‹ Inventaire analytique & chronologique des chartes et documents appartenant aux archives de l'ancienne abbaye de MessinesChapitre 75 sur 150 · ÉDUCATION MORALE DES FILLES · texte numérisé non relu

ÉDUCATION MORALE DES FILLES

Les filles deviendront probablement un jour des femmes de chambre, des lingères et ensuite des mères de famille dans la classe des citoiens qui vivent de leur travaux. Il faut donc que l'éducation morale qu'on donnera à ces filles, tende à leur inspirer les qualités du cœur, les sentimens et les vertus qui conviennent à des personnes de cette espèce. Gomme de l'aveu de tout le monde les impressions les plus fortes et les plus permanentes sont celles qu'on reçoit dans l'enfance, qu'on suce, pour ainsi dire, avec le lait et qui, venant frapper l'entendement dès qu'il se développe, s'y gravent profondément, s'v fortifient avec lui et en deviennent comme des habitudes naturellement inhérentes; on sent combien la religion et la vertu des mères de famille intéressent l'État; c'est d'elles que les citoyens reçoivent leur première éducation. Si elles ont des idées fausses de la religion et de la vertu, si elles sont bigottos, hypocrites, superstiteuses ou fanatiques elles communiqueront ces vices à leurs enfans; elles corrompront en eux le germe de toutes les vertus, qu'elles rendront inutiles, et même funestes

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ù la société civile et à TLtat. Mais si elles sont pénétrées des vrais principes du christianisme, si elles ne se trompent pas sur les devoirs d'une religion sainte, qui se propose le bonheur du genre humain, dont le premier principe est une charité sans bornes, qui est la source de toutes les vertus sociales, jointe à une soumission entière à ses supérieurs qui fait le plus ferme appui et le plus sûr garant du repos de l'État et da maintien de l'ordre, en un mot si elles ont le véritable esprit du christianisme, elles formeront assurément de bons citoiens.

Il est donc de la plus grande importance de donner aux fdles des idées nettes de la religion et de la vertu, de leur inspirer une piété solide et éclairée, qui, portant à ne rien désirer, à ne rien dire, à ne rien faire qui ne puisse être agréable à rÊtre-suprême, exige une connoissance parfaite de ce qui peut plaire ou déplaire au père commun des hommes.

La pudeur est la première vertu du sexe, qu'on s'efforce donc à l'inspirer aux filles; c'est la seule vertu pom* laquelle les soins de l'éducation doivent aller jusqu'à la minutie.

Que la religion, qui doit appuier l'éducation dans tout ce qui concerne le moral, vienne ici puissamment au secours des hospitalièriBs. Il ne faut rien moins que ses impressions les plus profondes, pour préserver le sexe des embûches que les hommes lui tendent, et qu'il se tend à lui-même.

Une douceur inépuisable dans le caractère, est celle de toutes les qualités des femmes, qui contribue le plus à leur bonheur et a celui de leurs époux, qui assure le mieux la paix dans les familles. Que les hospitalières n'épargent aucune peine pour l'inspirer à leurs élèves. Mais surtout qu'elles se souviennent que ce n'est qu'en donnant constamment l'exemple, en traitant les enfans invariablement avec la plus grande douceur, en ne leur montrant jamais de l'humeur ni de l'importement, qu'elles y parviendront.

La modestie est essentielle aux filles, elle relève le mérite des femmes. Les maîtresses ne doivent pas la perdre de vue: La bonté, la compassion et la bienfaisance sont des vertus si naturelles aux personnes du sexe qu'elles deviennent des

monstres lorsqu'elles doiniiMit dans les excès contraires. Que les hospitalières cultivent donc avec soin ces vertus dans leurs élèves et qu'à cet clfcl elles joignent la pratique aux préceptes.

L'amour du travail, la propreté, et l'esprit d'arrangement et d'économie, seront indispensables aux élèves de Messines, on les y formera par l'habitude, on les emploiera à nettoier la maison, les meubles et les ustensiles, la vaisselle et la batterie de cuisine, à racommoder les bardes et le linge, les grandes filles habilleront, les petites, les laveront, les peigneront en présence d'une hospitalière. On se servira d'elles dans la cuisine, qui leur fournira l'occasion d'apprendre à préparer des mets qu'elles auront aisément toute la vie. C'est là aussi que les maîtresses peuvent leur donner une idée de l'arrangement et de l'économie. Les grandes filles devront faire leur lit et ceux des petites, et frotter les châlits. On les emploiera aussi à l'aver le linge de la maison.

On doit inspirer à ces élèves du respect, pour leurs supérieurs, des égards pour leurs égaux; les accoutumer à la docilité, à l'obéissance, les former à l'habitude de céder sans peine, et de se plier à la volonté d'un autre. Ces qualités leur seront nécessaires aussi bien lorsqu'elles serviront, que lorsqu'elles seront mères de famille. Les maîtresses trouveront parmi les directions qu'on a proposées ci-dessus, des moiens propres à leur faire atteindre leur but à cet égard.

11 faut accoutumer ces filles à être vraies, justes et fidèles, même relativement aux plus petites choses, et aux choses les plus indifférentes.

Réglemeiit pour la fondation de Messines, arrêté par

VEmfereur et Roi.

(N» 718 de rinventairc).

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