‹ Inventaire analytique & chronologique des chartes et documents appartenant aux archives de l'ancienne abbaye de MessinesChapitre 5 sur 150 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

» la présence de sires Jehan Martin, presbiter, canoine de » céans, Rolland Bossart et S' Lois de Troîvau, mes bons » serviteurs et amis, pour donner à cognoistre et déclarer, » au plus prez que je poulray et scaray, ceulx à quy et en » quoy je me sentz tenue et obligée, ensemble ce que je désire » estre pour moy après ma mort faict et accomplit, à celle » fin que ma conscience me lesse en repos et que puisse » rendre à Dieu ma poure âme en attendant la mort, laquelle, » sy plaist à Dieu me lenvoyer je soye preste et appareillié » à la recevoir, et son plaisir de moy en tout et partout soit fait,» et après avoir fait connaître ses dernières volontés elle finit ainsi : « Dieu par sa grâce vœuille que après ce monde » puissions trouver toutes Tune Tautre en son réaime de » paradis. Amen ('). »

Ce testament était écrit de la main même, d'Isabeau de Morbecque. Une copie en fut remise le 12 Décembre, le jour même de sa mort, aux dames religieuses, par son chapelain Louis de Troivau, ainsi qu'une copie de quelques vers, dernière^ pensées peut-être que la pauvre abbesse à consacrées à ce monde, avant que sa poure âme est allé trouver le lieu de vray repos à tous jamais!

Voici ces vers :

0 mort, morsure trop amère.

Tous vivans sont à toy submis, Se jcusse congneu ta manière.

Tu ne in'cuz mye ainsi surpris.

Helas, je vous pry, mes amis, Quand devant ma tombe passez Donnez moy ung de profondis, Noublyez point les trespassez.

Je suis Isabeau de Morbecque, Souviengne vous que m'avez veu Vostre humble et indigne maistresse.

(1) Archives de Pabb^e.

Hélas, fay bien cangyet de jeu (*).

Je couche soubz la main de Dieu, Pryez pour nioy, faictes ma paix.

Que ma poure âme puist trouver lieu De vray repos à tous jamais.

Dieu me pourvoye!

Dieu me poubyoye. C'est la devise d'Isabeau de Morbecque ; nous la trouvons inscrite avec sa signature sur des registres qui ont servi à son usage (').

Enfin le 14 Février 151S (1516 n. s.) furent faites les obsèques de notre abbesse au milieu d'un concours innombrable de monde. Le Prévôt de Voormezeele, comme homme de fief, chanta la messe, assisté du Prévôt de St-Martin d'Ypres et de Fabbé de Warnèton ; un grand nombre d'ecclésiastiques, de gentilshommes, de parents et d'amis de la défunte assistèrent au service ; ce Madame {^) », dit le Manuscrit de Messines, « les pria tous à diner et il y avait plus de » cent personnes à table. »

(1) Cangyet de jeu^ change de jeu, changé d'état.

(2) Depuis Isabeau de Morbecque, les abbesses prirent ordinairement une devise ; nous les mentionnerons en leurs places.

(3) La nouvelle abbesse, Jeanne de Ghistelles.

JKANNB DB aHISTKi:j.SS, 82* AbboMA.

A peine Isabeau de Morbecque fut-elle morte qu'on procéda au choix d'une nouvelle abbesse, et le iS du même mois, trois jours après son décès, elle fut remplacée par Jeaune de Ghisteiles (IS Décembre 1515).

Cette fois le choix des religieuses n'avait pas été libre, car, s'il l'eût été, il ne se serait probablement pas porté sur une jeune religieuse qui n'avait pas dix-sept ans, et pour laquelle des dispenses durent être demandées à Rome à raison de son âge. — Une haute et auguste inOuence avait dicté ce choii. Le jeune souverain, Charles-Quint, ou plutôt son entourage, voulut récompenser les services rendus par le père de Jeanne, feu le Seig' de la Motte, et par son oncle, en faisant nommer, à la prélature de Messines, une jeune fille encore sans expérience. Le souverain fît donc connaître son désir, ou plutôt sa volonté, et l'élection eut lieu comme il l'avait demandé. Il est vrai qu'il accorda aux dames religieuses des lettres de non préjudice, datées de Bruxelles le 16 Janvier 1515 (1516 n. s.) suivant, par lesquelles il déclara que les religieuses de Messines ayant, à sa demande, élu comme abbesse Jeanne de Ghisteiles, fille de feu le Seig' de la Motte, il n'entend nullement par ce fait conserver pour l'avenir le droit d'intervenir dans la nomination des abbesses de Messines, ne voulant en rien contrarier leur droit d'élection. Mais ces

lettres de non préjudice n'empêchèrent pas que dans la suite les abbesses furent, de fait, nommées ou imposées par le souverain, et admises forcément par les religieuses, malgré les vives protestations qu'elles firent entendre à chaque nomination.

Jeanne de Ghistelles, la nouvelle abbesse, avait donc dixsept ans ! La prieure et les religieuses ne trouvèreut rien de mieux à faire que de prier madame de Ghistelles, sa mère, de venir demeurer quelque temps avec sa tille « pour luy » donner de bonnes instructions à cause de son jeusne eage ». Cette dame y consentit et dirigea si bien sa fille que celle-ci devint dans la suite une excellente abbesse.

Elle fut bénite le 8 Janvier, à Warnêton, par le suffragant de Térouanne, assisté de Fofficial. Le même jour elle fit son entrée à Messines « avecq plusieurs de ses amis » (dit le manuscrit, souvent cité) c< estans bien à 200 chevaulx de suitte, » avecq trompettes, clairons et plusieurs aijitres instruments. » Et à son entrée tous les homicides et bannis et autres » malfaiteurs eurent remission de laditte abbesse, jusque au » nombre de sept ou huict. 11 ne s'est veu de si belle entrée, » ny somptueux banquet depuis deux cens ans, mais le vent » estoit si grand qu'il empescha ceulx de la ville de Messines » de faire les jeux et comédy qu ils avoint préparé. »

Cette abbesse s'efforça de mettre l'abbaye en bon état. Elle fit construire divers bâtiments, entre autres un bon quartier avec tour, une brasserie et un colombier. Elle pourvut l'église de beaux ornements et se rendit elle même à Anvers pour se procurer les étoffes nécessaires. Dans ces excursions elle se déguisait en sœur grise et prit le nom de sœur Jeanne^ afin de pouvoir acheter à bas prix ('). En 1548 elle obtint, en garantie d'une somme d'argent qu'elle avait prêtée, une maison située à Ypres, rue Auwer straete (rue de Menin). Cette maison qui était appelée le Petit paradis, est devenu le petit refuge.

En 1541 l'abbaye fut brûlée et onze ans plus tard, en 1552, toute la ville, avec plus de trois cents boutiques de drap,

(1) Manuscrit cité.

fut détruite par un feu de méchef. Ce sinistre eut lieu le 29 Août, fête de la Décollation de S^ Jean, lorsque toutes les granges étaient remplies de grains (^).

Si Jeanne de Ghistelle se montrait humble en voyageant incognito sous le nom de Jeanne, la sœur grise par contre elle se distinguait par son luxe somptueux quand elle voyageait comme Abbesse de Messines. En allant à Valenciennes pour visiter sa sœur, elle s'y rendit avec deux carosses attelés chacun de six chevaux, suivis de cinq chevaux de main, et se lit acx^ompagner par son Grand-bailli, récoutète, son receveur, son chapelain et quatre ou cinq valets de pied. — Une autre fois elle se rendit à Lille trouver le Gouverneur du pays pour lui faire quelques remontrances : elle s'y rendit avec une suite de trente chevaux et y resta trois jours. Plusieurs fois elle alla voir sa mère, à Bruges ; son frère, à Croisettes, où il était malade ; elle se rendit en pèlerinage à Becelaere, et toujours avec une suite considérable (*).

Enfin, désirant se livrer à la vie contemplative, elle voulut se démettre de la charge abbatiale; mais ses religieuses, qui appréciaient les avantages de son sage gouvernement, la prièrent de continuer ses fonctions. Elle se rendit à leurs désirs et continua à diriger Tabbaye, jusqu'à sa mort, qui arriva au mois d'Avril 1560 (1561 n. s.) après qu'elle eut gouverné l'abbaye pendant plus de 46 ans f).

(1) Manuscrit cité.

(2) Id,

(3) C'est par erreur que le Frère Barnabe et le manuscrit de Messines Bxent la morl et rinsialiation de la nouvelle a))l>esse à Tannée 1534. C'est 1561 qu'il faut lire.

JACQUELINE d« HAYHIN, BS* AbbesM.

La 23°" abbesse fut Jacqueline de Haynio {').

Quelques jours après la mort <le Jeanne de Ohistelles, le 14 Mai 1561, Philippe II, ne voulant pas laisser tomber en désuétude le droit que s'était arrogé Charles-Quint de designer l'abbesse qu'il voulait voir élire, et nonobstant les lettres de non-préjudice délivrées par celui-ci, fit connaître aux religieuses de Messines qu'en sa qualité de comte de Flandre et en vertu de l'autorisation qui en avait été donnée à son père par le pape Léon X, il les autorisait à nonimer Dame Jacqueline de llayoin, comme abbesse de Messines, en suite des renseignements favorables qu'il avait reçus sur la personne de cette noble dame.

Les dames religieuses n'eurent qu'à courber la tète et à obéir, mais ce ne fut pas sans protestations. A une copie légalisée de l'arrêté susdit de Philippe II, qui se trouve aux archives de l'abbaye, se trouve attaché un papier sur lequel on lit : « Noté que le roy nous consent et requiert d'eslîre » pour abbesse celle qu'il nous nomme, à cause qu'étant séculier » il n'a point la puissance d'en faire davantage, ni ne le

(1) Sanderus, lt> Frère Barnabe et le Manuscrit de Mesiiaes écrivent de Bennin ; lee diverses charte» émanées de cette abbecse écrirent de Haj/aiit, auwi bien •D flamand qu'en franfaii.

» peut commander ; et qu^il ne peut avoir ny abbé ny abbesse » sans estre esleu du couvent, du moins d'une partie quy » fait le couvent. Et s'il ny a point élection suffisante, les » religieuses ne sont point obligées de la recognoistre pour » abbesse, ny de luy obéyr, et devant Dieu elle n'est point » abbesse; c'est l'élection suffisante qui fait l'abbesse. Ce » quavons apris d'un docteur es droict quy at enseignez les » droictz en l'université de Douay, nommé monsieur Broidt» » lequel est trépassez plusieurs années, et de deux docteurs » en théologie de l'ordre do S^ Dominicq dont l'un estoit » docteur de la Sorboorne (sic) ».

A une seconde copie également légalisée se trouve jointe la note suivante : « Noté. Ce^te patente est datée de l'an 1561, » et puisque c'est le pape Léon X quy at accordé à l'empereur » son père que les roys entendront à pourvoir les abbayes » d'abbesses et d'abbés, ce ne peut avoir esté sy longues » années devant, et nous nous sommes fondées en Van 1060. »

Quoiqu'il en soit, Jacqueline de Haynin fut installée comme abbesse en 1561, par le suHragant de Cambrai, et gouverna l'abbaye jusqu'au 1595.

Son long gouvernement ne fut qu'une suite de malheurs et de calamités. En 1562, les fermiers de Croisettes refusèrent de payer les dimes,'se mirent en état de rébellion, menacèrent de massacrer les officiers de la justice de l'abbesse et se portèrent à toutes sortes d'excès. Condamnés par le conseil d'Artois, ils appelèrent de ce jugement devant le grand conseil de Malines, mais finirent enfin par renoncer à leur appel, se soumirent au jugement du conseil d'Artois et firent un appointement avec l'abbesse pour l'indemniser des pertes qu'ils lui avaient fait éprouver. Cette soumission n'eut lieu qu'en 1567, après cinq années de désordres (').

Jeanne de Ghistelles avait été entraînée à de grandes dépenses pour la reconstruction de l'abbaye après l'incendie de 1552; à sa mort, la nouvelle abbesse avait trouvé les finances

(Ij ÂrchiTe^s de l'Abbaye.

de la maison dans un état déplorable. Non seulement les dépenses de reconstruction n*étaient pas payées, mais le trésorier Roland Bossart qui avait été receveur pendant soixante ans, et qui venait de mourir, n'avait pas fait de comptes depuis vingt-deux ans.

Après son installation, la nouvelle abbesse s'était empressée de faire apurer tous ses comptes avec l'exécuteur testamentaire dudit receveur et il en résulta que Tabbaye restait redevable aux héritiers dudit Bossart, de la somme de 8094 livres, deux sols, trois deniers. L'abbesse fit aux héritiers la proposition de s'acquitter en divers termes , mais cette proposition fut rejetée et comme les héritiers étaient nombreux et pauvres elle se vit sur le point d'être poursuivie en justice. Dans cette alternative, elle eut recours à l'emprunt et sollicita de Philippe II, l'autorisation de charger les biens temporels de l'église.

Le souverain, sur l'avis favorable de l'évèque d'Ypres et du conseil de Flandre, lui accorda l'autorisation de grever les propriétés de Noordschoote , de Zuydschoote et de» Deulemont, de rentes au denier seize, jusqu'à concurrence d'une somme équivalente à celle qui était due aux héritiers de Bossart, sous condition de faire délivrer aux acheteurs de ces rentes des lettres de constitution en due forme (1564, 15 Octobre) (').

En 1565 (1566 n. s.), le comte d'Egmont pour venir en aide à la ville et à l'abbaye de Messines, envoya des lettres à tous les chefs-hommes, gouverneurs et gens de la draperie des villes de Bailleul, Warnéton, Poperinghe et autres, ainsi que des châtellenies, pour les engager à se rendre avec leurs draps à la franche foire de Messines, dont les privilèges venaient d'être renouvelés et augmentés par le roi (').

L'état de détresse de l'abbaye devint tel que l'abbesse se vit dans la nécessité de renvoyer les plus jeunes religieuses

(1) Archires de l'aLbave.

(2) Id.

à leurs parents et de se retirer avec les anciennes dans leur refuge à Ypres. Là elles eurent beaucoup à souBrir et se virent obligées, pour s'entretenir, de vendre la vaisselle de l'abbaye, et les trésors de Téglise tels que: un calice d'or, des grands chandeliers d'argent, une tapisserie d'or et de soie achetée par Madame Jeanne de Ghistelles etc. Elles durent même travailler de leurs mains pour pourvoir à leur nourriture (').

Cependant de meilleurs jours arrivèrent. En 1570, Pierre Erckele, chef-homme du Basant d'Ypres, acheta une grande maison située à l'ouest de la rue Bollincstraete^ ainsi que onze petites maisons avec héritage dans la rue dite Portugal le tout attenant à la maison de l'abbesse (le petit retuge) et le 21 Mai de l'an 1572, il en fit don à l'abbaye en reconnaissance de certaines gratuités qu'il avait reçues de l'abbesse et du couvent susdit. C'est l'oiigine du Grand Refuge.

Vers cette époque, Rilhovius, évèque d'Ypres, voulut introduire des réformes dans la règle de l'abbaye, mais il trouva une résistance énergique dans l'abbesse et dans les dames religieuses, à tel point que le 14 Novembre 1570, elles adressèrent au St-Père une requête dans laquelle elles se plaignaient de ce que l'évêque veut les soumettre à une règle beaucoup plus sévère et leur imposer une stricte clôture; elles le prient de les maintenir dans leur ancienne règle et leurs anciens privilèges, ou de les dégager de leurs vœux et de leur permettre de rentrer dans leur famille ou chez leurs amis. — En même temps elles firent rédiger par le notaire apostolique, Baudouin de Curssys,en présence de deux échevins de Messines, une protestation contre les prétentions de l'évêque d'Ypres. Cette protestation fut signée par l'abbesse et par toutes les religieuses (').

L'emprunt fait en 1564 n'avait pas suffi pour payer les dettes, et pour comble de malheur, les excès des iconoclastes,

(I) Manuscril souvent cite.

2) Archives de TAbbaye.

Lxn

en 1566, avaient ruiné 1 abbaye. Non seulement les sectaires avaient chassé les religi(Hises, saisi et confisqué leurs biens meubles et immeubles, mais ils avaient aussi détruit, brûlé et ruiné de fond en comble la belle église et le cloitre de sorte quHl n'y restait qu'un mont de pien*es et de cailloux (').

Lorsque le pays fut rentré plus ou moins dans le calme en 1587, l'abbesse chercha à réédifier Téglise et le cloître en son vieUrX et anchien lieu: mais les ressources manquaient. Elle s'adressa donc de nouveau à Tévêque d'Ypres et à Philippe II, et obtint de ce dernier, le 14 Janvier 1587, une nouvelle autorisation de grever les biens temporels de l'abbaye de rentes au denier douze, quatorze ou seize jusqu'à concurence de dix mille livre parisis [*). — Elle contribua aussi à faire rebâtir la maison de ville de Messines en prêtant à ceux de la ville une certaine somme d'argent destinée à cet usage ; mais elle se fit donner des lettres de non préjudice pour l'avenir, car l'érection et l'entretien de cet édifice incombaient à la ville (*).

Enfin, après avoir gouverné l'abbaye pendant 33 ans, Jacqueline de Ilaynin mourut au refuge à Ypres, le 16 Décembre 1594 selon le frère Barnabe, le 18 selon Sanderus, et le 21 selon le Manuscrit. Son corps fut transporté à Messines, où il fut enterré dans la chapelle pi'ès des autres abbesscs.

Ses obsèques eurent lieu dans l'église de St-Jacques à Ypres. La messe fut célébrée par l'évèque assisté des [irélats de Yoormezeele et de Zonncbeke. Tous les magistrats et toutes les personnes notables de la ville assistèrent à ce service (').

Cette abbcsse avait pris pour devise: Espoir en Dieu.

(1) Manuscrit cité.

(S) Archives de l'abbaye.

(3J Manuscrit cité.

ANTOINXTTX DB MORBBCQUK, S4' AbbMse.

Après le décès de Jacqueline de Haynin, Philippe II, par lettres dii 7 Février 1595, revendiqua de nouveau ses prétendus droits eomme comte de Flandre, et désigna, comme future abbesse, Antoinette de S' Orner, dite de Morbecque, qui était alors prieure (').

Elle était fille de Philippe de St-Omer et de Marguerite d'Hallenes, dame d'Hollebeke, et par conséquent nièce d'Isabeau de Morbecque 21° abbesse de Messines.

Le 18 Février, la future abbesse convoqua toutes les religieuses absentes pour se réunir au refuge d'Ypres, le 21 du mois, afin de procéder au remplacement de l'abbesse décédée. Une preuve évidente que l'élection faite par les religieuses n'était plus qu'une vaine formalité, c'est que l'archiduc Ernest, gouverneur général des Pays-Bas, envoya, à Antoinette de Morbecque, l'acte de sa nomination, six jours avant que la soi-disante élection devait avoir lieu. Cet acte est daté de Bruxelles le 15 Février 1S95 (').

Eli 1596, la nouvelle abbesse lit réparer autant que possible les bâtiments de l'abbaye et l'église, mais l'année suivante tout fut de nouveau dévasté par les rebelles d'Ostende {').

(1) Archives de l'Abbaye.

(2) Jd. Id.

(3) Manuicrit cilé.

Selon le désir du Gouverneur général, rArchidue Ernest, l'Abbesse avait reçu quelques jeunes religieuses. Elles furent admises d'après les anciens usages, c'est-à-dire qu'elles conservaient l'administration de leurs propres biens, et se soumettaient à la règle observée depuis la fondation du couvent.

L'évèque d'Ypres, Pierre Simons, refusa de reconnaître ces religieuses à moins qu'elles ne s'engageassent à suivre une plus stricte observance de la règle de S^ Benoît et qu'elles ne renonçassent à la jouissance de leurs biens temporels lesquels seraient adffinistrés par l'abbesse au profit du couvent en commun (*). L'abbesse et les religieuses réfusèrent de se soumettre à ces prétentions et l'évèque les excommunia (^). Elles eurent recours au St-Père et au roi pour être maintenues dans leurs anciens droits; le pape écrivit à l'évèque pour lui faire lever l'interdit, et enfin, après trois années d'agitation et de grandes fachems, un accord fut conclu entre l'abbesse et l'évèque, grâces à l'intervention du nonce du pape, l'évèque de Tricarcie, et d'Antoine Hourt, du conseil privé de Sa Majesté, arbitres désignés pour examiner et arranger ce différend. Cet accord est du 6 Octobre 1599.

Antoinette de Morbecque eut le bonheur de pouvoir retourner à Messines, et d'y réunir toutes les religieuses, dispersées pendant les troubles. Elle fit rebâtir une partie de l'abbaye et de l'église et construire quelques maisons de religieuses. La première pierre de ces bâtisses fut mise par mademoiselle Isabeau Du Ghastel de la Howarderie, qui alors était encore une enfant et qui devint plus tard abbesse de Messines (^).

Antoinette de Morbecque mourut l'an 1609 au grand regret de toutes ses religieuses, qu'elle avait installées en ménage, avant de mourir, prévoyant qu'après sa mort l'évèque susciterait encore des difficultés à cet égard (*)•

(1) Archives de TAb'jaye.

(2) Manuscrit cité.

(3) Id.

(4) Id,

JEANNE DB BAILLENCOURT, Z6' Abbasse.

Après la mort d*Antoinette de Morbecque, les archiducs Albert et Isabelle désignèrent comme nouvelle abbesse Jeanne de Baillencourt, dite Barlette, mais comme elle n*avait pas rage requis rArchévèque de Rhodes, légat du pape, chargea révêque d'Ypres d'assurer si elle possédait les qualités nécessaires et dans ce cas de lui accorder la dispense d'âge (23 Juillet 1610). Le 6 Août suivant Tévèque s'étant assuré qu'il n'y avait pas dans le couvent de religieuse plus digne qu'elle d'occuper le rang d'abbesse, lui donna la bénédiction et l'installa après qu'elle avait fait entre ses mains le serment d'usage (').

Avant son élévation elle s'était engagée à rompre les ménages des religieuses et elle exécuta cette promesse, aussitôt qu'elle fut installée, au grand déplaisir et mécontentement des anciennes religieuses. Elle continua la réfection de l'abbaye rebâtit le chœur des religieuses, et la chapelle de St-Benoît ; le chœur fut garni de stalles et elle obligea chaque religieuse à payer la sienne.

Enfin après avoir gouverné l'abbaye pendant huit ans, elle résigna la charge abbatiale, en 1618, et se retira dans un couvent cloîtré où elle mourut supérieure.

(1) Archives de Tabbaye.

ANNE D'ANTHIN, 26' AbbMSe.

Par Iclti'cs (lu iS Août 1618, les archiducs Albnrt et Isabelle (lésigiièi'eiit comme ahbesse de Messines, Dame Anne d'Anthin, en remplacemenl de Jeanne de Baillencourt qui avait résigné la dignité abbatiale entre les mains de l'archiduchesse elle-même.

A l'occasion de cette nomination les archiducs introduisirent certaine réforme dans les règlements de l'abbaye, réforme que la nouvelle abbossc et les religieuses devaient promettre solennellement de recevoir, de suivre et de maintenir strictement à moins qu'elles ne préférassent de se retirer ailleurs, en quel cas elles recevraient, des biens du monastère, de quoi s'entretenir honnêtement. — Le 8 Octobre de la même année la nouvelle abbcsse fut installée par l'évècfue d'Vpres, Antoine de Hennin ('}.

A son installation, quand les divers officiers de justice vinrent, comme d'habitude, résigner leurs fonctions entre les mains de la nouvelle abbesse, elle garda celles du Grandbailly, le remercia de ses services et revêtit de ces fonctions son propre frère Robert d'Anthin, Seigneur de Bâillon {*).

Elle voulut introduire complètement la réforme dans l'abbaye et se rendit à Bruxelles pour en conférer avec l'archiduchesse Isabelle. A ce sujet il y eut un grand dissentiment entre t'abbesse et le couvent qui refusa d'accepter la réforme. Des procès s'ensuivirent, et le conseil d'état délégua Gérard Cor-

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sélius qui, d'accord avec Tévêque d'Ypres, parvint à faire accepter un règlement à la satisfaction des deux parties (10 Avril 1624).

Cependant la bonne entente ne dura pas longtemps, de nouvelles difficultés surgirent entre Tabbesse et le couvent, mais elles furent applanies en 1630 par un nouveau règlement fait par révêque dYpres, George Chamberlain, règlement qui était plus que le précédent conforme aux anciennes coutumes de l'abbaye (*). Cette abbesse fit reconstruire le dortoir et la chapelle de St-Joseph et fit lambrisser le chœur des chanoines.

En 16i0, lors du siège d'Aires, elle se réfugia à Ypres avec les jeunes religieuses et ne laissa à Messines que les anciennes. Mais peu de temps après celles-ci se sauvèrent également à Ypres, pendant la nuit et à pied, par suite des bruits alarmants qui s'étaient répandus à Messines. Cependant peu de temps après elles purent toutes retourner à l'abbaye.

Cette abbesse donna l'habit à plusieurs nobles demoiselles et notamment à Mesdemoiselles Catherine de Courtew^ille et Anne Jeanne du Chastel d'Inglinghem, en 1635 ; à sa nièce Mademoiselle Maiie Antoinette d'Anthin, en 1636; à Mesdemoiselles Marie Françoise de Cottenes et Jeanne de Wignacourt-Fletre, en 1637 et enfin à Mademoiselle Marie Thérèse de le Viefville (*).

Vers cette époque plusieurs miracles eurent lieu, dit-on, par l'intercession de Notre-Dame de Messines. Ils se trouvent tous mentionnés dans le chapitre X de l'opuscule du Frère Barnabe, plusieurs fois cité.

Anne d'Anthin mourut à Ypres, le 2 Avril 1642, dans une maison située en face du grand refuge et appartenant à l'hôpital de Notre-Dame d'Ypres. Elle avait loué cette maison pour avoir la commodité de pouvoir se rendre à la messe à la chapelle dudit hôpital, par le jardin, sans être obligée de traverser la rue. Son corps fut ramené à Messines, et enterré dans la chapelle près des autres abbesses.

(1) Manuscrit cité et arcliives de l'ahi)aye. 2) Manuscrit cité.

ISABELLE DU CHASTEL DE LA HOVTABDERIE, S7° AbbMM.

Ce ne fut qu'environ neuf mois après le décès d'Anne d'Antin que Philippe IV, roi d'Espagne, désigna comme abbesse de Messines Madame Isabelle de la Howarderie. Les lettres royales, datées de Bruxelles le S2 Janvier i643, autorisent la nouvelle abbesse à demander au pape et à l'évêque diocésain telles bulles apostoliques qu'il conviendra.

Malgré ce long retard ce ne fut encore qu'environ sept mois après que l'évêque d'Ypres, Judoc Bouckaert, communiqua aux religieuses de l'abbaye les lettres royales susdites, et les convoqua en chapitre pour procéder à un simulacre d'élection qui eut lieu le 5 Août 1643. Le même jour l'évêque confirma la soi-disante élection et le 30 du même mois il bénit ia nouwlle abbesse après qu'elle avait prêté le serment et demandé la bénédictioa à deux genoux (').

Le long laps de temps qui s'écoula entre la mort d'Anne d'Antin et la nomination de la nouvelle abbesse par le roi d'Espagne {2 Avril 1642 au 22 Janvier 4643), peut s'explique par l'état de guerre dans lequel se trouvait le pays; mais le retard entre la nomination et l'installation (22 janvier au 5 Août) ne doit être attribué qu'à l'abbesse elle-même.

(1) Archives de J'abbaye.

En effet, le Gouverneur Général des Pays-Bas, Francisco de Mello, en adressant à Messines les lettres de nomination, avait imposé à la nouvelle abbesse avec sa charge abbatiale de grandes pensions à payer. L'abbesse refusa de lever ses lettres-patentes avec cette charge et fit tous les devoirs possibles pour en être dispensée, tant qu'enfin tévêqtie dYpres luy manda qu'elle auroU à lever ses patentes pour ne causer plus grand préjudice à l'abbaye^ ce qu'elle fit (').

Sitôt qu'elle fut installée elle mit tous ses soins à maintenir l'autorité abbatiale et à défendre tous les biens, droits et prééminences de son église. Elle fit entourer l'abbaye de bonnes et fortes murailles, en place des palissades qui n'offraient aucune résistance, et y ajouta un grand jardin.

En 1645 la guerre l'obligea à se retirer avec ses religieuses au refuge d'Ypres, oii elles restèrent pendant quinze années; et à peine avaient-elles quitté Messines que l'armée du roi de France y arriva et pilla l'abbaye qui était bien fournie d^ provisions de toute espèce et de meubles qu'on n'avait pu sauver.

Deux ans après, en Mai 1647, l'abbaye fut pillée de nouveau, et on enleva tous les chevaux, bestiaux et moutons.

Pendant que les dames de Messines se trouvaient à leur refuge à Ypres, le prince de Condé vint assiéger cette ville (1648). Elles eurent beaucoup à souffrir et les deux refuges furent presqu'entièrement ruinés.

En 1651, l'abbesse se rendit en Artois pour tâcher d'obtenir du roi de France la levée de la confiscation de la terre de Croisettes : mais lorsqu'elle était arrivée près de St. Pol son carosse se renversa, elle manqua d'être tuée et resta longtemps étendue par terre comme morte. Ne pouvant continuer son voyage, elle envoya à Paris Monsieur de la Cressonnière, lequel obtint la main-levée de la confiscation; mais à peine l'abbesse était-elle retournée à Ypres que la terre de Croisettes fut confisquée de nouveau. Elle fut enfin obli-

(1) Manuscrit cité.

gée, pour rentrer en possession de Croisettes, dV envoyer, pour y habiter, sa chapelaine Madame Anne-Jeanne du Chastel avec Tune de ses nièces qui y mourut le 16 décembre 1659 et fut enterrée en l'église des Sœurs-grises à St. Pol.

Lorsqu'en 1660 la paix fut conclue entre la France et TEspagne, Tabbesse Isabelle s'empressa de faire réparer son abbaye dévastée à tel point qu'on en avait enlevé les portes et les fenêtres. Le 13 septembre de cette année elle put y rentrer processionnellement y faisant rapporter la S**- Croix.

Elle fit, dans la suite, faire de grandes constructions dans l'abbaye parmi lesquelles nous citerons le côté du cloître du côté de la chapelle ainsiqu'un beau quartier pour logement des abbesses.

A peine ces travaux étaient-ils achevés que la guerre éclata de nouveau, et Madame et ses religieuses furent obligées de se retirer dans leur refuge à Ypres (1677). Elle envoya également deux de ses religieuses à Arras pour y' demeurer dans un couvent de cette ville, afin d'éviter une nouvelle confiscation de Croisettes. Cependant la paix, qui fut conclue en 1668, permit à ï'abbesse et à ses religieuses de revenir dans leur abbaye. L'abbesse profita de ces moments de paix pour faire confectionner plusieurs beaux ornements d'église ; elle fit faire, entre autres, trois saints d'argent destinés à l'autel de St. Joseph, savoir, un St. Joseph, un St. Roch et une Ste Elisabeth. Elle fit aussi, à Croisettes, l'acquisition d'une censé appelée la censé de l'Abîette, avec cent soixante mesures de terre, pour la somme de neuf mille cent quatre-vingt neuf francs et quatorze sols monnaie d'Artois.

La guerre ayant éclaté de nouveau entre l'Espagne et la France, l'abbesse et ses religieuses durent de nouveau se réfugier à Ypres, où elles ne séjournèrent que pendant six semaines. Mais en 1676 le roi de France ayant étendu ses conquêtes dans les Pays-Bas confisqua tous les biens de l'abbaye, à la réserve de Messines et des dîmes de Warnéton.

Au mois de Mai 1675, les troupes de la garnison d'Ypres

firent prisonnière Tabbesse de Marquette et la menèrent à Ypres, parce qu*elle voyageait sans passe-port. Sitôt que le gouverneur de Lille eut connaissance de celle arrestation, il donna à son fils, le marquis d'Humières, Tordre d'enlever Fabbesse de Messines» par représailles; mais Tévèque et le gouverneur d'Ypres purent avertir celle-ci à temps et rengager à se réfugier à Ypres, ce qu'elle fit aussitôt. A peine y fut-elle arrivée qu'elle tomba gravement malade et y resta jusqu'à la prise de cette ville en 1678.

Entretemps le gouverneur de Lille avait envoyé un détachement de trente hommes pour occuper militairement l'abbaye (26 décembre 1677) ; ces soldats se logèrent dans la chapelle de St. Michel et dans celle de St. Joseph. Plusieurs fois des batailles eurent lieu entre les soldats dans les chapelles susdites et dans l'église dont ils avaient barricadé les portes ainsi que celles de l'abbaye.

Pendant le siège d'Ypres, le refuge de Messines fut près* qu'entièrement détruit à coups de canon, et l'abbesse fut obligée de se réfugier au cloître des Dames de Rousbrugghe. La ville ayant capitulé, l'abbesse alla trouver l'intendant et le gouverneur pour tâcher d'obtenir la main-levée des biens de l'abbaye. A cet effet elle fit le serment de fidélité au roi de France, et retourna à Messines. Peu de temps après la paix fut conclue.

Les calamités de la guerre et la confiscation des biens de l'abbaye avaient réduit l'abbesse et les religieuses à un état de pauvreté tel qu'il ne leur restait d'autres ressources pour vivre que le produit de leur basse-cour, sans avoir aucun denier pour subvenir aux urgentes nécessités qui survenaient journellement, telles que paiements de sauve-garde, contributions de guerre etc. Elles exposèrent leur triste situation au roi Charles II qui, par arrêté du 9 Février 1678, leur accorda Tautorisition de lever une somme de six mille florins, au moindre intérêt possible et d'hypothéquer les biens de l'abbaye pour la garantie de cet emprunt.

Tant de tribulations, tant d'inquiétudes avaient détruit la

santé de Tabbesse. A la fête de Noël 1678, elle se rendit aux matines. La nuit était froide. A peine était-elle entrée dans Téglise qu'elle tomba en défaillance. On la transporta dans son appartement mais son état ne s'améliora pas ; elle resta malade jusqu'au 15 Mars 1679 et mourut ce jour à sept heures du matin pendant que l'on disait la messe des agonisants, dans l'oratoire de son appartement, en présence de toutes les dames religieuses, ce Elle avait, » dit le manuscrit de Messines, « beaucoup souffert en sa maladie avecq une patience fort grande. Elle fut extrêmement regrettée de tous les gens de bien et principalement des pauvres qu'elle assistait fort. Elle avoit gouverné l'abbaye l'espace de trente six ans fort louablement pendant des guerres sy cruelles et la ruyne de tous les biens de l'abbaye, Noortschoote ayant tousiours été innondé pendant lesdites guerres. »

Elle avait atteint l'âge de 8S ans et avait gouverné l'abbaye pendant l'espace de 36 années.

Isabelle du Ghastel, pendant sa longue administration a donné l'habit à un grand nombre de nobles demoiselles notamment, en 1645 à Mademoiselle Marie-Louise-Victoire de Gréquy, sa nièce, qui lui succéda dans la dignité abbatiale; — en 1650 à Mademoiselle de Berlaimont et à Mademoiselle d'Assigny dit Berval ; — en 1657 à deux de ses nièces Mesdemoiselles Marie-Alexandrine et Isabelle-Adèle du Ghastel de la Howarderie ; — en 1661 à deux autres de ses nièces Mesdemoiselles Marie-Jeanne et Marie-Albertine du Ghastel d'Espière : la plus jeune mourut trois ans après ; — en 1665 à Mademoiselle Marie-Philippine de Lannoy d'Eplechin ; — en 1668 à une autre demoiselle de Lannoy d'Eplechin et à Mademoiselle Suzanne de Ghistelles, qui devint la 29® abbesse, — et enfin en 1673 à sa nièce Mademoiselle Marie-Albertine du Ghastel.

Sitôt qu'Isabelle fut morte, la prieure, les trois plus anciennes religieuses et le doyen firent cacheter les coffres des archives et de la vaisselle et les principaux meubles de l'abbaye, avec le grand sceau de la défunte. Gette opération faite le sceau fut rompu à coups de marteau. — On mit le corps de la

défunte abbesse en la grande salle, sur une table» tout habillée, la face découverte et la crosse à son côté; quatre flambeaux d'argent avec luminaire aux quatre coins et un crucifix aux pieds. La salle était tout tendue de noir; jour et nuit deux religieuses et un chanoine restèrent près du corps, la porte de la salle tout ouverte.

Le 17 Mars eut lieu l'enterrement que le Manuscrit de Messines raconte de la manière suivante : « L'on fit Tenter- » rement en la manière et anchienne usance de Fabbaye, » scavoir, Tabbé de Voormezel vint avecq deux de ses reli- » gieux, quyl voulait faire] servir de diacre et soubs-diacrc* » mais les chanoines sy ont opposé ; deux chanoines Tont » esté, et ont venu chercher le corps vers les noeuf heures » et demy du matin. Quattre hommes de fiefs Ton porté par » la grande porte, douze garsons portoint des torces de cire » jsiune, couvert de deux {aulnes de draps noir que la def- » funte leur a donné, avecq le confanon et le guidon du » Rosaire, les chanoines marchant devant le corps et les relî- » gieuses suivant, chantant libéra^ allant par la rue de Gand. » Venant sur le marché, environ le milieu, l'on arrêta le » corps, le doyen luy donna l'absolution des fautes commis » contre le serment quelle avoit faict, à son entrée à lad'* » place, de conserver les droits de la ville, les deux loix y » estant présent. L'on entra par la grande porte de dessous » la voûte de la chapelle de sainct Michiel, et l'on posa le » corps au haut chœur où l'on met la tombe de la fon- » datrice, toute l'église et le chœur tendue de baye noir » avecq les armes de la deffuncte. Après la messe l'on porta » le corps en la chapelle de Nostre-Dame et l'on le posa » soubs la tombe qu'elle avoit faict faire deux ans auparavant. » L'on fit sonner six sepmaines de loing à la grande église, » à la paroisse, et à tous les villaiges de l'abbaye avecq n touts les cloches, savoir à Huict-et-quatre (Wydtschaete), » Deuslemont, Noort-Schoote , Zutschoote, et à Croisettes, » trois fois le jour une heure à chaque fois. »

Isabelle du Ghastel de la Howarderie avait pris pour devise:

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