bandés dans leurs retranchements—où ils furent sommés de se rendre prisonniers de guerre et de s’en retourner dans leur pays sous quinze jours après avoir prêté serment de ne prendre les armes durant la présente [guerre|, excepté que par échange—Les propositions furent acceptées et la capitulation fut signée de part et d'autre—et le lendemain nous primes possession de la place—où l'ennemi mit bas les armes au 8e !..... et quelques volontaires qui nous avoient rejoints au moment de la capitulation—

L M. Viger avait cru pouvoir lire ‘ à 8h” ; mais L'auteur fait vrai. sembloblement allusion au régiment du Capitaine Forster,

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Tous nos prisonniers furent dépouillés de tous leurs 116. vêtements, malgré toute défense que nous pûmes faire, au point que je fus obligé de vêtir de mes hardes le res Sauvages . . . ,! dépouillent les Col. Halene! qui commandoit le poste, quoiqu'il eût prisonniers, offert à Charles Couque et un autre du Sault St Louis, pour ma tête £30 et pour mon corps £50 —qui s’étoient mis en marche pour exécuter leur trahison ; mais étant découverts, et moi prévenu de cette infâme démarche, ils relâchèrent au Rapide des Mille Roches, ayant vu passer le canot des personnes qui venoient m'avertir de leur démarche— Deux jours après la dite capitulation — l'on vint m'avertir qu’un renfort de l'ennemi venoit pour nous altaquer, ce qui m’obligea de remettre nos forces au Capt, 9 mai, Les f'oster pour garder nos prisonniers, et moi de me mettre fnéininsnen en marche pour m’opposer au renfort, avec 60 sauvages Cart. Forster. et les armes de l'ennemi, desquelles je me servis pour armer les Canadiens sur ma route au nombre de vingt— Mon frère vint me rejoindre de Beauharnoïis avec dix volontaires—et le tout nous arrivâämes au pied des Cascades —et à la première maison des Quinze-Chiens? nous y vimes l'ennemi qui venoit pour nous attaqner, mais nous apercevant ils firent halte, et moi de mon côté —Alors j'envoyai Mr La Comble, un autre beau-frère de Mr Duniere{?] et un sauvage pour observer si nous ne serions pas cernés-et donnai mes instructions à mon frère—et moi et six{autres] primes la hauteur de l’endroit—Mon frère me voyant rendu à l'endroit que je lui avois indiqué où il feroitfeu, commença l'attaque là—-et moi je fonçai sur l'arrière du parti pour tâcher de gagner la grange qui pouvoit être à un arpent et demi de la maison, où nous fûmes aperçus et où un de mes sauvages reçut sept balles dans le corps et fut tomber dans la grange, mort—j'en eus deux autres blessés—un Tson-

1 Allen ? Smith dit que c'était le major Butterfeld.

2 Corruption du mot sauvage Quenechouan (Cf. Ferland, Hist. du

Canada, t. 1, p. 163, Note). C'est le Long Saull qu'ii ne faut pas confondre avec celui de l'Outaouais,

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1716. nontouan dans l'épaule et un Misisaqué eut une partie du nez et tout le haut de la mâchoire emportée—Pour moi, je ne pourrois pas dire je retraitai, mais je me sau vai de toutes mes forces de souche en souche et butte—jusque sur la côte—où je trouvai huit à dix amis qui venoient— suivant leur usage et expression--risquer leur vie avec la mienne—Avec ce renfort, je rentrepris de couper chemin à l'ennemi qui retraitoit avec tant de vitesse qu’il me fut impossible de les dépasser—à peine arrivai-je à eux devant

den de le gros de mon parti—-l’ennemi revint sur leurs pas, me ed Lofimier.qui Criant qu’ils se rendoient—je me saisis du Major Cherbenne' fi sauve lave, Dour le préserver des insultes sauvages—Ce pauvre prisonnier fut disputé par trois—Mr Montigny—qui survint avec un parti de Canadiens à la rencontre de l'ennemi s’'empara d’un pont qu'il défendit avec les braves volontaires *—le Cap Lefebvre * le secondoit—ce qui fesoit dire à Montigny que c’étoit lui qui avoit eu la gloire d'avoir arrèté l’ennemi—Moi—ma raison étoit que c’étoit mon parti qui avoit poursuivi l'ennemi près de deux milles dont plusieurs avoient jeté leurs armes—Mais le Major décida l'affaire en disant que c'étoit à moi à qui il s'étoit rendu— Pendant lout ce temps un sauvage tenoitle Major Cherben par la main et fit frime de l'emmener, je m'y opposai— mais il me dit qu’il l’avoit touché devant moi—Je lui dis que non, et qu’il ne l'emmèneroit pas—il me répondit : Tu auras un corps mortet moi sa chevelure—Ce propos me fit changer ma fermeté presque en supplication.

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1 Sherburne. Cf. Aulhenlic Narralive.

2 M. Viger, aidé des notes de M.J. Papineau, avait cru pouvoir lire : ‘Ce pauvre prisonnier fut disputé par trois MM. Montigny qui “ survinrent avec un parti etc. s’emparèrent d'un pont qu'ils défen- “ dirent etc.” Quelque défectueuse que soit l'orthographe de M. de Lorimier, il ne confond jamais le son du pluriel avec celui du singulier. Ceux qu se disputaient le Major Sherburne étaient M. de Lorimier, M. de Montigny, et le sauvage, dont il parle plus bas. Pour M. de Montigny, voir Notes et Pièces Justificatives, LXX VI.

3 M. Lefebvre était capitaine de milice de Vaudreuil et il commandait les miliciens de sa paroisse, J, V,

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“Quoi ! tu veux tuer un prisonnier—serois-tu charmé si “ les Américains tuoient le Col. Campbell, le Cap‘ Hertel “et tous nos amis que j'espère que ils nous seront remis “ pour ceux-ci ?”—A ce discours il resta pensif et me dit: Garde l'oiseau et moi je vas le plumer”’ —etsur-le-champ il se jela sur le prisonnier, lui ôta son habit, chapeau, veste et me dit: ‘ Je lui ôterai le reste à notre camp ”— Effectivement je vis ressoudre notre homme qui lui flt mettre bas les culottes et la chemise. Et le Curé! répara la barbarie du sauvage en donnant au Major d’autres culottes et une chemise—Pour moi je ne pus lui donner qu'un capot de couverte, car rien autre chose de mes hardes ne pouvoit lui servir par sa grandeur et grosseur—Mais visitant les prisonniers, je vis un Cap‘ qui se soutenoit sur une jambe, tenant une clôture—Ce Capt avoit la cuisse cassée—et un nommé Portneuf -abénaquis le déshabilloit, et le prisonnier lui offroit deux cents louis si le sauvage vouloit lui donner la vie—Je m'informai au sauvage à quel dessein il vouloit déshabiller ce M'—il me répondit que c’'étoit pour ne pas ensanglanter ses hardes parcequ’il alloit le tuer—Je ne pus résister à cette infamie et je pris mon sauvage à la gorge bien serrée et lui dis: ‘ Chien que tu es, tu veux tuer un homme qui sera la ‘* cause qu'ils tueront peut-être quatre de nos amis prison- “ niers—Au contraire, nous ferons des échanges de ces “ prisonniers pour ravoir nos amis ”’—Alors il me dit de prendre possession du blessé, si je voulois lui promettre qui seroit changé pour le Cap* Hertel—je lui promis et cela a été exécuté, car sitôt le retour de nos prisonniers aux Colonies ils renvoyèrent le Capt Hertel et le Col. Campbell, pour le Major Cherben et un autre Major, ce qui fesoit deux pour un.

J'imaginai un tour pour tâcher d’avoir les bateaux du Major Cherben et dix hommes qui les gardoient dans une île près de nous—Alors je fis mettre tous

3 M. Beaumont, J. V.

Il sauve la vie à un autre ennemi,

Stratagème de

. de Lorimier pour s’empare® des bateaux de l'ennemi,

im. mes prisonniers, au nombre de 120, le long d’une clô-

ture à la vue de la rivière et mon parti caché derrière la maison et bâtiments du marquis de Lotbinière La] —et après toutes mesures prises—j'appelai le Major à l'écart et lui dis d’un air dissimulé : “ Je ne peux pas vous ‘ cacher le malheur qui va arriver —dépêchons-nous de ‘vous sauver du péril-mes sauvages ont aperçu vos ‘“ bateaux et votre réserve—ils veulent les avoir et pour ‘“ cela ils veulent se débarrasser de vous tous en vous “ massacrant — Il s'agit donc de nous sauver tous “ les deux à tout risque, sans donner connoissance à per- “ sonne. Comme le coup ne se fera qu'après soleil couché ‘je crois qu’il nous sera facile de nous évader.”—Le major plus mort que vivant, me demanda si je ne trouverois quelque moyen d'éviter cette malheureuse affaire —je fis semblant de réfléchir sur le parti que l’on pouvoit réussir à sauver les prisonniers—je lui dis : ‘* Major, j'en ‘ trouve un ; si vous voulez, je vais vous faire. rendre ‘ pour le moment votre uniforme et votre accoutrement no “—et moi je m’habillerai avec l'habit d’un de vos {1 ‘ officiers—et vous et moi nous nous avancerons sur la “ Pointe et vous appellerez vos gens en les nommant, et s'ils demandent votre nom—vous leur donnerez.

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