‹ Inventaire analytique & chronologique des chartes et documents appartenant aux archives de l'ancienne abbaye de MessinesChapitre 4 sur 150 · LES ABBESSES DE MESSINES · texte numérisé non relu

LES ABBESSES DE MESSINES

FAISnxIS, !•* Abbesse.

La première abbesse fut FaisilHs. La comtesse Adèle la choisit elle-même parmi les religieuses de Denain. Elle était de sang royal, si l'on peut en croire un tableau représentant tes armoiries de toutes tes abbesses et peint en 1684 par Firminus Musset, d'après les ordres de l'abbesse Marie- Louise-Victoire de Créquy.

Faisillis fut revêtue de la dignité abbatiale et installée par DrogOD, évèque de la Morinie. Elle établit dans la nouvelle fondation ta vie monastique, gouverna l'abbaye pendant dix années et y mourut en 1075.

Au moment de la fondation de la nouvelle abbaye, l'évèque Drogon accorda à celle-ci les mêmes droits, libertés et

privilèges que Betfried, évêque d'Amiens avait, à la demande du roi Clotaire et de sa femme Bathilde, accordés jadis â Téglise de Corbie.

L'année suivante, 1066, Philippe I, roi de France, pupille du comte Baudouin et neveu de la comtesse Adèle, approuva et confirma toutes les donations faites par son oncle et sa tante à Tabbaye de Messines. Le jeune roi se trouvait alors à Fumes et n'était âgé que de quatorze ans.

Si, dès le principe, la nouvelle abbaye fut favorisée par le comte et la comtesse de Flandre et par le roi de France, elle eut par contre beaucoup à souffrir par les guerres intestines.

En 1071, Robert le Frison s'était emparé de Messines qui lui était disputée par Richilde. Les habitants de cette ville ayant pris fait et cause pour Robert, la comtesse, belle-fîlle de la fondatrice, s'en vengea en faisant réduire en cendres la ville et l'abbaye fondée par sa belle-mère. — Ceci ne l'empêcha pas, plus tard, de se retirer à Messines, où elle mourut en 1086.

Quant à la comtesse Adèle, fondatrice de Tabbaye, après avoir perdu son mari qui mourut en 1067, elle entra comme religieuse dans l'abbaye qu'elle avait fondée. Elle y fit copier, par le clerc Garin, la vie de l'impératrice sainte Adélaide, composée par Odilon, abbé de Gluny (^), y finit ses jours le 8 Janvier 1079, et fut enterrée dans un caveau devant le maitre-autel.

(1) Kervjn de Lettenhove. Histoire de Flandre ^ 1. 1, p. 275.

NATHAI.IE, Z' Ahbeaae.

La deuxième abbesse fut Natalîe, issue comme la précédente, du sang royal de France. Elle fut instaliée en 1075, gouverna l'abbaye pendant vingt-cinq ans et y mourut en liOi.

Miraeus dans ses Opéra diplomatica et historica, t. 1, page 69, reproduit une charte de Robert le Frison du iv* des nones de février 1080 (2 février 1081 u. s.}, par laquelle ce prince approuve et confirme les donations faites à l'abbaye de Messines par sa mère, la comtesse Adèle, et fait le partage de tous les biens entre l'abbaye et le chapitre des chanoines. — Ce documeut ne se trouve pas aux archives de l'abbaye et nous douions qu'il y ait jamais existé. Car non seulement l'original fait défaut, mais il ne s'en trouve pas même de copie : et ce qui plus est, il n'est transcrit dans aucun des trois cartulaires de ces archives, cartulaii-es qui ont été confectionnés dans la première moitié du xin* siècle et qui contiennent la transcription de toutes les chartes de donations, confirmations etc. accordées à l'abbaye de Messines par les papes, rois de France, comtes de Flandre, évêques, abbés, abbesses etc. depuis 1065 jusqu'en 1234.

OGINB, 3< AbbesM.

Ogine, fille du comte de Flandre, Robert le Frison et de Gertrude, fille de Bernard, duc de Saxe, fut la troisième abbesse. Elle était la petite-fille de la comtesse Adèle, fut installée l'an 1101, gouverna l'abbaye pendant quarante ans et mourut en 1141,

Elle accorda k l'abbaye, à partager également entre les religieuses et les chanoines, le revenu du tonlieu sur la Douve, que son père, le comte Robert, avait laissé à sa disposition, et eut la douleur de voir la ville et l'abbaye réduites en cendres une seconde fois, en 1127, par Guillaume Gliton ou de Normandie, pendant les démêlés de ce prince avec Guillaume de Loo, vicomte d'Ypres, au sujet de la possession du comté de Flandre, après l'assassinat de Charles le Bon.

Pendant l'administration de cette abbesse, nous trouvons les noms suivants parmi les religieuses de l'abbaye : Lismode, Walburge, Godehilde, Wendelwode, Adèle, Raiarde et Agnès.

ALIX on ADBUUDB, 4* AJibesse.

La quatrième abbesse fut Alix, issue du sang royal de France, si on peut s'en rapporter à son blazon figurant au tableau mentionné ci-devant.

Elle fut installée en il41, gouverna l'abbaye pendant vingttrois ans et mourut en il63.

Pendant son administration, en 1144, Ywan de Gand, et sa femme Laurette, fille deJThierry d'Alsace, comte de Flandre, firent don à l'abbaye de leur terre appelée Ploids, située près de Comines. En 1147, le pape Eugène III imposa aux religieuses la règle de S. fienoit, de l'institution des fïères de Cluny, et approuva et confirma toutes les donations faites à l'abbaye.

Enfin, en 1163, l'abbesse Alix permit aux habitants de Messines de construire, à leurs frais, une chapelle sur le cimetière près de l'église do l'abbaye. Cette chapelle fut consacrée et érigée en paroisse, l'année suivante, par Milon, évèque de Thérouanne.

BAATRIX de WARNÉTON, 6« Abbesse.

La cinquième abbesse, Béatrix de Warnêton, fut installée en 1163, gouverna Tabbaye (selon Sanderus) pendant l'espace de dix-sept ans et mourut en 1181.

Elle obtint du comte de Flandre, Philippe d'Alsace, en 1176, la confirmation de toutes les donations faites antérieurement à l'abbaye ('). Ce comte se montra on ne peut plus généreux par la donation de plusieurs biens tels que la terre d'Elsendamme, les Moères de S*' Marie à Houthem, la terre de Neuve- Eglise, et plusieurs rentes. Toutes ces largesses faites à Tabbaye de Messines par Philippe d'Alsace furent approuvées par une bulle du pape Alexandre III, datée de Tusculum, le 10 des kalendes d'Avril, sans indication de l'année.

Cette abbesse reçut au nombre de ses religieuses une dame nommée Heluydis, avec sa fille Mathilde. Cette lieluydis était la mère du prévôt de l'abbaye de Loos près de Lille, et celui-ci intervint dans l'acte par lequel la mère et la fille donnent la moitié de leurs biens à l'abbaye de Messines {^).

Pendant le gouvernement de cette abbesse, Milon, évêque de la Morinie; donna en aumône et à perpétuité, à l'abbaye, un marc d'argent, à recevoir annuellement (^).

(1) Archives de l'abbaye.

(2) Id.

:3) Id.

Béatrix concéda à l'abbé de Cambrai, sept mesures de terre, situées à Lampernesse, sous condition que ledit abbé et ses successeurs en payeraient la rente à l'église de Messines (').

Elle eut des difficultés avec l'abbé de Warnêton au sujet de la perception des offrandes, mais une sentence arbitrale de l'évéque Milon susdit, mit fin à ce débat à la satisfaction des deux parties.

Nous ferons remarquer ici que Sanderus, le Frère Barnabe et le Manuscrit de Messines font vivre Tabbesse Béatrix jusqu'en 1181. Ceci est une erreur car une charte de Philippe d'Alsace, datée de Bruges, Anno divini incamationis nC" <f Ixxvj'', dont l'original existe aux archives de Messines et qui a été publiée par Mirseus 0 prouve que déjà en cette année 1176, la dignité abbatiale était occupée par Agnès f ) que ces écrivains ne font arriver qu'en 4181.

(1) Archives de l'abbaye.

(2J MnuBus. Opéra dipUnnatica et historica.

(3} La charte porte : Aonbtis sjusdbm loci abbat»», ae Gertrudiij iororis mee, quondam MorianensU comitisse, tedulo interventu^ pretaaatam eeelesiam eum omniàui pertinentiàus suis in mea protectione suseepi.

AGNfaS, e* AlibeMe.

A Béatrix de Warnèton succéda Agnès, issue du sang royal de France. Selon Sanderus, le Frère Barnabe etc. elle fut installée en 1181 ; ceci n'est pas exact car nous venons de voir qu'une charte de Philippe d'Âlsaœ la désigne déjà comme ahbesse de Messines, en 1176. Quoi qu'il en soit, les mêmes auteurs la font gouverner l'ahbaye jusqu'à l'époque de sa mort en 1199, ce qui est encore une erreur, comme nous le verrons ci-après.

Pendant l'administration de cette abhesse, Gertrude sœur de Philippe d'Alsace et veuve du comte de Maurienne en Savoie, vint prendre l'habit dans l'abbaye favorisée par son frère.

Avant de partir pour la Terre-Sainte, ce prince, en présence de ses barons, réunis à Lille, avait offert à sa sœur Gertrude la succession au comté de Flandre, s'il venait à mourir sans laisser d'héritiers et si elle consentait à se remarier. La comtesse Gertrude lui répondit qu'elle préférait vivre humblement dans la maison de Dieu que de retourner dans le monde et de vivre dans ce tabernacle de pécheurs (quam redire ad seculum et habitare in tabemaculum peccatorum); elle renonça à ses droits en faveur de sa sœur Marguei'ite, comtesse du Hainaut et de ses iils. Le comte, du reste, dota richement sa sœur, qui continua à vivre dans l'abbaye de Messines jusqu'à l'époque de sa mort.

TSABELLB oa AUSABBTH, 7' AbbesM.

Ysabelle ou Elisabeth, fille de Thierry d'Alsace, et par conséquent sœur du comte Philippe, succéda à Agnès et fut la septième abbesse de Messines. C'est encore par erreur que Sanderus, te Frère Barnabe, le manuscrit de Messines etc. fixent l'avénement de cette abbesse à H99. Il existe aux archives de l'abbaye deux buttes du pape Urbain III, adressées à Elisabeth, abbesse de Messines ('). Ces documents ne portent ni date ni désignation de l'année du pontificat, mais seulement l'indication Datum Vérone V Idus Januani et Datum Vérone iiij nonis februarii. — Urbain III fut élu pape à Ferrare le 25 Novembre iI85, sacré le i" Décembre de la même année et mourut le 19 Octobre H87. C'est donc entre ces deux dernières dates et non en 1199 qu'il faut placer l'avénement de ta fille de Thierry d'Alsace à la dignité abbatiale.

Pendant le gouvernement de cette abbesse, le S' Père susdit confirma toutes les possessions de l'abbaye et les plaça sous la protection de S. Pierre. Beaucoup de donations furent faites par Philippe d'Alsace et la comtesse de Maurienne, sa sœur ; par Guillaume de S" Omer, sa femme Yda et son fils; par Gillebert d'Aire, par Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut etc. Selon Sanderus, elle gouverna l'abbaye jusqu'en 1224.

AGNES DE St OMBR, 8« AbbeMe.

La huitième abbesse fut Agnès de S^ Orner. — Elle était lille de Guillaume III de S^ Orner et dlde d'Âvesnes, et sœur de Guillaume IV qui devint chef de la branche aiuée de la maison de S^ Omer-Morbecque.

Sous le gouvernement de cette abbesse, des donations considérables furent faites à l'abbaye par Baudouin de Comines, par Hugues de Réthel, châtelain dTpres et de Bailleul, par Walter de Rebèke, par la sœur de Fabbesse, Béatrix, châtelaine de S' Omer et par plusieurs autres. En février 1228 (1229 n. s.), le pape Grégoire IX accorda à Tabbesse, en cas d'interdiction générale de la Flandre, l'autorisation de faire célébrer Toffice divin dans son église par les chapelains attachés à son abbaye, mais à portes closes, sans sonner les cloches et sans y admettre des excommuniés ou des interdits, et pour autant que Tinterdiction ne la concernât pas personnellement. Cette autorisation fut renouvelée par le S' Père au mois de Mars de Tannée 1230 (1231 n. s.).

Sanderus et ses copistes fixent Finstallation de cette abbesse en 1224 et sa mort en 1246, après qu'elle eût gouverné Tabbaye pendant 22 ans.

Cette date de la mort d'Agnès de S^ Omer est évidemment une erreur : ce qui le prouve, c'est une charte de Béatrix, châtelaine de S^ Omer, sœur de l'abbesse Agnès, datée du

mois de Mars 1348, par laquelle elle déclare que, en reconnaissance des grands bienfaits qu'elle et ses précédesseurs ont reçus de Téglise de Messines, et en considération de sa sœur Agnès actuellement abbesse de Messines^ elle donne en aumône pour le repos de son âme, deux marcs de ses revenus à Berquin, à prendre avant tout et payables chaque année par moitié à la S^ Martin et a la S' André. — Elle ajoute que ces sommes seront distribuées à Tabbesse et aux religieuses mais sous condition que tant que sa sœur Agnès vivra, elle pourra prélever de cette somme ce quelle jugera nécessaire pour son entretien. Ce n*est donc pas à 1246, mais plutôt à 1249 qu'il faut rapporter la mort de cette abbesse.

HARGCXaiTB DE CRAQDT, 9* AbbeMO.

A Agnès de S'Omer succéda Mai^uerite de Créquy. Pour les raisons mentionnées plus haut, nous ne pouvons placer Tinstallation de cette abbesse à l'année 1246; nous ne pouvons non plus admettre, avec Sanderus, l'année 1278 comme celle de sa mort, attendu qu'il existe aux archives de la ville d'Ypres une charte émanée de cette abbesse, datée du surlendemain de Pâques de. l'an 1290 et munie du sceau de l'abbesse portant pour l^ende : S. Margarete abbatiale Mechinensis, et identique au sceau appendu à une charte de la même abbesse datée de 1277, le lendemain de S" Marie Madeleine. Ce dernier document nous apprend que, à la demande de la prieure et des religieuses de l'abbaye, l'abbesse Marguerite consentit à employer le revenu de cinq livres quinze sols appartenant auxdites religieuses, pour augmenter leur portion de vin (qui était d'ime pinte par jour), en y ajoutant par année vingttrois distributions d'une pinte à certains jours fériés de l'année. En 1279 cet accord fut approuvé, avec quelques modifications, par l'évêque de la Morînie qui décida que chaque religieuse recevra par jour une pinte de bon vin et une mesure de bière, qu'en outre on leur distribuera deux pintes de bon vin et une mesure de bière à la Noël, à la Résurrection, à ta Pentecôte, à la Toussaint et aux quatre fêtes de la Vierge ; et un lot de vin bon et généreux et une mesure de bière à

Tanniversaire de la comtesse Adèle. — Cette même charte de révêque de la Morinie, nous apprend aussi qu'il y avait deux espèces de religieuses, les religieuses de stalles qui recevaient cinquante sols par année pour pourvoir à leur habillement ; et les religieuses appelées écolières (scolares) qui ne recevaient que vingt-cinq sols pour le même usage.

En 1265 la comtesse de Flandre, Marguerite de Constantinople, octroya à Tabbesse de Messines une charte ou keure pour les villages de Noordschooten et Zuydschooten. Cette keure détermina la manière de nommer les échevins qui doivent être au nombre de sept, et la manière de rendre la justice; elle édicta diverses peines contre certains délits.

En 1267 le pape Clément IV ordonna que Tordre et la règle de S. Benoit seraient suivis à perpétuité dans Tabbaye, confirma toutes les possessions, prescrivit certaines règles d'ordre intérieur et fixa les droits et les devoirs de Tabbesse et des religieuses à l'égard de leur évêque diocésain et d'autres évêques, archidiacres, doyens etc.

En 1272 Grégoire X renouvela à son tour toutes les libertés, privilèges et indulgences accordés à l'abbaye de Messines par les papes ses prédécesseurs et confirma les donations, exemptions etc. dont l'avaient favorisée les rois, princes et autres personnes.

En 1288 cette abbesse fit de grandes restaurations aux écluses (portes d'eau) de Deulemont ; pour se rembourser des frais que ces restaurations lui avaient coûté, elle établit, du consentement des échevins de Lille, une taxe sur toutes les marchandises passant par cet endroit.

Cette abbesse mourut en 1291.

MAHIB DE TORGHI, ICM Abbease.

Sanderus, le Frère Barnabe et le Manuscrit de Messines font suivre Jeanne de Gréquy dans la dignité abbatiale et font gouverner celle-ci de 1278 à 1301. Ceci est une grande erreur.

Ils ne font aucune mention de Tabbesse de Torchl, qui succéda à Marguerite de Gréquy, en 1291, fut démise de la dignité abbatiale en 1306 et mourut en 1307.

Ces renseignements nous sont fournis par des annotations manuscrites faites sur les derniers feuillets d*un registre et écrites de la main de Jacqueline de Haynin, 23"" abbesse, qui gouverna Tabbaye de 1561 à 1595. Voici le texte de cette annotation : « Après (Marguerite de Créquy, morte en 1291) » fu Fabbesse Marie de Torchi qui trespassa Fan m. iij'' et vij, » et fust y celle abbesse demyse ung an devant son trespas. »

L'existence de cette abbesse ne nous est pas révélée seulement par cette annotation de Jacqueline de Haynin, mais aussi par des documents des archives de Tabbaye et notamment par une charte de 1292 revêtue du sceau de Tabbesse Marie deTorchi elle même. Cette charte commence ainsi: Marie par Za grâce de Dieu abbesse de Messines et tous li covens de cil mesme lieuj à tous cheaux qui etc,... et finit par les mots : Avons nous Marie, par la grâce de Dieu abbesse de Messines, et tous li covens de cil mesme lieu ces présentes lettres saielées de nos propres saiaus ki furent faites Fan del incarnation mil deus

cens quatre vins et douze el mois de jving. Cette charte est munie du sceau de Fabbesse Marie et de celui du couvent ; le premier porte pour légende: S. Marie de Torchi, abhor tisse Mecinensis.

Voilà donc une abbesse qui n'est mentionnée ni par Sanderus, ni par le Frère Barnabe, ni par le Manuscrit de Messines, ni par le tableau des armoiries des abbesses, et dont Texistence est cependant prouvée d'une manière irréfutable par des chartes munies de son sceau.

C'est sous le gouvernement de cette abbesse que fut fondée en l'église de Messines la chapellenie dite de Roosebeke, ainsi appelée du nom de son fondateur Jean de Roosebeke, chanoine de Courtrai et de sa sœur Béatrix.

Comme cette abbesse ne figure pas sur le Tableau des armoiries, il nous est impossible d'indiquer ses armes. Un Baudouin de Torchi, chevalier, peut-être le frère de notre abbesse, figure comme témoin dans un acte de 1289.

JEANNE DE CRAgUT, 11< AbbesM.

A Marie de Torohi succéda Jeanne de Gréquy, ll'abbesse. Elle était la nièce de Marguerite de Créquy, 9* abbesse de Messines. Elle a été installée en 1306, date de la démission de Marie de Torchi.

Elle mourut, non en 1301, comme l'indiquent Sanderus, le Frère Barnabe etc., mais bien en 1321. Il existe des chartes de cette abbesse qui portent la date de 1321, et cette même année nous trouvons comme 12' abbesse de Messines Aëlidc d'Aussy.

Sous le gouvernement de cette abbesse, et notamment en 1313, une dame, du nom de Flore de Grespi, fonda en l'église de Messines, pour le repos de son âme, une cbapeltenie en l'honneur de S'' Catherine ; et pour pourvoir aux frais de cette fondation elle donna à l'abbaye tous ses biens consistant en terres situées à Ypres, à Messines, à Wytschaete et à Noordschoole. Elle laissa la nomination du chapelain au choix de l'abbesse qui nomma comme premier titulaire un clerc du nom de Chrétien de Messines.

Cette abbesse eut des difficultés concernant la propriété des biens situés à Grolsettes que les Seig" Vsore de Pennes et Wautier de Ghistelles prétendaient avoir reçus en donation du roi de France, Henri le Hutin. L'abbesse adressa ses plaintes au roi qui lui fit rendre justice et ordonna à son connétable

Gauthier de Ghâtillon, de faire remettre l'abbesse en possession de tous les biens- de Croisettes quel que fût le prétexte de leur aliénation.

L'état florissant de Tabbaye permit à l'abbesse d'apporter divers changements aux distributions faites aux religieuses. Ainsi la somme de cinquante sols que recevaient les religieuses de stalles, pour frais d'habillement, fut portée à soixante sols, et les religieuses écolières en reçurent trente. — Elle décida aussi qu'à la fête du S' Sacrement toutes les religieuses recevraient une double prébende de viande et de vin, à savoir un poulet rôti, entier, et un demi lot de vin. — Cet acte, qui fut le dernier que posa l'abbesse, est du 12 Juin 1321; il fut approuvé quelques jours après par Ingeram, évèque de la Morinie, et Aèlide d'Aussy, abbesse qui succéda à Jeanne de Gréquy, promit, le dimanche après la Toussaint de la même année, de maintenir les augmentations de prébendes que l'abbesse Jeanne avait arrêtées avant sa mort.

ABLIS D'AUSST, 12° AUwssc.

A Jeanne de Gréquy succéda Aëlis d'Aussy, qui fut installée en 1321 . Le Frère Barnabe et le Manuscrit de Messines l'appellent par erreur Marie d'Avchy et assurent « qu'elle secoua de son a plain gré la charge abbatiale sur les espaules de Marguerite » de Moorbèque. » Nous croyons que ce dire n'est pas exact car en 1328, le lundi devant la fête S' Mathieu (21 Septembre), Aêlis d'Aussy fit son testament connue abbesse de Messines, et le vendredi après la même fête de S' Mathieu, la prieure et toutes les religieuses de Messines approuvèrent le testament et promirent d'exécuter les dernières volontés de leur abbesse, qu'elles appellent nostre chière et amée dame, madame Aëlis d'Aussy, abbesse de nostre église {').

Les dames religieuses qui se trouvaient alors à l'abbaye sont les suivantes; Agnès de Froidmantel, prieure, Catherine d'Ypres, Agnès de Wavrin, Ade de Scaute, Maroic de Boloigne, Béatrîx de Gouruay, Marguerite de Morbecque, Agnès de la Douve, Béatrix de Danebruc, Christine Rugghinwout, Catherine de Viennes, Maroie Scorboeds, Amise de la Gauchie, Cathérinç du Dam, Ysabel Verrey, Mahaut de Tournay, Alix de Ressons, Mahaut de Hostwinkele et Maroie Verrey.

(1) Archiveii de l'Abbaye.

(2) id. id.

Sous le gouvernement de cette abbesse, une dame nommée Agnès de Thourout, veuve de GiUon de Moorslede, donna à réglise de Messines une rente perpétuelle de trente-cinq sols, sous condition, entre autres, d'entretenir perpétuellement, nuit et jour, une lampe ardente dans la chapelle du S' Esprit de réglise de Messines (').

Aêlis mourut en 1328 après avoir gouverné Tabbaye pendant huit ans.

Nous trouvons son nom écrit de trois manières différentes : d'Aicssy, d'Auchy et d'Auxy.

(1) Archives de l'Abbaye.

HARGUKHITB DE MORBECQDE. 13 AbbWM.

Marguerite de Morbecque fut la i3* abbesse. Elle était fille de Wautier d'Ypres, Sire de Rhenînghes, qui avait épousé en premières noces Agnès de Morbecque, dont il avait pris le nom; et en secondes noces Eiistachette de Wavrin qui, semblet-il, a été la mère de notre abbesse et en même temps de Guillaume de S' Omer, père de Denis de Morbecque qui en 1356, à la bataille de Poitiers, eut l'insigne honneur de faire prisonnier le roi de France, Jean.

Elle fut installée en 1328 et mourut en 1357.

Le premier acte de Marguerite, après son installation, fut de promettre de maintenir toutes les dispositions prises par les abbesses précédentes concernant les prébendes de vin des religieuses. Elle fit cette promesse par acte le 16 Mai 1329, el l'archevêque de Reims, Guillaume, approuva et confirma cette promesse le 18 du même mois.

Sanderus fait gouverner cette abbesse de 1315 à 1343, le Frère Barnabe et le Manuscrit de Messines de 1328 à 1344. Toutes ces dates sont fautives ; Marguerite de Morbecque mourut en 1357 el le 13 Avril de cette année, le notaire apostolique, Martin de Mcesevanghere, dressa un acte public constatant que, par suite du décès de Marguerite de Morbecque, la sousprieure et les religieuses s'étaient réunies ehapitralement pour pourvoir à son remplacement et que leur choix était tombé sur Béatrix de' Danebruc.

BÉATRIX DE DANBBRUC, 14* AbttMM.

La 14* abbesse fut Béatrix de Danebruck, qui tut élue à la dignité abbatiale le 13 Avril 1357. — Avant de procéder à cette élection la sousprieure et toutes les religieuses s'étaient réunies en chapitre et décidèrent que celle qui sera élue pour remplacer l'abbesse défunte devra, avant de recevoir le serment des religieuses, jurer que chacune de celles-ci pourra s'absenter du couvent pendant quarante jours par an, pour des motifs plausibles et avec l'autorisation des supérieurs, et pourra prendre ces quarante jours soit en une fois foit par parties et à diverses reprises.

Celte décision ne fut pas, comme on pourrait le croire, une espèce de contrainte imposée à la nouvelle abbesse; elle lut prise en présence et du consentement du prévôt de S' Martin d'Ypres, de l'abbé du monastère de S' Pierre et de S' Paul de Warnêton, de Jean de Dixmude et de Jean Canis, respectivement chanoines réguliers, prêtres et profcs des monastères de S' Martin et de Warnêton susdits, de Pierre de Clarque, chanoine de la Morinîe, de Jean Marchier et de Guillaume de Dale chanoines du chapitre et chapelains de l'église de l'abbaye.

Tous ces dignitaires ecclésiastiques assistèrent également à l'élection de la nouvelle abbesse, qui eut lieu le mèm& jour, ainsi que la prestation de serment, et à l'installation (').

(1) ArchiTM de l'abbaye.

Sanderus, le Frère Barnabe etc., limitent le gouvernement de cette abbesse de 1344 à 1370. Nous venons de voir qu'elle n'a été élue qu'en 1357 ; elle vivait encore en 1378, car en cette année elle donna à Nicolas Belle et Adam le Petit, chanoines, Jean le Zélander et Jacques Delafinesse, une procuration générale pour la représenter dans toutes ses causes, querelles et besognes devant toutes les cours de justice, et pour traiter, accorder et arrêter toutes les affaires en litige, (Acte du 3 Mars 1377-1378 n. s. (') )

Elle mourut en Tan 1379.

Les documents de l'époque écrivent son nom Danebruc^ et Danebreuc ; Sanderus Danebrouck ; le Frère Barnabe et le Manuscrit Dambrugghe. — Il n'existe qu'un seul sceau de cette abbesse et il est presque entièrement brisé ; la légende en e^t détruite, mais on voit encore parfaitement son écusson, qui est le même que celui des abbesses du nom de Créquy. (Marguerite la 9"*, Jeanne la 11™* et Marie-Louise-Victoire la 28"* abbesse). Le tableau des armoiries des abbesses peint par Musset en 1684 et dont nous avons parlé ci-avant, donne cependant à cette abbesse l'écusson qui se trouve en tète de ce chapitre.

l) Archives de l'abbaje.

MARGUERITE D OULTRE, 15<^ Abbesse.

A Béatrix de Danebruc succéda Marguerite d'Oultre. Les écrivains mentionnés ci-dessus, fixent son installation à 1370 et sa mort à 1386. Nous venons de voir que la date de son installation est une erreur évidente puisque Béatrix de Danebruc ne mourut qu'en 1379. Les archives de Messines ne possèdent aucune charte de cette abbesse, aucun document qui puisse jeter quelque jour sur cette époque. Nous ignorons donc Fépoque, même approximative, de sa mort et devons, faute de mieux, nous en rapporter à la date donnée par Sanderus et ses copistes.

Marguerite d'Oultre était la fille de Jean d'Oultre, chevalier, seigneur de Weldene, vicomte d'Ypres, et d'Isabelle de Maisnil ou Mesnil ; elle mit Tabbaye en état de défense en l'entourant de fortes murailles et la fortifiant de deux hautes tours (').

En 1383, sous le gouvernement de Marguerite, la ville de Messines fut brûlée par les Anglais de telle manière que des deux mille maisons dont elle se composait, il n'en resta qu'une ou deux (*).

(1) Frère Barnabe.

(2) Manuscrit de Messines.

GUILLEMINB DE I^OUYIGNT, 16« AbbeMe.

' Guillemine ou Guillemette de Louvîgny, succéda à Marguerite d'Oultre. Sanderus etc. fixent son installation à Tannée 1386 et sa mort à 1417. Nous n*avons pas de raison pour ne pas admettre ces dates. Les archives de Messines possèdent deux chartes de cette abbesse: Tune de 1400, Tautre de 1416 et ces deux années sont comprises dans les limites que Sanderus attribue au gouvernement de Guillemine de Louvigny.

En 1393 Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne , confirma et renouvela Tordonnance de Marguerite de Gonstantinople sur la manière d'élire les échevins dans le village de Noord- et Zuydschoote, avec ce changement cependant que les échevins qui ne pouvaient rester en fonctions que pendant une année» et qui n'étaient rééligibles qu'après un intervalle de trois ans, pouvaient dorénavant être réélus selon la coutume du Furnambacht.

Cette abbesse eut des conflits avec le chapitre des chanoines, avec l'abbé de Yormezeele, avec les villes de Bailleul et de Wamëton etc., qui tous se terminèrent à son avantage.

Il existe aux archives de l'abbaye un rouleau de parchemin de la fin du xiv^ siècle qui porte pour inscription : c'est le valeur des biens de Téglise de Messines. Il donne le relevé de tous les revenus de l'abbaye et se divise en six chapitres. 1® Les revenus de Messines, 341 lib. 18 s. 8 d. — 2** Ceux de Croi-

settes et de Deulemont 657 lib. 16 s. — 3*^ Les dîmes à Warnêton, Merengies, Dranouter etc., 262 lib. 12 s. 5 d. — 4** Les revenus de Noord- et Zuydschoote, 600 lib. 12 s. 4. d. — 5*" Le revenu en blé et en avoine à Messines, Eeke, Neuveéglise, Deulemont etc., consistait en 102 rasières et demie de blé à 10 sols la rasière; 162 rasières et demie d'avoine blanche à 5 sous, et 217 et demi rasières d'avoine velue à 3 sous. — 6** Le revenu en chapons, en poules à Deulemont, Eecke, Neuve-église, Warnêton etc., se composait de 142 chapons à 12 deniers ; 43 poules à 6 deniers. Enfin la somme totale de la value des biens de l'église de Messines en rentes, en croises, en grains et en poilles s'élevait à 1995 lib. 12 s. 11 d.

XLUI

ISABELLE DE 8TEELANDT, 17« Abbesae.

Isabelle de Steelandt succéda en 1417 à GuillemioedeLouvigny.

Sous son gouvernement,Marie d'Oultre, sœur de feu Tabbesse Marguerite et fille de feu le Yicomlte d'Ypres, donna à Téglise de Messines plusieurs rentes à charge de faire célébrer certains services, consistant en messes, anniversaires etc. (^)

En 1440 les habitants de Grdisettes s'opposèrent à main armée à l'exécution de la justice de Tabbesse. Us forcèrent la maison du bailli et de Tabbesse, reprirent de torce les prisonniers ainsi que les meubles et autres biens qui avaient été saisis par 'autorité de justice. André de le MoUière, écuyer, lieutenant du Bailli d'Amiens, fut chargé par le roi d6 France Charles VII, de faire les informations sur les excès commis, et d'ajourner les coupables devant le Parlement de' Paris (*).

A là suite de ces affaires, Isabelle de Steelandt se démit de ses fonctions abbatiales : mais un conflit surgit entre elle et la nouvelle abbesse au sujet de la reddition des comptes. Cette difficulté fut aplanie par une sentence arbitrale prononcée le 10 Novembre 1440, qui approuva les comptes de l'ancienne abbesse, lui 'permit de disposer d'une somme de douze livres de ^os pour 'son testament, et lui assura une pension viagère de quatre cents livres parisis, dont elle consentit à laisser cent livres au profit de l'église de Messines (^).

(1) Archives de Tabbaye.

(2) Id.

(3) Id.

AGNES DE CBAON, 18° Abbease-

Agnès de Craon succéda à l'abbesse démissionnaire. Elle fut installée en 1440 et mourut en 1466 après avoir gouverné l'abbaye pendant 26 années-

Elle était abbesse de l'abbaye d'Origny lorsqu'elle fut appelée à la prélature de Messines, et elle était de si petite taille que quand elle venait à l'église, au cbœur, le peuple accourait pour la voir{').

En 1444 elle fit don à l'église de douze cents de terre sous condition que les religieuses feront chanter annuellement et à perpétuité un obit solennel qu'on appelle à cinq vers avec messe de requiem à notes, et qu'après son trépas elles seront tenues de chanter chaque samedi et chaque vigile de N.-D., dans le choeur, l'antienne salve regina, avec le versetet ipost partum virginis et l'oraison (')■

L'année suivante elle fit, aux échevins de Messines, cession des boucheries, pour y construire une halle ou maison de ville, où ils pourraient plus commodément et plus secrètemetU traiter des affaires de la ville. — La boucherie devait continuer à se tenir dans cette halle, mais on ne pouvait y recevoir ni marchandises, ni denrées pour les y vendre pendant la foire

(1) Uanascrit ds HeMines.

(3) ArchiTM de l'obbaje.

ou franche fête de Messines, à moins d'autorisation particulière de rabbesse. Les échevins ne pouvaient non plus tenir daiis ladite halle les plaids ordinaires, mais ils devaient, comme auparavant, les tenir dans la salle de Féglise (').

Elle fît transporter l'image miraculeuse de la vierge en la chapelle du St-Esprit qu'elle avait fait rebâtir en 1464. Ce transport se fit avec grande solennité : le Prévôt de Voormezeele chanta la messe, le premier jour d'Avril, lundi après Pâques, et mademoiselle de Noyelles, trésorière, fonda une messe, le dimanche de Lœtare^ en souvenir de cette translation (').

Agnès fit reconstruire les moulins de Deulemont et mourut subitement, le 7 Janvier 1466, à l'heure de midi, en présence de la prieure, des religieuses, du doyen et des chanoines (c'était la veille de l'anniversaire de la comtesse Adèle) ; aussitôt, en leur présence, on scella du sceau de la défunte les cofires et armoires où se trouvaient la vaisselle, les papiers et meubles principaux de l'abbesse, et, après cette opération, le sceau fut brisé en présence des témoins susdits f).

Voici comment le Manuscrit de Messines raconte les obsèques de l'abbesse Anne de Graon : « Le lendemain huictiesme de Janvier, à cause de Tobit de la comtesse Adèle, l'on advança Fofiice, savoir la messe de saulve à cincq heures, et ensuite les offices et obit de la fondatrice. En après, le couvent et chapitre allèrent à la grande salle où le corps de la défunte abbesse estoit mis très honorablement, couvert d'un draps d'or, en un cercoeuille bandé de deux bandes de fer. »

« Après y avoir fait les cérémonies ordinaires, les hommes de fief portèrent le corps par la grande porte du long la rue de Gand, et de là par le marché l'on rentra par la grande porte dans l'église processionnellement. »

« Tous les échevins, hommes de fiefs et officiers, suivoient le corps, douze enfans portant douze torses, avecq surply,

(1) ArchlTès dé l'abbaye.

(2) Mannacrit cité.

(3) id. id.

une grande multitude de peuple estant de la suite ; elle fut enterrée dans la grande église à la nouvelle chapelle de Nostre Dame, soubz la pierre que ladite abbesse avait fait faire de son vivant, après avoir chanté une messe solennelle de requiem. »

« Ce fait^ la prieure et couvent, doyen et chapittre» les bailly, eschevins, hommes de iiefs et autres allèrent à la grande salie; les officiers portèrent leurs verges es mains de la prieure, couvent et chapitre, renonchans et remettans leurs ofiices. Dans ce temps Hector de HoUebecq estO'it grandbailiy, Jean Beke, escoutette, et Pierre Inseman, Poort-Bailly. »

JACQUELINE DHAZBBROUCE. 19<> Abberae.

Jacqueline ou Jacquemine d'Hazebrouck fut élue abesse de Messines le 12 janvier 1466. Le même jour elle députa M" Jean Hubert à l'évêque de Térouanne pour demander la confirmation de son élection, et partit elle-même pour la recevoir le jour de S* Vincent, accompagnée de la trésorière, de la sousprieure et de deux autres religieuses, du doyen et de deux chanoines qui portèrent avec eux les sceaux du couvent et du chapitre pour sceller la confirmation. Après avoir été présentée à l'évêque, elle fut confirmée le 26 du même mois par l'offictal de Térouanne, vicaire de l'évêque, et bénite le 26 par le suflragant de l'évêque de Marianne (?). Le 27 elle fit son entrée à Messines, à l'église et à l'abbaye, accompagnée de ses parens et amis, de M' de Stembecke, M' de Horbecque, M' Gilles de Courtewille, M' Pierre de Cherf, M' Robert de Lombise, S' de Castre, chevalier, trois ou quatre de ses frères et quantité d'autres gens (').

Le 5 février suivant, elle fit célébrer avec grande solennité le service funèbre de Madame de Graon. Nous laissons parler le Manuscrit de Messines : « L'on fit dessous tes cloches une mosolé de noeuf pieds de long, fort relevé, avecq grande

(I) Manuicrit cité.

quantité de torches. — Dessoubs estoit la tombe couvert (l*ung pal de drap noir, de huict aulnes de drap et fut couvert ce pal des armes de la deffuncte; à la plus part des chandeilies y avoit aussy des armes de la defluncte, à tous les piliers de réglise y avoit des armoiries, et Ton fît le service de Tabbesse à grande messe et madame resouda (résolut) avecq le couvent, led' jour, que d'ors en avant Ton ferroit le service des abbessès à grand messe. »

En 1467 Mademoiselle de Noyelles, trésorière, donna à réglise deux coffires couverts d'argent, dans lesquels Fabbesse fit déposer une quantité de belles reliques, représentant la tour de Messines (^).

Le 1' Septembre 1477, les Français brûlèrent le monastère et une partie de la ville. A la suite de cet événement, Jacqueline d'Hazebrouck résigna ses fonctions abbatiales et fut remplacée par Agnès d'Averout (^)

(1) Manuscrit cité.

(2) Sanderus.

AGNB8 DAVEROUT, 20« Abbesse.

Agnès d'Averout fut installée en 1477, d'après Sanderus, en 1479, selon le frère Barnabe et le Manuscrit de Messines et le 27 avril 1478 d'après les annotations de Tabbesse Jacqueline de Haynin. Elle mourut le 15 août 1510.

Le nom de cette abbesse se trouve écrit de diflërentes manières. Sanderus, par erreur, sans doute, l'appelle Agnès d'Helfault; le Frère Barnabe et le Manuscrit écrivent d'Haverhout et d'Havrehout. Les documents de Messines : d'Haverhoudt, d'Hauroult, d'Hautroult, d'Auroult, mais la forme la plus usitée est d'Averout.

En 1481, cette abbesse reçut de Maximilien et de Marie de Bourgogne l'autorisation d'envoyer dans tous les pays de leur domination des commissaires spéciaux pour faire une quête afin de venir en aide à la rééditication des églises, du couvent, et de la ville de Messines, ainsi que des maisons et moulins de Deulemont qui tous avaient été détruits et incendiés par les Français (').

En 1505, elle obtint aussi de Philippe-le-Beau, roi de Castille, archiduc d'Autriche, la confirmation de tous les droits, franchises, exemptions, privilèges et libertés concédés par

(1) Archives de P Abbaye.

ses prédécesseurs à Féglise» au couvent et au chapitre de Messines, ainsi qu'à la ville. Le Prince accorda cette faveur à la demande de Tabbesse qui lui avait exposé que peu de temps après la mort du Duc Charles de Bourgogne, Tabbaye et la ville, ainsi qu^une partie des titres et privilèges, furent ars et hruUéa par le roi de France et ses gens de guerre (').

(1) Archives de l'Abbaye.

I8ABKLLE od ISABEAU de MORBKCOtTK, 91' Ablwue.

Isabeau de Morbecque, 21' abbesse, était fille de Joos de St-Omer, et de Jeanne de Hondecoulre dont le mausolée se trouve dans l'église de Morbecque ; elle était sœur de Charles de St-Omer, marié à Jeanne van Belle, et avait pour second frère Philippe de St-Omer, marié à Marguerite d'Hallenes, Dame d'Hollebeke, qui furent père et mère d'Antoinette de Morbecque laquelle devint abbesse de Messines en iS95.

Elle fut élue ie 16 Aoiit 1510 à l'unanimité des suffrages, et fit son entrée à Croisettes le 10 Mai 15H.

Le 8 Août de l'année 1513. Charles-Quint (alors encore roi d'Espagne, comte de Flandre, plus tard empereur) vint à Messines. Madame de Morbecque, les dames religieuses et tes chanoines allèrent le recevoir à la maison de ville. Le doyen lui donna la sainte Croix à baiser, madame mit trou fois les genoux m terre, à la troisième fois le jeune prince, qui n'avait alors que treize ans et demi, la releva et l'embrassa. Ensuite le clergé entonna l'hymne Honor et virtus, et le jeune souverain fut conduit à l'église où l'on chanta le Salve vers les cinq heures de l'après-midi. Après cette cérémonie le Roi se mit à table et dina seul. Après le repas, madame vint le trouver; ils causèrent ensemble pendant une demi heure, puis Charles quitta Messines, s'en alla coucher à Bailleul, se rendit le lendemain à Aire et delà devant Thérouanne assi^ée

UI

par l'armée de son grand-père Maximilien et par celle d'Henri VIII, roi d'Angleterre (').

Ysabeau de Morbecque mourut le 12 Décembre 1515 après avoir gouverné l'abbaye pendant cinq ans et quatre mois.

Elle succomba à une maladie des reins après avoir enduré de longues souffrances : « Le même jour » (le jour de sa mort, chose incroyable) « l'on ouvra son corps ce qui fut fait par » les religieuses de Gomines quy l'avoient soignée malade. » L'on trouva des pierres à trois coins, le roinon tout con- » sommé, par ou il sa veu qu'elle avoit souffert extrêmement. )) Le corps fut mis en la grande salle, où les demoiselles » et beginnes l'ont veillé ; le jour de S' Nicaise après grande » messe les religieuses et chanoines viendrent chercher le » corps qui fut porté par les hommes de fiefs par le grand » marché, et ont reposé le corps soubs les cloches. La messe » d'enterrement fut chantée fort soUennellement, où les parens » et amis de lad^^ abbesse allèrent à l'offrande, mais pas » les chanoines ou religieuses. Le corps fut enterré en la » chapelle, yly avoit 24 torces portés par 24 revestu, et le » blason qui se porté devant (').

Ysabeau de Morbecke avait fait son testament le lundi 10 Décembre, deux jours avant sa mort, en présence de son frère Philippe et d'autres personnes de sa famille et de ses amis. Nous ne pouvons résister au désir de communiquer ici le préambule du testament de cette abbesse; le voici :

<( In nomine domini, amen. »

« Memoor pour servir d'estat pour dernière volunté par » moy, Isabeau de Morbecque, par permission divine humble » prélate de l'église et l'abbaye Notre Dame de Messines, faite » ce lundi x* jour de Décembre a** xv" quinze, par devant » Philippe, mon frère, et Pierre du Bos, mon germain, en

(1) Manuscrit de Messines.

(2) lU, IL

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