‹ Inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de FranceChapitre 25 sur 88 · De Luynes, t. XIII, p · texte numérisé non relu

De Luynes, t. XIII, p

Il nous reste à décrire quels étaient les joyaux de la Dauphine, et quelle était la parure d’une princesse dans sa grande toilette.

Les diamants étaient à peu près montés comme aujourd’hui dans des chatons pleins et avec moins d’épaisseur.

Pour préparer la parure on modelait, en cire, sur une petite planchette de bois, l’objet tel qu’il devait être, puis on sertissait, sur des chatons, des pierres fausses, calibrées sur celles qui étaient destinées à figurer dans la pièce définitive, on y appliquait chacun des chatons sur la cire, à l’endroit qu’il devait occuper : on obtenait ainsi l’eflet complet de l’objet avant de l’avoir commencé. Souvent on faisait de petits trous dans la planchette, au-dessous de chaque chaton, pour pouvoir les river sur le bois.

Nous avons rencontré plusieurs de ees planchettes avec le dessin modelé à la cire, et la

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parure en chatons complètement appliquée dessus. Nécessairement c’étaient toujours des objets de composition difficile, tels que bouquets ou pièces de corps que l'on préparait ainsi1.

On mêlait souvent les pierres de couleur aux diamants et même on peignait quelquefois les brillants de différentes façons. Stras2, qui naquit à Strasbourg en 1700, avait même réussi dans ce nouveau genre de peinture. C’était un certain Trochus qui avait inventé les procédés de coloration, et Stras en avait eu connaissance par les demoiselles Goujon, petites-nièces de Trochus.

Au moment où nous parlons, la joaillerie venait de subir une révolution profonde tout

1. Tout fait supposer que Stras était l'inventeur de cette préparation; d’abord les pierres d’imitation étaient certainement fournies par lui; ensuite, dans ces planchettes, il y a beaucoup de pierres, imitant le diamant coloré, dont il était aussi l'inventeur.

2. Georges-Frédéric Stras, chimiste célèbre, fut d’abord compagnon chez la veuve Prévost, puis reçu maître orfèvre-joaillier privilégié du Roi, le ij mai 173^, donna son nom à la composition qu’il inventa. Stras est cité continuellement dans les mémoires du temps et dans le Mercure ; il se retira des affai res en 1732. laissant sa charge de joaillier du Roi à son

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à son avantage. Les pierres, jusqu’alors montées à fond avec des entourages grossiers d’émail, furent désormais montées à jour et jouèrent naturellement avec plus d’éclat, et le bijou y gagna autant en légèreté. Nous ne savons pas à qui attribuer cette innovation, mais à coup sûr les cinq plus grands joailliers de l’époque, Rondé ‘, Lempereur* 1 2, Jacque-

gendre Georges-Michel Bapst; il mourut en 1770, laissant une grande fortune. Il faisait un commerce considérable de diamants et de pièces de joaillerie. Au moment de sa mort il ne s’occupait plus de chimie depuis longtemps.

1. Claude-Dominique Rondé, fils de Claude Rondé, également maître orfèvre à Paris, fut apprenti de Laurent Rondé ; habitait au Louvre (à la date du i3 avril 1 7 1 1 ) (Archives nationales, arrêts de la cour des Monnaies) ; fut reçu maître orfèvre du Pioi et domicilié au Louvre le 4 janvier 1734. Il mourut en 1707. Il faisait des affaires considérables avec la Cour. Ce fut lui qui transforma la joaillerie et lui donna cette légèreté qu’elle a encore aujourd’hui; ses collègues ne firent que l’aider dans ses innovations. Les comptes des Menus-Plaisirs sont remplis de ses factures ; il pouvait faire jusqu’à un million et demi par an d’affaires avec la Cour. Il portait le titre de joaillier de la Couronne. Ce fut Jacquemin qui lui succéda.

2. Jean-Denis Lempereur, reçu le 24 juillet 1734 comme lils de maître ; garde- comptable en 17441 1 7 4^ et 1776; faisait avec Pierre- André Jacquemin le plus d’affaires en orfèvrerie; était en 1731 conseiller du Roi, quartenier de Ville et demeurait Cour Neuve du Palais; était aussi grand amateur; « avait, »

min1, Leblanc2 et Stras, ne durent pas y être

dit le catalogue Tallard annoté, « un très beau cabinet de dessins et joignait à son amour de la collection un goût exquis et une grande connaissance »; il demeurait alors (1733) rue Vi vienne, près de celle des Filles-Saint-Thomas; il signa l'Inventaire des joyaux de la Couronne de 1774 et laissa lui-même une belle collection dont le catalogue est encore fort recherché.

1. Pierre- André Jacquemin, reçu comme fils de maître le 8 mars 1731; nommé le 7 janvier 1753 tà la place de Rondé, joaillier du Roi et garde des diamants de la Couronne. Le i3 mars 1737, il obtint le logement occupé par le même sieur Rondé, et le 8 septembre 1765 il prenait l’appartement de Fr. Th. Germain, déclaré en faillite. Jacquemin portait le titre de joaillier de la Couronne ; il fut remplacé par Ange-Joseph Aubert à sa mort en 1773. Il laissa une riche collection d’objets d’art qui fut cataloguée et vendue la même année. Son fils Alexis occupa quelques-unes de ses fonctions. Le brevet de sa nomination et de son appartement au Louvre est du 8 septembre 1769. Jacquemin, pendant le temps qu’il fut joaillier de la Couronne, monta pour le Roi, en Toison d’or, le fameux rubis connu sous le nom de Côte-de-Bretagne. Cette pierre avait été gravée en forme de dragon, par Gay, graveur de Mme de Pompadour (les commissions chargées dernièrement de faire un rapport et d’estimer les diamants de la Couronne afin d’en préparer la vente, n’avaient aucune connaissance de l’histoire de cette pierre, cependant une des plus célèbres de 1 histoire de France). Le rôle de la capitation de 1772 nous indique que c était lui qui faisait le plus d’affaires après Jean-Denis Lempereur. Son poinçon portait les lettres P A J et pour devise un cœur.

2. Leblanc père et fils. — Le registre de la paroisse Saint- Gervais nous indique que Leblanc père (Jean-Baptiste) est mort

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étrangers1. D’abord, on ne portait pas de diadème, on décorait la chevelure par des aigrettes ayant la forme de fusées, de bouquets, de fleurs, de branches ou de nœuds de rubans.

le 17 avril 1763, à l’âge de 45 ans. Les témoins étaient Jean- Alexandre Leblanc et Pierre- Augustin Leblanc, ses fils, et Pierre- Augustin Bingard, son beau-frère. Sa veuve continua son commerce dans la boutique de son mari, place Baudoyer. J. B. Leblanc était un artiste habile; Pouget dit, en 1762, que « la pièce du corps de Mme la Dauphine faite chez M. Leblanc, est peut-être le plus beau morceau que l’on puisse trouver en ce genre ». Ce fut lui qui, à l’occasion de la perte d’un diamant de prix, fit découvrir Mme Binet de Boisgiroult, première femme de chambre de la Daupbine, comme auteur des vols de bijoux qui se commettaient chez elle (Barbier, Journal historique). Son troisième fils, Gaspard- Alphonse, quoique apprenti et compagnon chez son père et depuis chez sa mère, ne fut reçu maître que le 2 avril 1769. Il fournissait Mme du Barry. M. le baron Pichon possède un reçu de lui ainsi conçu : « Reçu de Mme la

Comtesse du Barry, la somme de pour un cœur qu’il m’a

fourni, de diamants jaunes [sic). » Il rédigea, de concert avec Lempereur et Aubert, l’Inventaire des diamants de la Couronne en 1774. Son poinçon portait les lettres G A L et pour devise un cœur. Il faisait des fournitures assez considérables à la Couronne. Le 29 février 1776, il livra une parure pour la somme de 1 5,ooo L, en paiement de laquelle il reçut les pièces inscrites sur différents numéros de l’Inventaire de 1774 des diamants de la Couronne. (Voir cet Inventaire, p. 66, 67, 70, 71, 73, 106.)

1 . C’est au premier surtout que l’on peut attribuer la plus grande part à cette transformation.

Aux oreilles, on portait des girandoles, c’està-dire une pierre montée en chaton à laquelle, par divers motifs, étaient attachées trois pendeloques également sur chaton ; ce ne fut que plus tard, sous Louis XVI, que l’on prit l’habitude de porter des boucles différentes aux oreilles et en particulier une seule pendeloque. Quelquefois 011 remplaçait les chatons par une masse de petites pierres qui en prenait la forme.

Au cou, 011 avait des colliers dont le milieu était généralement formé d’un grand noeud avec une ou plusieurs pendeloques ; les deux parties qui partaient du centre pour se fermer derrière la nuque s’appelaient des cintres, et étaient souvent aussi larges que le nœud et pouvaient mesurer deux centimètres. Souvent aussi le motif central du collier supportait un ou deux petits nœuds de pierres auxquels étaient attachées une ou trois pendeloques.

L ornementation de la robe était fort compliquée. D’abord sur le corsage, en forme d’un long triangle dont la base était en haut, se plaçait une parure appelée pièce de corps.

C était une suite de nœuds, plus on moins gros, selon que leur place était plus ou moins élevée sur le corsage, et qui se plaçaient, sui-

vant leur taille, les uns au-dessus des autres, les plus petits à la ceinture et les plus gros à la bordure de la robe couvrant ainsi tout le devant du corsage.

Sur les épaules se portaient des nœuds qu’on appelait nœuds d’épaule; c’était souvent un gland qui pendait après une boucle de diamants ou bien un simple nœud de pierres.

A la ceinture était une longue suite de pierres qui venait se terminer en pointe par devant et qui prenait le nom de tailles. Les tailles formaient quatre pièces séparées, deux destinées à être portées par devant, deux par derrière.

Aux manches, presque toujours en dentelles, se mettaient des espèces de pompons composés d’un diamant au centre et de quatre diamants autour. La suite de ces pompons s’appelait crevée , et ce nom venait de ce que au seizième siècle ces pompons se plaçaient à l’extrémité de chaque crevé.

A coté de ces pompons il y avait les boutons de compères, c’est-à-dire les pompons destinés à chamarrer la robe dans tous les endroits que l’on croyait devoir rendre un peu brillants.

Les bracelets existaient comme de nos jours : c’était une plaque, souvent un portrait, entouré

de brillants et attaché à plusieurs rangs de perles; il y avait des bracelets de moindre valeur et plus intimes faits avec les cheveux des personnes chères.

La robe avec ses énormes paniers était soutenue des deux côtés par des agrafes en brillants de différentes formes, mais généralement d’une bande de diamants avec deux crochets aux extrémités. On les appelait trousse-côtés. Une agrafe semblable supportait la queue; elle était plus grande, et s’appelait trousse-queue. Les trousse-côtés et les trousse-queues étaient quelquefois aussi en forme de nœud.

C'est ainsi que se composait la suite exacte d'une grande parure. Mais en dehors de ces joyaux existaient toutes les pièces de joaillerie journalière.

La décoration du bonnet consistait d’abord en des rubans cle tète en diamants que l’on plaçait sur le bonnet; on avait encore des fontanges ou nœuds ou des becs de bonnet ; c’étaient de petits motifs adaptés à l’extrémité de la pointe du bonnet au sommet du front. Les nœuds de cols et les nœuds de robes de chambre servaient d’agrafes, les boucles de souliers et enfin les châtelaines, nécessaires,

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éventails, etc., complétaient la série des bijoux de jour.

La Dauphine possédait deux grandes parures; elles avaient été montées, si nous en croyons le duc de Luynes1, pour Marie-Thérèse d’Espagne et rachetées après sa mort à la petite Madame par le Roi, qui en fit cadeau à Marie- Josèphe lors de son mariage. La pièce de corps, qui passait pour être le chef-d’œuvre de la joaillerie du dix-huitième siècle, était due à Leblanc, et le metteur en œuvre Duflos devait y avoir travaillé2. Le reste de la parure était de Rondé, à en croire les comptes de la Couronne. En dehors des deux grandes parures dont nous venons de parler, l'Inventaire nous montrera divers objets de joaillerie qui furent donnés en cadeau à différents moments. Nous avons indiqué avec soin leur provenance.

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