‹ Inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de FranceChapitre 17 sur 88 · Archives Nationales, Comptes des Menus-Plaisirs · texte numérisé non relu

Archives Nationales, Comptes des Menus-Plaisirs

2. Ces fleurs étaient probablement semblables à celles que Louis XV fit exécuter pour Mme de Pompadour. « Le roi a

que plante, le liant de ces liras d’une brandie de lvs, tulipe, jonquilles, narcisses et jacinthes bleues, les branches du milieu en rose, celles en dehors d’anémones et semi doubles, celles en dedans de giroflées rouges et violettes; la jonction des branches garnies de différentes fleurs, le bas de boutons d’or et oreilles d’ours; les bassins de la même porcelaine avec les binets dorés d’or moulu* 1, 1200... Une autre paire de même grosseur, posée en trumeau vis-à-vis, dont le haut de trois gros œillets

commandé à la manufacture de Vincennes des fleurs de porcelaine peintes au naturel, avec leurs vases, pour plus de huit cent mille livres, pour toutes ses maisons de campagne, et spécialement pour le château de Bellevue de la marquise de Pompadour. On ne parle que de cela dans Paris, et véritablement ce luxe inouï scandalise beaucoup. » (D’Argenson, t. VI, p. 222, édition de la Société de l’histoire de France.)

1 . La dorure à l’or moulu n’est plus guère employée aujourd'hui: le mercure y servait d’intermède entre l’or qu’il dissout (et que pour cette raison on appelle or moulu) et le métal à dorer. Lorsque l’or a été dissous par les procédés ordinaires dans le mercure, on étale cet amalgame d’or et de mercure au pinceau le plus également possible sur le métal, déroché à l’avance avec le plus grand soin ; le mercure s’évapore à l’air et l'or reste seul sur la pièce. Cette dorure est des plus chaudes et les meubles du dix-huitième siècle témoignent de sa solidité comme de son éclat.

MARIE-JO SÈP HE DE SAXE

doubles, barbeaux, branches de fleurs d’oranger, tulipes campanules, les branches du milieu d’anémones et semi doubles, celles en dehors de jacinthes de Hollande à quatre cœurs, celles en dedans de jonquilles doubles; la jonction des bras ornée de differentes fleurs, le bas de boutons d’or et grosses jacinthes à cœur de rose avec les bassins de porcelaines et binets

dorés 1200

« Le voyage et port de Versailles . . 24 »

Cette facture ne mentionne pas le petit cabinet en niche et l’on n’y voit simplement que ces mots : « pour le cabinet », mais la nature même des objets 11e permet pas de les supposer avoir été placés ailleurs; puis l’indication de la seconde paire de girandoles posée en trumeau en face de la première ne peut s’appliquer qu’à une pièce fort petite et par conséquent qu’au cabinet en niche.

Le mobilier du cabinet en niche était en bois de rose rehaussé d’ornements en bronze doré d’or moulu, car à différentes reprises, dans le même journal de Lazare Duvaux, nous trouvons les mentions suivantes :

« Une bibliothèque plaquée en bois de rose pour le cabinet 520

« Une table à tablette avec mains et ornements dorés d'or moulu, roulettes. . . . 36o

« Un secrétaire de 3o pouces, plaqué or, mosaïque de bois de rose avec ornements dorés

d’or moulu 672

« Une table plaquée de bois de rose à fleurs, le dedans en cèdre à tablettes, crémaillères, tiroirs à pupitres, des cornets d’argent, les mains et garnitures dorées d’or moulu; avoir fait une tablette garnie en velours dans un tiroir où l'on a fait une écritoire et trois cornets d’argent pour la bibliothèque de son cabinet, ci. . 120

« Deux corps d’encoignures sans porte, plaqués en dedans de bois de rose à fleurs à tablettes et crémaillères garnies de pieds dorés,

ci 485

D uvaux livre encore « à Madame de brancas, pour le compte de Madame la Dauphine, deux petites tables à pied de biche, plaquées en bois de rose, les pieds et boutons dorés d’or moulu, couvertes d’un marbre d Italie de

54 pièces ioK

« Le port à Versailles 5o »

Ces meubles devaient être fort soignés ; leur description permet de les supposer tels que ceux que nous voyons journellement dans les

musées et les eollections particulières et qui font l’admiration des eollectionneurs.

Caffieri1 à ce moment était le ciseleur de bronze le plus remarquable, et la pendule de Versailles, son chef-d’œuvre, donne une idée de ce qu’étaient les meubles soignés du milieu du dix-lmitième siècle : car si toutes les appliques d’ornementation n’étaient pas faites par des ciseleurs de son école et exécutées dans son genre ou sur ses dessins, il n’en est pas moins resté pour nous la personnification la plus complète de l’artiste du bronze du règne de Louis XV.

Lazare Duvaux ne fabriquait pas de meubles, il les faisait faire et se contentait de les vendre ; l’étude de son journal démontre que ces objets n’étaient d’aucun des maîtres de l’époque

i. Philippe Caffieri, sculpteur et ciseleur du Roi, né en i7r'(, mort en 1774; il travailla à la boîte en bronze destinée à renfermer la fameuse sphère de Passement ; il exécuta d’après les dessins de l’architecte Gabriel, les bordures des glaces que Louis XV envoya au Grand-Seigneur (1742) ; il lit aussi, pour le chœur de Notre-Dame, deux torchères de cuivre doré, à neul branches chacune, placées sur les deux côtés de la balustrade ; il fit en outre, pour le trésor de la cathédrale de Paris, la châsse de saint Germain.

de Louis XV. Nul des grands noms de l’ébénisterie ou de la ciselure n’y est cité.

Il reste donc probable que connaissant fort bien les ateliers et les artistes, il s’adressait à des ouvriers habiles qu’il faisait travailler sous sa direction, et c’est pour cela (pie le nom de ses collaborateurs 11e nous est pas parvenu1. A coté des meubles se trouvaient les instruments de musique, orgues et clavecins dont nous parlent les comptes de la Corbeille et des lettres du général de Fontenay. Les orgues étaient fabriquées par Somer2 et Micault; les clavecins, autant que nous le pouvons savoir, étaient fournis par Pascal Taskin, et peut-être même les peintures qui ornaient ces instru-

1. Mme la vicomtesse de Janzé possède un lit de repos canné très original aux armes de Saxe et de Pologne. Cette chaise a pu être amenée de Saxe à Paris pour la Dauphine ; elle est dans le style de Bérain et a dû être exécutée par des ouvriers français expulsés par 1 édit de Nantes.

2. Nicolas Somer, facteur d’orgues de Mgr le Dauphin, demeurant. rue Saint-Jacques. C’est ainsi qu'il est désigné dans l’acte de mariage de son fi I s Jacques-Joseph, également facteur d’orgues. Nous n’avons trouvé aux actes de l’état civil rien de personnel à Nicolas lui-même. Nicolas eut trois fils, Louis, Nicolas et Antoine-Jean, qui furent également facteurs d’orgues. Ils vi-

ments étaient-elles des frères Martin. Quelques clavecins merveilleusement décorés dans le genre de ces peintres, sont encore conservés dans des collections particulières* 1.

La pièce qui servait de cabinet de toilette à la Dauphine était tendue de ce papier alors à la mode que l’on appelait « papier des Indes » .

C’est encore dans D uvaux que nous trouvons ces renseignements :

« (Mme la Dauphine). Livré à Mme la duchesse de Brancas, vingt petites feuilles de papier des Indes à fleurs à 5 livres. »

« (Mme la Dauphine). Livré à Madame de Brancas une feuille de papier de Chine à vase

et fleurs très belles 3o

« (Mme la Dauphine). Livré à Madame de Brancas six feuilles des Indes peintes sur gaze, à 3o 180

valent encore le ier novembre 1779, lorsque leur frère aîné mourut. Ils signèrent l’acte de décès (actes de l’état civil). Les comptes des Menus-Plaisirs conservés aux Archives Nationales indiquent qu'un orgue fabriqué pour la Dauphine, par Nicolas Somer, fut payé en 1749. L 'Almanach-Dauphin pour 1769 nous apprend qu’il était syndic et juré de sa corporation.

1. Voir la collection de M. le comte de Sartiges, de M. Eudel et de Mme la vicomtesse de Janzé.

Les toiles façon et raccordage des cinq châssis composant la garde-robe 7 5

« Les papiers employés pour un châssis qui

a servi d'échantillon 20

« Les ports et reports des châssis 8 liv. » Ces factures de tentures en papier sont très intéressantes à noter, car jusqu’à ce moment les murs des appartements avaient été tendus de tapisseries et d’étoffes, et l’emploi de ces papiers marque une révolution dans l’histoire de l’habitation privée. On voit que la Dauphine contribua à ce changement. Les premières fabriques de papiers de tentures étaient allemandes : elles reproduisaient des dessins d ornementation gaufrés, assez grossiers, en couleurs voyantes sur fond d’or1. M. Courajod, d après Papillon, signale aussi différents fabricants français établis à Paris, qui imitaient en papier le velours d’Utrecht.

Ces détails que 110ns venons de signaler sont

1. M. le baron de Heffner-Altenek, directeur du National Muséum de Munich, possédé toute une série de cahiers d’échantillons de ces papiers que possédaient les commis voyageurs de cette époque. Plusieurs de ces échantillons sont datés de Worms et de Prague, 1 7U "ï , 1767 et 1769.

MARIE- J O SE PH E DE SAXE

les seuls renseignements que nous ayons pu retrouver sur l’appartement de la Dauphine. Plus tard, comme nous l’avons déjà dit, après la mort du Dauphin, elle quitta son rez-dechaussée qu’elle avait fait tendre en drap gris1 2, et vint loger au-dessous de l’appartement même de Louis XV, dans les pièces occupées par Mme de Montespan et depuis par Mme de Pompadour \

Nous empruntons à l’histoire du château de

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