SUR LA COLLECTION' PAYEN V
Rouen (1562); il y détermine avec exactitude l'emplacement de la maison d'habitation de Montaigne à Bordeaux (i), grâce à une aquarelle du baron de Vèze, prise d'après nature en 18 13 et reproduite par une lithographie de M"'^ Marie Payen. Plus loin, enfin, il nous fait connaître le tombeau de Montaigne^ placé dans l'église des Feuillants de Bordeaux, et il rétablit le vrai sens des inscriptions, latine et grecque, qui ont donné lieu à des interprétations si étranges, qu'on en était arrivé à prendre Grimon Eyquem, père de Pierre et aïeul de Michel, pour la mère de ce dernier et la femme de son fils Pierre ! Ces diverses publications de M. Payen étaient fort estimées dans le monde fittéraire; on ne se hasardait guère à écrire sur Montaigne sans avoir, au préalable, consulté le docteur, et souvent on préférait lui laisser, comme au plus digne, l'honneur de mettre en lumière tel point obscur qu'on avait éclairci. La volumineuse correspondance qui fait partie de notre collection révèle les noms d'érudits nombreux dont l'obligeance désintéressée ne se démentit jamais. Découvraient-ils quelque détail inédit, la solution d'un problème inutilement discuté; rencontraient-ils un ouvrage ou seulement un lestimonium relatif à Montaigne que le docteur pût ignorer, ils lui en faisaient hommage et renonçaient à leur droit de primauté. Parmi les plus assidus de
(i) Maison d'habitation de Michel Montaigne à Bordeaux. Paris, Téchener, 185s, in-8".
ces correspondants, citons : MM. Gustave Brunet, de Bordeaux, le bibliographe bien connu ; Jules Delpit, aussi de Bordeaux; Lape3^re, bibliothécaire de Périgueux; Péricaud, de Lyon; Floquet, de Rouen, qui se voua à Bossuet comme M. Payen à Montaigne ; Rostain , Reinhold Dezeimeris , membre de l'Académie de Bordeaux; Emile Bary, professeur au Lycée Charlemagne ; de Cazenave, descendant de Bertrand de Montaigne, seigneur de Mattecoulon et frère de Michel ; de Cayrol, de Compiègne ; l'abbé Audierne, de Périgueux; etc.. On ne parlait plus de l'auteur des Essais sans ajouter quelque compliment à l'adresse de M. Payen. M. Villemain (i), s'étant étonné de ce que M. Payen n'avait pas réimprimé la traduction de la Théologie naturelle de Remon Sebon, publiée par Montaigne vers 1569, pour satisfaire à un désir de son père, le docteur répondit dans une lettre à M. G. Brunet (2), que la seule crainte de manquer de lecteurs l'en avait empêché. « Il redoutait, dit-il, le danger de tomber » dans le discrédit, au pilori de la boîte à 20 cen- » times. L'étalage des quais a, j'en conviens, ses «jours de gloire, et on s'y trouve souvent en « brillante compagnie, mais pourtant on ne se décide » pas aisément à travailler pour arriver directement
0 Journal des Savants, juillet 1855.
(2) Un mot de réponse au très-érudit M. Gustave Brunet, de Bordeaux, au sujet de son article sur Remon Sebon (lettre insérée dans Le Oiiêrard, octobre-novembre 1855).