‹ Inventaire analytique & chronologique des chartes et documents appartenant aux archives de l'ancienne abbaye de MessinesChapitre 8 sur 150 · L'INSTITUTION ROYALE DE MESSINES · texte numérisé non relu

L'INSTITUTION ROYALE DE MESSINES

Ce fut par décret impérial du 30 août i776, donné à Vienne, que Marie-Thérèse supprima i*ancienne abbaye de Messines et y établit une fondation hospitalière. Gomme Tabbaye fondée par ses prédécesseurs, disait-elle, ne saurait subsister dans sa forme actuelle, elle jugeait que, pour conserver, autant que faire se peut, cette fondation religieuse et la rendre en même temps également utile à la religion et à letat, il était convenable de la faire servir à Tœuvre pie qu'elle se proposait, par un changement dans les vœux, la règle et les occupations des religieuses; et à cet effet elle établit et érigé à perpétuité dans cette abbaye une fondation pour les enfants et les veuves des soldats de ses troupes.

Elle fit en même temps toutes les prescriptions pour rétablissement de cette fondation, pour l'admission des hospitalières, leurs devoirs et leurs droits, pour l'admission des enfants, leur sortie, etc.

L'évêque d'Ypres, Félix de Wavrans, approuva le 1 octobre la fondation impériale, accorda à rétablissement le caractère de fondation ecclésiastique et lui promit ses soins et sa surveillance.

Le 4, 5 et 21 novembre ainsi que le 9 décembre eurent lieu les enquêtes de commodo et incommodo sur la suppression de Tabbaye et Funion canonique de ses biens et revenus à la nouvelle londation. On entendit dans ces enquêtes les six religieuses restantes qui déclarèrent unanimement consentir à la suppression et union sous la condition qu'il leur sera payé à chacune d*elles une rente viagère de quatorze cents florins argent courant de Brabant. — Le chapitre consentit également à la suppression et à Funion, sauf ses droits et perceptions des revenus annuels et obligations de la fabrique de Féglise collégiale dont demeurera chargée la manse de la fondation substituée à Fabbaye. — Les échevîns de Messines accordèrent leur autorisation moyennant que les biens et revenus de la table des pauvres à charge de Fabbaye, leur seraient laissés pour Fassistence de leurs indigents et que la nouvelle fondation resterait chargée, comme grand décimateur, de toutes les redevances et obligations décimales envers Féglise paroissiale. — Les directeurs de la table des pauvres et les marguilliers de la paroisse consentirent sous les conditions énoncées ci-dessus par les échevins. — Le doyen du chapitre, curé de la paroisse, consentit également, sans préjudice néanmoins de ses droits et perception des revenus annuels dont la nouvelle fondation restera chargée en place de Fabbaye. — Enfin les habitants de Messines, représentés par un rentier, un chirurgien, un brasseur marchand de bois , un marchand épicier et le maître d'école en même temps clerc de la paroisse, déclarèrent que depuis longtemps Fabbaye n'avait plus reçu de novices, que le nombre des religieuses se trouvait réduit à six, la plupart fort âgées, que ladite abbaye était sur le point de s'éteindre et (jue, dans leur pensée, la fondation faite par Sa Majesté Impériale, sera d'une grande utilité tant à la religion qu'à l'état.

Ensuite de ces enquêtes, Tévèque prononça (18 février i777) la suppression de Tabbaye et l'union de ia manse tant abbatiale que conventuelle de ce monastère à la fondation établie par rimpératrice, aux conditions mentionnées ci-dessus. Le 19 mars suivant eut lieu l'ouverture de la nouvelle fondation, et il y fut donné lecture du décret d'union, en présence de l'évèque, du grand-bailly dTpres, des membres du comité, des députés du chapitre et du magistrat, de la prévôté et des hospitalières.

Enfin par lettres du 13 mars 1777, l'Impératrice agréa et approuva le décret de l'évèque concernant la suppression et l'union.

Quant aux différentes phases par lesquelles la nouvelle institution a passé depuis son organisation jusqu'à nos jours, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de laisser suivre une Notice sur la fondation royale et institution royale de Messines rédigée par feu M* Bouquel de Beauval qui pendant plus de soixante ans y a rempli les fonctions de secrétaire-trésorier et à rendu à l'institution d'excellents et incontestables services.

« L'Abbaye de Messines ayant été supprimée par Décret de S. M. l'Impératrice Marie-Thérèse, du 30 août 1776, comme à la veille de s*éteindre, et d'ailleurs comme établissement, vu son importance, susceptible, par une nouvelle organisation, d'être appropriée au bien-être de ses sujets, fut, par le même décret, convertie sous le nom de Fondation Royale, en maison d'éducation pour les enfants de militaires dénués de fortune, morts sous les drapeaux, ou réformés du service comme invalides : les filles pour y être élevées jusqu'à l'âge de 18 ans et les garçons jusqu'à l'âge de 7 ans; de manière à passer alors à l'Académie d'Anvers. »

« Cette organisation eut lieu sous la haute autorité du Gouverneur général des Pays-Bas, appelé seul à nommer aux places, et à statuer, en toutes circonstances, sur la marche de l'Administration de l'établissement, et d'ailleurs sous la surveillance de l'Ëvêque et du grand Bailli d'Ypres, institué commissaire perpétuel près dudit établissement. »

<c Cependant, l'Académie d'Anvers ayant, au bout d'un certain temps, été supprimée et remplacée par des écoles près des

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régiments, l*envoî des garçons à Messines vint alors à cesser, et la nouvelle fondation tut ensuite exclusivement consacrée à l'éducation des filles. »

« La maison de Messines étant au surplus, dans les derniers mois de 1773, devenue disponible, le Gouvernement cornmença dès lors à s'occuper de l'organisation de sa nouvelle fondation ; c'est ainsi que par décret du li novembre 1776, il institua un Comité chargé de la direction de cette maison, et de Tadministration de ses biens, nommant, comme mem* bres dudit Comité, M' Le Couvreur, chanoine de la cathédrale d'Ypres, M' de Gheus, ancien avoué de la ville, et M' Merghelynck, bailli de Messines, en leur adjoignant, comme secrétaire. M' Lefebvre, receveur des biens de l'établissement ; laissant d'ailleurs à ce comité la faculté de s'assembler, soit à Ypres, soit à Messines, aussi souvent qu'il trouverait convenir, en formant, chaque fois, un protocole de ses délibérations, dont un double à être remis à l'Ëvéque, et au grand bailli d'Ypres, commissaire perpétuel près de l'établissement, pour être le dit protocole par lui transmis avec ses observations au Gouvernement. »

« Une seconde mesure que prit en même temps le Gouvernement fut d'autoriser le Comité à organiser, pour la régie interne de la nouvelle fondation, une communauté laïque, se composant de personnes à choisir dans la maison de St. Sébastien à Ypres, et à les établir à Messines sous le nom d'hospitalières, avec une supérieure, à prendre parmi elles, et à désigner sous le nom de Prévôté. i>

« Le Gouvernement songea ensuite au placement d'élèves à la Fondation et d'après plusieurs nominations faites par le Gouverneur général des Pays-Bas, et états transmis au comité par l'Évêque et le grand bailli d'Ypres, le nombre en fut porté à cent, pour Tannée 1777. n

c( D'autres nominations d'élèves eurent ensuite lieu successivement d'année en année, de manière à porter la population de la fondation à son complet, et sur ces entrefaites une correspondance suivie intervint entre le Gouvernement et le Comité, concernant les divers objets auxquels la Kégie et

rAdministration de la fondation donnèrent lieu. Les choses en étaient là« et tout marchait des plus régulièrement lorsque Tannée 1794 amena les armées Françaises dans le Pays. y>

<c Les anciennes provinces de la Belgique reçurent alors la dénomination de départements et furent régies par des administrations centrales, siégeant aux chefs-lieux de chaque département, et par des administrations municipales organisées dans chaque chef-lieu de canton.

« La commune de Messines se trouva alors faire partie du canton de Neuve-Église, et la fondation royale attribuée à ce canton, comme hospice civil, fut administrée par une commission que Tautorite cantonale y établit, avec destination de maison d'éducation pour les enfants pauvres du sexe féminin, et pour l'entretien des viellards indigents des deux sexes de ce canton. »

« Cependant une réorganisation des départements en préfectures et sous-préfectures amena un changement à cet état de choses; il fut reconnu alors qu*un établissement de l'importance de celui de Messines, ne pouvait convenablement être le partage exclusif d'un petit nombre de communes, mais devait être accessible à toute la population indigente du département, et un nouveau règlement pour la maison de Messines rédigé dans cette vue, sous la direction du préfet de la Lys, et approuvé par le ministre de l'Intérieur sous la date du 18 Germinal an IX, reconstitua, d'une manière plus convenable et plus utile, l'existence de l'établissement de Messines ; — portant ledit règlement qu'à l'avenir, l'hospice de Messines serait confié, conformément à la loi du 16 messidor an VII, à une commission administrative composée de 5 membres, sous la surveillance du sous-préfet de l'arrondissement d'Ypres, que toutes les communes du département de la Lys seraient admises à y placer leurs enfants indigents, du sexe féminin, et leurs vieillards infirmes des deux sexes, pourvu que ces communes ne jouissent pas d'un hospice dans leur sein, ou que les revenus des dits hospices soient reconnus insuffisants à leurs besoins, que l'admission aux places serait déterminée

par le préfet, sur la proposition du sous-préfet de l'arrondissement dTpres. (*) »

« Cette nouvelle destination de la maison de Messines lui fut conservée jusqu'à. 1815, et ne reçut même de changement déHnitif que d'après un arrêté royal du 7 avril 1818, portant que l'établissement de Messines serait exclusivement consacré à l'éducation et l'entretien d'enfants du sexe féminin, et d'après un autre arrête royal du 25 juin 1823, déterminant que les enfants à admettre à l'établissement de Messines seraient pris parmi les enfants de militaires morts, blessés ou devenus invalides au service de l'Ëtat. »

« Depuis lors la maison de Messines n'a reçu aucun changement dans sa destination, mais un arrêté royal du 29 juillet 1845, en supprimant la dénomination d'hospice que la révolution avait léguée à l'établissement, la remplaça par celle beaucoup plus convenable, comme plus en rapport avec son origine et son but, d'Institution Royale pour 1 éducation des filles de militaires morts, blessés ou devenus invalides au service de l'État. »

« Un nouveau règlement qui lui fut donné en 1849 vînt achever de régulariser sa régie et sa marche, et des améliorations importantes dont elle devint l'objet contribuèrent à la rendre de plus en plus utile au pays. »

« Au nombre de ces améliorations doit être citée l'organisation d'une classe normale propre à ouvrir la carrière de l'enseignement à celles des élèves qui auraient le goût de l'Instruction et en même temps d'une salle d'asile, convenable pour leur apprendre à conduire les enfants dès le premier âge. »

ce Finalement la situation de plus en plus prospère de l'établissement permit d'étendre le nombre des élèves à y être admises et de le porter en 1865, jusqu'à 240. »

Aujourd'hui (1876) le nombre des élèves est de 250.

(1) Monsieur de Beauval ne fait pas mention d*un arrêté du Gouvernement de la République du 25 fructidor an XI [12 septembre 1803) portant qu'à dater du 1' vendéminaire an XII (24 septembre 1803} il ne serait plus admis à Phos^ pice de Messines que des veuves et des filles de marins du l«r arrondissement maritime oiorts au service de la République.

Nous croyons ne pouvoir mieux terminer ce chapitre que par la liste des Présidents et Membres de la commission administrative de l'Institution royale de Messines, depuis sa fondation par Marie-Thérèse jusqu'à ce jour :

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