De Luynes. t. X. p
avait facilement conquis le cœur de Marie Leczinska, aussi prête à supporter les souffrances sans nombre que lui fit endurer son mari que de se donner sans réserve ni réticence, surtout à une enfant qu’elle devait à bon droit considérer comme une de ses filles.
En même temps que Marie-Josèphe, par son sentiment exquis, la droiture de son cœur et sa modestie, eut toujours sur Louis XV une influence dont elle profitait et qu’elle aimait à laisser ignorer, le Roi aimait à s’adresser à elle dans mille circonstances diverses, et souvent il la chargeait de consoler la Reine si délaissée et si triste.
Mesdames de France et surtout Henriette et Adélaïde , successivement , vivaient dans une profonde intimité avec leur belle-sœur. La lettre que la Dauphine écrivit sur la mort d’Henriette et son testament montrent l’affection et l’estime qu’elle avait pour les deux filles du Roi.
Dans toute la cour elle avait été appréciée de la même façon, « et, comme on était alors en France plus fou que jamais de la porcelaine de Saxe, je ne sais quel bel esprit de la cour disait : « On ne doit plus prendre de femme qu’en Saxe et, plutôt que de m’en passer,
quand il n’y en aura plus, j’en ferai faire en porcelaine1. »
La Dauphine partageait avec le Dauphin l’intimité de ses familiers, dont les plus connus furent le maréchal2 et le comte de Broglie 3, le cardinal de Luynes4, le maréchal
t. Voyez Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis , t. XI; Maurice de Saxe , etc.
2. Victor-François deBroglie, duc et maréchal de France, né en 1713, commandait l’armée française à Sundershausen, à Berghen et à Corbach, fut le meilleur général français de la guerre deSept-Ans. Ennemi de Mme de Pompadour, cette favorite ne le laissa jamais profiter de ses victoires. 11 émigra en 1791 et mourut à Munster en 1804. Il avait été un instant ministre de la guerre en 1789.
3. Charles-François, frère du précédent, né le 20 août 1719, appelé le comte de Broglie ; obtint successivement tous les grades de la hiérarchie militaire jusqu’à celui de colonel-général des grenadiers de France à la création de ce régiment en 1749, fut ambassadeur de Pologne en 1732 et quitta ce poste en 1758. Il épousa, le 21 mars 1739, Philippine-Augustine de Montmorenci. sœur de la duchesse de Boufflers ; il mourut le 6 août 1781.
4. Paul d’Albert de Luynes, fils d’Honoré-Charles, duc de Montfort et de Marie-Anne-Jeanne de Courcillon de Dangeau, né le 5 février 1708, colonel du régiment d’infanterie de son nom le 6 mars 1719, abbé de Cerisv en >727, évêque de Bayeux en 1729, sacré le 27 juillet 1782, membre de l’Académie française en 1748. à la place du cardinal Fleury, premier aumônier de la Dauphine de Saxe le 14 janvier 1747, archevêque de Sens le 9 août 1738. de 1 Académie des sciences en 1733, cardinal
du Muy* 1, Mgr de Nicolaï2 et M. de Fontenay3.
Ce changement de caractère du Dauphin était du aussi en grande partie à Madame Hen-
en 1706, commandeur des Ordres du Itoi ier janvier 17^9, mort à Paris le 21 janvier 1788. Astronome et physicien, il fut un des amis les plus dévoués du Dauphin et de la Dauphine et entretint une correspondance des plus curieuses avec Marie- Josèphe ; une partie de ses lettres sont conservées au château de Dampierre. Ce fut le cardinal de Luynes qui assista le Dauphin à ses derniers moments.
1 . M. du Muy père, Jean-Baptiste de Félix, chevalier marquis du Muy, était veuf de Marguerite d'Armand de Mizon, sous-gouvernante des enfants de France ; lui-même fut sousgouverneur du Dauphin. Son fils aîné, Josèphe-Gabriel Tancrède de Félix, chevalier marquis du Muy, mort le 21 janvier 1777, lieutenant général des armées du Roi, lut maître d’hôtel de Madame la Dauphine. Son second fils, Louis-Nicolas- Victor, chevalier de Malte, lieutenant général des armées du Roi, chevalier de ses Ordres, maréchal de France qui mourut ministre de la guerre, fut un des menins du Dauphin.
2. L’abbé de Nicoiaï (Aimar-Christian-François-Michel), aumônier du quartier de Madame la Dauphine, chanoine de Notre- Dame, agent du clergé à l'assemblée de 1750, nommé à l'évêché de Verdun le 23 avril 1754. C'était un des plus riches membres de l’épiscopat. Il laissa une correspondance très considérable avec la Dauphine, conservée dans les archives de Nicolaï que M. de Boislisle est sur le point de publier. M. le marquis de Nicolaï et M. de Boislisle ont bien voulu nous la communiquer.
3. Gaspard-François de Fontenay, général, feld-maréchal lieutenant des armées de Saxe, né en France vers 1698, officier au service d’Auguste le Fort, électeur de Saxe, roi de Pologne,
riette la confidente des deux jeunes gens. Malheureusement elle vint à mourir le 19 février iy52'. Voici en quels termes la Dauphine apprit à sa mère la perte douloureuse qu elle venait de faire2 :
-J- Ce 19 février i -52.
« Je suis bien fâchée, ma chère maman, de n'avoir pas pu vous écrire samedi dernier ; mais
puis de son ûls, avec l’agrément de Louis XV, était assez écouté de ce prince. Il vint en France en 1748 et remplaça le comte de Vfitzthum comme ambassadeur du roi de Pologne, c C’est un vieillard bien aimable. Il n’a rien perdu de sa bonne
humeur Il est le doyen des ambassadeurs qui sont ici ; il me
paraît avoir quatre-vingt- cinq ans. Il m’a conté qu’en 1704, il avait fait la première campagne contre les Vaudois. » (. Mémoires et Journal de J. -G. Will, publiés par Georges Duplessis, 19 mars 1769, t. I, p. 407.)
Il habitait rue Saint-ïhomas-du-Louvre et était intimement lié avec Marie-Josèphe, comme nous le montre sa correspondance. Les archives de Troyes contiennent des liasses de lettres de la Dauphine au général et du général au prince Xavier. Ces liasses sont incomplètes; de nombreuses lettres ont été reprises par Louis XVIII en 1817 et rendues à la Saxe en 1 864 -
Les lettres de la Dauphine au général sont complètes pour l’année 1738. Presque tous les jours la princesse écrivait des billets à l’ambassadeur.