GHARLOTTE-PETRONILLE DE LATOUR DE ST. QUENTIN
30>"» abbesse.
A l*épo({uc (le la mort de IVP Suzanne de Ghistelles, Messines était retourné sous la domination de rAutriebe. Aussi l'empereur Charles VI, suivant les errements de ses prédécesseurs, s'empressa-t-il de désigner, de sa propre autorité, la nouvelle abbesse de Messines. Par lettres datées de Bruxelles le 13 décembre 1731 il nomma dame Cbarlotte-Pétronille de Latour pour succéder à l'abbesse défunte, autorisa les dames religieuses à Télire, et permit à la nouvelle abbesse de demander au saint Père, à Tévèque diocésain ou à d^autres supérieurs ecclésiastiques telles bulles ou confirmations qu'elle jugera convenable.
Le 1 Janvier 1732 les religieuses se réunirent en chapitre, élurent l'abbesse désignée par le souverain, et le 6 du même mois celle-ci fut installée et bénite par le sérénissime Évêque d'Ypres, avec tout le cérémonial d'usage.
Cette abbesse mourut le 9 octobre 1750 après avoir gouverné l'abbaye pendant 18 années avec beaucoup de sagesse de modération et d'économie.
Elle avait pris pour devise : Toujours ferme.
ANNE-MADELAINE DE HAUDION, 31« Abbesse.
Anne-Matlelaine de Ilaudion fut la 31^ et dernière abbesse de Messines. Elle fut nommée par lettres de Marie-Thérèse, datées de Vienne le 9 décembre 1730, et élue par les religieuses dans le mois de février 1751. Cette élection fut approuvée par l'évéque d^Ypros le 4 Mars suivant, mais la nouvelle abbesse ne fut bénite que le 20 juin, et cette cérémonie eut lieu, non pas à labbaye de Messines mais dans la chapelle du palais épiscopal à Ypres.
Le lendemain de Tapprobation de l'élection faite par les religieuses (2 mars 1731) la prieure, Dame Thérèse-Henriette de Berneville, rendit compte à la nouvelle abbesse de toutes les receltes et dépenses faites depuis le décès de Madame Charlotte-Petronille de Latour. Les recettes s'élevaient à 12285 lib. 6 s. 7 d. et les dépenses. à 11665 lib. 9 s. 6 d. et le compte se clôturait avec un boni de 619 lib. 17 s. 1 d. En outre à la mort de ladicte Dame abbesse il restait à recevoir tant à cause des revenus des terres, moulins, dîmes etc. que des rentes foncières et seigneuriale, une somme de 41 ,233 lib. 17 s.; mais il restait à payer une somme de 23832 lib. 8 s. 1 d. de manière qu'il restait un bénéfice de ISiOl livres.
L'impératrice Marie-Thérèse désirant être informée du nombre des religieuses de nation française qui se trouvaient dans
les différents couvents, abbayes et hôpitaux, chargea le conseil de Flandre de faire remettre par les magistrats respectifs des châtellenies etc. de son ressort, les listes exactes des personnes de cette catégorie. En conséquence le conseiller avocat fiscal dudict conseil ordonna aux divers magistrats des villes et châtellenies de lui faire parvenir ces listes dans la huitaine, et de s*adresser, pour obtenir les renseignements nécessaires, aux supérieurs des divers établissements religieux sous leur juridiction (lettre du 14 février 1752). En conséquence de cette invitation le Bailli et échevin de Messines s'adressèrent le 1 mars suivant à l'abbesse dudict lieu et celle-ci s'empressa de leur faire parvenir, le 7 mars suivent, la liste demandée. Voici les noms des dames religieuses de nation française qui se trouvaient alors à Fabbaye : M* Marie-Thérèse-Henriette de Liers de Berneville, prieure ; MM*"" Marie-Maximilienne-Adèle de Berlo, — Marie-Hyppolite-Alexandrine de Noyelles, — Marie-Thérèse- Josèphe de Goupigny, — Marie-Anne-Françoise de Coupigny de Tranoy, — Antoinette-Pharaïlde de Genevières, — Thérèse- Josèphe de Mortagne de Landas, — Marie-Marguerite-Robertine- Josèphe de Landas, — Marie-Ërnestine de Mortagne de Goyencourt, — Marie-lsabelle-Robertine-Josèphe de Coupigny de Louvreval, — Rénée-Pulchérie-Josèphe de Goupigny del Barque, — Marie-Eugénie de Nédonchel, — et Reine Stanislas de Salperwick. Toutes ces dames étaient de TArtois ou du voisinage et il n'y en avait pas d'autres.
G'était le premier coup porté à l'abbaye de Messines.
Bientôt une ordonnance de l'Impératrice, du 17 août de la même année, défendit d'admettre dans les maisons religieuses des personnes étrangères à la domination de Sa Majesté Impériale. Or, comme depuis très longtemps l'abbaye n'admettait que des demoiselles de l'Artois, l'abbesse se vit dans l'impossibilité de compléter le nombre de ses religieuses qui de vingt-quatre se trouvaient réduites à treize et dont plusieurs étaient si infirmes qu'elles ne pouvaient plus fréquenter le choeur. Elle s'adressa donc au premier ministre Botta-Adorno, afin d'être autorisée à recevoir quelques demoiselles de l'Artois qui se présentaient ; mais en vain. Le
ministre lui objecta que les religieuses ne manqueront pas à son abbaye, que le pays de la domination de S. M. Impériale peut fournir assez de sujettes et il cita M"* de Néverlée qui était en instance pour obtenir l'entrée de la maison, à qui Son Altesse Royale venait d^accorder une pension dans ce but, et qui était fortement recommandée par Tévèque de Namur et par son frère le comte de Berlo. « Je ne doute pas », ajouta le ministre, « que d'autres demoiselles du pays ne se présentent pour compléter le nombre fixé par la fondation : votre noble façon d*agir, l'exemple édifiant et la bonté que vous témoignez à vos demoiselles religieuses doivent vous en être un sur garant. » (').
Mais, à l'abbaye de Messines, c'était un parti pris de n admettre que des demoiselles de l'Artois et de refuser celles du pays sous la domination de TAutriche. L'abbesse répondit au ministre que M"* de Néverlée n'était pas assez noble et que son abbaye pourrait fourmiller de religieuses si on venait à se relâcher sur ce point; que du reste elle espérait qu'on ne la forcera pas d'outrer la fondation et l'observance aux dépens de la paix et de la concorde dans la communauté, au mépris du serment qu'elle a prêté et des voeux qu'elle a prononcés.
L'affaire en resta là, mais en mars 1760 l'abbesse adressa une nouvelle supplique à S. A. R. le prince Charles de Lorraine, tendante à être autorisée à admettre dans son abbaye quelques demoiselles appartenant à des pays étrangers, sous la promesse de sa part qu'elle donnera toujours la préférence aux sujettes de S. M. Imp. qui se présenteront, remplissant les conditions exigées.
Cette requête n'eût pas plus de succès que la précédente, mais un décret de Marie Thérèse ordonna à l'abbesse de produire le titre par lequel la communauté a été établie pour vingt-quatre religieuses, c^lui en vertu duquel elles doivent être nobles, l'indication des preuves de noblesse qu'on exige et en vertu de quoi.
(l) Lettre du maniuis de Boita-Adorno à Tabbaye de Messines du 2ô mai 1753.
Il était impossible à l*abbcsse de fournir les titres demandés mais elle lit dresser un mémoire pour prouver ses droits en fournissant, à défaut de titres originaux, des extraits des annales manuscrites de Tabbaye, de Thistoire de N. Dame de Messines par le père Barnabe, de Sanderus, de Meyerus, de l'histoire des saints de la province de Lille, de Mirseus, de Grammaye, de Bruzen de la Martinière, etc. espérant que ces extraits pourraient tenir lieu du titre primordial égaré. Ce mémoire est du 17 mai 1760. Le 18 juillet elle adressa au prince Charles de Lorraine un nouveau mémoire qui rappelait le contenu des requêtes et mémoire précédents, et dans lequel elle finissait par supplier qu*on lui accordât aumoins l'autorisation d'admettre seulement deux postulantes, sujettes de S. M. très chrétienne.
Tout fut inutile : le gouvernement ne voulait point de religieuses françaises, Tabbesse n'en voulait pas du pays de la domination de S. M. Impériale, et en 1770, époque de la mort de madame de Haudion, des treize religieuses que nous avons nommées ci-dessus, il n'en restait plus que neuf, dont voici les noms, l'âge et les années de profession.
Marie-Josèphe de Coupigny, prieure, âgée de 74 ans, professe de 55 ans.
Marie-Hyppolite-Alexandrine-Josèphe de Noyelles, âgée de 73 ans et professe de 57 ans.
Antoinette-Pharaïlde de Genevîères, âgée de 66 ans, professe de 49 ans.
Thérèse-Josèphe de Moilagne de Landas, âgée de 63 ans, professe de S9 ans.
Marguerite-Robertine-Josèpbe de Mortagne de Landas, âgée de 57 ans, professe de 29 ans.
Marie-Ernestine de Mortagne de Landas Goyencourt, âgée de 53 ans, professe de 29 ans.
Marie-Isabelle-Robertine-Josèpbe de Coupigny de Louverval, âgée de 45 ans, professe de S7 ans.
Rénée-Pulchérie-Josèphe de Coupigny del Barque, âgée de 41 ans, professe de 22 ans.
Marie-Eugénie de Nédonchel, âgée de 40 ans, professe de 23 ans.
Toutes ces dames étaient de TÂrtois à Texception de M® de Genevières qui était de Steenbeque, Flandre-française. — Les trois demoiselles de Mortagne étaient sœurs, ainsi que les deux demoiselles de Goupigny qui les suivent.
Madame Ânne-Madelaine de Haudion dernière abbesse et comtesse de Messines, princesse de Groisette, dame de Deulemont, Noordschoote, Zuydschoote, Wydtschaete, etc. mourut à rage de 66 ans le 27 juin 1770 à sept heures du soir, dans la Noble et Royale abbaye de Messines qu'elle avait gouvernée pendant 19 ans.
Elle avait pour devise : L*espérance me soutient.
LA GROSBK VACANTE. — LA SUPPHSSSION (').
Le lendemain de la mort de l'abbesse, la Prieure et les religieuses, capitulai rement assemblées, firent sceller du grand cachet de l'abbesse le coffre aux privilèges et titres de l'établissement et lirent ensuite briser les deux cachets de la défunte, scion la coutume observée jusqu'ici. Le même jour elles s'adressèrent au Prince Charles de Lorraine afin de lui annoncer
(1) Nou plafODt «a téW d« ca dernier chapitre de l'abbaje lee i leifneDrin aie. «ppattenaot aui abbeues telles qu'elles ont été eoregiatrees par d'Hoiler k l'Armonal général de France, Registre Dunkerqne, par ordonnance de Meiaienn les comminairea généraux du conseil députe lur le fait des Armoiriei. Cet enn«ittrement eût lieu le 27 airi] 1699, som l'admiuistration de l'albesie Haria-Louiae- Victoire de Créquv. Ellee représentent n' 1 Ville et cumié de Uesaines. N* 2 Chambra de Hors et Borland de Mesiioes. N> 3 Cour féodale de Ueeainea *i a' 4 Villaga de DealanoDI.
la mort de Tabbesse et le prier de vouloir envoyer des commissaires à Messines pour recueillir les voix des dames religieuses et procéder ainsi à l*élection d*une nouvelle abbesse.
Pour satisfaire en apparence à cette demande, le Gouvernement désigna le conseiller Fierlants, du conseil privé, et le secrétaire de Hess du même conseil, qui demandèrent à la Prieure de leur envoyer une liste des dames religieuses, indiquant leur lieu de naissance, leur âge, Tannée de leur profession et l'emploi qu*elles occupent ; ainsi qu'un état du temporel de Tabbaye.
La Prieure s*empressa d*obéir à cette injonction, elle adressa au conseil privé la liste demandée, contenant les noms des neuf religieuses dont nous avons parlé plus haut, ainsi que l'état du temporel de l'abbaye, dont l'ensemble des revenus montait à 25792 fl. 15 s. 8 'A d. et celui des charges à 23106 fl. 9 s. 4d.
Le 10 août 1770 des commissaires furent nommés définitivement, non pour procéder à l'élection d'une nouvelle abbesse, mais pour prendre inspection du temporel de l'abbaye et vérifier l'état présenté par la Prieure.
Messieurs les commissaires arrivèrent le 23 septembre à Messines pour procéder à cette vérification ; mais déjà le 19 du même mois, la Prieure avait reçu de la part de l'Impératrice Tordre de faire connaître, dans la quinzaine, quels quartiers ou degrés de noblesse on prétendait être en droit de requérir des récipiendaires et quelles preuves on exigeait à cet égard. Elle devait produire en outre les titres sur lesquels la maison se fondait pour soutenir ce prétendu droit et s'expliquer à ce sujet avec tous les détails convenables.
En exécution de ces ordres, la Prieure et les dames religieuses présentèrent le 3 octobre au Conseil de Flandre, un nouveau mémoire qui n'était que la reproduction de celui présenté le 17 mai 1760.
La célèbre abbaye s'éteignait doucement! Le 2 novembre 1770 mourut M"* Marie-Marguerite-Robertine-Josèphe de Mor* tagne de Landas, à l'âge de 55 ans ; le 5 septembre de
l'année suivante, M"' Marie-Hypoiite-Alcxandrine-Josèphe de Noyelles, âgée de 75 ans ; le 18 avril 1772 M'^ Marle-ErDestine de Mortagne de Goyencourt, à l'âge de 54 ans et le nombre des dames religieuses survivantes fut ainsi réduit à six !
Vers la fin de 1771, ces dames restantes firent de nouvelles démarches pour obtenir une nouvelle abbesse, mais leurs instances restèrent sans résultat, et l'établissement fondé en 1060 par Adèle de France, succomba enfin sous l'édit de Harie-Tbérèse, après une existence de plus de sept siècles.