Voir Pouget, préface
L’Inventaire signale de nombreux papiers fort importants d’après les lettres de Martanges1. Le testament de la princesse fait le i 3 février 1776, indique déjà de nombreuses disposi-
1 . « Dans le conseil de guerre tenu par le général Ratowski au moment de capituler à Pirna, un capitaine des grenadiers de l’armée saxonne, nommé Martanges, vint trouver ce général et lui dit qu’il ne croyait pas impossible de s’ouvrir un passage au travers de l'armée prussienne; qu’il ne lui demandait que trois cents grenadiers, qui étaient prêts à le suivre; que s il réussissait, l'armée saxonne le suivrait; (pie le pis aller était qu’il pérît avec sa troupe; qu’au moins il mourrait avec honneur et que cet événement ne pouvait faire une perte irréparable. Le général Ratowski ne voulut point accepter cette proposition. M. de Martanges, instruit de la capitulation, n’a jamais voulu la signer; il a quitté le service et s’est retiré à Vienne; il a été d’abord dans l’état ecclésiastique; il quitta le petit collet et entra dans le régiment de Madame la Dauphine, créé pour M. le comte de Frise. M. de Martanges, après avoir servi quelque temps dans ce régiment, fut placé par M. le comte de Frise
tions prises par elle au sujet de ces papiers, mais la maladie augmentant, elle changea ses dispositions que nous trouvons dans une lettre chifft ’ée du même Martanges :
« D’abord il est certain que Mme la Dauphine a brûlé beaucoup de papiers avant sa mort, mais aussi elle a conservé une grande quantité. Trois semaines, ou un mois avant sa fin, elle avoit parlé à Mme Adélaïde en lui disant qu’elle les arrangeoit pour qu’ils lui fussent tous remis d’abord et qu’elle l’instruiroit de ceux qu’elle
dans celui de Lowendal. Comme M. de Lowendal ne voulait pas de Français dans son régiment, M. de Martanges fut réformé comme Français. M. le comte de Frise le mena avec lui à Dresde et lui fit obtenir une place de capitaine de grenadiers dans les gardes saxonnes. C'est un homme d’esprit, de conversation agréable, qui a même du talent pour faire des vers et qui est aimé et estimé de tous ceux qui le connaissent. » (De Luynes, l. XV, p. 233.)
Voilà exactement le relevé de ses états de service :
Né le io février 1722. En 17341 *1 épousa Mlle Antonia Dufour. En 1737, il devint capitaine à la suite du régiment de la Dauphine; en 1758, aide de camp du prince Xavier. Le ier avril 1762, maréchal de camp au service de France; en 1780, lieutenant général. En 1792, il émigra, fit partie de l’armée des princes et aida à la descente de Quiberon. De Martanges était le représentant du prince Xavier à Paris; il était avec lui dans ses lettres d'une intimité extraordinaire.
devoit remettre au Roy, de eeux qu’elle garderoit, eeux qui dévoient être remis à Mme la princesse Christine et tant pour elle que pour V. A. R. Les espérances (pie M. Tronchin fit concevoir à Mme la Dauphine sur le rétablissement de sa santé l'empêchèrent de réaliser ce qu elle s’étoit proposé de faire pour Madame, et, ce ne fut qu’à l’approche de la mort le 12 mars que sa confiance dans l’évêque de Verdun lui fit remettre le tout à ce prélat qui n’en apporta qu’une partie à Madame, qui ne crut plus devoir alors s’en charger, peut-être parce qu’elle étoit fâchée de ce que Madame la Dauphine ne s'étoit pas directement confiée à elle, mais alléguant la crainte qu’elle avoit que le Roy ne lui imputât à faute de recevoir des papiers qui avoient l’air d’être soustraits. Paulinier1 m’a assuré (pie la plus grande partie de ces papiers qui regardoient la correspondance de . A. R. et une autre liasse concernant les intérêts de la maison de Saxe étoient passés entre les mains du Roi et uniquement à sa dis-
i. Valet de chambre de Madame Adélaïde qui, par son habileté, avait pris une très grande influence sur elle.
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position; qu’ils avoient été placés dans une pièce dont il n’y avoit que le Roi qui ait la clef. Qu’il croyoit même que le Roy avoit respecté les secrets de Mme la Dauphine jusqu’à ne pas les lire, et qu’il s’étoit contenté de les mettre sous son scellé particulier.
« Dans une autre conversation, il m’a dit qu’il y avoit eu des gens assés mal intentionnés pour jetter des soupçons sur l’attachement que Mme la Dauphine conservoit pour sa maison et qu’on avoit voulu envenimer l’esprit du maître, sur cette quantité de mémoires qu’elle conservoit concernant les intérêts de la Saxe. Hélas, mon Dieu, lui ai-je répondu, il est bien à souhaiter, pour l’honneur de la mémoire de la vertueuse Dame, que le Roy ait pénétré dans le secret de toute cette correspondance, il n’y aura certainement vu que des témoignages bien éclatants de la pureté du cœur et des vues de Mme la Dauphine; je l’ai assés connue pour en être bien convaincu. Monsieur, m’a-t-il répondu, à son tour, elle avoit certainement bien de la confiance en vous; je le sais mieux que personne; le Roy le sait bien aussi et il sait aussi à quoi s’en tenir sur le compte de bien des gens, et il s’est arrêté là comme en sachant plus,
mais n’en voulant pas dire davantage, puis il a repris qu'il croyoit au reste qu’une partie des papiers de la famille et de cette correspondance avoit été remise à Mme la princesse Christine. \ . A. R. conçoit avec quelle précaution et quelle circonspection je suis forcé de ménager ma curiosité sur cette matière malgré toute l’impatience que j’ai de tirer tout ce qu'il sait, la prudence me prescrit indispensablement de m’arrêter où je voudrois le plus me porter en avant : je me suis préparé deux ou trois entretiens avec lui à la faveur desquels j’espère parvenir par degrés à savoir au juste tout ce qu’il sait et me mettre en état d’en rendre compte à Y. A. Pv. ; par tout ce qu’il m’a dit jusqu’à présent, je suis porté à croire que la partie essentielle de nos mémoires n’a point été brûlée et que le Roy en a pris connoissance et peut-être en a dit quelque chose à Madame; tout inquiétante que soit cette opinion je m’y arrête malgré les risques qui v sont attachés, le bien que je verrois à savoir le maître instruit de nos projets, et de l’utilité respective qui en reviendroit à la France comme à la Saxe me fait passer par dessus tout, et au fond qu’a-t-on à craindre quand on n’a dit et écrit que la pure vérité et qu’on l’a fait avec
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«me intention aussi pure qu’elle. La facilité avec laquelle le petit Paulinier se livre m’a confîrmé le soupçon que j’avois depuis loiigtemps que sa maîtresse se voudroit entretenir avec moi et peut-être s’expliquer, mais de façon cependant que l’audience qu’elle m’accorderoit parut u’être qu’un acte de bonté personnelle : pour entrer à cet égard dans ses vues, j’ai parlé audit Paulinier de mes affaires particulières. »
Martanges ne se trompe pas quand il affirme que certains papiers ont été pris par Louis XV, car l’Inventaire en fait foi.
Le prince Xavier de Saxe ne reçut aucun de ces documents, et il est probable que le Roi les brûla. Cette autre lettre de Martanges que nous citons nous donnera l’explication de cette destruction.
« Vous concevés, Monseigneur, que dans une histoire aussi confidente, composée par des gens aussi intéressés aux événemens et aussi instruits, les articles des ministres de Mme de Pompadour et des jésuites dévoient être assés intéressans. Le Pmy a vu tous ces papiers-là; mais n’en a-t-il pas vu d’autres qui nous intéressent davantage? C’est ce que je tâcherai d’approfondir. »
11 restait aussi les papiers destinés à l’éduca-
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tiou de Louis XA I dont nous avons déjà parlé et que la Dauphine désignait sons le nom de son trésor. Nous ignorons si Madame Adélaïde les eut en sa possession comme l’Inventaire paraît le faire supposer. 11 restait encore un certain nombre de pièces dont parle Martanges qui avaient du être mises en lieu sur chez l’évêque de Verdun au moment de la mort de la Dauphine, et qui sont encore conservées dans la famille de Nicolaï. M. de Boislisle, avec sa complaisance habituelle, a bien voulu nous en communiquer l’inventaire dont nous donnons le détail en entier.
D'abord des Mémoires sur la vie, les vertus et l’éducation de Mgr le Dauphin 6 volumes ou dossiers , plusieurs pièces relatives au caractère de Mgr le Dauphin dont une entièrement de la main de la Dauphine. Cette pièce est reproduite presque entièrement dans le Mémoire du P. Griffet
Relation de la maladie et de la mort de Mgr le Dauphin, écrite à la main par Madame la Dauphine* 2.
r. Note de M. de Boislisle.
2. Nous avons parlé de cette relation dans la Notice sur Madame la Dauphine.
Pièces particulières relatives à l’opinion de Mgr le Dauphin sur l’autorité des Parlements, l'assassinat du Roi par Damiens et Pexpulsion des jésuites.
Un extrait de la prédiction du P. Gourdan, relative à Louis XV, de la main de la Dauphine1.
Divers ouvrages traduits et extraits par Mgr le Dauphin, prouvant ses connaissances, etc., etc.
La destruction de ces papiers ordonnée par Louis XV a peut-être rendu Marie-Josèphe encore plus ignorée, et a contribué encore davantage à laisser dans l’oubli sa personnalité si digne d’être connue et appréciée.
i . Dans cette prédiction, le P. Gourdan annonce que Louis XV, connue David, sera un sujet de grand scandale, mais se repentira et reviendra au Lien.